Les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver ont été programmés dans les Alpes françaises en 2030. Alors que la loi olympique sera votée ce mardi 13 janvier à l’Assemblée nationale, Delphine Larat, membre du Collectif Citoyen JOP 2030, revient sur les enjeux sociaux, économiques et écologiques de cet événement.

Une interview réalisée par Lou Veyrat-Parisien, le 19 décembre 2025.
Vidéaste : Nicolas Delcros


Sources et ressources pour aller plus loin :

  • Notre enquête en deux volets sur les JO 2030

Ce n’est pas qu’une question de JO – première partie

Ce n’est pas qu’une question de JO – deuxième partie

  • Sur les impacts sociaux des Jeux :

La part des résidences secondaires dans les Hautes-Alpes, France Culture, podcast

Gentrification de la montagne, Médiapart, article

  • Sur les impacts environnementaux :

Impacts du réchauffement climatique dans les Alpes, Le Monde, article

Pic d’extinction des glaciers, Reporterre, article

Étude parue dans la revue Nature, citée dans l’article : https://www.nature.com/articles/s41558-025-02513-9

2 milliards de personnes dépendent des glaciers pour leur approvisionnement en eau, Le Monde, article

  • Sur les coûts budgétaires :

Un budget de 2,1 milliards d’euros annoncé par le COJOP, Le Monde, article

Un budget de 1,4 milliards d’euros pour la Solidéo, Le Dauphiné Libéré, article

6 milliards d’euros de dépenses publiques pour les JOP de Paris 2024, L’Équipe, article

Note d’étape de la Cour des comptes sur les dépenses publiques liées aux JOP de Paris, juin 2025

  • Sur les atteintes portées à la démocratie et l’État de droit :

Projet de Loi Olympique

Processus de dialogue ciblé : « Le dialogue ciblé est un processus bien défini qui permet d’examiner une proposition portant sur l’accueil d’une édition donnée des Jeux Olympiques et Paralympiques, ou des Jeux Olympiques de la Jeunesse. C’est un partenariat qui est mis en place lorsque la commission exécutive du Comité International Olympique (CIO) invite un ou plusieurs hôtes pressentis à participer à des discussions approfondies afin de peaufiner leur projet »

Avis « Les libertés à l’épreuve des grands événements – l’expérience des jeux olympiques et paralympiques », Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

Charte de l’environnement (voir notamment l’article 7, sur la mesure d’information du public)

Convention d’Aarhus (voir notamment l’article 6)

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a signé le 7 janvier un arrêté pour suspendre l’importation des fruits et légumes contenant cinq pesticides interdits en Europe. Cinq, sur… des dizaines. Voilà qui ne suffira pas à calmer la colère des agriculteurs, opposés à la ratification par l’Union Européenne du Mercosur, accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Un traité qui met en concurrence la production des paysans et éleveurs français avec celle de pays qui recourent abondamment aux substances chimiques.

Agriculture paysanne, justice sociale, écologie et santé : même combat

Le Mercosur « soulève toujours autant d’objections sévères pour ses impacts des deux côtés de l’Atlantique en matière agricole, mais aussi de climat, de droits humains et des peuples autochtones en particulier, de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale », lit-on dans une lettre ouverte au président de la République, publiée le 9 janvier par une quarantaine d’organisations dont Les Amis de la Terre, Attac, Greenpeace et la Confédération paysanne. Ce même jour, des militants de la Confédération, des Soulèvements de la Terre, de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif d’étudiants d’AgroParisTech « Agro en lutte » ont envahi le périphérique parisien. Un signe que les questions environnementales, la santé humaine et celle des écosystèmes s’articulent de plus en plus avec les revendications sociales dans les mobilisations.

D’autant que le sentiment qu’ont les citoyens de n’être pas entendus s’aggrave : le débat parlementaire sur la pétition contre la loi Duplomb, qui avait obtenu cet été plus de 2 millions de signatures, a été repoussé au mois de février. « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », établit la loi française. Mais comment faire valoir ce point, quand la législation et les traités internationaux autorisent l’usage de pesticides, la mise sur le marché de produits d’alimentation courante potentiellement toxiques ? Et quand, aux pesticides « légaux », s’ajoutent les pesticides illégaux ?

Trafic de pesticides interdits : un procès à Marseille

Melons, salades, tomates, courgettes, concombres, artichauts, blé, riz, fraises, kiwis, poires, pommes ou encore abricots… Autant de fruits et légumes contaminés par des produits interdits importés d’Espagne, vendus par des enseignes de grande distribution, qui se sont retrouvés dans les assiettes d’habitants des Bouches-du-Rhône et de la Drôme. Après un procès dans le nord de la France, où des maraîchers ont été condamnés pour « mise sur le marché, détention et utilisation, en bande organisée, de produits phytosanitaires ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché », le Parquet de Marseille a été saisi. Six sociétés agricoles et sept individus font l’objet de poursuites dans les deux départements.

Comme le détaille le dossier consacré à l’affaire sur le site de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur, « les enquêteurs ont également retrouvé des produits de contrefaçon (…), dont les coformulants sont inconnus et peuvent représenter un risque bien plus élevé pour la santé et la biodiversité ». Car bien-sûr, les polluants utilisés contaminent les chaînes trophiques, s’infiltrent dans les sols, et les nappes phréatiques.

L’association, avec FNE Auvergne Rhône-Alpes et FNE Bouches-du-Rhône, soutenues par la fédération nationale de France Nature Environnement, Générations Futures et la Confédération Paysanne, se sont portées parties civiles. L’audience, qui se tiendra du 12 au 14 janvier dans la Salle des procès hors norme du Tribunal Judiciaire de Marseille, est publique : tout le monde peut y assister pour comprendre ses enjeux de santé publique et d’écologie.

Pourquoi c’est important de se renseigner et se mobiliser ?

Parce que chaque être vivant est concerné ! Des populations d’insectes, en chute libre, aux humains, dont les cas de cancers explosent du fait, notamment, d’un environnement envahi de pesticides, plastiques, perturbateurs endocriniens et autres polluants. La justice a son rythme propre, avec des délais très longs, et ses décisions ne sont trop souvent pas appliquées, faute de moyens publics mis en œuvre pour le suivi et les contrôles sur le terrain, mais ce genre de procès fait malgré tout bouger les lignes. Les citoyens ont tout intérêt à s’informer, à monter en compétences pour pouvoir peser dans les débats, et à soutenir les associations de protection de l’environnement.

Se renseigner, c’est aussi par exemple assister à des conférences sur les questions alimentaires. A Marseille, Opera Mundi consacre son cycle cette année au thème Nourrir et relier les mondes. En introduction le 28 novembre dernier, la philosophe Joëlle Zask invitait à sortir l’agriculture de son inféodation au marché. Les solutions existent : l’agroécologie permettrait de produire une nourriture saine et suffisante sur tous les continents, si on en appliquait les principes, de manière juste et démocratique. « Là où Trump et Poutine disent « il n’y en aura pas pour tout le monde« , soulignait-elle, la démocratie répond : « il faut qu’il y en ait pour tout le monde« . » Le 4 février prochain, l’anthropologue Bénédicte Bonzi parlera de la Sécurité sociale de l’alimentation, qui ouvre des pistes intéressantes pour à la fois lutter contre la précarité, et cesser d’empoisonner la terre.

En attendant que ce dispositif, inspiré des principes de la Sécurité sociale, devienne réalité, il est possible de favoriser les Amaps, les marchés paysans, l’achat direct auprès des producteurs, ou encore les Épiceries paysannes pour se nourrir.

Gaëlle Cloarec, le 9 janvier 2026

Quand les moutons participent à une manifestation, sur le parking d’une grande surface, personne ne reste indifférent.

Nous partîmes une poignée, paysannes, paysans, gilets jaunes et soutiens, mais par le prompt renfort d’un… troupeau de brebis mené par leur bergère, nous nous vîmes 500 êtres vivants en arrivant sur le parking d’Auchan. À l’appel de la Confédération Paysanne des Bouches-du-Rhône, rendez-vous était donné le 20 décembre à 13h, dans l’immense zone commerciale d’Aubagne, les Paluds.

L’objectif, comme un peu partout en France au moment où une épidémie de Dermatose nodulaire bovine se répand : communiquer et alerter sur les risques dans le département, et demander l’arrêt de l’abattage total préconisé par le gouvernement. Ce qui implique de tuer des bêtes saines, et décuple la colère des éleveurs, déjà vive du fait de l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), qui menace leur activité.

Les chalands du supermarché, interrompus dans leurs courses de Noël, semblaient apprécier le spectacle incongru d’un troupeau sagement mené par les chiens jusqu’à un proche rond-point, où les manifestants ont interrompu la circulation pour se faire entendre. Parmi ceux qui avaient la curiosité de venir dialoguer, beaucoup d’empathie envers le monde paysan, mais aussi de la surprise devant l’ampleur des problèmes que vit au quotidien cette partie de la population qui nourrit autrui.

Nombre d’entre eux témoignaient d’une grande précarité, parfois même de difficultés à se loger. Mais aussi de pollutions sur leurs terres, dans les nappes phréatiques, occasionnant une angoisse croissante. Particulièrement chez ceux qui cultivent en bio, bien-sûr, comme ils sont nombreux à le faire au sein de la Confédération paysanne.

Contrastant avec le sourire et l’énergie d’une jeune femme criant des slogans humoristiques au porte-voix, certains automobilistes montraient des signes d’énervement du fait du blocage. Au point qu’un chauffard, sans retenue, a roulé sur la jambe d’un manifestant, avant d’accélérer pour quitter les lieux.

De l’autre côté du rond-point, observé par des policiers hilares, un tas de pneus flambaient, dégageant un énorme panache noir. Feu allumé par d’autres agriculteurs, appartenant à un syndicat à l’opposé du spectre politique, tirant vers l’extrême droite. De quoi faire bougonner Isabelle Bouvier, maraîchère venue du Var voisin soutenir ses collègues du pays d’Aubagne : « nous, on est venus ici pour défendre une agriculture vivrière, pas pour empuantir avec des fumées toxiques ».

Sur cette vidéo réalisée par Nicolas Delcros pour Qui Vive, elle nous parle des difficultés croissantes qu’ont les paysans à vivre de leur travail, des jeunes générations qui peinent à reprendre les exploitations, et des conséquences énormes qu’ont les traités de type Mercosur sur l’autonomie alimentaire. « On propose une autre manière de voir, où on met l’humain au centre de l’activité, pas le profit. »

Gaëlle Cloarec, le 22 décembre 2025

 

« J’ai passé le stade du choc par les déchets, ça devient presque normal, c’est ça qui est flippant ». Tom Flambeaux, plongeur à Biarritz, est le premier portrait d’Ordinaire. Il ramasse des plombs dans l’océan. Des tonnes et des tonnes de plombs de pêche. Il les ramène chez lui, seul et à vélo, pour ensuite les trier et les fondre. Face à la caméra, le plongeur assume ne toujours pas savoir quoi faire de ce « butin ». Il reconnaît pourtant que cela le « soulage de les savoir en dehors de l’océan ».

Réalisé par Jérémi Stadler, Ordinaire est une épopée « à la rencontre de l’ordinaire », présenté jeudi 27 novembre au cinéma La Baleine à Marseille, dans le cadre du projet La Parole en Grand !, porté par la coopérative Nature Peinture. En 2017, le réalisateur de 27 ans fait une rencontre. Une idée germe : il veut réaliser une collection de portraits sur des personnes qui se mobilisent dans la lutte contre les déchets. Alors il parcourt 2000 kilomètres à vélo, entre Montpellier et La Rochelle. Non pas pour aligner des performances physiques de fou du vélo, mais pour assouvir son projet en limitant son impact carbone.

Ordinaire ne théorise pas. Il montre. Les images sont brutes, simples et belles. C’est d’ailleurs la mission du projet : accorder une importance à l’esthétique avec un matériel suffisamment léger pour être transportable à vélo.

En vélo, scène du film Ordinaire de Jérémi Stadler - Capture écran

En vélo, scène du film Ordinaire de Jérémi Stadler – Capture écran

« L’activiste a l’ambition des pouvoirs les plus fous »

Les portraits s’enchaînent comme une cartographie de micro-résistances. Dans son périple, Jérémi Stadler rencontre Marion Lescaut. À l’origine, elle est clerc de notaire. Elle finit par tout arrêter pour ramasser des masques jetables et s’en servir de matière première. Elle crée Le Carnet de Mimi, pour « faire du beau avec du crado » et transformer les souillures en œuvres. « Je suis trop décalée avec cette société, elle me fait flipper, elle est trop flippante », partage-t-elle dans le film. Les images du documentaire montrent des amas de masques, sur les bords des routes, sur les parkings, dans la forêt, partout. Des tonnes de polypropylène promises à l’enfouissement. « Avec mon travail, je montre toute la merde que les gens ne veulent plus voir », résume-t-elle. Marion rappelle : « qu’on le veuille ou non, ramasser un masque, le montrer, l’exposer, c’est déjà un acte politique ».

Plus loin sur son trajet, le vélo de Jérémi Stadler s’arrête chez Edmund Platt, originaire de Leeds, installé en France depuis dix ans. Ce personnage haut en couleurs a lancé le projet Un déchet par jour pour interroger ce qui ne va pas sur terre et ce que lui, humain, peut faire concrètement. « On est tous consommateurs, on est tous capables d’agir pour la planète, j’attends ça des gens », assène-t-il, frontal, face à la caméra. Selon cet activiste, « il n’y a rien de plus fort que montrer l’exemple ». Pour le réalisateur d’Ordinaire, Edmund Platt a réussi à transformer son éco-anxiété en éco-humanité.

Selon Catherine Verne, une psychologue interviewée dans le film, « l’activiste a l’ambition des pouvoirs les plus fous ». Dans l’histoire, rappelle-t-elle, l’activisme a « un pouvoir exorbitant » qu’il ne faut pas sous-estimer. Selon elle, « lorsque l’on est passif, on aggrave la situation, l’activisme c’est le choix nécessaire ».

De l’individu au collectif

Une fois le générique passé, la lumière se rallume, les applaudissements de la cinquantaine de spectateurs fusent et le débat s’ouvre. Adrien Piquera, président de Nature Peinture et organisateur de la soirée, remercie le public, puis pose une question à Marion Lescaut et Fiona Cosson :
« Comment passer de ces actions solitaires à un véritable pouvoir citoyen ? » « Moi, j’ai commencé seule, dans mon coin », livre Fiona Cosson, fondatrice de Zéro Waste Marseille. « Aujourd’hui, il y a une équipe salariée, des bénévoles, des partenaires, des commerçants. On se retrouve au café, on parle tri, réduction des déchets. C’est devenu une culture partagée », poursuit-elle. La fondatrice de l’antenne marseillaise de Zéro Waste annonce la sortie, le jour même, de son nouveau projet : Le guide Tarpin moins. Le livret recense plus de 200 adresses de commerces, associations et lieux ressources pour réduire ses déchets.

Bijoux plastique de Marion Lescaut et guide Tarpin moins de Fiona Cosson © Camille Mercan

Bijoux plastique de Marion Lescaut et guide Tarpin moins de Fiona Cosson © Camille Mercan

Marion Lescaut raconte, elle, comment ses propres voyages ont tissé un réseau informel de personnes engagées : associations locales rencontrées sur la route, collaborations artistiques, amitiés nées d’un ramassage de plage ou d’une exposition. « On a créé une espèce de famille qui gravite un peu partout en France et dans le monde », explique-t-elle au micro. Forcée d’abandonner les tonnes de masques récoltées, faute de solution de stockage et après de nouveaux « déboires complexes », Marion Lescaut se dit « toujours optimiste ».

Pas de place pour stocker les quantités astronomiques de masques jetables ? Qu’importe. La jeune femme a déjà retrouvé une cause où engager son énergie débordante : 16 containers transportant des granulés de plastique ont été perdus au large de la Galice. Elle sillonne alors les plages du Nord de la France jusqu’en Espagne pour les ramasser. Toujours avec l’objectif de montrer ce que l’on ne veut pas voir, elle en fait des bijoux. Non pas pour sublimer ces morceaux de plastique, mais pour que l’on reparte avec « l’histoire qu’ils racontent ». Le déchet devient à la fois preuve, mémoire et avertissement à porter sur soi.

Dans le public, une spectatrice résume : « Pour passer de l’individuel au collectif, ce qui fonctionne, ce sont les outils d’inspiration. Ce documentaire en est un. Il rend visibles des petites initiatives et donne envie de s’y mettre ».

Camille Mercan
Décembre 2025

Affiche du film Ordinaire de Jérémi Stadler

Affiche du film Ordinaire de Jérémi Stadler

« Changeons le système pas le climat », « on veut des bus pas du BUS », « Biodiversité Ultra Sacrifiée », au rythme des tambours, parmi les nombreux vélos, des pancartes colorées se multipliaient sur la Place Castellane, ce samedi 29 novembre à 14 heures. 500 manifestants, jeunes et plus âgés, étaient réunis, avec un objectif : s’opposer aux travaux du Boulevard Urbain Sud (BUS). Le cortège, entrainé par des slogans scandés au mégaphone et une enceinte diffusant des musiques militantes, s’est élancé en direction de la statue de David. Les manifestants défilent sur les voies latérales de l’avenue du Prado, sans bloquer la circulation principale. Une marche pacifique mais déterminée : « Plus de nature moins de voiture », « des arbres, des trams, pas des boulevards », autant de formules reprises en cœur par les participants. Le collectif CANBUS (Collectif Anti-Nuisances Boulevard Urbain Sud) pilote l’opération, épaulé par Greenpeace et Alternatiba. SOS Nature Sud, Union Calanques Littoral, Sauvons la Mathilde et Face au BUS complètent la coalition. « Ce n’est pas la peine de rajouter des voitures aux voitures sur un espace déjà saturé », proteste Martine Cros, directrice de SOS Nature Sud.

Défilé pendant la manif anti BUS © Camille Mercan

Défilé pendant la manif anti BUS © Camille Mercan

Le BUS, c’est quoi ?

L’histoire remonte aux années 1930. À l’époque, une simple rocade autoroutière devait contourner Marseille. Près d’un siècle plus tard, l’idée ressurgit dans la tête de la métropole sous une forme urbaine : 8,5 kilomètres de boulevard reliant le rond-point Florian, à Saint-Loup, jusqu’à la Pointe Rouge. Les chiffres annoncés inquiètent : 45 000 véhicules par jour attendus au Cabot, 15 000 à la Pointe Rouge. Le tracé doit traverser le jardin de la Mathilde, les jardins familiaux Joseph Aiguier et la pinède du Roy d’Espagne. Près de 10 hectares de nature sacrifiés. 200 arbres de la pinède menacés de disparition. « Les enjeux environnementaux nous font clairement dire qu’il faut agir maintenant et arrêter cette envie de prolonger ce que nos aînés ont mis en place, ce sont des données de l’époque », renseigne Jean-Luc, résident de la Pointe Rouge et présent à la manifestation.

La première phase du BUS fonctionne depuis juillet 2020. Elle relie le boulevard Sainte-Marguerite à l’autoroute A50 et à la rocade L2, au niveau de l’échangeur Florian. Le début des travaux du deuxième tronçon, entre Sainte-Marguerite et le Roy d’Espagne, est prévu pour le 8 décembre prochain.

« Un périphérique qui tombe dans la mer » 

Si, comme certains Marseillais l’affirment sur divers groupes Facebook, « cette voie est indispensable », il s’agit pour d’autres, présents à la manifestation, d’un « désastre écologique ». Solène, dont la voix déterminée a résonné dans le mégaphone pendant la manifestation, est engagée dans le mouvement contre le Boulevard Urbain Sud parce qu’elle pense que « c’est un désastre environnemental qui va détruire la biodiversité, alors qu’on en manque cruellement dans cette ville ». Elle estime que les mobilités évoluent dans le mauvais sens : « il faudrait plus de mobilités douces ».

Laisse béton, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

Laisse béton, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

« C’est comme si on avait pensé à un périphérique qui va tomber subitement dans la mer. On comprend tout de suite qu’il y a quelque chose qui ne va pas. En tant que citoyen, j’ai déjà de quoi réfléchir en me disant : ça va être quoi ? Des énormes parkings flottants sur la Pointe Rouge ? », s’interroge Jean-Luc, habitant de la Pointe Rouge.

La Métropole défend son projet 

La Métropole affirme que le BUS comprend des voies réservées aux transports en commun, une piste cyclable sécurisée et une végétalisation importante des espaces publics. « Le Boulevard Urbain Sud est un projet structurant, au service du quotidien des habitants », a déclaré en juillet Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence. La première phase du BUS, mise en service en 2020, a selon elle « démontré son utilité en matière de désengorgement du trafic ». La Ville de Marseille, représentée à la manifestation par de nombreux élus et maires de quartiers, reste fermement opposée au projet actuel.

La mobilisation continue 

CANBUS  a déposé un recours en mars 2025. L’issue ne sera pas connue avant l’été 2026. « Il faut qu’on reste très mobilisé contre le BUS tant que l’on n’a pas de décisions satisfaisantes », martèle Martine Cros. Les opposants au BUS plaident pour des alternatives : renforcement des transports en commun, création de voies cyclables sécurisées, amélioration du réseau existant. « On voit qu’on est engorgés, que les voitures prennent tout l’espace et qu’il va falloir trouver des solutions basées sur les transports en commun, les mobilités douces, parce qu’on est déjà sursaturés », observe Jean-Luc. « C’est un projet, au départ, vendu comme quelque chose qui allait désenclaver le quartier. Il ne prend pas en compte que le flux est inversé : beaucoup plus de gens ont envie de venir à la mer, de profiter des calanques », précise le résident de la Pointe Rouge.

La Métropole promet un « Boulevard Urbain Vert » végétalisé entre le Roy d’Espagne et la Pointe Rouge, sur 1,7 kilomètre. Un projet de 4,5 millions d’euros prévu pour 2026. Cet « aménagement apaisé » favoriserait « les mobilités douces », selon la Métropole. Pour les associations, ces promesses ne suffisent pas à effacer la menace qui pèse sur les derniers poumons verts du sud de la ville. Les travaux du tronçon Sainte-Marguerite – Roy d’Espagne doivent débuter dans quelques jours. La bataille juridique et citoyenne continue.

Camille Mercan
Novembre 2025

Un autre projet, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

Un autre projet, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

L’environnement, enjeu majeur d’un avenir qui se construit aujourd’hui. Tel est le titre d’une tribune publiée mi-novembre par FNE, la LPO, le Conservatoire d’espaces naturels et autres structures de protection de la nature en Pays de la Loire. « Face aux sécheresses, canicules et inondations qui se multiplient, à la disparition silencieuse de nombreuses espèces animales et végétales, à la raréfaction des ressources et à l’aggravation des inégalités sociales et environnementales, écrivent-elles, nous n’avons plus le luxe d’attendre. » Pourtant, « nous constatons un net et très inquiétant recul, voire une absence, de ces sujets dans les décisions politiques actuelles ».

Partout en France, le constat est le même : les associations environnementales, dont les missions sur le terrain sont essentielles pour défendre des écosystèmes sains, sont fortement fragilisées par des coupes budgétaires. Elles ne sont pas les seules : dans le champ du social, de la santé, de la culture, du sport…, le monde associatif, garde-fou d’un vivre-ensemble démocratique, est fragilisé. Aussi nombre de structures de l’écologie rejoignent la dynamique du Mouvement Associatif Ça ne tient plus, qui appelait le 11 octobre dernier à se mobiliser pour le défendre, en rappelant ces chiffres : « 20 millions de bénévoles, 1,8 million de salariés et 67 millions de Françaises et de Français sont touchés par les actions des associations ».

Qui Vive : Les coupes budgétaires fragilisent les associations, alors qu’elles assurent des missions essentielles. Comment percevez-vous cette dégradation, chez FNE ?

Gilles Marcel : Au niveau de la situation générale, il faut d’abord avoir en tête que notre fonctionnement en réseau est relativement différencié selon les régions. Chaque Fédération est autonome dans le choix de ses axes de travail et de son budget. Une Fédération régionale comme la nôtre, en PACA, ne va pas forcément avoir les mêmes ressources financières que nos voisins en Auvergne-Rhône-Alpes, ou Occitanie. Idem, chaque Fédération départementale est indépendante. Telle ou telle va être engagée sur certains sujets, et sa voisine sur d’autres.

Après, il faut nuancer cette indépendance ; elle peut être relative, en raison, par exemple, de la sous-traitance, ce qui est notre cas. On va, d’une certaine manière, alimenter le budget de fonctionnement de Fédérations départementales à travers les projets que nous réalisons avec elles. Mettons un projet avec l’ADEME, l’Agence de l’Eau, ou autre structure de ce type. Le travail à réaliser va être accompli avec l’équipe salariée de la Fédération régionale, mais aussi pour partie avec les salariés d’une Fédération départementale ou d’une autre association. Je précise tout cela parce qu’il ne s’agit pas de quelque chose de linéaire. Nous ne sommes pas tous assujettis à la même mécanique.

Malgré les différences, on observe un peu partout la généralisation des appels à projets. Un fonctionnement très critiqué parce qu’il met en concurrence les associations, est très chronophage… Comment le vivez-vous ?

En ce qui concerne FNE PACA, cela fait pas loin de dix ans que la notion de subvention a disparu. On utilise toujours dans les écritures comptables le terme de « subventions », mais en fait, ce sont des réponses à appels à projets.

Quand j’ai l’occasion de voir des responsables politiques, des financeurs, je leur dis depuis des années, « si vous voulez que les associations meurent, continuez à faire ce que vous faites, c’est le meilleur moyen ». Une subvention, cela fonctionne assez facilement : un montant est attribué à une association pour réaliser les objectifs déterminés par ses statuts. Dès l’instant où on passe à un financement par projet, il faut toute une logistique, un suivi, qui va demander une capacité de travail bien plus importante.

Au sein de notre Fédération régionale, la personne qui occupe le poste de responsable financière administrative passe l’essentiel de son temps à répondre à des appels à projets, puis à instruire des rapports financiers et techniques des actions réalisées.

Est-ce que cette mobilisation des énergies se fait au détriment de vos missions ?

Le problème s’amplifie au fur et à mesure. Nous avons eu un développement assez important ces dernières années, qui nous a amené aujourd’hui à 11 salariés. La masse salariale représente l’essentiel du budget. Or, on arrive à un système où l’on va aller chercher de l’argent pour faire tourner la maison, pour garantir le fonctionnement de la Fédération et le paiement des salaires, mais effectivement, on n’a pas ou plus les moyens de réaliser nos missions principales. Pour dire les choses autrement, nous recourons au bénévolat, que l’on essaye de développer le plus possible.

Cela représente combien à peu près de bénévoles ?

Dans nos comptes figure une valorisation du temps qu’ils passent sur le terrain ou les dossiers.

[ NDLR : dans le Rapport d’activité 2024 de FNE PACA, la contribution des bénévoles et du mécénat de compétence s’élève à 154 528 euros soit 13,6% des ressources totales (1 137 268 euros) ]

Mais on est, en fait, loin de la réalité : ce chiffre est minoré parce que les bénévoles négligent souvent de remonter toutes leurs heures.

Pour revenir à la dérive des appels à projets, quand je suis arrivé il y a une dizaine d’années, les salariés étaient quatre ou cinq ; donc cela représente quand même une augmentation assez importante, et rapide. C’est un paradoxe : plus on va accroître la capacité salariée, et plus on va déséquilibrer notre système économique. Plus on va en faire, et plus on est obligés d’aller chercher des ressources humaines ou financières, ailleurs que chez ceux qui financent les projets.

Cela implique que, s’il y avait un réel financement sérieux des structures qui remplissent des missions d’intérêt public pour l’État et les collectivités, il n’y aurait pas besoin de s’épuiser dans ces dispositifs d’appel à projets et de ce fait, les missions seraient mieux assurées. Avec une insécurité réduite pour les équipes aussi, j’imagine.

C’est tout à fait cela, oui.

Avez-vous espoir dans le mouvement associatif Ça ne tient plus ? Une réelle mobilisation est-elle perceptible ?

Le 11 octobre, il y a eu un rassemblement à Marseille, sous l’Ombrière du Vieux-Port, à l’appel du mouvement associatif. Cela concernait, bien au-delà de la question environnementale, tout le social, les acteurs des centres sociaux, la culture, le soin… Les structures et leurs représentants étaient là. Ce n’était pas ridicule, mais il n’y a pas une mobilisation à la hauteur des enjeux, sur la base de ce que j’ai vu.

Parce que ce n’est clairement pas suffisamment perçu par la population, y compris d’ailleurs dans nos propres équipes, qui ne voient pas forcément le danger de ce qui se profile, alors que cela avance à grands pas.

Est-ce que cela peut s’expliquer par l’incertitude gouvernementale, les successions de premiers ministres ?

Ces éléments-là jouent, mais c’est surtout le fait que la dégradation de la situation reste encore abstraite. Pour FNE PACA, on commence à ressentir des difficultés en 2025. Ça passe à peu près parce qu’on a fait en sorte que l’année se termine avec un petit déficit, pas trop excessif. Nous avions réussi à former des réserves les deux ou trois exercices précédents, donc on amortit. Par contre, en 2026, on est en pleine incertitude. Une inquiétude générale s’exprime quand on discute entre Fédérations, ou avec d’autres structures associatives. Et le contexte politique ne nous éclaire certes pas beaucoup.

D’autant que l’inquiétude se renforce à l’idée d’une élection du Rassemblement national aux présidentielles de 2027.

Alors sur ce plan, et là on revient plus à l’environnement, même si les autres secteurs associatifs sont aussi dans leur collimateur, pour nous l’option extrême-droite voudrait dire qu’on va prendre des coups sérieux.

En particulier au Sénat, on observe que depuis que Trump a été réélu aux États-Unis, il a donné de l’oxygène à certains membres de la droite classique, qui s’engouffrent dans les ouvertures du Rassemblement national sur la critique aussi bien de l’ADEME, de l’Office Français de la Biodiversité, que des Parcs nationaux…, toutes ces grandes agences sont mises en cause politiquement. Alors pour l’instant, il n’y a pas de traduction, mais ça n’est plus tabou. Et il y a une surenchère de la fameuse approche « ça suffit l’écologie punitive ».

Forcément, les combats que l’on mène vont être de plus en plus difficiles, avec des moyens moindres. Pour le moment, au niveau des politiques entre guillemets « classiques », il n’y a pas de remise en question du consensus scientifique sur le changement climatique ou la biodiversité, mais cela pourrait ne pas durer.

Oui, pour le moment, c’est juste que la loi est insuffisante, pas suffisamment appliquée ou mal. A ce propos, vous avez beaucoup de juristes dans vos équipes, qui travaillent sur le temps long, et cela aussi demande un budget conséquent ?

C’est de plus complètement aléatoire. On peut avoir des résultats positifs, comme négatifs. Nous sommes très prudents sur le juridique, parce qu’on peut écoper de pénalités. Mais tout ça pour dire que le cadre est effectivement défavorable, à la fois sur l’évolution économique de notre pays, avec cette fameuse dette, avec des inégalités, des partages de richesses totalement inéquitables, des choix politiques et des orientations budgétaires qui vont à l’encontre de ce que nous pouvons porter pour l’environnement, et de ce qui est reconnu comme des coûts futurs.

Les politiques nous serrent la ceinture parce que finalement l’écologie, il y en a un petit peu assez, ça suffit, et puis ils parlent beaucoup, ils ne font pas grand-chose. Mais ce qu’on défend, nous, concerne aussi l’économie du futur !

Parce que tout euro investi aujourd’hui permet d’éviter des coûts faramineux ?

C’est ça. La société constate aujourd’hui de plus en plus clairement que la dette écologique va être extrêmement importante, et ne cesser de s’aggraver dans les années à venir. Cette contradiction là, on va la prendre de face.

Ce qu’il faut peut-être dire aussi, pour conclure, concerne la mobilisation des consciences. On voit bien qu’on ne peut pas compter sur l’État, sur les financements publics. Comme d’autres pans du secteur associatif, nous essayons de nous tourner vers des financements privés, mais c’est aussi une autre paire de manches, qui engage à travailler avec des acteurs loin d’être tous limpides.

La solution, en tout cas la piste de solution, c’est quand même l’élévation de la lucidité et la participation du plus grand nombre. Nous sommes dans une région où il y a 5 millions d’habitants ; si une partie, ne serait-ce qu’un centième, s’engage sur des actions, des dons aussi petits soient-ils, on va se donner une autonomie importante et en même temps une capacité de travail forte.

Dans cette impasse, nous sommes obligés de raisonner différemment, de former une dynamique citoyenne et sociale. Parce que tout ce que l’on raconte là sur l’écologie a des répercussions sur la vie au quotidien, donc le social.

Bien-sûr, c’est articulé.

On peut faire le parallèle avec le syndicalisme qui, dans les années 1940, 1950, comptait des millions de personnes syndiquées. Aujourd’hui, cela a beaucoup diminué. Il y a un rapport de force qui n’est plus en faveur des salariés. Eh bien de la même manière, sur les consciences autour de l’environnement, il faut qu’on se mobilise.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 12 novembre 2025

Gilles Marcel © FNE PACA

Gilles Marcel © FNE PACA

Dans une salle marseillaise remplie d’élus et de représentants d’associations vendredi 14 novembre, pas un jeune. Pourtant, la conférence organisée par France Nature Environnement PACA et NOSTERPACA traitait de leur avenir : le financement des transports à l’horizon 2032-2048. Dès les premières prises de parole, le diagnostic tombe : la France ne maîtrise plus l’état de ses infrastructures. Le rail se dégrade et les routes nationales vieillissent.

Pour Antoine Comte-Belleau, directeur du projet de la conférence à la Direction générale des Infrastructures, des Transports et des Mobilités (DGTIM), cette conférence de financement des mobilités répond à deux préoccupations : l’urgence de poser des réflexions sur les priorités de financement et l’urgence écologique.

Les réseaux s’abîment, les besoins explosent, et les usagers en paient déjà le prix

Il explique que la Conférence Ambitions France Transports « priorise les investissements dans la régénération et la modernisation des infrastructures existantes, à hauteur d’environ + 3 milliards d’euros par an sur la période 2026/2031 » avec :
• + 1,5 milliard d’euros pour la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire structurant
• + 1 milliard d’euros pour la régénération et la modernisation du réseau routier national non-concédé
• + 300 millions d’euros pour la régénération des installations de fret ferroviaire existantes, leur modernisation et le développement des plateformes de transport combiné
• + 200 millions d’euros pour la régénération et modernisation du réseau fluvial

Pour les usagers, ces montants se traduisent au quotidien : trains annulés, horaires imprévisibles, bus qui disparaissent, routes qui se fissurent.

Autoroutes : une manne financière attendue… mais contestée

Les concessions autoroutières historiques expirent entre 2032 et 2037. Antoine Comte-Belleau propose de maintenir les péages pour dégager des recettes supplémentaires : 500 millions dès 2032, puis 2,5 milliards par an après 2037. Il est donc nécessaire d’investir dans des axes routiers efficaces puisque « les péages financent les autres transports ».

Pour Faustine Antoine, directrice du développement de Vinci Autoroutes, cet argent existe déjà : « 40 % des recettes de péage sont reversées à l’État sous forme d’impôts et de taxes ». Selon elle, prolonger les péages permet de financer la transition sans alourdir la dette publique.

Mais le syndicat CGT, présent à la conférence, conteste ces calculs. « En cinq ans, le dividende par action est passé de 2,50€ à 4,70€. Vous distribuez 56% de vos résultats nets à vos actionnaires », lance le représentant CGT à Faustine Antoine. Il rappelle également que Vinci est détenu à 70% par des fonds étrangers.

Conférence-débat sur les transports à Marseille © Camille Mercan

Conférence-débat sur les transports à Marseille © Camille Mercan

Pour Geneviève Laferrière, pilote du Réseau Territoires et Mobilités Durables à FNE PACA, « les péages obligent les camions à quitter les autoroutes ». Les voitures, pour éviter les embouteillages, se retrouvent toujours plus nombreuses sur les axes payants. Ce sont donc les usagers du quotidien qui paient, et non les entreprises. Selon FNE, la décarbonisation des véhicules doit s’appliquer aux transports marchands. Sans cela, il ne peut exister d’équité des modes de mobilité.

Vélo et marche, toujours relégués au second plan

« On a beaucoup parlé de ferroviaire, de voirie nationale, de fret. On n’a pas beaucoup parlé de ce qui remet tout le monde à niveau, de ce qui est accessible, de ce qui est très démocratique », regrette Camille Thomé, co-directrice générale du Réseau Vélo et Marche. Son association fédère 460 collectivités mais n’a pas été auditionnée lors des travaux de la Conférence.

« 18% de la population est parfaitement libre de se mouvoir en voiture partout et tout le temps. Il reste les 82 autres pourcents », souligne la responsable associative. Une majorité ne se déplace pas que pour le domicile-travail mais pour « plein d’autres motifs ». « Ces gens-là ne sont pas forcément desservis par des transports publics, ils n’auront jamais de train chez eux. Mais ils sont à quelques kilomètres à vélo de leur quotidien ».

Vélo, piéton et bus à Marseille © Jan-Cyril Salemi

Vélo, piéton et bus à Marseille © Jan-Cyril Salemi

Le plan vélo, qui promettait 250 millions d’euros par an jusqu’en 2027, s’est arrêté en 2024. Les dotations du Fonds vert ont été divisées. Résultat : dans de nombreuses petites communes, les projets s’arrêtent net. Pourtant, le potentiel est immense : la France possède plus d’un million de kilomètres de voiries locales, « un maillage unique en Europe », rappelle Camille Thomé. Réaménagé différemment, il pourrait offrir des alternatives rapides, économiques et écologiques à des millions de citoyens.

Le réseau Vélo et Marche rappelle que marcher ou pédaler 20 minutes par jour améliorerait la santé de nombreux français et « allégerait considérablement le déficit public et la dépense de la Sécurité sociale ».

« Chacun doit payer ce qu’il doit »

Un représentant de France Nature Environnement défend le principe du « juste coût » : « Les poids lourds ne paient pas leurs externalités en usage de la route ». Les externalités sont les coûts engendrés par un usager qui pèsent sur les autres usagers. L’association milite pour l’instauration d’une redevance kilométrique pour les poids lourds, sur le modèle de ce que prépare la région Grand Est dès 2027. « Si on veut du report modal vers le ferroviaire et le fluvial, il faut rééquilibrer la fiscalité entre les modes ».

« La mobilité est devenue notre premier sujet budgétaire » affirme Jean Pierre Serrus, vice-Président de la région Paca, en promettant le déploiement d’une équité territoriale. Selon le vice-Président chargé des transports et de la mobilité durable, c’est à l’État, maintenant, d’assumer ses responsabilités.

Geneviève Laferrière résume : « On a construit des villes qui ne sont pas du tout adaptées à un autre mode que la voiture ». Selon elle, « les acteurs de la loi-cadre devront être vigilants dans le détail pour atteindre des objectifs communs non détournés par divers procédés ».

Camille Mercan
Novembre 2025

Sous les voûtes de la cathédrale de la Major, des centaines d’anges en verre sablé, des arbres transparents de cinq mètres de haut, des milliers de poissons suspendus à plusieurs dizaines de mètres, semblent flotter dans la nef. Ce décor monumental n’a pourtant rien de clinquant : il est né de matériaux de récupération.

À 85 ans, Marcoville mène un travail autour du recyclage et du détournement de matériaux, habituellement délaissés. L’artiste récolte du verre cassé, des vitres brisées, des miroirs abîmés, pour leur offrir une seconde vie. « Je pourrais acheter du verre neuf, mais j’aime chercher les choses fichues et les remettre dans le circuit », confie-t-il. Son geste à la fois poétique et militant redonne de la valeur à ce que l’on croit perdu et sans valeur.

L’art de sublimer le déchet

Marcoville à la Major 2 © Amélien Gay

Marcoville à la Major 2 © Amélien Gay

Dans Lumières célestes, tout part du verre recyclé. Les fragments se transforment en matière de lumière : polis, sablés, assemblés, ils reflètent et diffusent la clarté naturelle de l’une des plus grandes cathédrales de France.

Mais au-delà de la beauté, Marcoville adresse un message écologique fort. Dans une société où tout se jette, il prouve que la création peut s’appuyer sur l’existant. Chaque sculpture raconte une renaissance, une réparation, un refus du gaspillage. Ici, l’art devient un acte durable, une façon de transformer la matière sans la détruire, en lui donnant une seconde vie, en l’érigeant en œuvre. À sa manière, Marcoville fait ce que Baudelaire faisait avec les mots : il transforme ce que l’on juge laid ou insignifiant en objet d’art.

« Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir :
Au milieu des odeurs, des chairs pourrissantes,
Une forme étrange et terrible s’élever,
Comme un fantôme magnifique et triomphant. »

Extrait du poème Une Charogne issu du recueil Les Fleurs du Mal  de Charles Baudelaire

« Un véritable voyage féérique »

Pour les visiteurs, la surprise est totale. « C’était très surprenant de voir ces œuvres gigantesques dans une cathédrale », raconte Agathe, 19 ans, étudiante à Toulouse. « Les œuvres sont très variées et poétiques. Marcoville a beaucoup utilisé le verre, ce qui crée un jeu de lumière fantastique avec les vitraux. C’est un véritable voyage féérique. »

Elle salue également la démarche écologique de l’artiste et avoue comme beaucoup ne pas avoir deviné que les œuvres étaient faites à partir de matériaux de récupération : « Les déchets sont retravaillés, le verre paraît plus brillant que jamais. Cette démarche est remarquable : elle donne une seconde vie aux objets, les sublime plutôt que de les laisser à l’abandon. C’est poétique que des choses rebutantes deviennent admirées. »

Amélien Gay
13 novembre 2025

Les œuvres de Marcoville sont à découvrir jusqu’au 8 mars 2026 à Marseille.

 

Marcoville à la Major 3 © Amélien Gay

Marcoville à la Major 3 © Amélien Gay

Il est 9h30 et le restaurant accueille déjà du monde. Ce n’est pas pour déguster le menu du jour mais bien pour préparer les plats qui régaleront les convives du midi. Florence, Julie et Danielle sont déjà assises autour de la table avec un bon café. Elles seront ensuite rejointes par quatre autres bénévoles. Chacune se présente et raconte comment elle a connu le réseau des Petites Cantines. Une fois le tour de table terminé, Élodie, co-responsable de l’établissement d’Aix-en-Provence, leur présente le déroulé de la matinée.

La cuisinière de formation leur rappelle d’abord le concept des Petites Cantines. Il est simple : un restaurant solidaire destiné à recréer du lien dans un quartier afin de sortir les habitants de leur solitude en cuisinant à plusieurs des produits de qualité.

Pour ce faire, les personnes adhèrent à l’association. En tant que bénévoles, elles peuvent venir cuisiner le matin ou simplement manger le midi, selon les disponibilités de chacun. « Avec ce système on compte entre 200 et 300 adhérents. De bénévoles réguliers, on en a une vingtaine », précise Élodie. Le prix du repas est libre. « On fait connaître aux personnes qui viennent manger le prix d’équilibre, qui est de 10 euros, mais chacun donne ce qu’il peut », indique-t-elle.

Une fois les explications faites et les rôles définis, la brigade enfile un tablier bleu ou gris à l’effigie des Petites Cantines et un bandana en guise de charlotte. Il est déjà 10h. Avant 12h30, le repas doit être prêt pour la vingtaine de personnes qui vient déjeuner.

En cuisine, Daphné, une étudiante en licence d’anthropologie à Aix qui réalise une enquête de terrain, et Élodie, montrent aux cuistots du jour l’organisation du lieu. Elles leur indiquent notamment l’emplacement des légumes, des épices, des ustensiles et leur rappellent les règles d’hygiène. Une fois les mains lavées, chacune se met à son poste et va chercher les ingrédients indiqués sur la recette.

Aujourd’hui, elles doivent préparer un véritable repas de saison avec : en entrée un velouté de champignons, en plat du butternut au gorgonzola et aux lentilles et en dessert un crumble aux pommes.

Des menus entièrement végétariens et de qualité

À chaque jour son menu. Les plats proposés changent quotidiennement, selon le modèle défini par le réseau national. Ils sont soit élaborés par Élodie et Céline, co-responsable elle aussi, ou par deux bénévoles de l’association. Une boîte à idées permet également aux participants de proposer leurs recettes.

L’établissement d’Aix-en-Provence ne sert que des repas végétariens. « Ce choix s’explique aussi bien par la volonté de s’inscrire dans une alimentation durable, que dans celle de correspondre à tout le monde. Le quartier de Jas-de-Bouffan, regroupe plusieurs religions », poursuit Élodie.

Outre le fait qu’il n’y ait pas de viande, les produits sont majoritairement bio afin de proposer aux clients une alimentation durable. « Le but est de créer du lien mais le deuxième pilier est de permettre à tout le monde de manger quelque chose de qualité et sain. Toute la phase écologique nous tient à cœur. C’est pour ça qu’on cuisine des produits de saison », détaille Élodie.

« On est dans une logique globale. On n’achète pas des produits premiers prix, qui ne sont pas de saison, cultivés sous serre. On fait ce qu’on peut au maximum pour être cohérents à ce propos », ajoute-t-elle.

Julie et Florence ont préparé ensemble l’entrée du jour : un velouté de champignons © Les Petites Cantines d’Aix-en-Provence

Julie et Florence ont préparé ensemble l’entrée du jour : un velouté de champignons © Les Petites Cantines d’Aix-en-Provence

Un choix passant aussi par les fournisseurs

Pour respecter cet engagement, le restaurant achète ses ingrédients auprès de deux fournisseurs. « Pour les fruits et légumes on travaille avec Cantina à Marseille. Ils font le tour des agriculteurs et ne travaillent qu’avec des entreprises sociales et solidaires ou avec des associations. Je n’ai pas trouvé de fournisseur en épicerie dans le Sud avec un rapport qualité/prix qui soit viable. On fait comme on peut », poursuit-elle.

La co-responsable regrette de ne pas pouvoir s’approvisionner directement auprès des agriculteurs. Une logistique trop compliquée à mettre en place pour le nouveau restaurant. « Puisque nous ne sommes que deux à tout gérer, j’essaye de diminuer au maximum la quantité de fournisseurs. On s’approvisionne aussi auprès d’Auchan car il est à côté. On prend la meilleure qualité possible dans leur rayon et un bénévole va récupérer le drive. J’aurais aimé que ce soit autrement mais pour l’instant c’est la réalité ».

Sensibiliser le public à une alimentation durable

Même si l’établissement ne sensibilise pas explicitement ses bénévoles à consommer plus durablement, les participants prennent conscience de cet axe lorsqu’ils contribuent à la préparation du repas. « Je ne suis pas végétarienne mais depuis que je n’ai plus les enfants à la maison, j’ai tendance à moins cuisiner de viande. Donc ça me fait découvrir de nouvelles choses. Je vois qu’ils réutilisent des produits qu’il leur reste d’anciennes recettes. Je trouve ça plus respectueux », se réjouit Florence qui vient de finir la préparation du velouté de champignons.

« Heureusement qu’il y a des associations comme celle-ci qui mettent ce type de cuisine en place. Ça permet aux gens qui viennent manger de se poser la question sur leur consommation. Nous aussi ça nous sensibilise », affirme Julie, future maman passionnée de cuisine et adepte de recettes à tester.

Un avis partagé par Daphné qui tient cette semaine le rôle de maîtresse de maison : « On sensibilise de manière inconsciente, ce n’est pas moralisateur. On cuisine bio, de bons produits et ça donne envie. Ça permet aux gens de se dire que si on enlève la viande, on peut mettre plus de budget pour manger bio ».

Une manière douce de sensibiliser un public qui n’est pas forcément habitué à ce mode de consommation. « On est dans un quartier prioritaire, ce n’est pas leur priorité justement d’aller chez le maraîcher du coin. Je ne pense pas que l’on devrait dire à des gens qu’ils devraient faire plus d’efforts pour manger sain. On se rend compte qu’on peut se concentrer sur cela seulement si on a le temps, l’énergie », affirme Élodie.

Aujourd’hui, quinze Petites Cantines sont ouvertes au niveau national et autant sont en cours de montage, dont une à Marseille et une à Beausoleil.

Marianne Courbon
10 novembre 2025

Le 9 octobre 2025, des étudiants se rassemblaient au parc du 26 centenaire, à Marseille, pour une opération de collecte de déchets. Un événement organisé par Aix-Marseille Université, dans le cadre du challenge Ma Petite Planète. Reportage.

Marianne Courbon et Amélien Gay
12 novembre 2025