• VENGEANCE SÉMANTIQUE POUR LES DÉFENSEURS DES ANIMAUX !
    C’est une guerre des mots qui semble prendre une forme burlesque… Les eurodéputés ont tout d’abord adopté en octobre un amendement visant à prohiber, pour les produits végétaux, les appellations faisant référence à la terminologie de la viande comme “steaks végétaux” ou “burger végétal”. Ce samedi 1er novembre, le peu d’élus présents au Parlement européen a réussi à faire voter un amendement inverse. Dans une même logique de transparence pour les consommateurs, dorénavant tous les produits d’origines animales devront être estampillés de la mention de “cadavre” concernant la viande ou de “sécrétion animale” concernant le fromage. Pour résumer, on ne dira plus “lardons” mais bien “petits parallélépipèdes de cadavre de cochon” ou “bleu d’Auvergne” mais bien “sécrétion animale auvergnate”. Bon appétit bien sûr !

 

  • L’ENTREPRISE TOTAL ENERGIES CONDAMNÉE POUR GREENWASHING !
    Saisie par les ONG Greenpeace France, Les Amis de la Terre France et Notre Affaire à Tous, le tribunal judiciaire de Paris a condamné la multinationale pour pratiques commerciales trompeuses ce 23 octobre, en raison de ses communications mensongères dans lesquelles elle affirme son ambition de neutralité carbone et se vante d’être un acteur majeur de la transition énergétique. Sur son site, Greenpeace se félicite : « C’est la première fois à travers le monde qu’une major pétro-gazière est condamnée par la justice pour avoir trompé le public concernant sa contribution à la crise climatique ».

 

  • LE MAIRE DE MARSEILLE INTERDIT LES BATEAUX DE CROISIÈRES !
    Benoît Payan, avait en premier lieu lancé en 2022 une pétition afin d’interdire l’accostage durant les pics de pollution de ces « bateaux énormes qui rejettent autant de pollution qu’un million de voitures et détruisent la biodiversité de cette rade qui est la plus belle du monde ». A quelques mois des élections municipales, après avoir rencontré le collectif Stop Croisières, le maire marseillais a finalement pris la décision d’interdire l’accostage de ces bateaux durant toute l’année : « les Marseillaises et Marseillais meurent de cette industrie tous les jours de l’année, pas seulement durant les pics de pollution, et les quelques filtres installés n’y feront rien ». Lire la suite

Trois fois la colère, le titre claque. Comme claque celui de la maison à laquelle Laurine Roux reste fidèle depuis ses débuts : les Éditions du Sonneur. Elle a bien raison car l’objet-livre en jette. Trois tiges d’ortie, l’une vert forêt, l’autre violette, la dernière pourpre, partent à l’assaut de la couverture vert gazon. Trois tiges comme trois rejetons de la même souche. Les orties jalonnent chaque partie du roman, qui semble mu par une poussée végétale irrésistible, de la racine au drageon. Elles ponctuent chaque respiration du texte. Comme autant d’aiguillons qui taraudent les personnages et le lecteur.

On est happé par ce récit mené tambour battant dès le prologue. Celui-ci met en scène la chevauchée éperdue d’une jeune fille, Miou. Elle trimballe dans un sac la tête de l’homme qu’elle a décapité, Hugon le Terrible, son grand-père. Cela commence fort ! Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Pourquoi galope-t-elle vers le château de Bure avec son sinistre trophée ? L’histoire qui suit permettra de comprendre ce geste de vengeance et de réparation. Ce serait dommage de divulgâcher. On ne le fera donc pas. Qu’on sache seulement qu’intrigues, violences, secrets de famille, scènes de torture et batailles ne manquent pas dans ce roman épique que Laurine Roux dit avoir écrit sur le tempo de la célèbre série Game of Thrones. Le temps des croisades lui a fourni un décor parfait pour aborder par le biais de la fiction certaines questions actuelles qui tournaient dans sa tête : celles de la justice, de la domination masculine, de « la place utile de la violence ».

Et puis, dans ce tourbillon de brutalité, il reste des moments de tendresse, des figures sensibles et généreuses, des havres de paix. Comme autant de lueurs dans l’obscurité. La forêt, véritable personnage de ce conte, abondamment et superbement évoquée, est ici un lieu de ressource, d’enchantement. Laurine Roux adresse d’ailleurs ses remerciements « aux montagnes des Hautes-Alpes, aux forêts, aux fantômes, et aux mondes imaginaires, refuges dans le chaos. » Un bel hommage à la nature vivante et sauvage de sa région et à tous les possibles qu’offre la littérature.

FRED ROBERT

Le 3 novembre 2025

Trois fois la colère de Laurine Roux
Éditions du Sonneur, 20 euros

Qui Vive : Quelle a été la démarche pour réaliser ce dossier ?

Paul Naglik : En tant que fédération régionale de France Nature Environnement (FNE), nous avons réfléchi à la meilleure façon de préparer un outil qui puisse être adapté à tous les territoires de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA). C’est l’une des difficultés, car les réalités sont très diverses selon que l’on vit dans les Hautes-Alpes ou dans le Var. Pour cela, nous avons d’abord sollicité nos six fédérations départementales en leur proposant un questionnaire. On souhaitait savoir si les gens s’étaient mobilisés en 2020, lors des dernières municipales, si oui de quelle façon, s’ils envisageaient de se mobiliser en 2026, si oui comment, et de quoi ils auraient besoin de notre part.

Il est ressorti deux demandes : mieux connaître la distribution de compétences, comment sont-elles réparties entre les communes et les Établissements Publics de Coopération Intercommunales (EPCI), et avoir un kit de communication à transmettre aux citoyens et aux associations sur le terrain. L’idée est donc, dans ce dossier, de fournir des éléments qui peuvent être utilisés pour amener des thèmes dans la campagne électorale, dans la rédaction des programmes, lors de réunions publiques, etc.

Comment avez-vous sélectionné ces thèmes ?

Grâce aux réponses de nos fédérations départementales, et dans la lignée de nos actions à France Nature Environnement PACA, nous avons fixé cinq axes principaux. Pour chacun d’eux, nous avons développé cinq interpellations, dont les citoyens peuvent s’emparer pour porter ces questions dans le débat public. Nous n’avons pas fait de hiérarchie, les cinq axes et les vingt-cinq interpellations ont toutes la même importance. Notre travail a consisté à trouver l’équilibre entre les sujets de société dont nous pensons qu’ils doivent être traités pendant ces municipales, et le lien avec les compétences communales. Car tous les sujets ne peuvent pas être traités au niveau communal. On n’a pas souhaité se focaliser sur le côté politique de l’élection. Notre enjeu c’est d’identifier des thèmes qui peuvent concerner tous les territoires, de proposer des pistes d’interpellations, et de mettre en valeur des bonnes pratiques, pour inspirer les gens. Les cinq axes sont :

  • protéger, renaturer et stopper la dégradation des écosystèmes
  • contribuer au débat démocratique en mettant la préservation du vivant au centre et en impliquant les citoyens
  • définir les conditions d’un modèle de société plus égalitaire basée sur une sobriété choisie
  • agir pour la santé et le bien-être du vivant en réduisant les pollutions et en prenant en compte les risques naturels, industriels et sociaux
  • s’adapter au changement climatique et réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre

C’est un travail d’ampleur, comment s’est organisée la rédaction de ce dossier ?

Le projet est en réflexion depuis plusieurs mois. Marine Testut, chargée de mission déchets et risques industriels à FNE PACA, et moi-même, chargé de mission aménagement et transport, nous en assurons la coordination. Nous avons sollicité nos équipes en interne et nous avons fait appel à nos membres bénévoles qui souhaitaient s’y impliquer. En tout, nous sommes une dizaine à travailler dessus. Les premières réunions de groupe ont eu lieu au mois d’août, puis nous nous sommes répartis les sujets, les recherches à effectuer, les rédactions à réaliser, nous mettons tout cela en commun à chaque réunion et nous avançons ! Fin octobre, le dossier sera en ligne sur notre site. Nous mettrons aussi à disposition sur le site un document de synthèse, que nous appelons le plaidoyer, qui rassemble les vingt-cinq interpellations. Les municipales auront lieu en mars 2026, et vers février, on fera également une communication de ces éléments sur nos réseaux sociaux.

C’est un projet qui émane de FNE PACA, mais en plus, nous nous reposons sur un autre cadre de travail, initié par FNE national, avec le Collectif Transition Citoyenne, qui est la campagne Mairie Me. Celle-ci est plus large, elle contient de nombreuses propositions et offre une plateforme de références, avec un réseau étendu. Si les citoyens veulent approfondir un sujet pour les municipales, s’impliquer plus directement dans les élections, on les renvoie vers Mairie Me. Nous, à l’échelle locale, on propose ce dossier avec cet ensemble d’interpellations, et Mairie Me permet de mobiliser pour porter des revendications concrètes auprès des candidats.

Affichage électoral à Marseille ​© Jan-Cyril Salemi

Affichage électoral à Marseille ​© Jan-Cyril Salemi

Votre démarche est donc avant tout de vous adresser aux citoyens plutôt qu’aux élus ou aux futurs élus ?

On veut rester sur des propositions de fond et des thèmes de discussion. On évite le postulat élu et partisan, et on met en valeur des choses qui sont faites par plusieurs types de communes, avec des majorités différentes. Surtout, ce qu’on ne veut pas, c’est que nos débats locaux soient victimes des clivages nationaux. C’est d’ailleurs le sens d’une tribune que nous allons publier début novembre dans le journal La Provence. Nous considérons qu’il y a une écologie du local, et des politiques publiques locales qui peuvent être pensées de manière transpartisane. Elles peuvent être efficaces, sans être tributaires des débats sur l’écologie politique qu’on a beaucoup au niveau national.

Un récent sondage a montré que 93% des Français estiment que les événements climatiques augmentent, 91% d’entre eux considèrent qu’ils sont liés au changement climatique et 89% se disent inquiets de cette hausse. C’est un contrepied à ce que l’on entend parfois, la population peut être convaincue de l’urgence de la situation. Pourtant, dans le discours de politique générale du Premier ministre Sébastien Lecornu, l’environnement n’est pas cité une seule fois. Donc on se dit que les réalités de terrain ne sont peut-être pas comprises. Et dans son discours, le Premier ministre envisage de donner plus d’autonomie aux collectivités territoriales. Nous on pense justement que beaucoup de choses peuvent se faire à l’échelle locale.

Des mots tels que « végétalisation » ou « circuits courts », ne veulent rien dire en soi. C’est leur traduction concrète en politiques publiques qui est important. On veut travailler sur le maillage écologique local pour en faire des réalités. Concrètement, si une campagne se gagne sur d’autres sujets que ceux qu’on porte, mais que dans le programme, il y a un projet de désimperméabilisation d’une cour d’école parce que des gens se seront mobilisés, on se dira que c’est une avancée qu’on a pu accompagner. Notre objectif est de faire gagner la nature plutôt qu’un bord partisan.

En Camargue ​© Jan-Cyril Salemi

En Camargue ​© Jan-Cyril Salemi

Ici, en région PACA, la diversité des territoires et des populations implique plus qu’ailleurs d’avoir cette approche transpartisane ?

C’est le positionnement que nous avons choisi. La région a une situation très spécifique. On a ici un taux d’occupation naturelle de 75%, c’est la plus grande étendue d’espaces naturels de toutes les régions en France. Il y a donc des enjeux majeurs et une nature remarquable à préserver. Les aspects liés au changement climatique sont beaucoup plus forts que sur d’autres territoires, notamment en montagne et sur le littoral. L’enjeu touristique aussi est très marqué chez nous. Dans ce contexte, à FNE PACA, on se place en porte-voix de la société civile. Nos interpellations ont vocation à être posées partout. Par exemple, « vous engagerez-vous à arrêter l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques sur l’ensemble des parcelles communales ? » ou « comment envisagez-vous de réduire les déchets ménagers à la source ? » sont des questions adaptées à toute la région.

Une autre spécificité en PACA, c’est le renouvellement du Sénat, qui se déroule par moitié au suffrage indirect tous les trois ans. En 2026, tous les sénateurs de la région seront renouvelés pour un mandat de six ans, et les grands électeurs qui les désigneront seront notamment issus de ces municipales. Les propositions de lois qui émanent du Sénat sont souvent des reculs sur les questions environnementales, il y a donc un enjeu supplémentaire sur ce point. Enfin, on sait que dans la région, il y a beaucoup de petites communes qui ont très peu de compétences et de capacités d’action. Ce sont les EPCI qui les ont, et même, pour certains territoires, l’EPCI n’a pas non plus beaucoup de moyens d’agir. Notre orientation a donc été de donner la priorité à ces grands thèmes, démocratie locale, sobriété locale, préservation du bien-être, du bien-vivre, dans lesquels toutes les communes peuvent se retrouver.

Propos recueillis par Jan-Cyril Salemi, le 23 octobre 2025

Coquelicot ​© Jan-Cyril Salemi

Coquelicot ​© Jan-Cyril Salemi

Nichée entre le stade Pierre Delort et la station d’épuration du boulevard de la Pugette, dans le 9e arrondissement de Marseille et à quelques dizaines de mètres du stade Vélodrome, une large flaque viciée persiste et vit contre le seuil qui barre l’Huveaune. Ce 15 septembre ensoleillé, les libellules volent encore. Les mâles de Crocothemis écarlate (Crocothemis erythraea) s’agitent tandis que les tandems de Sympetrum à nervures rouges et de Sympetrum strié (respectivement Sympetrum fonscolombii et S. striolatum) balancent leurs œufs à la surface de l’eau.

Dans cette frénésie rougeâtre, couleur dominante de ces espèces estivales et adaptées à l’âpreté des milieux méditerranéens, surgit soudain une petite libellule plus orange que rouge, flamme qui turbine d’un vol rasant et se pose sur une plage de béton nu. C’est un mâle de Trithémis à ailes ambrées (Trithemis kirbyi). Même si attendue, l’observation de cette espèce en PACA constitue une première, selon Faune-France.

Trithemis kirbyi © Gwénaël David

Trithemis kirbyi © Gwénaël David

Si toute rencontre odonatologique est intéressante dans la dureté des milieux aquatiques citadins, celle-ci l’est plus encore à la lueur de la répartition et des comportements de son espèce. L’aire du Trithemis à ailes ambrées s’étend de l’Afrique continentale à l’ouest de l’Inde. Mais à la faveur du réchauffement climatique, l’espèce qui possède de belles capacités de dispersion progresse vers le nord et l’Europe occidentale. Elle pointe son nez rouge en Sardaigne en 2003, s’installe en Espagne courant 2007.

Elle franchit les Pyrénées et se fait remarquer pour la première fois en France en 2017, dans l’Aude puis l’Ardèche. Elle s’épanouit bientôt dans les Pyrénées Atlantique, puis dans les Cévennes et les Corbières. Et la voilà enfin à Marseille, où l’espèce s’installera et se reproduira très bientôt, puisque les conditions à son établissement durable sont là : température seyante au développement rapide de ses larves aquatiques et milieux attractifs en contexte urbain, vasques enrochées et bras morts de rivières, bassins artificiels peu végétalisés et piscines, mares temporaires.

Au bord de l'Huveaune © Gwénaël David

Au bord de l’Huveaune © Gwénaël David

Dans ces contextes humides difficiles (pollution, assecs, instabilité, destructions et remblais), défavorables à nombre d’espèces autochtones, le Trithemis à ailes ambrées trouvera une niche. Tout en continuant son expansion, à l’instar du Trithemis pourpre (Trithemis annulata) qui l’a devancé dans le temps et que l’on peut admirer durant l’été aux Parcs Borély, Pastré ou Maison blanche, à Marseille. Cette autre libellule d’affinité afrotropicale, aperçue en Espagne en 1975, en Corse en 1989, atteint le Languedoc-Roussillon en 1994 puis la région PACA en 2009. Elle ne cesse de s’étendre depuis et accélère encore son expansion vers le nord, désormais bien présente au-delà de la Rochelle et de Lyon, le long des deux grands axes de colonisation que constituent la façade atlantique et la vallée du Rhône.

Les libellules et les demoiselles nous rappellent que les modifications climatiques sont à l’œuvre depuis des décennies déjà, que le nord se réchauffe, que l’hiver s’adoucit, que le printemps arrose parfois plus sévèrement, mais elles illustrent et incarnent également la rapidité de ces changements que nous peinons parfois à matérialiser. Leurs progressions accélérées nous en donnent une mesure.

D’autres espèces tropicales sont attendues et ne tarderont pas, qui nous surprendront certainement aussi par leur adaptabilité. Si le réchauffement climatique est actuellement plutôt favorable aux odonates, il fragilise en revanche les espèces spécialisées qui montent en altitude pour trouver en montagne les conditions tempérées qui s’étiolent en plaine ou les milieux adaptés à leurs écologies exigeantes. Indicateurs de l’état de santé de zones humides perpétuellement impactées, victimes de la destruction de leurs habitats, les odonates témoignent ainsi, comme tant d’autres vivants, plantes, animaux, champignons et bactéries, des flux qui animent notre planète commune

Gwénaël David, le 29 octobre 2025

 

L’été 2025 a marqué un tournant pour les vers de terre. Le 12 août dernier, la loi Duplomb a été promulguée par Emmanuel Macron, malgré une opposition exceptionnelle des citoyens français. Ce texte présenté comme une simplification pour le monde agricole assouplit considérablement les normes environnementales, en autorisant l’utilisation de certains pesticides interdits depuis 2018. D’après Christophe Gatineau, agronome et président de la Ligue de protection des vers de terre, elle représente « un recul sans précédent du bien-être animal et l’abandon de l’agriculture durable au profit de la performance économique ». Il parle d’un « arrêt de mort » pour les vers de terre au regard de la toxicité des pesticides pour leur santé.

Or, à peine un mois plus tard, le 3 septembre dernier, la Cour administrative d’appel de Paris a rendu un arrêt pas moins décisif pour le sort des vers de terre. Saisie par cinq Organisations Non Gouvernementales (ONG), la Cour d’appel a condamné l’État à revoir son autorisation de mise sur le marché de pesticides interdits, à la lumière d’études scientifiques sur leur toxicité pour certaines espèces animales. Christophe Gatineau parle d’une « victoire historique pour les vers de terre ». Cependant, il s’interroge sur la véritable efficacité de cette décision de justice. « En contentieux administratif, on a coutume de dire que l’État juge l’État. Mais qui peut contraindre l’État à exécuter ce jugement ? On se souvient de ses multiples condamnations pour inaction climatique, restées sans suite. »

Les vers de terre, baromètres du vivant et bâtisseurs du sol

Loin des clichés, les vers de terre ne sont pas les “ingénieurs du sol” tout-puissants qu’on imagine. Comme le rappelle Christophe Gatineau, « le sol n’est pas une administration, personne ne le gouverne. Les vers de terre ne sont que la partie émergée de l’iceberg nourricier ».
Ils n’en demeurent pas moins des acteurs clés de la biodiversité souterraine : ils creusent des galeries qui facilitent l’infiltration de l’eau et de l’air, digèrent la matière organique, et participent activement à la formation de l’humus. Leur disparition menace la capacité des sols à retenir l’eau, à se régénérer et à produire.

Selon une étude publiée en 2023, compilant un siècle de données scientifiques, les populations de vers de terre auraient chuté de 33 à 41 % en Europe au cours des 25 dernières années, avec une tendance à la baisse continue. Les principales causes de cette évolution sont le labour intensif, les sols nus laissés sans couverture végétale, les engrais chimiques, et bien sûr les pesticides. « La première cause de mortalité des vers de terre, c’est la destruction de leur habitat et la famine. Les pesticides ne viennent qu’en second », souligne Christophe Gatineau.

Or, les vers de terre sont des bioindicateurs, leur abondance reflète la santé des sols, leur raréfaction annonce une dégradation. Leur déclin silencieux est un signal d’alarme sur l’avenir de nos écosystèmes et de notre agriculture.

Christophe Gatineau © XDR

Christophe Gatineau © XDR

Faire évoluer notre regard sur le monde souterrain

Changer notre rapport aux vers de terre, c’est aussi changer notre rapport au vivant. Le plus souvent considérés comme sales ou insignifiants, ils sont pourtant indispensables à la vie sur Terre. « Notre futur dépend des sols nourriciers, et ces sols dépendent des vers de terre », résume la Ligue de protection des vers de terre.

L’association mène un travail de sensibilisation, notamment auprès du jeune public, avec pour objectif de « faire passer du beurk au waouh ». Le but est d’éveiller la curiosité, d’apprendre à connaître ces animaux, et de montrer qu’ils sont des alliés silencieux de notre alimentation.

Mais au-delà de la pédagogie, c’est la volonté politique qui manque. « La solution, c’est la loi : revenir à la transition agroécologique et aider les agriculteurs à aller dans ce sens. Pour le reste, on sait faire », insiste Christophe Gatineau.
Encore faut-il que les décisions de justice ne restent pas lettre morte et que la société accepte de regarder autrement ceux qui œuvrent, sous nos pieds, à la survie de nos sols.

Amélien Gay, 28 octobre 2025

Qui Vive : Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi il s’agit, pouvez-vous présenter votre structure et expliquer ce que sont les AMAP ? 

Sandrine Sarrazin : Les Paniers Marseillais, c’est une association qui fédère toutes les AMAP de la ville de Marseille. Les AMAP, ce sont les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Elles sont localisées dans les quartiers de Marseille et sont en lien avec des paysans qui produisent pour un groupe de consommateurs des légumes tout au long de l’année, et qui viennent chaque semaine distribuer leurs légumes à ces derniers, qui se sont engagés à acheter leur production.

Quel est l’objectif de l’association des Paniers Marseillais ?

L’objectif est d’animer le réseau des AMAP à Marseille, mais aussi de sensibiliser à la fois à la nutrition, au circuit court et au soutien des paysans. On a aussi tout un travail directement en lien avec les paysans pour les soutenir, les fédérer entre eux et résoudre les problématiques de terrain. Et puis l’objectif est surtout de mettre en lien des groupes de consommateurs avec des maraîchers. Le cœur du métier de l’AMAP, ce sont effectivement les légumes, mais aux Paniers Marseillais, on propose aussi d’autres producteurs qui vont apporter des œufs, de la viande et des fruits éventuellement.

Quels sont les avantages pour les consommateurs des AMAP ?

L’avantage pour le consommateur, c’est bien sûr d’avoir des produits biologiques, frais et de saison, sans intermédiaire : le paysan vient lui-même distribuer ses légumes, ce qui permet aux consommateurs d’échanger avec lui. L’avantage aussi, c’est que les prix sont équitables. Le prix est fixé en accord avec le producteur et l’absence d’intermédiaire permet une rémunération très juste, un coût maîtrisé, avec un prix fixé pour la saison. Ainsi, en fonction du paysan, du contexte spécifique de son exploitation, il établit le prix du panier, qui varie entre 17 et 21 €. Et quand on s’engage en tant que consommateur, on sait que chaque semaine il n’y aura pas de flambée des prix.

Le dernier gros avantage, c’est la haute qualité nutritive des produits, puisqu’ils sont en général ramassés le matin et livrés l’après-midi. De nombreuses études montrent que les produits qui sont récoltés et consommés rapidement ont conservé la majorité des vitamines et des éléments nutritifs bons pour la santé. Dans tous les autres systèmes de distribution, entre la récolte et le moment où les légumes sont achetés, les produits ont perdu une partie de leurs vitamines.

On peut aussi dire que les paysans des Paniers Marseillais offrent une grande diversité alimentaire. Ils mettent dans les paniers ce qu’ils ont dans les champs, le consommateur ne choisit donc pas ce qu’il va acheter, mais ça l’oblige à consommer des produits qu’il n’aurait pas achetés parce qu’il ne les connaît pas.

Et pour les producteurs ? 

Pour les producteurs, il y a aussi de gros avantages à être en AMAP. Elle apporte une stabilité économique : ils bénéficient d’un revenu régulier grâce à l’engagement des consommateurs, et peuvent bien plus facilement aller à la banque demander un crédit, pour renouveler une machine par exemple. L’autonomie est également un aspect important : ils ne dépendent plus des grandes surfaces, viennent vendre leur production directement au consommateur et sont complètement indépendants des histoires de marché, de négociations qui se font dans d’autres groupements d’achat.

Et puis l’un des gros points positifs, c’est le lien social direct avec les consommateurs. Pour eux, c’est très valorisant de pouvoir parler de leurs produits, de leur travail, de savoir que leurs produits vont dans des assiettes qui nourrissent des familles. Enfin, il y a un gros avantage pour l’environnement bien sûr, on est dans un rayon de 120 km pour les AMAP, avec des producteurs qui sont dans un rayon de 40 km, donc il y a une réduction de production de gaz à effet de serre. Et puis les paysans sont tous dans des pratiques d’agriculture durable, en bio. Ils utilisent la rotation des cultures, le compostage, et pas de produits chimiques. Tout ça va contribuer à une préservation des terres agricoles et de la qualité du sol pour les générations futures.

Vous avez envoyé à la presse un communiqué à propos d’une étude comparative des prix de votre association avec les prix de l’agriculture conventionnelle en hypermarché, pouvez-vous expliquer son objectif ?

Il s’agissait de comparer les prix des paniers de légumes des producteurs des AMAP de Marseille. Je voudrais bien clarifier que ça n’avait pas pour objectif au départ de montrer à toute force qu’on était moins cher, et donc de mettre la pression sur les producteurs pour qu’ils maintiennent des tarifs plus faibles. Ils calculent leurs prix en fonction de leur exploitation, et il s’avère que ça reste moins cher qu’en supermarché. Donc l’objectif était de montrer cette différence-là, surtout pour contredire ce qu’on entend tout le temps dans les médias, que la bio est trop chère. Oui, la bio est chère quand on la prend au supermarché ou dans les enseignes spécialisées, mais quand on choisit bien son mode d’approvisionnement avec les producteurs sans intermédiaire, cela permet de faire un prix de revient plus bas. Notamment grâce à un certain nombre de bénévoles qui travaillent pour que le paysan puisse venir distribuer ses produits.

Graphique comparatif du prix moyen d'un panier de légumes

Graphique comparatif du prix moyen d’un panier de légumes

Comment l’avez-vous réalisée ? Quelles ont été les méthodes utilisées pour comparer les différents paniers ?

J’ai proposé à une collègue du campus de Luminy de refaire une étude de prix déjà réalisée il y a 10 ans. Puis, on a eu l’opportunité de voir passer un appel de Kedge, la Business School de Marseille, qui cherchait des projets où les étudiants pouvaient s’impliquer. Ils ont donc mis en œuvre la méthodologie et je me suis chargée de faire l’analyse des données et la mise en forme des résultats. Nous avons choisi cinq paysans, parmi ceux qui voulaient bien participer à l’étude, et chaque semaine des bénévoles détaillaient le contenu d’un panier. Puis les étudiants sont allés relever les prix des produits équivalents à ceux du panier dans trois types de distribution : le marché, les supermarchés ou les grandes distributions bio. On a tout rentré dans des tableaux pendant 52 semaines. Les chiffres finaux sont une moyenne sur l’année, de la comparaison entre le panier des AMAP qui est à 20 € par semaine, et celui d’un supermarché qui est à 24 € et des poussières soit 20 % de plus. Au marché c’était 12 % plus cher, et dans les magasins bio on est à plus de 60 %. Si on se focalise sur les hypermarchés, là où la majorité des gens consomment, eh bien non la bio, ce n’est pas plus cher !

Pour finir, selon les données du secteur bio, celui-ci repart à la hausse. Pensez-vous que cela montre une prise de conscience des citoyens sur les conséquences néfastes de l’agriculture conventionnelle ?

Je ne sais pas ce qui explique les raisons de ce retour à la hausse, mais j’espère que c’est effectivement bien une prise de conscience de nos concitoyens que l’agriculture conventionnelle a des conséquences néfastes à la fois sur l’environnement et sur la santé. J’’espère aussi que les médias parleront du fait qu’on peut trouver de la bio moins chère, plus solidaire, avec un circuit court, et qu’elle est meilleure nutritivement.

Propos recueillis par Lola Dupré, le 17 octobre 2025


Sandrine Sarrazin © Raphaël Arnaud

Sandrine Sarrazin © Raphaël Arnaud

 

Chaque geste compte. Afin de permettre à toutes et à tous de préserver les espaces naturels à son échelle, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages a créé en 2016 l’Obligation Réelle Environnementale (ORE). Méconnu, ce contrat permet à n’importe quel propriétaire, public ou privé, de protéger l’environnement sur tout ou partie de son terrain. Les locataires et habitants peuvent, eux aussi, en parler à leurs bailleurs ou aux collectivités pour en favoriser la diffusion.

Destinée à maintenir, gérer ou restaurer la biodiversité et les processus biologiques qui maintiennent un écosystème, l’ORE concerne tant la protection de certaines espèces animales et végétales, que la gestion d’éléments de la biodiversité comme des plans d’eau.

Un propriétaire peut mettre en place une ORE avec notamment, une région, un conservatoire d’espaces naturels ou une association de maintien ou de conservation de l’environnement. Pour renforcer la preuve de son existence, un notaire l’authentifie. L’ORE s’enregistre ensuite auprès du service de la publicité foncière.

Il n’y a aucun transfert de propriété dans ce contrat. Pour un propriétaire, l’intérêt d’une ORE réside souvent dans la possibilité de se faire accompagner pour définir les enjeux environnementaux propres à son bien. Le dispositif foncier permet aussi d’inclure des habitats naturels non couverts par la législation relative aux espaces naturels protégés.

Ce contrat repose uniquement sur la volonté des parties. L’ORE offre alors un cadre souple, permettant de définir les modalités adaptées aux enjeux de chaque terrain. Les cocontractants définissent librement leurs obligations de faire ou de ne pas faire. En revanche, l’ORE n’interdit pas la chasse et ne protège pas les terrains en cas de plans locaux d’urbanisme ni en cas d’expropriations pour utilité publique.

Une ORE offre également une protection longue. Elle peut être conclue pour une durée maximum de 99 ans. Un laps de temps destiné à assurer la pérennité des mesures. Ainsi, les obligations perdurent en cas de vente du terrain ou de décès du propriétaire. Il incombe alors aux acquéreurs de respecter la protection environnementale jusqu’à la fin du contrat.

Un développement progressif en PACA

Le 24 septembre dernier, la ville de Valbonne Sophia Antipolis a signé avec le Conservatoire d’Espaces Naturels PACA (CEN PACA), la première ORE des Alpes-Maritimes. Conclu pour 99 ans, l’engagement porte sur la forêt du Fugueiret. Elle abrite de nombreuses espèces végétales comme des pins d’Alep, la sérapias d’Hyères, une orchidée protégée dans la région, ou encore deux espèces de papillons de nuit typiques. Afin de préserver cet écosystème de l’urbanisation environnante, Valbonne s’est engagé à conserver les habitats naturels et à interdire les activités qui dégraderaient le site. En tant que cocontractant, le CEN PACA s’est engagé à conseiller la ville et à veiller à la bonne exécution des obligations.

L’engagement perdurera même si l’équipe municipale change lors des prochaines élections. Afin de renforcer l’efficacité de l’ORE, la commune et le CEN PACA signeront prochainement une convention pour 10 ans portant sur la gestion courante de l’ORE. Le conservatoire produira alors des bilans de gestions annuels, un intermédiaire et un final.

En 2024, ce sont les Alpes-de-Haute-Provence qui ont accueilli leur première ORE, signée entre un propriétaire de la commune de Clumanc et le Syndicat Mixte Asse Bléone (SMAB). Un engagement pour une période de 40 ans, qui vise à protéger le Petit Rhinolophe, une espèce de chauve-souris menacée. Un cabanon situé sur le terrain du propriétaire a été rénové afin de devenir un lieu favorable à la reproduction de l’animal.

L’ORE consiste ainsi, pour le propriétaire, à conserver le cabanon en état et à n’apporter aucune modification qui perturberait les chauves-souris. Le SMAB s’engage à l’accompagner et à réaliser des suivis annuels.

Afin de développer cette pratique, l’association Agir pour l’Environnement mène actuellement une campagne afin de récolter 100 000 €. Avec cette somme, elle ambitionne de sauvegarder 1 million de m2, grâce à la création de « Réserves de Biodiversité ». Il s’agit d’ORE conclues avec des propriétaires pour 99 ans, partout sur le territoire national. Selon le ministère de la Transition écologique, 130 ORE ont été signées entre juillet 2022 et décembre 2023 en France.

Marianne Courbon, le 19 octobre 2025

Qui Vive : Peux-tu présenter le syndicat ? Comment a-t-il été créé ? Quels sont ses objectifs ?

Sana : L’Union of Agricultural Work Committees (UAWC) est une ONG palestinienne indépendante, spécialisée dans le développement agricole, la protection de l’environnement et le renforcement des communautés rurales. Elle œuvre pour soutenir la sécurité alimentaire, la durabilité environnementale et les moyens de subsistance des agriculteurs palestiniens. L’UAWC a été fondée en 1986 à l’initiative d’un groupe d’agronomes bénévoles, dans le but de répondre aux défis agricoles et sociaux engendrés par l’occupation israélienne. Elle est née de la volonté de soutenir les communautés rurales palestiniennes, en particulier dans les zones les plus vulnérables, tout en préservant la terre et les ressources naturelles face aux pressions politiques et économiques.

Que représentent les oliviers pour le peuple palestinien ? 

Les oliviers représentent bien plus qu’une simple ressource agricole : ils incarnent l’identité, la mémoire et le sumoud (ndlr : en arabe, ténacité, persévérance). Hérités de génération en génération, ces arbres symbolisent l’attachement profond à la terre et constituent un lien vivant avec l’histoire et la culture palestinienne. Sur le plan économique, l’olivier est une source essentielle de revenus et de sécurité alimentaire, notamment grâce à la production d’huile d’olive, un produit emblématique. La saison de récolte a toujours été considérée comme une occasion sociale essentielle, largement célébrée par les familles palestiniennes : hommes, femmes et enfants se retrouvent pour participer à la récolte, partager des plats traditionnels palestiniens, et écouter les récits des grands-parents sur la vie et les traditions d’il y a 40 ou 50 ans.

Pourquoi et comment Israël détruit-il les oliviers palestiniens ? Peux-tu faire un rappel historique de leur destruction ?

La destruction des oliviers palestiniens par l’occupation israélienne est une pratique systématique, motivée par des raisons politiques, économiques et symboliques. Ces arbres, symbole de l’identité, de la culture et de la résistance palestinienne, poussent souvent sur des terres convoitées pour l’expansion des colonies. Les déraciner permet non seulement de confisquer des terres, mais aussi d’affaiblir l’économie agricole palestinienne et de briser le lien historique entre le peuple et sa terre. Les méthodes utilisées incluent le déracinement direct, le brûlage, la coupe, la destruction des systèmes d’irrigation ou l’impossibilité d’accéder aux terres. Cette pratique existe depuis l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, et se poursuit chaque année, surtout pendant la saison de récolte. Selon des rapports d’organisations locales et internationales, tels que celui d’Oxfam paru en septembre 2025, plus de 800 000 oliviers palestiniens ont été détruits depuis 1967, soit une perte immense pour l’agriculture, l’identité et la mémoire collective palestinienne.

Quelles sont les conséquences de la destruction des oliviers sur le peuple palestinien ?

Économiquement, elle prive des milliers de familles palestiniennes de leur principale source de revenus et d’une part essentielle de leur sécurité alimentaire, augmentant la pauvreté et la dépendance. Sur le plan culturel, elle efface une part importante du patrimoine palestinien, car l’olivier est un symbole central de l’identité, de l’histoire et du sumoud du peuple palestinien. Socialement, la perte des oliviers affaiblit le tissu communautaire, car la saison de récolte, qui rassemble familles et villages autour d’un moment de partage, disparaît progressivement. Enfin, sur le plan politique, cette destruction systématique constitue un outil de dépossession et d’érosion des droits des Palestiniens, visant à limiter leur présence sur leurs terres et à affaiblir leur lien avec leur identité et leur terre.

A travers les enjeux des oliviers palestiniens, peux-tu expliquer en quoi la lutte écologique est liée à celle contre le génocide en cours ?

La lutte pour la protection des oliviers palestiniens est intrinsèquement liée à la lutte contre le génocide en cours. Protéger les oliviers, c’est préserver non seulement un patrimoine naturel, mais aussi défendre le droit à vivre, à exister et à résister face à un projet de domination et d’annihilation. Ainsi, la lutte écologique devient un acte politique, humanitaire et une composante essentielle de la lutte contre le génocide.

Comment agit ton syndicat pour préserver la culture des oliviers ? 

L’UAWC agit activement pour défendre les paysans et leur droit de cultiver librement et de manière indépendante, avec un accès complet à leurs ressources légitimes. Concernant les oliviers, notre campagne de récolte constitue le moment clé pour démontrer ce soutien et cet engagement en faveur de la préservation de l’olivier palestinien, symbole précieux de notre patrimoine.

Cette campagne vise à accompagner les paysans, en particulier ceux dont les terres se trouvent en zone C, confrontés à de nombreux défis imposés par l’armée israélienne et les colons, qui multiplient les attaques. Organisée non seulement au niveau local, elle mobilise également des volontaires venus du monde entier souhaitant agir concrètement en solidarité avec la Palestine. Participer à la récolte ne se limite pas à un travail physique : c’est un puissant geste de solidarité et de soutien envers les paysans..

Quelles sont les différentes victoires de votre syndicat ?

L’UAWC a obtenu de nombreux succès concrets au fil des années. Nous atteignons annuellement 20 000 agriculteurs en zone C, installons 3000 km de canalisations d’irrigation et aménageons 10 000 hectares de pâturages. Nous avons récupéré et réhabilité 20 000 hectares de terres, construit 2000 km de routes agricoles et érigé 2 125 000 murs de soutènement. Grâce aux efforts de l’UAWC, l’accès à l’eau pour les agriculteurs a augmenté de 300 000 m³, 50 variétés de semences locales indigènes ont été protégées et plus de 2 000 000 d’arbres ont été plantés. Ces réalisations illustrent notre engagement constant pour la préservation de l’agriculture palestinienne et des droits des paysans.

Propos recueillis par Nicolas Delcros, le 3 octobre 2025


Comment peut-on agir depuis la Provence pour la préservation des oliviers palestiniens ?

Il existe plusieurs façons de soutenir cette cause :

  • Sensibiliser régulièrement autour de soi sur la situation des paysans oléicoles palestiniens et dénoncer les attaques graves menées par les colons, telles que le brûlage ou l’arrachage des oliviers.

  • Faire un don pour soutenir les projets de l’UAWC en faveur des paysans.

  • Participer à la campagne de récolte l’année prochaine.


Pour aller plus loin :

Communiqué de la Confédération Paysanne condamnant l’attaque de la banque de semence de l’UAWC

Pétition pour la solidarité avec les paysan·nes et les communautés rurales en Palestine occupée, par l’organisation internationale Via Campesina

Récolte des olives en Palestine © Sana, membre de l'UAWC

Récolte des olives en Palestine © Sana, membre de l’UAWC

« On est capables de sortir des chemins tout tracés ; il faut juste un peu rêver »

Vous l’aurez peut-être vu circuler en France durant l’été 2025 : ce très très grand vélo, fabriqué chalumeau en mains par Timothée, avec du matériel de récupération. Juché sur sa selle, il a roulé de Marseille à Paris, jusqu’à la Vélorution qui s’y tenait, et retour. Une sacrée expérience, qu’il nous raconte dans ce podcast. Avec, puisqu’en pédalant on a le temps de penser, ses réflexions sur le partage de l’espace public, l’esprit punk des cyclistes qui a changé avec le vélo électrique, les effets du chaos climatique observé durant son voyage, les rêves et le moral de la population française.

Un podcast réalisé par Gaëlle Cloarec, le 26 septembre 2025

 

 

Le vendredi 26 septembre, Aix-en-Provence a accueilli un colloque inédit sur le droit de l’environnement. Organisé par le barreau local et l’École des Avocats du Sud-Est (EDASE), l’événement s’est tenu  dans le cadre des 20 ans de l’adoption de la Charte de l’environnement. Alors que 80 participants étaient initialement attendus, près d’une centaine d’avocats, de magistrats, d’étudiants, de représentants d’associations et de citoyens se sont réunis pour l’occasion. Cela témoigne d’un intérêt croissant pour cette matière juridique encore en construction, aussi bien dans la sphère du droit que dans la société civile.

Une Charte ambitieuse mais fragile

Adoptée en 2005 et disposant d’une valeur constitutionnelle, la Charte garantit à travers son article premier « le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Vingt ans plus tard, son application reste encore limitée d’après les juristes. Didier Del Prête, président de la commission droit de l’environnement du barreau d’Aix, met en avant des principes clairs de « prévention, précaution et pollueur-payeur » issus de cette charte. Monika Mahy-Ma-Somga, bâtonnière du barreau d’Aix en Provence insiste quant à elle sur le manque d’application de ces derniers. Le colloque a mis en lumière ce paradoxe et a ouvert le débat sur les moyens de rendre ces principes concrets dans les tribunaux comme dans la vie quotidienne. Il a également insisté sur l’importance d’une appropriation plus large par les citoyens pour que la Charte devienne un véritable levier de protection de l’environnement.

Des experts au coeur du débat

La journée a réuni des experts juridiques de renom comme Yann Aguila, ancien membre du Conseil d’État, Jean-Christophe Duchon-Doris, président de la cour administrative d’appel de Marseille et Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement et professeur associé à l’université Paris 1. Tous ont partagé leurs analyses juridiques et témoigné leurs expériences sur plusieurs affaires environnementales. Ils ont souligné le rôle croissant de la Charte dans les litiges environnementaux et son potentiel pour guider les décisions des tribunaux à l’avenir.

Un rendez-vous concret appelé à être reconduit

Les débats ont permis de croiser les regards entre experts et grand public, rapprochant le monde juridique des réalités du terrain. Les avocats participants ont pu valider six heures de formation continue, renforçant l’attractivité de l’événement. Stéphane Coppey, de France Nature Environnement, insiste sur le potentiel de la Charte : « Plus elle sera utilisée dans les tribunaux, plus elle deviendra un outil concret pour protéger l’environnement ». Cette première édition a posé les bases d’un dialogue constructif entre juristes et société civile. Fort du succès de la journée, le barreau d’Aix-en-Provence et l’École des Avocats du Sud-Est envisagent déjà de renouveler l’expérience. Ces rencontres pourraient devenir un rendez-vous annuel, mettant le droit au service de la transition écologique et donnant vie à la Charte pour protéger l’environnement.

Amélien Gay
le 5 octobre 2025