L’enthousiasme des membres de la LPO est très communicatif. « Il y a eu des réintroductions ailleurs dans la région, mais sur ce site, ils sont revenus spontanément ! C’est historique ! »

Des cyclistes en sueur, après une belle montée en haut des gorges de la Nesque, se groupent devant les longues-vues pré-réglées pour observer les oiseaux. Le cadre est somptueux : des falaises de calcaire blanc, le vert vif des arbres… « Oh, regardez, le mâle arrive pour nourrir les petits ! » s’exclame un bénévole, vite rejoint par une grappe de novices en ornithologie, émerveillés. « Il fait presque 3 mètres d’envergure », révèle le spécialiste, tandis qu’ils retiennent leur souffle devant son vol silencieux.

Stand LPO rocher du Cire 3 mai 2026 © G.C.

 

Les vautours fauves mâles et femelles couvent en alternance leurs œufs, puis après l’éclosion se relaient pour réchauffer et alimenter les poussins. Ces rapaces planeurs profitent des courants d’air ascendants pour repérer les cadavres dont ils se nourrissent. Essentiellement des ongulés, nombreux sur ce territoire relativement sauvage. La réapparition des loups, depuis 2009, qui abandonnent les carcasses de leurs proies après avoir fait ripaille, n’est sans doute pas étrangère au retour des vautours, après un siècle d’absence. On le doit aussi au succès des programmes de réintroduction, dans les proches Baronnies, ou le Verdon : les colonies grossissent sur un site propice jusqu’à atteindre la limite des ressources alimentaires disponibles, puis des couples s’en vont trouver un autre lieu pour faire souche. Sur le rocher du Cire, il y a encore de la place ; plus tard, qui sait où l’espèce se déplacera, si elle poursuit son redéploiement ?

Vue des falaises des gorges de la Nesque © G.C.

 

S’émerveiller, mais de loin

Car les falaises appropriées ne sont pas si nombreuses. Et quand elles existent, encore faut-il que l’être humain laisse de la place aux animaux sauvages. Le vautour est une espèce vulnérable, protégée par la loi en France et en Europe. Comme tous les charognards, ces animaux ont un rôle très important dans les écosystèmes : en éliminant rapidement les carcasses, ils limitent la propagation des maladies et facilitent le retour des nutriments dans le sol. Malheureusement, il arrive que certains les empoisonnent, comme cela a été le cas récemment dans l’Aude.

Mais, même involontairement, on peut leur nuire. La LPO sensibilise les grimpeurs pour que certaines voies d’escalade soient évitées entre janvier et août : « un seul passage peut provoquer la perturbation du couveur et peut conduire à un échec de la nidification par l’abandon du nid, entraînant la destruction de l’œuf ou la mort du poussin ».

D’autres nuisances sont encore pire. Dans les gorges de la Nesque, Nicolas Ughetto, photographe animalier de Sault, le village voisin, a pris le temps de recenser les passages d’hélicoptères et avions : durant quatre jours consécutifs, en janvier 2023, il a dénombré neuf appareils qui ont volé « au dessus et même au dessous des nids de vautours », perturbant la parade nuptiale, essentielle à la reproduction de l’espèce.

Pour les laisser tranquille, il est important de rester à distance, et le plus discret possible. Les sentiers et points de vue aménagés ne manquent pas. Surtout, pas de drone, très intrusif : à l’œil nu ou avec une simple paire de jumelles, il est déjà largement possible d’en prendre plein la vue. D’autant que le vautour fauve n’est pas la seule espèce à observer : avec un peu d’expérience, on peut distinguer des gypaètes barbus, aigles royaux, circaètes Jean-le-Blanc, et même le très rare vautour percnoptère.

Gaëlle Cloarec, le 6 mai 2026

RDV du Parc – Rocher du Cire, 3 mai 2026 © LPO Paca Ventoux

Pour quoi êtes-vous aujourd’hui sur les quais du Vieux-Port ?

Hier, c’était la journée internationale des animaux de laboratoire.

Il faut savoir qu’à côté de Marseille, à Rousset, le CNRS a le projet de tripler son élevage de primates, pour envoyer plus de singes dans les laboratoires français, alors que les directives européennes vont dans le sens contraire. Nous voulons alerter la population car ce sont des êtres hautement cognitifs, sensibles, avec de l’empathie. Nous avons du mal à obtenir des informations sur les souffrances auxquelles ils sont exposés. Contre le CNRS et l’université d’Aix-Marseille, nous nous sommes battus pendant trois ans pour avoir les documents liés aux primates détenus dans les laboratoires. On a eu gain de cause en fin d’année, mais voilà, il a fallu lutter trois ans contre cette opacité, alors que ce sont des éléments censés être publics, que n’importe quel citoyen ou citoyenne peut demander.

L’opinion publique se préoccupe de plus en plus du bien-être animal.

Oui, on s’aperçoit que quand on donne accès à ces informations aux gens, ils ne veulent plus de cette recherche-là, ils veulent une recherche qui soit tournée vers l’avenir, sans dépendance à la souffrance animale, plus pertinente pour l’humain.

Lundi, nos homologues australiens nous ont adressé des images inédites d’un lanceur d’alerte qui a compilé dix ans d’expériences dans les laboratoires britanniques, jusqu’en 2025. Elles montrent que derrière ces fameuses règles des trois R, sous lesquelles ils se cachent pour prétendre garantir du bien-être, il y a toujours des souffrances et des traumatismes pour les animaux.

[ NDLR : 3R pour « Remplacer, Réduire, Raffiner », principe autour duquel s’articule la réglementation européenne en matière de protection des animaux destinés à des fins scientifiques. Remplacer l’expérimentation animale par d’autres méthodes dès que cela est possible ; à défaut, réduire le nombre d’animaux utilisés et raffiner les procédures, c’est-à-dire optimiser les méthodologies employées pour diminuer la douleur animale. ]

 

Banderole de One Voice, le 25 avril 2026 à Marseille © Gaëlle Cloarec

Qu’en est-il de la France ?

Malheureusement la France est numéro 1 en Europe. On reste le pays le plus grand expérimentateur sur plein d’espèces différentes : plus de deux millions d’animaux ont subi des expérimentations. Dans notre bilan 2024, sur les primates, un chiffre colossal : 2897 expérimentations, ce qui est vraiment la honte. Pour les chiens, on en dénombre 3342.

Quand on en parle aux gens sur les quais, ils ont les larmes aux yeux. Ils se sentent vraiment trahis, parce que beaucoup ne savaient même pas qu’il y avait un tel site à Rousset, qui existe depuis 1978.

Ils sont sidérés d’apprendre qu’il y a encore énormément d’animaux qui souffrent dans les labos.

Vous savez à quoi servent les expériences qui sont menées dans ces laboratoires ?

Alors, à Rousset, le business est de vendre les singes aux laboratoires.

Donc, il peut y avoir des labos sur de la recherche fondamentale ; d’autres vont les utiliser pour tester des médicaments, ou se soumettre à des réglementations européennes pour des substances chimiques.

D’où proviennent les animaux ?

Alors, cela va dépendre des espèces. Nous, à One Voice, on se bat depuis des années contre deux élevages de chiens de laboratoires, dans l’Allier et l’Yonne. Les primates, pour beaucoup, viennent de l’île Maurice, un peu d’Asie aussi.

Nous avons mené des enquêtes en 2023 sur les élevages de macaques à longue queue à Maurice, et sur les sept sites qu’on a réussi à infiltrer, tous sont complètement dans l’illégalité sur de nombreuses pratiques. Ils ne sont pas censés capturer des animaux dans la nature, mais entretenir des colonies d’élevage ; dans la réalité, ils sont régulièrement prélevés dans la forêt ; il n’y a rien qui va. Ils sont maltraités, traumatisés, dans des conditions indignes. Certains meurent ou sont tués parce qu’ils sont malades de la tuberculose, d’autres se font arracher les doigts parce qu’ils s’accrochent aux cages. Ils savent ce qui va leur arriver, ils sont tellement intelligents. On a des images vraiment, vraiment choquantes.

On continue à se battre avec nos partenaires à Maurice, Action for primates, Progress Science Mauritius et Monkey Massacre, pour faire connaître la vérité. Parce que continuer à utiliser ces animaux dans les laboratoires entretient tout un trafic.

Ce qui est d’autant plus indigne, c’est que non seulement il y a de la souffrance animale, mais aussi de la souffrance sociale. À Maurice, une grande partie de la population est précaire. Travailler sur ces sites leur donne soi-disant accès à un métier, mais ce sont des métiers qui déshumanisent. On retrouve à peu près la même chose ici, dans les abattoirs. Donc il y a toute une chaîne de manquements aux valeurs éthiques, non seulement animales, mais humaines, à dénoncer.

Vous avez suivi ce dossier depuis 2023 ?

On essaye de suivre quand on peut, avec nos partenaires sur place et d’autres partenaires européens et internationaux. C’est comme cela que nous avions réussi à faire arrêter les transports de primates par Air France, avec un grand travail de collaboration, en suivant les avions et les compagnies aériennes. Mais c’est de plus en plus difficile. En raison des sous-traitances qui se multiplient, on a très peu de traçabilité, c’est un vrai travail de fourmi qui prend un peu plus de temps que les années précédentes.

Je reviens sur la campagne du jour, voulez-vous nous dire comment les citoyens peuvent se mobiliser pour vous aider ?

Bien sûr, il y a plein de moyens de nous aider. Déjà, signer la pétition, ce qui permet d’acter son opposition au projet, parce qu’on n’a pas d’autres moyens démocratiques pour le montrer. Nous, on réalise des sondages d’opinion, mais apparemment, cela ne suffit pas à nos décideurs pour prendre en considération nos attentes. Le dernier montrait que 3 Français sur 4 veulent la fin de l’expérimentation animale.

On a suivi de près la concertation dédiée au projet de Rousset : 93 % des avis déposés sur la plateforme y étaient défavorables, avec des questionnements sur ses fondements éthiques.

Dans l’opinion publique, un grand virage s’opère, mais il n’est pas encore assez visible. Mon message est : partagez nos publications sur les réseaux sociaux, suivez-nous. Ce sont de petites choses, mais cela fonctionne ! Dernièrement, après notre campagne pour l’hippopotame Jumbo, enfermé depuis 30 ans dans un cirque, on a réussi à faire bouger le ministre Mathieu Lefèvre. La puissance des réseaux sociaux est vraiment sous-estimée, n’hésitez pas à impliquer les gens, à les taguer.

On est très présents sur Instagram comme sur plein de réseaux : les prochains événements y seront indiqués pour Rousset. Donc si certains veulent venir nous aider à tracter, on est toujours en recherche de référents locaux, que ce soit sur Marseille ou ailleurs en PACA. Il y a toujours besoin de prêter main forte sur les actions qu’on mène sur le terrain.

Faire des dons, devenir adhérent est aussi bienvenu, parce que malheureusement, le nerf de la guerre, ce sont les finances. Si l’on veut être pris en compte sur le terrain médiatique, politique, on a besoin d’être de plus en plus visibles.

Claire Dulière, chargée de campagne expérimentation animale à One Voice © Gaëlle Cloarec

À propos d’argent, qui finance le site de Rousset ?

Sur le site actuel, c’est le CNRS. La perspective d’agrandissement, de ce qu’on a compris pendant la concertation, répond à une demande de plein d’instituts différents, très gourmands en primates, comme l’Institut Pasteur, le CEA, l’INSERM. Le site de Rousset était le plus facile à agrandir pour ce projet de Centre national de primatologie.

La dépense est quand même de 30 millions d’euros d’argent public, via le dispositif France 2030. Comment se fait-il qu’un projet à ce point détourné de l’avenir reçoive des subventions, alors qu’en parallèle, France 2030 va financer des projets de recherche sur des méthodes d’expérimentation non animale ? Il y a une dissonance complète.

Ensuite, annuellement, le CNRS va mettre la main à la poche pour tout l’entretien, ce qui pourrait atteindre 80 millions d’euros au bout de 10 ans pour ce projet. Ce qu’on a soulevé pendant la concertation, c’est qu’ils laissent entrouverte la porte à de potentiels clients privés. Cela veut dire utiliser de l’argent public, surfer sur la souffrance animale, et en plus potentiellement aboutir à un usage lucratif pour ceux qui vont se manifester.

Dans ses documents sur le projet, le CNRS explique avoir conscience de devoir considérer les primates comme des êtres sensibles, mais revendique qu’il lui est toutefois indispensable de continuer les expériences animales pour la recherche biomédicale.

Ce projet est bancal du début à la fin. C’est un non-sens total pour la recherche, qui peut se passer d’expérimentation sur le corps animal, y compris pour la résilience de la France en termes de solutions médicales. Il y a plein d’autres possibilités bien plus éthiques, et bien plus pertinentes pour les humains.

Je vous le disais plus haut, les dernières statistiques montrent qu’en France, 2 millions d’animaux ont été déclarés utilisés dans les laboratoires : on pourrait drastiquement réduire ce chiffre. Notre coalition Cruelty Free International liste 10 tests déjà connus et approuvés, qui pourraient réduire le nombre d’animaux de laboratoire par milliers. Commençons déjà par ça. Et ensuite, ce qu’il faut, c’est surtout financer le développement d’alternatives. Il y a quelques projets lancés en France, mais quand on voit les sommes allouées… par rapport à des pays comme les Pays-Bas, on n’est même pas à un quart de leur budget.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 25 avril 2026


Pour aller plus loin :

Bilan de la concertation, rapport de Matthias Bourrissoux pour la Commission nationale du débat public, le 16 décembre 2025

Réponse du CNRS aux questions soulevées lors de la première phase de concertation sur le projet de Centre national de primatologie à Rousset, le 17 février 2026.

Dans ce podcast, nous mettons en lumière Wildproject, une maison d’édition indépendante basée à Marseille, qui explore l’écologie de la manière la plus complète possible.

À travers ses différentes collections, la maison donne accès à des pensées écologiques variées : écologie politique, écoféminisme, écologie décoloniale ou encore réflexion sur nos manières d’habiter la Terre. Son objectif est aussi de rendre ces idées accessibles et de participer à la construction d’une culture écologique plus profonde.

Au côté de Georgia Froman, co-éditrice de la maison d’édition, le podcast parcourt ce que propose Wildproject.

Célia Horvath, le 24 avril 2026

 

Georgia Froman, co-éditrice de Wildproject, devant la librairie © Célia Horvath

 

 

« Leurs » loups, « vos » loups, « nos » loups

Le nombre de personnes qui se sentent concernées par le retour du loup en France, depuis sa réapparition dans le Mercantour en 1992, est considérable. Le plus souvent, d’ailleurs, sans l’avoir jamais vu. Le sociologue Antoine Doré est allé à leur recherche « dans les vallées perdues des Hautes-Alpes et le grand dédale de la bureaucratie, dans les laboratoires d’analyses génétiques et les épais volumes juridiques, dans les cabanes pastorales et sous les lustres des fastueuses salles de réception des préfectures, derrières les barricades ou aux archives départementales,… ».

Son retour ne se fait pas sans heurts : le loup est un catalyseur d’enthousiasmes et d’antagonismes virulents. Ce grand prédateur, aussi bénéfique soit-il pour les écosystèmes, dont il assainit les réseaux trophiques, bouscule les intérêts humains, d’autant que l’animal est culturellement chargé d’une symbolique puissante, ancrée dans le temps long. Les bergers souffrent de ses razzias sanglantes dans leurs troupeaux, les chasseurs peuvent voir en lui un rival, les pouvoirs publics suivent une ligne sinueuse entre pro et anti-loups.

L’animal brouille les frontières entre le sauvage et le domestique. Il ne devrait pas s’approcher autant des humains, un comportement qui n’est « pas naturel », clament certains ; tandis que pour d’autres, nous sommes responsables de le tenter avec des moutons abêtis par des millénaires de sélection génétique.


Pourquoi un livre de sciences sociales ?

Les crises environnementales s’aggravent, le changement climatique s’accélère. Les politiques se font confuses, durcissent. Les lignes de failles dans la population française, notamment entre habitants des métropoles et ruraux, défenseurs de la nature, traditionalistes et partisans du business as usual, s’étendent. Peut-être que dans dix, quinze ou vingt ans, les loups auront à nouveau disparu du paysage. Peut-être au contraire, auront-ils fait leur place, si les êtres humains décident de laisser de l’espace au monde sauvage. Notre civilisation est à la croisée des chemins, dans un moment critique, anxiogène, mais aussi excitant, où tout semble possible.

Antoine Doré estime que les sciences sociales peuvent jouer un rôle important pour mieux comprendre les différents points de vue, et au delà, tirer des enseignements des tensions elles-mêmes. Raison pour laquelle il a publié fin 2025 Politiques du loup, aux Presses Universitaires de France. « Comme l’ont démontré depuis longtemps Georg Simmel et de nombreux sociologues et anthropologues par la suite, le conflit n’est pas toujours synonyme de chaos. Il est au contraire un facteur important de cohésion sociale. C’est en particulier au gré de nos querelles, discordes, désaccords, etc., que nous apprenons collectivement à vivre ensemble et que nous faisons société entre humains. »

C’est par le conflit, avance-t-il aussi, que nous apprenons également à composer avec les non-humains pour trouver les voies possibles d’une cohabitation plus vivable pour tous : loups, moutons, éleveurs, naturalistes, chiens de protection, promeneurs, chasseurs, chamois, chevreuils et tant d’autres. Cela représente, pour lui, une bonne occasion « d’apprentissages collectifs et d’ajustements réciproques ».


Histoire et géographie

Un point délicat après l’autre sont abordés posément, dans les pages très denses de ce livre. L’auteur commence par poser des jalons temporels, un contexte historique, embrassant les différentes modalités relationnelles entre populations humaines et lupines à travers différentes périodes et aires culturelles. Sous l’Ancien Régime, après la Révolution française… L’occasion d’apprendre, par exemple, que malgré la démocratisation de la chasse, au XIXe siècle l’organisation de l’extermination des loups constitue « un exercice délicat pour les autorités, prises en tensions entre une aristocratie relictuelle et un peuple frondeur qui fait craindre le retour d’épisodes de violence révolutionnaire ». Le pouvoir craint bien plus les soulèvements populaires que les loups, et interdit l’usage des armes aux paysans indociles de certaines régions.

Antoine Doré donne aussi un aperçu des pratiques dans les pays de l’Est, où ils ont pu prospérer : alors que l’espèce y est chassée sans relâche jusqu’à la Première Guerre mondiale, sous l’influence de l’URSS, les « changements structurels, tels que les réformes foncières visant à mettre fin à la propriété privée des terres, conduisent à un net recul des efforts de contrôle des prédateurs ».

En avançant dans l’ouvrage, le lecteur comprend mieux comment, d’animal effrayant, « légitimement » pourchassé, le loup a pu voir son image basculer plutôt positivement dans l’imaginaire contemporain. Un processus qui s’est opéré « à l’interface trouble et controversée des sciences et des fictions », entre études naturalistes, films animaliers, œuvres de Disney, articles de National Geographic… Une nouvelle culture du loup est née, au moment où l’espèce avait quasiment disparu des paysages occidentaux. Quand elle a réapparu en France, chasseurs et éleveurs étaient passés, dans une partie de l’opinion, du statut de « fer de lance d’une civilisation bientôt débarrassée des bêtes nuisibles » à celui de « figures arriérées de destructeurs de la nature ».


Une « carrière politique retentissante »

Nulle intention de caricature dans la description de ces tendances, bien au contraire. Le sociologue a veillé à « adopter une posture distanciée en suspendant autant que possible jugements moraux et prises de position politiques, afin de mettre en lumière la complexité des processus sociaux, que des débats généralement polarisés finissent par masquer ».

Mais il prend autant de soin à faire le récit très enlevé de la première réapparition du loup dans le Mercantour (étape par étape, car tous les enjeux étaient déjà en germe), que lorsqu’il décrit les changements juridiques, les mesures de protection des troupeaux, les protocoles scientifiques qui ont progressivement découlé de ce retour.

Il montre la même application à étudier les rumeurs persistantes (d’après lesquelles il ne serait pas revenu spontanément par l’Italie, d’où il n’a jamais disparu, mais aurait été réintroduit), ou les émotions intenses provoquées par l’animal, tant du côté des « lycophiles » que des « lycophobes ».

Prendre au sérieux ces affects forts, comme des éléments significatifs, éclaire la « carrière politique retentissante » du loup, au sens où il fait indéniablement bouger les lignes de notre société. Y compris en tant qu’« opérateur territorial », puisqu’il parvient même à influencer la façon dont les humains occupent l’espace ! L’importante couverture médiatique dont il bénéficie est à la mesure des réactions qu’il provoque.


Des relations à la nature en mouvement

Et ces affects interviennent à tous les niveaux. Notamment dans le monde scientifique, qui pourtant s’efforce souvent de les tenir à distance, en visant l’objectivité. Les progrès techniques considérables permettant d’affiner le suivi de l’animal sans s’en approcher (caméras nocturnes, puces électroniques, prélèvements biologiques…), pourraient distancier les chercheurs de leur objet d’étude en l’objectivant. Le sociologue constate qu’il n’en est rien, « l’attachement affectif et moral » perdure.

A contrario, certains bergers qui subissent les attaques du prédateur sur leurs troupeaux décrivent des expériences de stress intense, épuisement, perte de sens, rage et angoisse. Par ailleurs, des éleveurs qui se retrouvent au tribunal, suite à une attaque de leurs patous sur des randonneurs, peuvent éprouver de la colère contre l’État, en considérant qu’ils sont sanctionnés alors qu’ils n’ont fait qu’appliquer ses préconisations sur la protection des troupeaux. Ils dénoncent les sports de loisir, qui seraient priorisés en montagne au détriment de leur activité pastorale. Tandis que les militants écologistes pointent le manque d’analyse systémique du monde agricole, l’économie étant bien plus coupable de la fragilisation de l’élevage extensif, à leurs yeux, que le loup.

À l’appui de leurs visions du monde, les divers acteurs ont opéré une spectaculaire montée en compétences depuis sa réapparition il y a 34 ans. Bataille de chiffres, communication musclée… France Nature Environnement estime que 46 000 moutons sont tués ou perdus dans les Alpes chaque année, pertes dont un faible pourcentage est dû au loup. Mais les tenants de la théorie de la réintroduction ont aussi mené de grosses enquêtes, écrit Antoine Doré, en cherchant à exploiter les incertitudes scientifiques. Certains collectifs agricoles empruntent les codes de l’association L214, qui dénonce les conditions d’abattage industriel en diffusant des images d’animaux d’élevage ensanglantés : ils font de même avec des brebis égorgées par le prédateur, pour choquer l’opinion. Dans la même veine, on se rappelle avoir vu une vidéo d’avertissement délibérément agressive, publiée sur YouTube par des chasseurs hauts-alpins armés et cagoulés.


Une « guerre de représentations »

Dans chaque camp, Antoine Doré repère que l’adversaire est accusé d’entretenir une représentation fausse du canidé. « Nous », considérés comme raisonnables, contre « eux », croyants, accusés de le fétichiser ou au contraire d’en faire un bouc émissaire. L’État est omniprésent dans ce dossier ; c’est notamment lui qui détermine les « niveaux de prédation acceptables » et le nombre de loups pouvant être abattus chaque année.

Cependant, du fait des tensions entre le ministère de l’Agriculture et celui de l’Environnement, il apparaît comme une « entité fragmentée ». Le Groupe National Loup, instance copilotée par les deux ministères, réunit représentants du monde agricole, associations de protection de la nature, parcs nationaux, élus et scientifiques. Cela présente l’intérêt de « maintenir des contacts réguliers entre groupes d’intérêt très divergents »… mais ne satisfait pas grand monde.

Le loup met notre société face à des questions de fond, au moment où la 6e extinction de masse des espèces s’accélère. Il relance les débats sur la nature « ordinaire » contre la nature « emblématique ». Envisager de la « laisser faire », en allégeant l’impact de nos modes de vie, extrêmement envahissants, est une démarche très interventionniste, souligne le sociologue : pour qu’une espèce comme le loup prospère dans les écosystèmes européens, il faut agir sur la réglementation afin de garantir le relâchement de la pression anthropique.

Aussi il consacre de longues pages à l’imbroglio dû au flou juridique longtemps entretenu sur son « état favorable de conservation », qui doit être maintenu selon la Convention de Berne, malgré un abaissement de son statut de « strictement protégé » à « protégé ».

D’ailleurs, depuis la publication de Politiques du loup (septembre 2025), les choses ont encore bougé : comme le détaille Arie Trouwborst, spécialiste du droit international de la protection de la nature, la cour de justice de l’Union Européenne a clarifié des points importants à ce sujet. Notamment, que la conservation des espèces protégées ne vise pas (seulement) à sauver des populations de l’extinction, mais à favoriser une nature florissante, où chaque espèce a la possibilité de remplir pleinement sa fonction écologique. Une « norme minimale, qui ne peut être abaissée ni compromise pour des raisons économiques, sociales ou culturelles », valable pour les loups, mais aussi les castors, ours ou bisons.


Trajectoires non tracées

Côté loups, côtoyer l’humanité semble aussi faire réagir. Des différences individuelles sont relevées au cours des entretiens menés par le sociologue : les observateurs témoignent de tempéraments « plus ou moins peureux, curieux, discrets, téméraires, malins ». Leurs étonnantes facultés d’adaptation, leur capacité à transmettre ce qui s’apparente à des savoirs-faire, voire carrément des cultures de meutes, a déjà été documentée. Les prédateurs du vieux continent européen, massivement anthropisé, développent d’autres stratégies que ceux des Amériques, qui bénéficient d’amples territoires encore relativement préservés de l’influence humaine.

« Avec les loups, écrit Antoine Doré, on réalise que loin de s’effacer et de s’appauvrir, les relations à la nature se ramifient considérablement dans nos sociétés. (…) De plus en plus de personnes accèdent aux vivants sauvages et se coordonnent sur les manière de cohabiter avec. » Et de préciser : contre-intuitivement, « plus les animaux sont invisibles et récalcitrants, plus ces chaînes sont proliférantes, denses et étendues ». C’est bien pourquoi nul ne rivalise avec ces insaisissables et rusés canidés, au mode de dissémination spectaculaire. Des « bêtes faiseuses d’histoires », commente-t-il avec humour.

La suppression de tout conflit autour du loup est illusoire, conclut l’auteur, et nous l’avons vu en introduction de cet article, serait-elle seulement souhaitable ? Mais il peut, nous assure-t-il, être l’occasion d’opérer « un travail collectif et souvent invisible de mise en cohérence qui doit constamment être répété ou réinventé ». Un travail vivant sur le vivant, en somme*.

Gaëlle Cloarec, le 9 avril 2026

* Comme peuvent le faire des associations comme Ferus, en mettant en place, par exemple, des programmes de soutien au pastoralisme en zones à loups, avec des bénévoles prêts à aider les éleveurs à la surveillance des troupeaux.

À lire :

Politiques du loup
Antoine Doré
PUF, 24 €

Et aussi :
Revue L’Alpe n°112 / premier trimestre 2026 / Domestique ou sauvage : l’animal

Cet article est publié conjointement sur notre site et sur celui de l’association Francis Hallé pour la forêt primaire, qui porte un projet de libre évolution sur un vaste territoire transfrontalier en Europe. La présence d’un grand prédateur tel que le loup est essentielle et déterminante dans les écosystèmes forestiers.

Le 3 avril, le Conseil d’État a rendu sa décision : l’ensemble des travaux prévus pour les JO d’hiver 2030, complexes omnisports, tremplins, patinoires etc…, « n’a pas à faire l’objet d’un débat public ». Pouvez-vous nous expliquer de quoi il retourne ?

En droit de l’environnement, il y a une notion juridique importante, celle de projet. Elle implique que lorsqu’un projet va impacter l’environnement, il faut respecter différentes conditions, différentes formalités, notamment une participation du public. Le tribunal administratif de Marseille nous avait suivi sur ce point de savoir si les Jeux, et si les infrastructures à construire pour eux, constituaient en soi un projet. Mais le Conseil d’État a considéré que tel n’était pas le cas.

Il a retenu que les infrastructures, après les jeux, auraient chacune leur propre vie, et ne seraient plus exploitées ensemble. Il estime que la deuxième vie de ces infrastructures fait obstacle à ce qu’elles soient considérées comme un projet, alors même que la première vie de ces infrastructures serait de participer à l’organisation et à l’accueil des JO.

Est-ce que cela fait sauter tout espoir de pouvoir obtenir une consultation de la population ?

C’est peut-être un peu plus complexe que ça. Je crois que ce qu’on peut dire, c’est que ça fait obstacle à ce que la notion de la participation du public telle qu’elle est prévue par le Code de l’Environnement pour les projets, soit mise en œuvre.

Maintenant, à côté de ça, l’article 6 de la Convention internationale d’Aarhus, ratifiée par la France, nous dit que lorsqu’une décision va avoir un impact sur l’environnement, il faut une participation du public, le plus en amont possible, lorsque toutes les options sont encore sur la table, lorsque la décision peut encore ne pas être prise. C’est plus large que la notion de projets, et concerne toute décision qui affecte substantiellement l’environnement.

Donc, nous, nous considérons qu’au regard des exigences de cette convention, il aurait dû y avoir un débat public au stade même de la candidature. Finalement, ce qu’on nous dit aujourd’hui, c’est que vu qu’il n’y a pas de projet, on va pouvoir éventuellement construire une piste de bobsleigh, une patinoire, etc ., et qu’à chaque fois, il y aura un débat. Sauf qu’en réalité, on sait déjà que la France est complètement engagée sur l’obligation de créer ces différentes infrastructures. Pourquoi ? Parce qu’un contrat nous lie au CIO, qui fixe l’étendue des infrastructures devant être mises en œuvre, et que si on ne les réalise pas, on ne peut pas accueillir les Jeux et on doit 500 millions d’euros au CIO.

Votre recours devant le Comité d’Aarhus est en cours ?

Oui. Notre argumentation, c’est l’idée que toutes ces infrastructures, en réalité, sont liées à une seule et unique décision, celle d’accueillir les Jeux. Et cette décision, on sait aujourd’hui qu’elle a un impact sur l’environnement ; c’est un impact chiffré, en tout cas son impact minimum est chiffré. Et nous considérons donc qu’au regard de la convention d’Aarhus, il aurait fallu un débat public, puisque la question de savoir « où est-ce qu’on va construire la patinoire ? », on s’en fout. La question, c’est : « est-ce qu’il faut une patinoire ? »

C’est mon confrère Jérôme Graefe qui porte ce recours pour le collectif. Maintenant, ce n’est pas un recours très satisfaisant, dans la mesure où il s’agit d’un comité international qui va statuer dans plusieurs années, certainement pas avant les Jeux. La décision du Conseil d’État était absolument nécessaire, en réalité, pour imposer une participation du public.

Le Conseil d’État a considéré qu’il n’y avait pas de projet au sens du Code de l’Environnement, mais malheureusement, il ne s’est pas prononcé sur le point de savoir s’il ne devait pas y avoir, a minima, une autre procédure de participation. Nous l’avons sollicité sur ce point dans la requête, mais il ne dit rien là-dessus.

Vous avez la possibilité de le relancer ou c’est fini ?

On va essayer, je pense, de trouver les moyens d’avoir une réponse sur ce point précis. Quand nous aurons trouvé le bon moment pour le faire. Mais par ailleurs, à côté du recours devant le Conseil d’État, nous en avons un autre, en cours d’instruction, contre le Contrat Hôte olympique et contre la décision d’organiser les Jeux. On conteste là aussi l’absence de participation du public. Ce qui est intéressant, c’est de voir que les autres pays, notamment en Allemagne, en Suède, en Suisse, avaient de leur côté, au moment où ils étudiaient l’opportunité de candidater, organisé des référendums. Donc eux considéraient que la participation du public s’imposait en amont. Ce qui est aussi intéressant, c’est de voir que sur ces référendums, à chaque fois, la population a voté contre l’organisation des Jeux. Raison pour laquelle ces pays n’ont pas présenté de candidature. Ce qui rompt avec deux discours du gouvernement, qui sont de dire : un, il n’y a aucune mesure de participation du public qui s’imposait et deux, de toute façon, on sait très bien que la population française adore les Jeux et qu’elle serait contente d’en avoir sur son territoire. Est-ce que c’est une certitude ? Ça, je ne le sais pas, mais de toute façon, il aurait fallu avoir une procédure de consultation pour pouvoir l’affirmer.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 16 avril 2026

À 43 ans, Gaspard Kœnig est essayiste, philosophe ; il a été « plume » au sein du cabinet de Christine Lagarde, homme politique aussi, et compte déjà une vingtaine d’ouvrages à son actif. C’est pourtant le genre romanesque, tendance roman naturaliste à la Zola, qui semble aujourd’hui avoir ses faveurs. Un genre qui, sous couvert de fiction, permet d’aborder les enjeux sociaux et politiques les plus contemporains ; qui, en mettant en scène une galerie de personnages aux opinions et aux modes de vie divers, voire divergents, évite les visions binaires et les jugements hâtifs. Comment retrouver la part de légende, la sensualité de l’eau lorsque celle-ci est gérée par des technocrates hors-sol ? Que faire lorsque cette ressource vitale se raréfie ?

En quelque 440 pages, Kœnig pose ces questions, sans forcément apporter de réponses définitives, – et c’est très bien : au lecteur de s’interroger et de se forger une opinion. Alors, si on ne craint pas de plonger, de se laisser glisser dans le courant et d’en suivre les méandres, on prend grand plaisir à ce récit aux multiples facettes, qui mêle mythes, sciences, vie rurale, enjeux écologiques, agriculture intensive, politiques locale et nationale, histoires individuelles…

Il se déroule pour la majeure partie dans le bocage normand. Une région que l’auteur connaît bien puisqu’il s’est installé à la campagne depuis son grand virage écologiste des années 2020 [ NDLR : un virage relatif, puisqu’en adepte de la philosophie libérale, sa pensée reste compatible avec notion de progrès et capitalisme ]. Il y a d’ailleurs sans doute pas mal de lui dans le personnage de Martin Jobard (sic !), un des protagonistes principaux. Celui-ci, natif de Saint-Firmin et devenu haut fonctionnaire à Paris, décide de revenir dans son fief natal afin de succéder à la mairie du village à son oncle, le vieux Jobard (re-sic !), un agriculteur à l’ancienne, peu regardant sur l’usage des polluants et les captations sauvages. Mais c’est sans compter avec Maria, une anthropologue spécialiste des communs, devenue tenancière de l’épicerie bio-locale-solidaire, qui brigue elle aussi cette fonction, afin de protéger la source traditionnelle du village. Las, lorsque l’eau vient à manquer, tout se complique. Mésaventures préfectorales, rivalités, haines recuites, relents racistes jaillissent. Heureusement, on relève aussi pas mal d’humour, des scènes et des dialogues cocasses, des personnages très incarnés, beaucoup d’autodérision de la part d’un auteur qui sait visiblement de quoi il retourne, et, étonnamment, quelques raisons de garder espoir.

Bref, un bon gros roman qui, comme ceux du XIXe, aide à penser notre époque et nos façons d’habiter le monde. Afin que, peut-être, nous soyons plus soucieux de nos biens communs et de leur partage équitable.

Fred Robert, le 9 avril 2026

Aqua
Gaspard Kœnig
Éditions de l’Observatoire, 23 euros

Et à (re)lire, Humus, coll. J’ai Lu

Lancers de farine et sifflements, gare à ceux.celles qui ne se prêtaient pas au jeu du déguisement. Dans une ambiance festive et colorée, près de 14 000 personnes ont paradé de la place Jean Jaurès (La Plaine) jusqu’à Noailles sur un thème anti-armement : « moins de balles, plus de bals ». Malgré des arrêtés préfectoraux pour préserver « l’ordre public » les carnavalier·e·s n’ont pas caché leurs revendications politiques et sociales. Anti-guerre, anti-libéralisme, décroissance, préservation de la nature : la convergence des luttes semblait l’évidence de ce carnaval phocéen. Comme quoi, la citation de l’écologiste brésilien Chico Mendes « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ! » inspire encore beaucoup.

Carnaval de La Plaine 2026 – 2 © Chloé Roulet

 

À travers leur costume, nombre de carnavilier·e·s ont redoublé de créativité pour manifester leur engagement écologique. Oiseaux, insectes, mammifères mais aussi fleurs et arbres, les êtres vivants autres qu’humains étaient fortement représentés. Grenouilles, abeilles, cochons, loups, poissons et oiseaux se sont rassemblés pour célébrer la faune, en dénonçant ce qui cause son extinction.

Lery, 26 ans, porte sur son dos un porcelet. Il fait référence à La ferme des animaux de George Orwell : « Ce cochon, il est fatigué ! Fatigué des positions de pouvoir dans l’armement et les guerres. Celles qui abusent du reste de la population ». Catégorique, il affirme que les politiques sociales doivent prendre en compte l’impératif écologique. « L’intersection des luttes est primordiale. Nous devons tendre vers la décroissance pour trouver de l’intérêt et du sens dans notre quotidien. On ne peut pas continuer notre train de vie, nos pratiques comme si de rien n’était. »

Carnaval de La Plaine 2026 – 3 © Chloé Roulet

À quelques pas, une festivalière déguisée en cétacé fait part du même sentiment, en ajoutant l’intérêt belliqueux de nos sociétés : « On trouve toujours des moyens pour bombarder, pour avoir des canons, des F-15, mais jamais pour l’éducation, les hôpitaux, ni pour préserver le Vivant. » Elle tire une conclusion similaire à celle de Lery : « Les ressources finies de notre planète sont sacrifiées pour une quête de croissance infinie, qui signe notre arrêt de mort. » Alors que le changement climatique glisse en arrière-plan des priorités politiques, les dépenses militaires des 32 pays membres de l’Otan ont, quant à elles, augmenté de 20 % entre 2024 et 2025 selon le dernier rapport de l’Alliance. Une actualité qui résonne pleinement avec le thème du carnaval.

Carnaval de La Plaine 2026 – 4 © Chloé Roulet

 

« Plus de mares, moins de béton » martèlent au loin deux carnavaliers. Monsieur Yucca et Monsieur Grenouille réclament plus d’espaces verts, des plantations à la place des zones industrielles dont les usines d’armement : « On veut des grenouilles partout ! Il y en a marre du béton, on veut des zones humides, plus de marécages. » Des revendications qui font écho à celles de Théo, fervent défenseur des abeilles, qui n’hésite pas à faire preuve d’anthropomorphisme : « Les abeilles sont antimilitaristes, ce sont les reines de la nature. S’il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus d’espèces : elles font vivre la planète entière. Il faut les préserver. »

À Marseille, deuxième ville de France, le décor urbanisé laisse peu de place aux amphibiens et aux apidés. Pour leur redonner la place qu’elles méritent, des initiatives locales émergent. Depuis 2023, le quartier de Montolivet dans le 12e, accueille la Maison des Abeilles et de la Biodiversité, un lieu dédié à la préservation de l’environnement ou « 120 000 abeilles ont déjà pris place sur l’espace dédié à leur vie quotidienne ».

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 5 © Chloé Roulet

 

Côté mer, Antoine, déguisé en poisson, s’inquiète lui aussi pour ses amis marins : « L’océan est pollué, à Marseille on est particulièrement touchés. On veut une mer plus saine ». Un constat appuyé par une mauvaise nouvelle : pour la première fois, une plage a été déclarée « impropre » à la baignade par l’Agence régionale de santé. Cet été, la plage de l’Huveaune, dans les quartiers sud, sera donc exceptionnellement fermée à cause de la pollution.

Si la faune était présente en nombre, la flore n’était pas en reste. Rejoignant le cortège, les plantes et végétaux ont fait valoir leurs droits. Océane, 22 ans, en service civique, salopette de jardinière, verdure et arrosoirs à la main, en témoigne avec enthousiasme : « Il faut faire germer des idées radicales de gauche ».

Un photoreportage de Chloé Roulet et Carla Lorang, réalisé le 29 mars 2026

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 6 © Chloé Roulet

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 7 © Chloé Roulet

 

La rédaction de Qui Vive et celle du média Le Zéphyr, consacré à la protection du vivant, ont décidé de nouer un partenariat éditorial, en raison de nos centres d’intérêt et valeurs partagés. Régulièrement, vous retrouverez des contenus de l’un chez l’autre et vice-versa.

Ce premier article, rédigé par Philippe Lesaffre, a été initialement publié dans le numéro du Zéphyr consacré aux réintroductions animales, paru en mai 2025.



« Il reste du travail », lâche Camilla Crifò, en jetant un œil sur la steppe de la plaine de Crau. Au cœur des Coussouls, comme on dit dans cette contrée, la biologiste suit et étudie les criquets de Crau, insectes endémiques de la vaste étendue de galets et d’herbes sèches de ce territoire des Bouches-du-Rhône. Classé en danger critique d’extinction sur les Listes rouges nationales et régionales de l’UICN, l’orthoptère n’est pas très loin de disparaître du site de la réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau, basée à quelques encablures de la cité d’Arles.
« Autrefois, cette petite bête y était bien présente sur l’ensemble du territoire. Mais il ne reste aujourd’hui que trois foyers de population », précise l’employée du Conservatoire d’espaces naturels Provence Alpes-Côte d’Azur (PACA), en charge depuis 2023 du projet LIFE SOS Criquet de Crau, programme de conservation de l’espèce lancé en 2021 (1).

Toutefois, quatre ans après, l’espoir gagne du terrain, même s’il est encore trop tôt pour crier victoire. « L’un des trois foyers est en croissance, mais il convient de laisser les individus se reproduire. On ne pourra dire que dans quelques années si nos actions mises en place ont vraiment porté leurs fruits. »

Un insecte très discret

C’est que l’animal, mesurant entre 3,5 et 4,5 cm, reste très discret. Même les spécialistes les plus aguerris ont du mal à l’apercevoir (et donc à estimer le nombre d’individus), tant il arrive à se camoufler au sol. Quand il se pose sur un caillou, par exemple, sa teinte rappelle la terre battue. Ce criquet, de surcroît, ne stridule pas, ou très peu.

Muni d’ailes atrophiées, Prionotropis rhodanica, espèce brachyptère, ne peut ni sauter ni s’envoler. « Résultat, dit-elle, au cours de leur vie, les criquets ne se déplacent que de quelques mètres. » Une absence de mobilité qui les pénalise, d’autant que « leur territoire de prédilection s’est progressivement réduit de 70 % depuis le 16e siècle ». Petit à petit, une grande partie de la steppe originelle – milieu unique en Europe – a été transformée en zones agricoles ou en sites industriels. « Si une grande partie des habitats naturels sont abîmés ou détruits, explique Camilla Crifò, les insectes ne peuvent se disperser en vue de recoloniser de nouveaux espaces plus loin. »
Afin de stopper l’hécatombe et de construire un site le plus accueillant possible, le CEN-PACA travaille avec la chambre d’agriculture du département des Bouches-du-Rhône, co-gestionnaire de la réserve. Un partenariat qui semble plutôt « atypique », admet-elle, mais somme toute logique : « Depuis l’époque romaine, il y a du pâturage sur la plaine de Crau, c’est une activité structurante de ce paysage. » Une trentaine d’éleveurs et leurs bergers y font pâturer leurs troupeaux régulièrement, en majorité entre mars et juin, ce qui maintient le milieu ouvert et assure le maintien de la flore locale. « La présence des bêtes, en soi, glisse Camilla Crifò, n’est pas une menace pour le criquet de Crau. Ils ont toujours cohabité. »

Des « circuits adaptés » pour le pâturage

Pour autant, le CEN propose « des adaptations des circuits de pâturage sur certains sites à l’intérieur de la réserve afin de préserver l’équilibre délicat qui existe entre les bêtes, la végétation, et la biodiversité présente sur ces sites au printemps », dit-elle. Les gardes-techniciens de la réserve installent également quelques enclos temporaires pour préserver la végétation et laisser les criquets trouver de quoi se nourrir et s’abriter. D’ailleurs, le CEN aborde la question de la cohabitation lors de ses interventions régulières au centre de formation de bergers du Merle à Salon-de-Provence, par exemple. « La transmission et la sensibilisation sont importantes. »

Le territoire sur lequel les bergers évoluent est riche en biodiversité. Des oiseaux insectivores coloniaux (qui vivent en colonies) survolent également la zone, curieux et affamés. « Ces dernières années, on a vu par exemple de nombreux hérons garde-bœufs suivre les ovins durant leur présence dans la réserve et s’établir sur la zone. Ces oiseaux peuvent représenter un réel danger pour les insectes orthoptères. » Il s’agit là de les surveiller et d’étudier leurs comportements, et ainsi de mieux agir sur l’habitat des orthoptères.

Durant des suivis scientifiques sur le terrain, les équipes du CEN tentent de les retrouver, ces arthropodes. Elles les numérotent dans l’optique de les reconnaître lors des passages suivants, avant de les relâcher, bien sûr. Autant d’informations qui alimentent une base de données, visant à mieux connaître l’état de la population de ces insectes-là.

Assurer la viabilité des populations

Depuis 2015, à partir de quelques individus sauvages capturés, un programme d’élevage a été initié par le Conservatoire et ses partenaires, entre autres le Parc animalier de La Barben, entre Salon-de-Provence et Aix-en-Provence, et le Muséum de La Citadelle de Besançon. Ces derniers possèdent un centre d’élevage pour les insectes, à l’intérieur duquel on les laisse se reproduire au cours de l’année. Entre la fin de l’été et début avril, les membres du Conservatoire récupèrent les oothèques, soit les coques contenant les œufs. « On les enterre dans leur milieu naturel à l’intérieur d’une volière, donc à l’abri des prédateurs insectivores où les oothèques restent en incubation pendant tout l’hiver, indique Camilla Crifò. Avant l’éclosion, on transfère les nouvelles pontes au sein des centres d’élevage de La Barben et de Besançon. Puis les insectes éclosent, se développent et finissent par se reproduire. Et rebelote : on cherche les oothèques et on les emmène dans l’une des volières de la réserve… »

But de l’opération : assurer la viabilité des différentes populations de criquets sauvages dans la plaine de Crau, via la réintroduction d’individus. « On souhaite fonder des nouvelles populations qui soient à terme connectées entre elles ainsi qu’aux foyers existants ». Grâce au projet LIFE, des volières dédiées à ce projet ont même été installées au sein de la réserve.

60 individus réintroduits

Officiellement, l’aventure de la réintroduction a démarré en juin 2024. Ce mois-là, 60 individus ont pu être relâchés dans des zones que Camilla ne dévoilera pas. La plupart des criquets proviennent de captures d’individus sauvages. Les autres sont issus d’oothèques écloses entre mars et avril 2024 dans la volière du Parc animalier de La Barben et dans la volière de Crau.

Trente oothèques pondues en captivité entre juin et juillet 2024 du côté des partenaires (à La Barben et à la Citadelle de Besançon) ont en outre été déposées dans le sol de la plaine de Crau. Camilla Crifò nous précise : « Après l’incubation qui a duré tout l’hiver, les criquets issus de ces oothèques ont vu le jour sur le site de réintroduction au début du printemps 2025. »

Quand on l’a rencontrée tout début 2025, elle ne savait pas encore si le programme LIFE, prévu à partir de 2021 pour quatre ans au départ, allait pouvoir être prolongé jusqu’à fin 2026. Quoi qu’il arrive, le Conservatoire, soutenu par divers acteurs publics ou encore par la Fondation du Patrimoine, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : « Le programme sera poursuivi afin d’atteindre l’objectif d’améliorer le statut de conservation du criquet de Crau, espèce endémique et emblématique de la réserve. » Elle a bon espoir de sauver cette petite bête. « On verra si ça fonctionne. En tout cas, on sait que c’est la démarche à suivre pour préserver l’espèce… »

Philippe Lesaffre, mai 2025

(1) financé au départ pour quatre ans à 60 % par l’Union européenne, mais aussi par le ministère des Armées, de la Transition écologique, par la région et le département.

FNE PACA et les solutions fondées sur la nature

Depuis début 2026, France Nature Environnement PACA organise des sorties de terrain pour faire découvrir des “solutions fondées sur la nature”, appliquées à la restauration des zones humides. L’idée est simple : s’allier avec la nature pour lutter contre le réchauffement climatique.

Ces sorties, appelées les “solutions qui coulent de source”, sont organisées par Mattia Trabucchi, chargé de mission Eau et Mer au sein de l’association. Elles permettent d’aller à la rencontre des acteurs locaux (agriculteurs, collectivités, communes, entreprises, etc.) afin de comprendre concrètement comment sont menés les projets de restauration écologique.

FNE PACA a par ailleurs sorti une web série appelée “Ça coule de source ?!” consacrée aux utilisations responsables de l’eau. L’objectif est de montrer les bénéfices de ces approches pour la biodiversité, mais également pour les sociétés humaines, longtemps restées dans une logique d’exploitation des milieux naturels.

La sortie était animée par Anne-Laure Barthélémy, Animatrice Zones humides Région et Alpes du Sud du Conservatoire d’espaces naturels PACA, une association régionale de protection de la nature. La rivière de l’Encrême constitue un site d’observation privilégié, notamment en raison de la présence du castor, dont l’activité contribue naturellement à la restauration du cours d’eau.

Mattia Trabucchi et Anne-Laure Barthélémy animant la sortie © Célia Horvath

 

Pourquoi préserver les zones humides ?

D’après le Site des statistiques publiques de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement (SDES), entre les années 1960 et 1990, environ la moitié des zones humides ont disparu en France, en grande partie à cause des politiques d’assainissement. À l’époque, ces milieux étaient considérés comme insalubres et sources de maladies, et l’objectif était de drainer les marais pour les rendre exploitables. Avec l’artificialisation des terres, la construction de routes, cette disparition s’est amplifiée depuis, pour atteindre les deux tiers.

La rivière de l’Encrême illustre bien ces transformations. On dit qu’elle a été “domptée” par les humains, autant pour l’agriculture que pour l’urbanisme. Dans les années 1960, le cours d’eau a été rectifié et profondément modifié pour en contrôler le débit.

Résultat : la rivière s’est progressivement enfoncée dans son lit, ses berges se sont élevées et elle se retrouve désormais à sec 2 à 3 mois par an. Ce phénomène empêche la recharge de la nappe phréatique et assèche les prairies alentour.

Pourtant, ces zones humides ont un rôle essentiel. Elles permettent d’avoir de l’eau en quantité, car elles rechargent les cours d’eau, mais aussi de l’eau de qualité, car elles filtrent et dépolluent. Elles sont, également, bénéfiques pour l’activité socio-économique des agriculteurs de la région qui dépendent de l’humidité des prairies pour faire de la fauche ou du pâturage.

Dans ce contexte, sur les rives de l’Encrême, contrairement à d’autres endroits, le castor est donc bien accueilli.

Berge de moins en moins enfoncée, grâce aux barrages du castor tout au long du cours d’eau © Célia Horvath

 

Quel est le rôle du castor ?

Le castor est un “architecte bâtisseur” de nos rivières. Il transforme profondément son environnement et permet à nos rivières de respirer à nouveau.

Au niveau de l’Encrême, il s’est installé et a consolidé son embâcle (tas de bois mort) sur une hauteur de 2,5 mètres, permettant de remonter le cours d’eau à la hauteur de la berge. Il permet d’éviter l’effet drainant, de ralentir l’écoulement (évitant les inondations), et donc d’apporter plus de diversité de milieux. Une énorme richesse pour les animaux : ces zones calmes deviennent rapidement des refuges pour eux ; ils viennent y boire, se nourrir ou chasser. En modifiant la dynamique de l’eau, le castor agit ainsi comme un véritable ingénieur des écosystèmes.

Ebauche de barrage © Célia Horvath

 

Une solution naturelle et peu coûteuse

En général, la restauration hydromorphologique d’un cours d’eau par des moyens techniques est très coûteuse. Le castor, lui, accomplit ce travail gratuitement et de manière continue.

Son activité est aujourd’hui considérée comme une solution fondée sur la nature. L’idée est de s’inspirer de ses constructions pour reproduire artificiellement des barrages ou des embâcles, afin de restaurer plus rapidement les milieux dégradés.

Selon Anne-Laure Barthélémy, l’idée serait aussi de former la population à ces pratiques : « cela permettrait à un territoire de se réapproprier l’eau et son lien au vivant ».

Arbre cassé par le castor, sur lequel il récupère les branches © Célia Horvath

Comment vivent les castors ?

Très mauvais marcheurs, en raison de leur corps massif et de leurs pattes courtes, les castors sont en revanche parfaitement adaptés à la vie aquatique. Pour sécuriser leurs déplacements et accéder à leur nourriture, ils construisent donc des barrages.

Pour bâtir leurs ouvrages, ils rongent les arbres et les font tomber. Ils peuvent alors récupérer le matériel qui leur est nécessaire : les branches.

Anne-Laure Barthélémy explique que « leur choix n’est pas aléatoire, ils vont construire à l’endroit le plus stratégique pour eux. Ils ont une bonne lecture de l’eau et de la nature, leur permettant de savoir où l’eau afflue le plus ».

Lors de notre visite, le barrage principal avait été emporté par une crue récente, mais les castors l’avaient construit à la confluence de 3 ravins, récupérant toute l’eau possible. Ce type d’événement fait partie du cycle naturel, le castor reconstruit généralement son ouvrage en quelques semaines.

Les castors vivent en unités familiales, formées d’un couple et de ses petits. Pour marquer leur territoire, ils utilisent une substance odorante appelée “castoréum”, déposée à la surface de l’eau ou sur les berges.

Grâce aux mesures de protection dont ils bénéficient, leurs populations sont aujourd’hui en expansion en France, à l’inverse de nombreuses autres espèces liées aux milieux aquatiques.

Le castor a commencé à ronger d’autres arbres pour les faire tomber et récupérer le matériel pour reconstruire le barrage principal © Célia Horvath

Un allié face à la crise écologique

Longtemps chassé et considéré comme un nuisible, le castor apparaît aujourd’hui comme un allié précieux face aux défis environnementaux. En restaurant naturellement les zones humides et en régulant les cours d’eau, il nous montre que certaines des solutions les plus efficaces face au changement climatique existent déjà dans le monde vivant.

Observer son travail sur le terrain, rappelle que protéger la biodiversité ne consiste pas seulement à préserver des espèces, mais aussi à reconnaître leur rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes. S’inspirer du castor, ou simplement le laisser agir, pourrait bien faire partie des solutions les plus durables.

Célia Horvath, le 27 mars 2026

Mattia Trabucchi et Anne-Laure Barthélémy animant la sortie © Célia Horvath


Que faire en tant que citoyen pour participer à la protection des zones humides ?

Agir localement :

– Participer à des opérations de nettoyage des zones humides proches de chez vous
– Soutenir ou rejoindre des associations, comme FNE, qui œuvrent pour la conservation des zones humides
– Éviter de dégrader ces milieux : ne pas piétiner la végétation fragile, ne pas jeter de déchets, respecter les sentiers balisés, ne pas construire des barrages soi-même

Réduire son impact environnemental :

– Limiter l’usage des pesticides et engrais dans votre jardin, ou mieux, adopter le jardinage écologique (compost, plantes locales, paillage)
– Réduire sa consommation d’eau pour éviter le prélèvement excessif dans les nappes phréatiques qui alimentent les zones humides
– Favoriser les produits locaux et sans traitements chimiques pour limiter la pollution de l’eau

Nicolas Delcros, le 27 mars 2026

Le 14 mars 2026, veille du premier tour des élections municipales, une manifestation avait lieu à Marseille, à l’appel d’une centaine d’organisations, syndicats et collectifs.
Les mots d’ordre étaient : anti-militarisme, anti-racisme et antifascisme. Qui Vive a baladé micro et appareil photo dans le cortège, pour demander aux manifestants si, selon eux, on peut les articuler avec l’écologie, la lutte pour la préservation de la biodiversité et contre le changement climatique.

Un podcast réalisé par Nicolas Delcros, illustré par les photographies de Carla Garson, le 14 mars 2026.

 

 

Manifestation du 14 mars 2026 à Marseille 2 © Carla Garson

Manifestation du 14 mars 2026 à Marseille 3 © Carla Garson