Quand on parle de logement, la question de l’écologie ne nous vient pas directement en tête. Pourtant, ces deux sujets sont bien plus liés qu’on ne pourrait le penser. Ils sont, en réalité, au croisement de plusieurs luttes et doivent être considérés ensemble.

France Nature Environnement PACA, association basée à Marseille, s’est penchée sur cette thématique de crise du logement, articulée à la crise économique. Dans le dossier qu’elle consacre à ces  sujets, plusieurs axes d’action sont proposés, pour faire face à ces deux crises.

Aujourd’hui, les effets du changement climatique se ressentent surtout dans nos lieux de vie (canicules, inondations, logements mal isolés), et ce sont souvent les personnes les plus vulnérables économiquement, socialement et/ou géographiquement, qui en subissent le plus les conséquences.

Face à cela, plusieurs leviers existent : rénover les logements, mobiliser les logements vacants, repenser la ville pour préserver les écosystèmes et éviter de s’étaler davantage. Des solutions qui nécessitent de réels fonds et plans d’action.

Penser le logement sans l’écologie, c’est risquer de passer à côté d’un sujet essentiel, en matière de démarche écologique, mais aussi de justice sociale. Les deux aspects devraient figurer au centre des débats politiques et économiques. Pour peser dans les décisions publiques, afin qu’elles répondent à leurs besoins, les habitants eux-mêmes ont intérêt à s’en emparer.

Raphaëlle Muller-Feuga, en service civique à la mission communication chez FNE PACA, et Paul Naglik, responsable des sujets d’aménagement du territoire et de mobilité pour l’organisation, nous en parlent.

Un podcast réalisé par Célia Horvath
11 mars 2026

Manifestation 1 an après les effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille, le 9 novembre 2019 © Gaëlle Cloarec

Rien n’empêche Samia Bendaif de cultiver son « coin de paradis » situé au Parc Font Obscure, pas même le mauvais temps, ni les nuisances des voitures. Collé à la rocade et au centre commercial Le Merlan, ce lambeau de terre caché, d’environ 600m2, avec une trentaine de parcelles, sert de potagers nourriciers pour les habitants des alentours, dont ceux des cités Flamands, Oliviers et Saint-Paul. Chaque parcelle est assignée à une personne du quartier, qui devient jardinière et adhérente de l’association. Chaque jour, même les week-ends, cette ancienne puéricultrice entretient corps et âme son projet : « Pour moi les plantes c’est comme les enfants. Tous les jours, tu te lèves pour t’en occuper ». Petit clin d’œil à son ancien métier, « il faut les éduquer, les nourrir et surtout être à l’écoute ».

Au jardin jusqu’au coucher de soleil

Dès 8h30, Samia met la main à la terre. Après avoir désherbé, retourné la terre, planté et arrosé, place à la récolte : « Actuellement c’est la saison des fèves, petits pois, oignons mais aussi de l’ail et de la coriandre », explique-t-elle. Ici, interdiction d’utiliser des engrais et pesticides, les mots d’ordre sont « écologie » et « anti-gaspi ». Elle confie en rigolant avoir déjà « galéré » avec des orties et des filets, pour sauver des choux rongés par les chenilles. Avec les récoltes du jardin, Samia fait des confitures, tisanes, herbes de Provence, conserves mais aussi des cosmétiques tels que du macérat. « Tu peux tout utiliser et ré-utiliser. » Les produits sont ensuite distribués aux habitants lors des fêtes du quartier. Dernier arrosage et fermeture du jardin, Samia finit sa journée vers 18h. « Quand je vois le soleil se coucher, je pars. »

Les parcelles cultivables du jardin © Chloé Roulet

Samia a toujours été passionnée par les plantes. Simple amatrice, elle explique avoir surtout « appris avec le temps » à s’occuper de ces petits êtres vivants. Pourtant le care [ soin, en anglais, ndlr ], c’est toute sa vie. Née en Algérie, Samia était sage-femme à Skidid, sa ville natale. En 2008, elle traverse la Méditerranée et déménage dans la cité phocéenne « par amour ». Elle y retrouve Yazid, enfant fidèle de Marseille, plus précisément, du 14e arrondissement. « Yazid n’a jamais voulu quitter sa ville, il s’est même fait tatouer le code postal, 13 » lance-t-elle en souriant. Elle passe son diplôme d’auxiliaire puéricultrice et consacre son travail aux soins médicaux des jeunes enfants. En 2018, elle arrête toute activité professionnelle après deux cancers successifs. Lors du confinement, Samia et Yazid cherchent un peu de réconfort dans la terre : « Heureusement que j’ai trouvé le jardinage. C’était ma thérapie pendant ma maladie ».


Le projet d’une vie : celle du couple Bendaif

En emménageant à la cité SNCF, le couple se lance dans cette grande aventure : créer des jardins nourriciers et devenir autosuffisants. Pari réussi ! En 2016, le terrain au pied de leur tour est assez fructueux pour remplir totalement le frigo. Petit à petit, ils partagent leur savoir-faire, d’abord avec leurs voisins puis aux habitants du quartier. Soutenus par la Maison des Familles et des Associations, les Bendaif créent un premier jardin collectif, toujours à la cité SNCF. En 2021, ils fondent l’association Terre d’Entraide et de Partage. Dans la foulée, la mairie du 13e et 14e met à disposition un terrain délaissé au Font Obscure. Tout est à créer : parcelles, serres, couloirs, plantations. Avec persévérance, le jardin prend forme. En 2025, Yazid succombe à la suite de problèmes de santé. Malgré sa disparition brutale, il était hors de question d’abandonner le projet. « C’était impensable pour moi de laisser tomber le jardin, mon mari y a mis son temps et sa santé » confie Samia, les larmes aux yeux. L’association grandissante compte à présent 20 bénévoles ponctuels et est soutenue par la mairie centrale de Marseille.

Pot de plantes peint par les enfants du quartier © Chloé Roulet

Smiley, fleur, fruit et légume, de nombreuses peintures colorées décorent les couloirs du jardin des Merlans. Preuves que de jeunes visiteurs sont passés par là. « Les enfants, c’est la relève, c’est le futur » affirme Samia. Depuis la création de l’association, elle organise avec l’école maternelle des Flamands, mais aussi avec les associations Fouque et Vivre l’Autisme, des ateliers de sensibilisation pour le jeune public. Elle met un point d’honneur à partager son savoir-faire. « Il faut leur passer le relai et leur dire : prenez soin de notre planète. » Étonnée, elle raconte que les enfants la reconnaissent dans la rue, même des années après. « Quand je croise les petits, ils me disent “Tata Samia c’est quand le prochain atelier ?” ». Selon les saisons, les élèves apprennent à jardiner mais aussi à cuisiner avec les produits récoltés. « La dernière fois on a fait du pain aux herbes de Provence. » De quoi ravir petits et grands.

Des jardins collectifs et accessibles

Pour accueillir le plus de monde possible, le potager est totalement aménagé pour les personnes en mobilité réduite. Régulièrement, Samia passe au crible les parcelles et vérifie si elles respectent bien le règlement. « Pas de plantations près des bordures et les couloirs doivent être dégagés. » Elle-même considérée comme invalide, elle veut que son potager soit accessible à 100 %. Personne ne doit se sentir exclu. Surtout concernant l’injustice environnementale, a fortiori à Marseille avec son manque criant d’espaces verts. « Je veux rendre le monde autour de moi plus vert et ça commence par là ou j’habite, dans les quartiers Nord. » Cette marseillaise de cœur n’en démord pas. Elle vient tout juste d’inaugurer un nouveau jardin à côté du centre Saint Jean de Dieu. Son téléphone bipe ; « attends, c’est une voisine, elle demande s’il reste une parcelle de libre » lance-t-elle en décrochant. Décidément, Samia n’arrête jamais.

Chloé Roulet, le 6 mars 2026

Dans le film documentaire de l’anthropologue Éliane de Latour, Animus Femina, récemment sorti au cinéma, une vétérinaire crève l’écran. Marie-Pierre Puech, dans son Hôpital de la faune sauvage situé à Ganges (Goupil Connexion, Hérault), soigne les bêtes à poils et à plumes blessés ou empoisonnés par l’activité humaine. De ses gestes précis, elle remet délicatement en place l’aile déboîtée d’un minuscule oiseau, autopsie un renard percuté par une voiture pour montrer l’hémorragie interne qui a provoqué sa mort, évalue la santé d’un rapace avant réintroduction dans la nature. Son énergie, son savoir et son dévouement, son goût de les transmettre à la jeunesse, alors qu’elle a nettement passé l’âge de la retraite, forcent l’admiration.

Colonisation humaine

Car la biodiversité s’effondre. Nos ciels, nos sols, nos mers, nos rivières, nos forêts se vident. Enfin, « nos »… Plutôt « leurs » habitats, à tous les animaux qui peuplent la planète et permettent, en synergie avec les végétaux, qu’il y fasse bon vivre. Le possessif ne devrait plus être de mise, car si l’espèce humaine pâtit elle aussi de l’effondrement dramatique de la biodiversité, elle en est entièrement responsable et devrait rétablir un équilibre.

Les scientifiques parlent de 6e extinction de masse : la vie sur notre vieille Terre a été abîmée déjà cinq fois pour cause de glaciation, réveil de volcans, météorite… Le nombre d’espèces animales et végétales s’est alors réduit considérablement ; mais jamais aussi vite ni aussi fort qu’aujourd’hui, sous l’effet conjugué de notre extractivisme, de nos pollutions, de l’artificialisation des sols. Les modes de vie contemporains ne laissent plus assez de place au monde sauvage. La biomasse des mammifères est dans une écrasante proportion composée d’humains et de leurs animaux domestiques.

Répartition de la biomasse des mammifères – Milo Lab Institut Weizmann – licence MIT

Pas assez de structures

Aussi les personnes qui, comme Marie-Pierre Puech, consacrent leur vie à soigner les animaux sauvages, lesquels continuent à trouver leur chemin dans les interstices qu’on leur laisse, afin de se nourrir et se reproduire, sont en première ligne d’un combat homérique pour défendre le vivant. Préserver la nature partout où c’est possible devrait être une priorité. C’est, à leur échelle, ce que pratiquent au quotidien les Centres de soin de la faune sauvage, où les animaux malades ou blessés sont pris en charge avec efficacité, avant d’être relâchés. Ils sont, malheureusement, trop peu nombreux sur le territoire français, et travaillent dans un contexte économique souvent précaire, faute d’un soutien des pouvoirs publics à la hauteur des enjeux. En 2019, celui de Buoux (Vaucluse), principale structure d’accueil de la Région Paca, a dû fermer ses portes avant d’être sauvé in extremis par une forte mobilisation citoyenne. En 2025, le centre de soins de la LPO 34 à Villeveyrac a fermé en plein été, période d’intense activité, et les animaux ont dû être réorientés vers Goupil Connexion, qui a fait au mieux pour les accueillir.

Pourquoi les centres de soin sont-ils débordés ?

Quelque part, c’est un bon signe : les personnes prêtes à prendre 5 minutes de leur temps pour prévenir un centre qu’ils ont vu un animal en détresse ne manquent pas. Mais si les structures sont débordées, c’est surtout parce que les milieux naturels sont abîmés par l’activité humaine. Empoisonnés aux pesticides, gorgés de plastique, les animaux voient leurs habitats fragmentés par les constructions, les transports, l’industrie et l’agriculture. Nombre d’espèces sont aussi volontairement visées. Rappelons un chiffre affolant : entre 400 000 et 1 million de renards seraient tués chaque année, majoritairement par la chasse. Nous en écrasons aussi beaucoup : qui n’a pas vu le triste spectacle des cadavres de hérissons, crapauds ou écureuils, le long des routes de France ?

Notre responsabilité ne s’arrête pas là : si les centres de soin sont débordés, c’est aussi en raison du changement climatique, d’origine anthropique. Sécheresses, tempêtes, inondations de plus en plus fréquentes et brutales… les oiseaux marins mais également les animaux sauvages terrestres en sont les premières victimes.

Le constat est là, il faut donc se retrousser les manches, car la situation n’est pas inéluctable. Dès que la pression anthropique se relâche sur les milieux, la vie revient, et chacun peut y contribuer.


Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! Je veux aider, que faire ?

  • J’ai du temps :

Vive le bénévolat ! S’initier aux premiers soins, mettre son véhicule à disposition pour aller chercher les animaux en détresse signalés dans un périmètre de plusieurs kilomètres autour de son domicile, tenir une permanence téléphonique pour répondre aux signalements, proposer ses compétences en comptabilité, démarches administratives, communication… Il est souvent possible de se rendre utile tout en apprenant énormément sur le monde sauvage.

Sur ces sites, sont référencés les différents centres de soin auxquels proposer ses services :

Réseau des centres de soins de la faune sauvage en France

Cartographie en ligne

LPO : sept centres de sauvegarde pour la faune sauvage en France métropolitaine

Sur la plateforme jeveuxaider.gouv, très pratique, les associations comme Goupil Connexion publient les offres correspondant à leurs besoins prioritaires.

  • Je n’ai pas de temps mais j’ai (un peu…) d’argent :

Repérer les centres de soin de ma région ou d’ailleurs et faire un don. Favoriser le virement mensuel sans limite de temps est le plus efficace (comme pour le soutien aux médias indépendants ;-)

Tous les montants, même très petits, comptent, pour assurer une trésorerie stable aux structures. Cela leur permet de faire face aux vents mauvais de la politique, aux baisses de subvention, et renforce leur capacité d’agir sur le terrain.

  • J’ai de l’enthousiasme :

Avec les réseaux sociaux, tout le monde peut désormais avoir de l’influence. S’informer dans les médias et relayer les informations sur la faune sauvage amplifie leur résonance. S’abonner aux newsletters spécialisées sur la biodiversité, aux bulletins des structures de soin, les faire circuler, idem. Signer des pétitions, comme celle-ci, sur la plateforme de l’Assemblée nationale, qui demande à stopper le massacre des renards, en les retirant de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). Elle approche les 40 000 signataires, c’est déjà ça.

Ou simplement en parler autour de soi, comme avant le numérique !

  • J’aime bien faire avancer les choses collectivement :

C’est toujours plus efficace quand on met son énergie en réseau ! Les initiatives ne manquent pas un peu partout en France, on peut s’en inspirer et inventer de nouvelles formes. En Normandie, par exemple, l’appli participative Faune Route permet de recenser les endroits dangereux, en localisant les espèces victimes de la route. Plus les données sont nombreuses et précises, plus cela permet aux collectifs de défense de la nature de peser auprès des collectivités pour qu’elles mettent en place des aménagements leur permettant de circuler sans risque. Des banquettes à loutre, ou « loutroducs », ont ainsi été installées au niveau de ponts, où elles se faisaient écraser en cas de niveau élevé de l’eau. Dans les Deux-Sèvres, la toute nouvelle association Routes Vivantes fourmille d’idées : « sensibiliser les conducteur·ices, les auto-écoles et les assurances auto » ; « créer un Guide de l’automobiliste respectueux des animaux » ; « concevoir un jeu de société accessible et complet pour témoigner de la réalité de la mortalité de nos routes et mettre en marche une réelle réflexion »…

  • J’ai trouvé un animal mal en point !

Il est possible de se former pour avoir les bons réflexes. Par exemple avec ce webinaire très pédagogique de l’association États sauvages, Secourir la faune sauvage en détresse.Quel que soit l’endroit où nous vivons, à la campagne comme en ville, car même dans une très grosse agglomération comme Marseille, on peut tomber sur un sanglier renversé par une voiture, ramasser un bébé martinet tombé du nid, ou repérer une tortue marine blessée par un jet ski.

Avant tout : contacter le Centre de soins le plus proche. Même si la législation accorde une dérogation aux particuliers pour acheminer l’animal jusqu’à eux, ils sont les seuls habilités, selon l’Arrêté du 11 septembre 1992, à le prendre en charge, et pourront vous conseiller et vous orienter au mieux. On n’agit pas de la même manière selon l’espèce, ou le cas de figure : blessure de chasse, collision, empoisonnement, prédation par un chat (qui font des ravages)… Noter le site de capture, la date, l’heure, les circonstances donne des indications utiles aux soins et permettra un relâcher dans de bonnes conditions.

Ensuite : veiller au maximum à éviter le stress. Les piverts, martins-pêcheurs sont par exemple très sensibles et peuvent mourir d’un arrêt cardiaque si on leur fait peur. Des gestes prestes et parcimonieux sont requis, en silence. Porter systématiquement des gants afin de ne pas transmettre de germes ou être contaminé. Recouvrir l’animal d’un tissu permet de le mettre dans une boîte en carton pour le transport, en évitant griffes, morsures, coups d’ailes ou de becs. Enfin, si il est trop gros et que la capture est difficile, appeler les pompiers.

Gaëlle Cloarec, le 2 mars 2026


Un projet qui existe depuis 1970

« J’ai toujours eu une passion pour la nature depuis mon enfance et j’ai eu l’occasion de développer cette passion par des voyages », raconte Roland de Miller. « J’ai eu aussi des expériences personnelles de communion avec la nature très fortes, marquantes pour le reste de ma vie. » Guidé par cette passion, il s’engage dès ses 16 ans dans la protection de la nature. Il arrive à Paris à 18 ans et cherche à se documenter sur l’écologie et sur les associations existantes. En plus de sa vie universitaire, il trouve un emploi de documentaliste au service de la conservation de la nature au Musée National d’Histoire Naturelle de Paris. En parallèle, il s’engage dans la vie militante et s’investit au sein de plusieurs associations.

1970 est une date importante. Elle est proclamée Année Européenne de la conservation de la nature par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe. L’écologie gagne alors en visibilité et acquiert une place plus importante dans l’espace public, les médias et l’éducation.

C’est dans ce contexte que le chercheur décide de créer sa bibliothèque. constituée au départ de quelques milliers de livres, la collection en compte vite des dizaines de milliers. « En France et à l’étranger, j’essayais de surveiller le développement de l’écologie et de la protection de la nature. » Il accumule d’abord des ouvrages pour lui, mais dans l’idée de constituer un centre de documentation national sur l’environnement.

Quand il arrive en Provence en 1981, il établit des réseaux dans les différents départements et se bâtit une réputation d’ “expert de la nature”, en développant un large réseau de militants et de chercheurs. En 2008, il est officiellement reconnu comme libraire sur les marchés, les foires et sur internet. Ce statut lui permet d’élargir encore son réseau et de récupérer des ouvrages auprès de particuliers. En 58 ans de recherches, il a réussi à réunir plus de 50 000 livres, plus de 1000 périodiques et 700 affiches écologistes. Un fonds unique, structuré en quatre grandes divisions (Nature et sciences naturelles / Environnement et aménagement / Santé, culture, littérature et philosophie / Peuples et cultures du monde) et 74 thèmes.

Une bibliothèque qui risque de disparaître

La collection de Roland de Miller, comme le clame le site de la Bibliothèque de l’Écologie,  « devrait être reconnue comme d’intérêt public et national ». Depuis plus de 5 ans, déclare-t-il, il est en pourparlers avec la ville de Marseille, mais les obstacles s’accumulent.  Aujourd’hui, ses livres sont stockés dans plusieurs garages à Gap, dans les Hautes-Alpes. Des frais qu’il ne parvient plus à assumer. « Je ne vais pas bien, j’ai des soucis d’argent à cause de la bibliothèque. J’ai perdu, ces dernières années, des dizaines de milliers d’euros, je suis à bout, je n’ai plus d’argent, je suis à sec », confie-t-il.

Les démarches administratives prennent énormément de temps, et les scientifiques qu’il contacte ne lui répondent pas, déplore Roland de Miller. Il a notamment écrit à l’Université d’Aix-Marseille, en proposant de créer un programme culturel lié à sa bibliothèque de l’écologie, sans réponse pour le moment. En attendant, il cherche un lieu provisoire pour faire venir le fonds. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, les livres sont amenés à disparaître. « On ne se rend pas compte du trésor qu’ils représentent, cela mérite d’être mis en valeur », insiste-t-il.

L’objectif de sa bibliothèque est d’être au service de la collectivité, utile aux étudiants, universitaires (naturalistes, botanistes, zoologistes, écologues, océanographes, sociologues, historiens, philosophes, éthiciens, psychologues, géographes…), mais aussi aux professions médicales, journalistes, écrivains, artistes, architectes…. Elle serait ouverte au public et aux scientifiques et pourrait, selon le chercheur, « créer du tourisme culturel ».

Il est entouré par plusieurs collaborateurs et collaboratrices, souvent des retraités, qui l’aident dans ses démarches, basés dans les Alpes, la Drôme ou plus loin encore. Wildproject, maison d’édition marseillaise axée sur l’écologie, a publié début février un communiqué de presse appelant à le soutenir : l’objectif prioritaire étant de trouver un lieu de stockage vacant de 250 m² pour accueillir 110 palettes d’ouvrages. Gilles Marcel, président de France Nature Environnement Paca, estime que « ce qui bloque, ce sont les frais, car des lieux, il n’en manque pas ; mais les adapter pour recevoir du public, embaucher, représente un coût difficile à mobiliser en période de restrictions budgétaires ». Lui-même pourrait jouer un rôle de facilitateur, et FNE Paca apporter une aide logistique et technique au projet de créer une association pour la préfiguration et le développement de la bibliothèque.

Un trésor culturel inestimable pour la société

« Sans la lecture et la culture, la société s’effrite », regrette Roland de Miller, qui a le sentiment d’être entravé dans sa démarche faute d’intérêt pour les livres. Pour lui, l’éducation à l’écologie est essentielle à notre société. Il raconte avoir vu, en 50 ans, les discours sur l’écologie se brouiller et la difficulté de maintenir la vérité. « Aujourd’hui, beaucoup prétendent défendre l’écologie, mais font tout le contraire. »

Il dit avoir l’impression que, depuis plusieurs années, on ne veut plus lui faire de la place en France, ou alors, uniquement de façon marginale. « On doit reconnaître la maturité de l’écologie dans la société française et européenne. Il semble qu’aujourd’hui, on veut la mettre au placard, on l’accuse de tous les crimes. L’écologie n’a pas le vent en poupe en ce moment, et c’est regrettable. »

À presque 80 ans, Roland de Miller continue de se battre pour continuer à faire vivre le trésor qu’il a constitué toute sa vie. Reste à savoir si une solution concrète arrivera à temps, avant que ce patrimoine unique ne disparaisse.

Célia Horvath, le 18 février 2026

« Et si on proposait des balades le long de la trame verte pour mieux la visualiser ? » « On pourrait aussi faire appel à une artiste du quartier pour nos visuels ? » « La terre d’ici est très argileuse, si on récupérait celle des chantiers voisins, on pourrait réparer des murs et fabriquer des hôtels à insectes avec ! ». Le 13 décembre 2025 à la ferme du Collet des Comptes, chaque personne présente au café participatif organisé par le collectif Trames Vertes a une idée pour nourrir le projet. C’est le quatrième et dernier atelier participatif et de rencontre proposé par le collectif. « Trames Vertes », né en mai 2025 d’un élan citoyen et d’un projet commun à plusieurs associations et CIQ des 11e et 12e arrondissements, se bat pour la préservation de 25 hectares de nature menacés par l’urbanisation. En février 2026, le collectif doit présenter un document détaillé, enrichi de leurs multiples travaux et actions, présentant des arguments concrets contre le projet d’urbanisation de ces 25 hectares. Selon Trames Vertes, cette mobilisation est d’intérêt général : l’artificialisation par l’urbanisation d’une partie des 11e et du 12e arrondissements (de la Grognarde jusqu’à la ferme du Collet des Comptes, en passant par la butte de Butris et la friche du Collet des Comptes) menace des milieux naturels et des sols vivants, des espaces nourriciers, des habitats nécessaires à la préservation de la biodiversité et des lieux de respiration et de mobilités douces pour les habitants.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 1

L’histoire de la ZAC des Caillols

« Dans ces quartiers, les habitants en ont marre des constructions, ils ont envie de faire quelque chose pour préserver ces espaces verts » : Élise Méouchy, coordinatrice de projet au Donut Infolab, a fait ce constat dès son arrivée sur le terrain. La ZAC des Caillols (Zone d’Aménagement Concertée, opérations publiques d’aménagement de l’espace urbain) existe depuis le 21 février 1974 (date de l’arrêté préfectoral). En 2021, la ville de Marseille décide de la supprimer au motif « d’équipements achevés » et « d’objectifs atteints ». Selon la ville, la ZAC a « permis de créer une offre d’habitat diversifiée au sein d’un cadre urbain et paysager, de remodeler et d’implanter un centre urbain comprenant le centre commercial Casino, le centre médical et la Mairie des 11e et 12e arrondissements ». Pour certains habitants, la multiplication des immeubles et du béton empiète sur leur qualité de vie. Pour les associations qui défendent l’environnement, il est temps de laisser la nature tranquille.

Tandis que les habitants s’étaient organisés afin de réfléchir à des idées d’aménagements alternatifs en mettant en avant les mobilités douces (marche et vélo), ils ont eu vent d’une modification du Plan Local d’Urbanisme qui remettrait la ZAC des Caillols au goût du jour. « Lorsque l’on a appris qu’il y allait avoir une enquête publique, on s’est dit qu’il fallait élaborer une réponse commune », recontextualise Élise Méouchy.

De mars à avril 2025, les habitants, les associations (Collectif des Hautes Herbes, Germ’, Donut, VVOUM, Cartes sur Tables, CAN environnement, Nos Quartiers Demain) et les CIQ de La Pommeraie, La Pomme, Bois Luzy, La Fourragère, Les Caillols et Saint-Barnabé se sont mobilisés, dans le but de répondre à l’enquête publique sur le projet de ZAC qui ressurgit dans le Plan Local d’Urbanisation initié par la métropole. Le collectif Trames Vertes est né.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 2

« Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses »

Le 25 juin 2025, parce qu’il faut « montrer qu’ils sont là et qu’ils suivent », le collectif organise une conférence de presse. L’objectif est de montrer leur détermination à « défendre un maintien de la trame verte existante et des continuités écologiques à l’œuvre ». « On a senti que ça faisait un peu trembler les politiques de tous bords, donc on s’est dit ok, on est au bon endroit ! » rappelle Élise Méouchy aux personnes présentes lors du café participatif du 13 décembre. En juillet la mairie reçoit le collectif. Si cette réunion n’a pas eu de suite, il faut tout de même rester « proche du terrain ». « Nous n’avons pas eu de suite mais on suit quand même les délibérations des conseils municipaux et métropolitains », poursuit Élise Méouchy avec une idée claire : « il faut que le collectif s’étende et qu’il se structure ». Un participant acquiesce : « Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses ».

En octobre 2024, coup de théâtre : la métropole suspend la procédure d’ouverture à l’urbanisation de la zone des Caillols. Sur le papier, une victoire. Dans les faits, la situation reste floue. « Même s’ils suspendent la procédure, ils avancent quand même les études », alerte Jean-Jacques, un membre du collectif. Des écologues auraient été vus sur le terrain. Les commerçants du secteur sembleraient avoir plus d’informations que les habitants. « Nous ne sommes pas tous au même niveau d’information », déplore-t-il.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 3

Des ateliers pour faire corps et outiller les habitants

« Mais par où elle passe la chauve-souris dans la ville pour ne pas être embêtée ? » Interroge un jeune garçon, s’essayant à un jeu interactif proposé par les membres du collectif et dont le but est « d’aider les différentes espèces animales à rejoindre leurs destinations sans encombre », après avoir pris connaissance de l’importance des réseaux écologiques. Faire vivre les lieux, impliquer les habitants, leur donner un sentiment d’appartenance. Voilà l’objectif des quatre ateliers d’implication collective mis en place par Trames Vertes depuis septembre. Ces rencontres sont aussi l’occasion de débattre et de rassembler les idées qui enrichirons le document technique contre le projet d’urbanisation des 25 hectares menacés, que le collectif proposera en février.

Les participants sont invités à noter leurs propositions afin de créer un argumentaire collectif. Les idées fusent : l’entretient des canaux d’irrigation, la restauration de murs en pierres sèches, l’organisation d’un ramassage de déchets sur le tracé de la trame verte, l’implication des collèges et des écoles pour créer une signalétique solide et durable dans le but de matérialiser la trame verte.

Un problème se soulève : qui communique, comment et sur quels supports ? Pour l’instant, le collectif n’est pas structuré officiellement. Pas de statut associatif. Les relations sont basées sur la confiance. Les présidents des CIQ présents à la rencontre s’interrogent aussi : « Comment pouvons-nous agir ? ». Des solutions se dessinent. Un membre du collectif propose que des réunions soient organisées par chaque Comité d’Intérêt de Quartier concerné, pour sensibiliser davantage les habitants. Cela sera fait. « Chaque membre a plein d’idées, elles émergent dans tous les sens lors de cette réunion », observe un participant. Un autre projet prend forme : faire se rencontrer des classes qui travaillent sur la nature en ville avec des membres des CIQ. « Il y a un gouffre entre la façon dont vous avez été enfant dans ce quartier et la façon dont les enfants sont aujourd’hui », relève Élise Méouchy. « Ça leur ferait du bien d’écouter des gens raconter qu’ils marchaient pour aller à l’école, qu’ils avaient des espaces de liberté ».

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 4

Un combat apartisan

Dans les 11e et 12e arrondissements, c’est le Rassemblement National qui arrive en tête aux élections municipales (Monique Griseti a remporté plus de 50% des voix du 10e, 11e et 12e en 2024) et présidentielles (Marine Le Pen arrive en tête dans le 11e arrondissement en 2022). « Il faut le dire, même si on ne l’affiche pas du tout, ici, les habitants ont souvent peur des nouvelles constructions. Ce n’est pas qu’ils veulent protéger tous les vivants, c’est souvent qu’ils craignent la précarité et l’étranger. Il y a un fort racisme », avoue discrètement Élise Méouchy. Le collectif lui, « défend le fait que l’on est tous interdépendants les uns des autres ». Il est donc nécessaire de trouver une entente commune pour une cause apartisane. Mais le collectif n’est pas apolitique. « On voudrait que la nature, les espaces de nature, les vivants soient au centre », développe Élise Méouchy. « Toutes les questions d’aménagement viennent après. »

Pour le moment, les membres du collectif se disent « tributaires » des élections municipales de 2026. « L’enjeu, c’est que tous les partis se saisissent du sujet. Parce qu’on sait qu’en période électorale, ils vont être plus attentifs ».

Camille Mercan, le 9 février 2026

Livret pédagogique Nature en ville et adaptation au changement climatique © Camille Mercan

À 10 minutes à pied de la station de métro Gèze, dans le 15e arrondissement de Marseille, sept hommes attendent devant l’entrée de la Maison de la Justice et du Droit. Ils se connaissent depuis le jour même, et malgré la différence d’âge, tous ont un point commun : celui d’avoir enfreint le droit de l’environnement. Plus précisément, le droit de la pêche. Toute la journée, ils participent à un stage de sensibilisation à l’environnement, enjoint par le parquet d’Aix-en-Provence.

Les participants sont des “primo délinquants” – il s’agit de leur première infraction. Pour nombre d’entre eux, ils ont pêché en zone interdite, ou n’ont pas respecté la réglementation quant aux nombres ou la taille des ressources pêchées. Suite à ces infractions mineures, ils sont amenés à faire un stage de sensibilisation obligatoire, qui fait office d’alternative aux poursuites pénales. Il est organisé par France Nature Environnement PACA (FNE PACA) ; mais elle n’est pas la seule structure qui encadre la journée. De 9h à 17h, deux autres associations, Le Naturoscope et Planète Mer, se relaient pour expliquer les enjeux écologiques marins.

Un stagiaire lit le flyer sur les aires maritimes des calanques © Chloé Roulet

Une réglementation méconnue

La journée est divisée en deux temps, une partie théorique et une partie pratique. Le matin, Loic, de l’association marseillaise Le Naturoscope, informe sur la protection des milieux marins et terrestres. Cette intervention se veut pédagogique. Autour d’un powerpoint, les bénéficiaires assis enfilent la casquette d’élèves. L’objectif est qu’ils prennent conscience des enjeux, mais aussi de la réglementation autour de la pêche. Pour beaucoup, ils la jugent opaque. “C’est la première fois que je pêchais, je ne connaissais pas le règlement” lance le plus jeune “élève” arrêté pour pêche aux oursins. A contrario, ses aînés se considèrent pécheurs de loisir ; certains ont leur bateau et tout l’équipement. Pour autant, ils n’ont pas forcément en tête les tailles minimales, ni les quantités autorisées, ou encore les zones légales pour pêcher. En apprenant mieux les règles de la pêche, les risques de récidive diminuent.

Un jeu sur la gestion des ressources en mer

Pour compléter la théorie, l’après-midi, l’association Planète Mer prend le relais et propose une activité ludique : le ReHab. Un jeu de plateau sur la pêche et les ressources naturelles, développé par des chercheurs·euses travaillant sur la gestion de ces ressources. Les intervenant·e·s, Baptiste, Miléna et Roxane, prennent soin d’expliquer les consignes. Les stagiaires sont plongés dans la mer Méditerranée, plus précisément le golfe du lion. Celui-ci est peuplé de poissons et d’une espèce à absolument protéger, le requin. Les joueurs ont le choix entre deux rôles. Les gestionnaires, qui réglementent les zones de pêche, et les pêcheurs, qui s’accaparent les ressources selon leurs intérêts.

Le plateau du jeu ReHab © Chloé Roulet

Au bout du premier tour, le constat est frappant : baisse du nombre de poissons, pas de reproduction et disparition de l’espèce protégée. “J’ai bien pêché” ; “T’as pris 6 poissons? T’es gourmand” s’esclaffent les pêcheurs. En concurrence, ils n’ont pas respecté les abords des zones protégées. Il faut attendre le troisième tour et une bonne communication entre gestionnaires et pêcheurs pour enfin voir le nombre de poissons augmenter. “On va essayer de préserver la nature”. Finalement, les stagiaires ne s’en sortent pas trop mal. Ils ont trouvé une technique pour préserver l’habitat des requins, favorisant ainsi leur reproduction “Même les tortues, elles vont revenir si on continue comme ça” se réjouit un participant.

Un public difficile à sensibiliser

Sur les sept stagiaires, seuls un ou deux remettent en question leur place ici. “Je n’avais pas besoin d’une journée obligatoire, un simple rappel aurait suffit”, affirme le plus jeune du groupe. Dans l’ensemble, ils semblent plutôt trouver un intérêt et attribuent même une note de ¾ aux interventions. “Il faut plus de communication entre les gestionnaires de port, la brigade nautique et les pêcheurs” ; “Je ne savais même pas que le thon était suivi en Méditerranée” ; “Maintenant je ferai attention au règlement” peut-on entendre à la fin de la journée.

Roxane, en service civique à Planète Mer, explique qu’à la différence des pêcheurs·euses professionnel·le·s, les pêcheurs·euses du dimanche sont plus difficiles à approcher. “Ces stages permettent de sensibiliser des pêcheurs·euses de loisir, que l’on a plus de mal à identifier”. Elle rappelle qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact de la pêche de loisir sur l’environnement. “Elle représente la moitié de la pression de pêche”. En effet, le rapport La pêche de loisir dans les Aires Marines Protégées de Méditerranée du réseau MedPan montre que dans certaines zones protégées le volume total de captures issues de la pêche de loisir est parfois comparable, voire supérieur, à celui de la pêche commerciale. Il est donc primordial de sensibiliser aux enjeux écologiques tous les pêcheurs·euses – amateurs·ices ou non – afin de protéger au mieux les aires marines.

Chloé Roulet, le 4 février 2026

Face à l’urgence climatique, à la crise de la biodiversité et aux interrogations croissantes autour de nos modes de consommation, les enjeux environnementaux occupent une place centrale dans les débats contemporains. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur l’origine des aliments qu’ils consomment, sur l’impact de leurs choix quotidiens et sur les moyens de préserver la planète pour les générations futures. Pour accompagner cette prise de conscience, tous les outils peuvent être mobilisés, y compris ceux de la culture et du spectacle vivant.

Bien loin d’être cantonnée au divertissement ou à l’expérience esthétique, la culture s’affirme aujourd’hui comme un véritable vecteur de sensibilisation. Le théâtre, par sa capacité à susciter l’émotion et à provoquer le débat, offre un terrain privilégié pour aborder les questions écologiques. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, plusieurs établissements culturels ont fait le choix d’inscrire ces thématiques au cœur de leur projet artistique.

À Cavaillon, La Garance fait de l’alimentation un enjeu politique

À Cavaillon, La Garance – Scène nationale, dirigée par Chloé Tournier, accorde une place majeure aux questions environnementales, notamment à travers le festival Confit !, organisé chaque année au mois de mai. Ce rendez-vous singulier propose des spectacles mêlant art et cuisine, où l’alimentation devient un point d’entrée vers des problématiques plus larges : agriculture, rapport au vivant, place de l’animal et responsabilité écologique.

« L’alimentation est une question profondément politique, qui agit directement sur le monde tout en restant conviviale », explique Chloé Tournier. « C’est une thématique qui permet de sortir de l’entre-soi et de créer des liens avec des publics très variés. » Le festival invite ainsi les spectateurs à des « banquets sur la paille », ou un blind tea (dégustation de thé à l’aveugle), à la fois pour partager des expériences culinaires et pour ouvrir le débat autour des enjeux soulevés.

Parmi les propositions programmées, Tentative de coexistence entre ruminantes, de la metteuse en scène Mégane Arnaud et de l’écrivaine Guylaine Fournier, illustre cette démarche. Le spectacle met en dialogue une actrice et une vache, non dirigée. À travers ce dispositif, la mise en scène interroge la manière dont l’humain interagit avec le vivant et invite à repenser les liens inter-espèces, la cohabitation et le respect des écosystèmes.

À Briançon, une approche sensible et progressive

Théâtre du Briançonnais -c- Anaëlle Lemesle

Autre territoire, autre démarche. À Briançon, dans les Hautes-Alpes, le Théâtre du Briançonnais aborde les enjeux environnementaux de façon plus indirecte. Grâce aux « parcours du spectateur », le théâtre relie plusieurs propositions, de disciplines et d’esthétiques différentes, autour d’une thématique commune. Des temps de rencontres et de pratiques avec les artistes viennent prolonger l’expérience. Le parcours n°2, Gestes durables, articule ainsi le spectacle Corvidae. Quand les espèces se regardent avec un atelier de confection de marionnettes qui utilise des objets du quotidien pour construire des mécanismes zéro impact.

Les questions écologiques émergent ainsi progressivement, au fil des œuvres et des échanges, laissant une large place à la sensibilité et au vécu de chaque spectateur. Cette approche trouve un écho particulier dans un territoire de montagne, particulièrement confronté aux effets du changement climatique. Le Théâtre du Briançonnais s’inscrit également dans une dynamique locale en développant des partenariats avec des acteurs engagés, comme le Jardin botanique d’altitude du Lautaret.

À travers ces initiatives, les théâtres de la région PACA démontrent que le spectacle vivant est un outil puissant de transmission et de mobilisation. Qu’elle passe par l’alimentation, l’émotion ou l’expérience sensible, la culture permet de rendre visibles les enjeux environnementaux.

Lola Dupré, le 4 février 2026

Les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver ont été programmés dans les Alpes françaises en 2030. Alors que la loi olympique sera votée ce mardi 13 janvier à l’Assemblée nationale, Delphine Larat, membre du Collectif Citoyen JOP 2030, revient sur les enjeux sociaux, économiques et écologiques de cet événement.

Une interview réalisée par Lou Veyrat-Parisien, le 19 décembre 2025.
Vidéaste : Nicolas Delcros


Sources et ressources pour aller plus loin :

  • Notre enquête en deux volets sur les JO 2030

Ce n’est pas qu’une question de JO – première partie

Ce n’est pas qu’une question de JO – deuxième partie

  • Sur les impacts sociaux des Jeux :

La part des résidences secondaires dans les Hautes-Alpes, France Culture, podcast

Gentrification de la montagne, Médiapart, article

  • Sur les impacts environnementaux :

Impacts du réchauffement climatique dans les Alpes, Le Monde, article

Pic d’extinction des glaciers, Reporterre, article

Étude parue dans la revue Nature, citée dans l’article : https://www.nature.com/articles/s41558-025-02513-9

2 milliards de personnes dépendent des glaciers pour leur approvisionnement en eau, Le Monde, article

  • Sur les coûts budgétaires :

Un budget de 2,1 milliards d’euros annoncé par le COJOP, Le Monde, article

Un budget de 1,4 milliards d’euros pour la Solidéo, Le Dauphiné Libéré, article

6 milliards d’euros de dépenses publiques pour les JOP de Paris 2024, L’Équipe, article

Note d’étape de la Cour des comptes sur les dépenses publiques liées aux JOP de Paris, juin 2025

  • Sur les atteintes portées à la démocratie et l’État de droit :

Projet de Loi Olympique

Processus de dialogue ciblé : « Le dialogue ciblé est un processus bien défini qui permet d’examiner une proposition portant sur l’accueil d’une édition donnée des Jeux Olympiques et Paralympiques, ou des Jeux Olympiques de la Jeunesse. C’est un partenariat qui est mis en place lorsque la commission exécutive du Comité International Olympique (CIO) invite un ou plusieurs hôtes pressentis à participer à des discussions approfondies afin de peaufiner leur projet »

Avis « Les libertés à l’épreuve des grands événements – l’expérience des jeux olympiques et paralympiques », Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

Charte de l’environnement (voir notamment l’article 7, sur la mesure d’information du public)

Convention d’Aarhus (voir notamment l’article 6)

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a signé le 7 janvier un arrêté pour suspendre l’importation des fruits et légumes contenant cinq pesticides interdits en Europe. Cinq, sur… des dizaines. Voilà qui ne suffira pas à calmer la colère des agriculteurs, opposés à la ratification par l’Union Européenne du Mercosur, accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Un traité qui met en concurrence la production des paysans et éleveurs français avec celle de pays qui recourent abondamment aux substances chimiques.

Agriculture paysanne, justice sociale, écologie et santé : même combat

Le Mercosur « soulève toujours autant d’objections sévères pour ses impacts des deux côtés de l’Atlantique en matière agricole, mais aussi de climat, de droits humains et des peuples autochtones en particulier, de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale », lit-on dans une lettre ouverte au président de la République, publiée le 9 janvier par une quarantaine d’organisations dont Les Amis de la Terre, Attac, Greenpeace et la Confédération paysanne. Ce même jour, des militants de la Confédération, des Soulèvements de la Terre, de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif d’étudiants d’AgroParisTech « Agro en lutte » ont envahi le périphérique parisien. Un signe que les questions environnementales, la santé humaine et celle des écosystèmes s’articulent de plus en plus avec les revendications sociales dans les mobilisations.

D’autant que le sentiment qu’ont les citoyens de n’être pas entendus s’aggrave : le débat parlementaire sur la pétition contre la loi Duplomb, qui avait obtenu cet été plus de 2 millions de signatures, a été repoussé au mois de février. « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », établit la loi française. Mais comment faire valoir ce point, quand la législation et les traités internationaux autorisent l’usage de pesticides, la mise sur le marché de produits d’alimentation courante potentiellement toxiques ? Et quand, aux pesticides « légaux », s’ajoutent les pesticides illégaux ?

Trafic de pesticides interdits : un procès à Marseille

Melons, salades, tomates, courgettes, concombres, artichauts, blé, riz, fraises, kiwis, poires, pommes ou encore abricots… Autant de fruits et légumes contaminés par des produits interdits importés d’Espagne, vendus par des enseignes de grande distribution, qui se sont retrouvés dans les assiettes d’habitants des Bouches-du-Rhône et de la Drôme. Après un procès dans le nord de la France, où des maraîchers ont été condamnés pour « mise sur le marché, détention et utilisation, en bande organisée, de produits phytosanitaires ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché », le Parquet de Marseille a été saisi. Six sociétés agricoles et sept individus font l’objet de poursuites dans les deux départements.

Comme le détaille le dossier consacré à l’affaire sur le site de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur, « les enquêteurs ont également retrouvé des produits de contrefaçon (…), dont les coformulants sont inconnus et peuvent représenter un risque bien plus élevé pour la santé et la biodiversité ». Car bien-sûr, les polluants utilisés contaminent les chaînes trophiques, s’infiltrent dans les sols, et les nappes phréatiques.

L’association, avec FNE Auvergne Rhône-Alpes et FNE Bouches-du-Rhône, soutenues par la fédération nationale de France Nature Environnement, Générations Futures et la Confédération Paysanne, se sont portées parties civiles. L’audience, qui se tiendra du 12 au 14 janvier dans la Salle des procès hors norme du Tribunal Judiciaire de Marseille, est publique : tout le monde peut y assister pour comprendre ses enjeux de santé publique et d’écologie.

Pourquoi c’est important de se renseigner et se mobiliser ?

Parce que chaque être vivant est concerné ! Des populations d’insectes, en chute libre, aux humains, dont les cas de cancers explosent du fait, notamment, d’un environnement envahi de pesticides, plastiques, perturbateurs endocriniens et autres polluants. La justice a son rythme propre, avec des délais très longs, et ses décisions ne sont trop souvent pas appliquées, faute de moyens publics mis en œuvre pour le suivi et les contrôles sur le terrain, mais ce genre de procès fait malgré tout bouger les lignes. Les citoyens ont tout intérêt à s’informer, à monter en compétences pour pouvoir peser dans les débats, et à soutenir les associations de protection de l’environnement.

Se renseigner, c’est aussi par exemple assister à des conférences sur les questions alimentaires. A Marseille, Opera Mundi consacre son cycle cette année au thème Nourrir et relier les mondes. En introduction le 28 novembre dernier, la philosophe Joëlle Zask invitait à sortir l’agriculture de son inféodation au marché. Les solutions existent : l’agroécologie permettrait de produire une nourriture saine et suffisante sur tous les continents, si on en appliquait les principes, de manière juste et démocratique. « Là où Trump et Poutine disent « il n’y en aura pas pour tout le monde« , soulignait-elle, la démocratie répond : « il faut qu’il y en ait pour tout le monde« . » Le 4 février prochain, l’anthropologue Bénédicte Bonzi parlera de la Sécurité sociale de l’alimentation, qui ouvre des pistes intéressantes pour à la fois lutter contre la précarité, et cesser d’empoisonner la terre.

En attendant que ce dispositif, inspiré des principes de la Sécurité sociale, devienne réalité, il est possible de favoriser les Amaps, les marchés paysans, l’achat direct auprès des producteurs, ou encore les Épiceries paysannes pour se nourrir.

Gaëlle Cloarec, le 9 janvier 2026

Quand les moutons participent à une manifestation, sur le parking d’une grande surface, personne ne reste indifférent.

Nous partîmes une poignée, paysannes, paysans, gilets jaunes et soutiens, mais par le prompt renfort d’un… troupeau de brebis mené par leur bergère, nous nous vîmes 500 êtres vivants en arrivant sur le parking d’Auchan. À l’appel de la Confédération Paysanne des Bouches-du-Rhône, rendez-vous était donné le 20 décembre à 13h, dans l’immense zone commerciale d’Aubagne, les Paluds.

L’objectif, comme un peu partout en France au moment où une épidémie de Dermatose nodulaire bovine se répand : communiquer et alerter sur les risques dans le département, et demander l’arrêt de l’abattage total préconisé par le gouvernement. Ce qui implique de tuer des bêtes saines, et décuple la colère des éleveurs, déjà vive du fait de l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), qui menace leur activité.

Les chalands du supermarché, interrompus dans leurs courses de Noël, semblaient apprécier le spectacle incongru d’un troupeau sagement mené par les chiens jusqu’à un proche rond-point, où les manifestants ont interrompu la circulation pour se faire entendre. Parmi ceux qui avaient la curiosité de venir dialoguer, beaucoup d’empathie envers le monde paysan, mais aussi de la surprise devant l’ampleur des problèmes que vit au quotidien cette partie de la population qui nourrit autrui.

Nombre d’entre eux témoignaient d’une grande précarité, parfois même de difficultés à se loger. Mais aussi de pollutions sur leurs terres, dans les nappes phréatiques, occasionnant une angoisse croissante. Particulièrement chez ceux qui cultivent en bio, bien-sûr, comme ils sont nombreux à le faire au sein de la Confédération paysanne.

Contrastant avec le sourire et l’énergie d’une jeune femme criant des slogans humoristiques au porte-voix, certains automobilistes montraient des signes d’énervement du fait du blocage. Au point qu’un chauffard, sans retenue, a roulé sur la jambe d’un manifestant, avant d’accélérer pour quitter les lieux.

De l’autre côté du rond-point, observé par des policiers hilares, un tas de pneus flambaient, dégageant un énorme panache noir. Feu allumé par d’autres agriculteurs, appartenant à un syndicat à l’opposé du spectre politique, tirant vers l’extrême droite. De quoi faire bougonner Isabelle Bouvier, maraîchère venue du Var voisin soutenir ses collègues du pays d’Aubagne : « nous, on est venus ici pour défendre une agriculture vivrière, pas pour empuantir avec des fumées toxiques ».

Sur cette vidéo réalisée par Nicolas Delcros pour Qui Vive, elle nous parle des difficultés croissantes qu’ont les paysans à vivre de leur travail, des jeunes générations qui peinent à reprendre les exploitations, et des conséquences énormes qu’ont les traités de type Mercosur sur l’autonomie alimentaire. « On propose une autre manière de voir, où on met l’humain au centre de l’activité, pas le profit. »

Gaëlle Cloarec, le 22 décembre 2025