À l’occasion du World Clean Up Day, de nombreux citoyen·nes se sont mobilisé·es à Marseille pour ramasser les déchets le long de la côte. Une dynamique fragilisée par la baisse des moyens alloués au secteur associatif.

 

Bouteilles d’alcool, déchets plastiques, bonbonnes de protoxyde d’azote, mégots ; les côtes marseillaises sont parfois loin des clichés entretenus sur les réseaux sociaux. Alors, pour tenter de redonner aux plages leur éclat, les associations du territoire se mobilisent en organisant régulièrement des « Clean walks ». Dimanche 20 septembre, ces forces vives étaient rassemblées dans différents lieux du territoire à l’occasion du World Clean Up, une journée mondiale dédiée aux ramassage de déchets. Initiée en 2018 par l’association Let’s Do It ! World, l’opération annuelle vise à lutter contre la pollution à travers des nettoyages citoyens organisés simultanément dans plus de 200 pays. Entre le Fort Saint-Jean et l’esplanade du J4, à l’initiative de l’association Traits d’union(s), ils étaient une petite dizaine à rejoindre ce grand mouvement…

Sous le soleil

Le soleil est ardent en cette fin de matinée. Casquette, lunettes, gants, pince, les troupes s’activent sur la digue du Fort Saint-Jean pour ramasser les ordures. Parmi eux, Jérôme, président de l’association Traits d’union(s). Habitué des ramassages côtiers, il n’en reste pas moins peiné de retrouver encore une fois une grande quantité de détritus. À peine 1h30 que la mobilisation a commencé et pourtant : « On a ramassé plus de 450 bouteilles, plus d’une centaine de kilos de plastique cachés sous les rochers ; il y a une quantité de déchets qu’on avait vraiment complètement sous-estimée », témoigne t-il.

Plus discret, le mégot n’en est pas moins présent. Aussi petit soit-il, « un mégot de cigarette, c’est 500 litres d’eau pollués », relate l’association Surfrider. Pour Alexandre, salarié chez Recyclop, il s’agit d’un enjeu largement sous-estimé. « Le mégot, quand il est jeté par terre, se retrouve dans les rigoles, et va souvent finir directement dans la mer. Ensuite il se décompose en microplastiques et on le retrouve dans nos assiettes, parce que ce sont les poissons qui vont le manger. » Avec Recyclop, Alexandre est là pour les récupérer afin de les revaloriser par la suite en une énergie électrique décarbonée.

Bouteilles ramassés à Marseille lors du World clean up day 2026 © Carla Lorang

Trier et revaloriser

Car une fois les déchets ramassés, le travail est loin d’être terminé. Il faut trier, séparer le verre, le plastique et tout ce qui ne peut pas être recyclé. Une action réalisée sur la balade du Fort Saint-Jean qui n’a pas manqué d’interpeller quelques promeneur·euses. Certains s’arrêtent quelques secondes, interloqués par la quantité de déchets ramassés. Jérôme, lui avoue un fond d’amertume : « J’ai passé cinq ans à aller sur tous les ramassages, terre, mer, j’ai tout vu, toutes les quantités, tous les états, entre les Goudes et l’Estaque. Aujourd’hui, j’avoue être déçu parce que les choses ne s’arrangent pas. » Incivilités, manque d’équipement : les causes sont multiples. « Si je prends les chiffres des rapports d’activité des différentes associations marseillaises, on ramasse 25 à 30 tonnes de déchets juste sur le littoral marseillais. Et c’est loin d’être assez. On en laisse beaucoup, on ne peut pas tout faire, on ne peut pas tout ramasser…» ajoute-il.

Des budgets en baisse

Et pour cause, la baisse des budgets associatifs n’arrange rien à une situation déjà fragile. En 2025, c’est près d’une association employeuse sur 2 (tous secteurs confondus) qui a vu ses financements publics rabotés, rapporte le média Reporterre. D’après une enquête parue il y a un an, 30 % des associations employeuses ont déclaré avoir moins de trois mois de trésorerie et près de une association sur quatre a dû diminuer ses activités. Des constats peu réjouissants qui sonnent l’alarme, d’un monde associatif en grande difficulté. « Plus on nous enlève des subventions, moins on nous donne de moyens, moins on arrivera à ramasser. Les choses risquent d’empirer dans les années à venir, il faut vraiment essayer de trouver une solution. » 1 Déchet par Jour, Clean My Calanque ou encore Le 2e Marseille : la Cité phocéenne compte en ses rangs de nombreux acteurs associatifs visant à rendre la ville plus propre. Mais sans réels moyens, la bataille contre les déchets risque d’être de plus en plus difficile à mener.

Carla Lorang, le 9 octobre 2026

Chaque été depuis 3 ans, les acteurs du territoire Buëch-Dévoluy se concertent pour concocter le programme de La Grande évasion. Le festival, né de l’initiative de la Communauté de communes en 2024 – dans le sillon de l’événement culturel Veyn’art qui prenait place jusqu’en 2022 à bord d’un train – se propose de faire lien, dans un territoire qui en manque parfois. « La Grande évasion se destine à faire découvrir les pépites du Buëch-Dévoluy. La mobilité reste au coeur des questionnements ; la marche à pied a longtemps été ici le seul moyen de transport envisageable », détaille David Faure-Vincent, du service culture de la Communauté de communes, et conservateur de l’écomusée du cheminot veynois. En matière de mobilité douce, le territoire s’y entend, si l’on se rappelle que Veynes, cité cheminote du XIXe siècle et pionnière en matière d’énergies solaire dans les années 80, constitue encore de nos jours une incontournable étoile ferroviaire reliant littoral, Hautes-Alpes, Drôme et Isère, en traversant des paysages enclavés à couper le souffle. « Veynes est une commune ouvrière mais aussi agricole, avec des espaces naturels incroyables. Notre enjeu est de trouver chaque année de nouvelles pépites à découvrir ! », commente Laurent Eyraud-Chaume, codirecteur avec Amélie Chamoux de la compagnie du Pas de l’oiseau, en charge du volet spectacles vivants du festival.

Le concept de La grande évasion est lumineux : durant une semaine fin juillet, rendez-vous est donné chaque jour dans un village différent, pour découvrir une nouvelle facette du territoire. Ici, pas de conférences à rallonge qui donnent des fourmis dans les jambes, mais des formes inventives, toujours en mouvement. Au fil des éditions, le visiteur curieux aura pu découvrir l’histoire des auberges de Saint-Pierre d’Argençon, assortie d’une plongée dans l’époque des diligences ; l’insolite forme en escargot du village d’Aspres-sur-Buëch, la biodiversité des forêts anciennes, l’historique des glacières des Alpes, le patrimoine ferroviaire de Veynes, la transhumance évoquée au milieu d’un troupeau de moutons, ou encore les époustouflantes fresques médiévales de la bien nommée Mère Église émergeant de la forêt… Le soir venu, les pas convergent vers un spectacle sous les étoiles, après un repas partagé. À la manière des veillées d’antan, les différentes générations se retrouvent à ciel ouvert pour écouter un conte, entamer un pas de danse ou découvrir les constellations. Et ça marche !

Terre historique de pastoralisme

Comme un écho à 2026, autoproclamée année du pastoralisme par l’ONU, l’activité pastorale était au cœur des rencontres de cette 3e édition, en une terre historique de transhumance. « Le mouton est dans nos gènes !, s’enthousiasme David. Le Dévoluy est un paysage de cultivateurs et d’éleveurs d’ovins. Les liens avec la Camargue par exemple sont anciens, on a longtemps fait venir les moutons des plaines de la Crau jusqu’à la montagne ». L’activité pastorale remonte ici à plus de 9 000 ans ; au début tournée vers la production de laine et de fumier, elle concerne désormais essentiellement la viande d’agneau. Le retour du loup depuis les années 90 – assortie de celui des chiens de protection – a chamboulé les habitudes ; il faut désormais réapprendre à vivre ensemble. En ce petit matin de juillet, c’est sur un sentier de randonnée situé sur le Col du Noyer qu’étaient délivrées ces explications. Sous un soleil radieux, à plus de 1 600m d’altitude entre Champsaur et Dévoluy, une poignée de festivaliers intronisés marcheurs faisait halte pour bénéficier de ces récits, dispensés par les animateurs du jour. Parmi eux, l’érudit et discret Damien Desbenoît, responsable des activités de pleine nature de la Communauté de Communes. Une partie de son travail concerne la conciliation des usages – randonnée, pastoralisme, VTT… – visant à rendre accessible la montagne au plus grand nombre. Ce matin-là, le groupe empruntait une portion de sentier créée il y a deux ans pour contourner une zone pastorale et éviter un tronçon de route, gagnant ainsi en confort d’itinérance et en respect des éleveurs : « 80% des itinéraires passent sur des terrains privés, qui appartiennent notamment à des éleveurs. Il s’agit aussi de rectifier les usages d’une époque où le balisage se faisait sans l’accord des propriétaires. Les problèmes ont davantage lieu avec l’arrivée de nouveaux arrivants, qui achètent et refusent qu’on passe sur leurs parcelles ; les vieilles familles sont plus enclines à négocier. » L’embauche de médiateurs pastoraux, depuis 5 ans, se destine aussi à pacifier les usages : en itinérance tout l’été sur les sentiers, ils initient les randonneurs aux bons comportements, notamment vis à vis des patous.

Col du Noyer © Desbenoit

Ce qui frappe durant ces multiples échanges, c’est la qualité des intervenants, qui tous nous parlent avec enthousiasme de leur territoire. Sur site, tout le monde met la main à la pâte avec ardeur, et l’échange de savoirs se fait réellement joyeux : un membre de la mairie peut se déguiser pour faire visiter les coulisses de l’hôtel de ville, on discute avec eux le matin, on les retrouve en famille le soir aux spectacles… Outre David, l’érudit du patrimoine, qui s’y connaît autant en industrie ferroviaire qu’en histoire des refuges de montagne et Damien, l’enfant du pays qui transmet son attachement à la biodiversité locale, pratiquant à ses heures perdues le « hurlement provoqué » (1) pour le compte de l’Office Français de la Biodiversité, on compte par exemple Zoé Delaruelle, médiatrice pastorale, ou encore Éric Hustache, chargé de mission Natura2000, qui initie aux secrets du Dévoluy, massif karstique regroupant plus grands éboulis calcaires de France, pelouses substeppiques, majestueuses forêts d’alpages, et même quelques poches de permafrost bien cachées… « Plus la diversité d’habitat existe, plus les espèces sont résistantes ! ». Et de plus en plus d’habitants eux-mêmes se pressent pour faire découvrir les singularités de leur montagne – les anciens nous parlent de leurs souvenirs, les entrepreneurs locaux dévoilent les coulisses de leur talent (chanvre, tiny house…), un apiculteur nous narre la fabrication du miel…

L’équilibre dans l’instabilité

Quant à Théophane Rouballay, écologue au sein du SMIGIBA (Syndicat Mixte de Gestion Intercommunautaire du Buëch et de ses affluents) son truc, c’est les abords des rivières et zones humides. En fin de semaine, il a emmené le groupe en pistage sur les traces du castor, étonnant et vertueux animal vers lequel convergent ces temps-ci tous les regards, pour apprendre de sa salutaire compétence à recréer des zones inondées par la grâce de ses barrages – doté de lunettes de natation naturelles, d’une imposante queue lui servant de dériveur et de dents affûtées, il peut faire tomber un peuplier en 5 minutes ! Chassé au siècle précédent, les premiers témoignages de son retour dans le Buëch datent de 1999 ; en 20 ans, il a recolonisé les alentours. Ce matin-là, une échappée belle nous était proposée en marge du plan d’eau des Iscles de Veynes, qui d’ordinaire monopolise les faveurs des touristes, assortie d’une lecture du paysage alentour – rivière en tresse, digues… Les pieds dans le lit du Petit Buëch, à la recherche du “terrier hutte” bien planqué dans les branchages, on hésite entre lever la tête pour mirer l’horizon qui s’élargit sur les sommets environnants, et baisser les yeux, pour traquer à nos pieds des rameaux rongés en forme de biseaux.

Autour, saule drapé, saule pourpre, peuplier, frêne, pin sylvestre ou encore aulne blanc, jouant le rôle de phytoépurateur en fixant le nitrate, constituent la végétation typique de la ripisylve. La croissance rapide de ces espèces leur permet de déjouer les mouvements de l’eau, qui épousent ici un singulier dessin en tresse, alternant dans le lit de la rivière bandes de petits cailloux et filets d’eau qui s’entrecroisent. Caractéristiques des rivières de piémont, ces tresses charrient des matériaux provenant des montagnes en amont – ici, les galets de calcaire et de granit émanent de vieux glaciers des Écrins et prennent leur forme arrondie au fur et à mesure de leur trajet. « En tant qu’écologues, on recherche l’instabilité ! », s’amuse Théophane. « La mission de ces tresses consiste à transporter des matériaux de l’amont vers l’aval. Elles montrent qu’une rivière est à l’équilibre. »

Petit Buëch © Julie Bordenave

Céüse vs Céüze

Au col de Céüse, c’est une histoire éminemment contemporaine qui nous est contée. Le démantèlement en cours de la station Céüze 2000, fermée depuis 2018, est un sujet sensible. Cette décision lourde de sens, qui a mis 2 mandats municipaux pour aboutir, narre l’attachement d’une population à sa petite station de ski familiale, reflet d’une époque révolue : celle d’un ski social prônant la démocratisation de la discipline via ses fameuses classes de neige dans les années 70, en crise dès la décennie suivante. Manque de rentabilité, obsolescence de l’équipement, coût de remise aux normes… Si les stations concernées sont nombreuses – 250 à 300 sites en France -, Céüze se présente comme un cas d’école, avec 8 remontées mécaniques et cabines démantelées d’un coup. Les jeunes du Club Radio du Pas de l’Oiseau – prenant la suite d’une clandestine Brigade Radio d’Intervention, née dans le sillage de stages proposés par la compagnie au fil des ans – s’y sont attelés, pour livrer un très pertinent podcast choral mêlant enquête dans les archives départementales, et récolte de propos effectuée auprès du maire de Manteyer, de géographes, de membres de la Communauté de communes, de l’Office du tourisme, d’usagers, d’habitants…. Émouvant témoignage posant en creux la question : quel avenir pour un territoire spécialisé dans le tourisme de neige ? Un sujet plus que jamais d’actualité dans le coin, avec l’annonce tombée fin septembre de l’arrêt des remontées mécaniques au Vallon de la Jarjatte, à Lus-la-Croix-Haute (26), et vécue un peu abruptement par une partie de la population.

Exposition – podcast Céüse © Julie Bordenave

Édition après édition, la Grande évasion nous parle de cette évolution : à la croisée des chemins, l’observation nourrit une nécessaire réflexion commune pour impulser de nouveaux usages. À travers les balades, on aura écumé le paysage dans son aspect humain et historique : ce qui lie l’homme à sa montagne, la manière dont il l’a exploitée, abandonnée (2) puis réinvestie au fil des décennies, de manière parfois un peu désordonnée – cette fameuse monoculture à base de pins noirs, qui en fait une montagne rentable mais peu résiliente. Autant de données qui résonnent de manière funeste en cet été 2026, où les flammes ravagèrent une partie des Hautes-Alpes comme le Diois voisin. Mieux décrypter le présent, c’est fédérer et agir pour l’avenir. Car jour après jour, le constat était unanime : avec un écosystème soumis à une sécheresse chaque année plus inhabituelle, les paysages de fin juillet semblaient être ceux du 15 août. Résultat, une acidification impulsant un changement de flore et de composition, une herbe appauvrie nutritionnellement pour les troupeaux. Tout l’enjeu de la Grande évasion est là : saisir par le corps, les sensations et l’itinérance, faire le constat d’un réel parfois aride, sans renoncer à la contemplation partagée. Se réjouir collectivement aussi, en apprenant à décrypter les indicateurs de bonne santé d’une prairie – sonores (insectes), visuels (couleur des papillons), présence d’espèces endémiques – genêt rayonnant, chardon blanc – et de fleurs locales : scabieuse ou encore catananche, l’élégante fleur cigale dont les fruits argentés bruissent littéralement à l’oreille !

Veillées d’antan

Le soir venu, la communion se fait autour de spectacles vivants. À Manteyer, bal trad pour emboîter ses pas dans ceux des plus âgés – touristes de passage, habitants de longue date ou néo ruraux. Au hameau de La Cluse, perché dans la montagne, on se laisse bercer par l’imaginaire foisonnant de Shéhérazade, incarnée par la conteuse Layla Darwiche. Plus loin, plus tard, on découvre les prodigieuses impros slamées d’Arthur Ribo, ou encore l’irrésistible Éloge de la pifométrie de Luc Chareyron et sa “science de l’à peu près” (petit précis d’unités pifométriques tels que le chouia, la lichette, la flopée…), une véritable célébration de la perception et vibrante ode à la différence, sous des dehors potaches. Le dernier soir, sur la Place de la République de Veynes enfin vidée de ses voitures, au pied de l’emblématique clocher de l’Hôtel de ville, la pièce dansée Je suis (Collectif Evolves) dénonçait avec grâce mais opiniâtreté injonctions et discriminations – racisme, grossophobie… Un véritable plaidoyer uppercut, saluée d’une longue standing ovation.

Éloge de la pifométrie © Julie Bordenave

Ce rayonnement, dans des endroits peu lotis en équipements culturels, réussit le tour de force de présenter chaque soir du spectacle de qualité dans des lieux atypiques. Sous les étoiles, devant une chapelle, dans un champ ou un jardin public… Les contextes in situ décuplent les propos portés, donnant lieu à des synergies atypiques, souvent envoûtantes, toujours chaleureuses, du crépuscule jusqu’au cœur des soirées d’été. En lien avec le vivant sous toutes ses formes, n’opposant plus les traditions à la création contemporaines, la nature à la culture, La grande évasion fait partie de ces événements novateurs qui fédèrent en montagne, au-delà du sport ou du tourisme (3). Et les 2 800 participations cumulées pour cette 3e édition en seront assurément les meilleurs ambassadeurs ! À noter qu’en cet automne balbutiant, le Buëch continue d’être le lieu d’initiatives fourmillantes : les 2 et 3 octobre prochains sera inauguré Le Nid rouge, nouveau lieu d’expérimentation artistique, sur le plateau de l’aérodrome de la Bâtie-Montsaléon.

Julie Bordenave, le 30 septembre 2026


La grande évasion se tenait du 27 au 31 juillet, https://lagrandeevasion05.fr

À écouter, une très réjouissante fresque chorale sur les souvenirs liant Céüse à ses habitants : https://audioblog.arteradio.com/blog/248436/brigade-radio-d-intervention

https://www.lepasdeloiseau.fr/podcast-un-micro-dans-la-foret/

Prochain rendez-vous organisé par Le pas de l’oiseau : festival La Fureur de Dire, durant les vacances scolaires de février 2027, au Pôle culturel Le Quai des Arts à Veynes

(1) Le hurlement provoqué vise à dénombrer les jeunes loups présents sur le territoire
(2) Lire à ce sujet Chaudun, la montagne blessée, livre de Luc Bronner adapté par Le pas de l’oiseau en 2023
(3) Une thématique abordée lors de la rencontre La culture en territoire de montagne, durant le festival Rencontres musicales, des monts et des notes, dont la 2e édition se tenait à Lus-la-Croix-Haute fin juillet

Le futur centre s’étendra au Pradet, sur un terrain de un hectare, mis à disposition par le Conservatoire du Littoral. Vous allez travailler en réseau avec le réseau des Centres de soins de la faune sauvage ?

On travaille déjà avec eux, du fait d’avoir mis en place une structure provisoire d’accueil l’été, et on le rejoindra bien-sûr, parce que c’est l’interlocuteur politique privilégié avec les instances gouvernementales.

Il existe un autre réseau, l’Union française des centres de sauvegarde de la faune sauvage, conglomérat de centres de soins historiques, mais eux ne veulent pas de subventions d’État. Donc nous partons plutôt avec le premier, pour tout ce qui est négociation. Ils discutent des heures et des heures durant avec les gouvernements, afin d’obtenir des aides pérennes.

Dans votre dossier de presse, qui date du mois de mai, figure une page concernant les financements. Est-ce que les apports des collectivités ont été confirmés ?

Alors, pour le projet de centre de soins, nous passons en octobre en commission auprès de la Région Paca, avec un montant sollicité de 35 000 euros. On a fait des demandes de subvention auprès de la communauté de communes de Toulon Provence Méditerranée. Nous n’avons pas encore de confirmation, mais on échange régulièrement avec eux pour les tenir au courant.

On va essayer de collaborer vraiment avec les instances locales pour les gros financements, notamment le Fonds Vert de l’État, ou au niveau des programmes européens, qui sont des dossiers très lourds à monter. Les porter seuls avec les compétences qu’on a est très difficile.

Il est vrai que pour l’instant, le Conservatoire nous a mis les murs à disposition, mais il n’y a pas encore d’activité sur leur territoire, et donc pour eux, ce n’est pas évident de s’impliquer comme ça.

Après, ils comprennent bien la problématique, mais pour l’instant, on vend du papier. Dans la phase 2, ce sera plus facile d’emmener les financeurs publics avec nous, parce qu’on aura des petits animaux déjà en soins, des chiffres d’action, de dépenses plus précis.

Est-ce que vous allez accueillir du public, par exemple scolaires, ce qui pourrait aussi être un argument pour les instances locales ?

On ne peut pas accueillir sur site parce que la réglementation actuelle, c’est que les centres de soins ne peuvent pas être visitables. En raison du risque sanitaire, et pour le bien-être des animaux en hospitalisation. Mais dans le projet, et j’avoue, c’est même mon petit projet perso, nous voudrions mettre en place un faux centre de soins, relié en direct avec nos cages d’hospitalisation, nos volières, pour expliquer comment cela fonctionne.

Parce que les gens ont besoin d’avoir du concret pour comprendre. La plupart imaginent que ce sont les vétérinaires qui soignent les animaux sauvages. Ils ne savent pas qu’ils n’ont pas la place, pas forcément les compétences, ou l’envie de s’en occuper, et qu’il existe des structures de soins, vraiment des hôpitaux pour faune sauvage, très spécifiques.

Jusqu’à présent, vous aviez une structure provisoire l’été ?

Alors, toute l’année, on achemine vers les centres de soins d’autres départements, quand ce sont des espèces qui ne peuvent pas être prises en charge sur le Var.

Mais l’été dernier, nous avons dû ouvrir cet accueil provisoire pour les martinets chez un particulier qui a mis une dépendance à disposition sur Cuers. Très en urgence, parce que le centre de soins de Buoux dans le Vaucluse, qui absorbait toute la faune du Var jusqu’à présent, a eu des désistements de salariés saisonniers au dernier moment. 375 martinets sont venus chez nous l’an passé, et cette année nous en sommes à près de 770 !

Oui, apparemment partout en France, ça a été une hécatombe.

En fait, c’est vraiment l’oiseau emblématique impacté par la canicule. Du fait qu’il vit sous les toits, dans les génoises, où la température, quand elle est de 35°C à l’extérieur, est à 55°C. Donc les petits étouffent. Or ils ne peuvent pas être renichés, parce qu’une fois au sol, ils sont condamnés par leurs pattes atrophiées naturellement. Ce sont des oiseaux qui sont en vol quasiment toute leur vie, ils ne sont pas faits pour décoller du sol. C’est une espèce qui doit systématiquement rentrer en centre de soins… et les sature très vite.

On en a relâché plus de 435, on est assez contents de nos chiffres. C’est grâce une très grosse mobilisation bénévole, avec quasiment 200 personnes actives sur les transports, le soin…

Jeune martinet noir  / Banjau, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Est-ce qu’auprès des citoyens – et aussi des financeurs d’ailleurs -, vous avez senti un élan ces dernières années, plus particulièrement suite aux gros incendies survenus cet été ?

Alors justement, cela a été un gros sujet de notre conseil d’administration au début de semaine. Les incendies effectivement ont touché au ressenti des personnes ; on a eu énormément de sollicitations. La Fondation de France par exemple nous a contactés parce qu’ils avaient fait une levée de fonds spéciale incendie, ils voulaient savoir si on en avait besoin.

Mais nous leur avons expliqué qu’en fait, sur toute la saison, l’incendie a représenté trois prises en charge de chevreuils et peut-être sept appels. Ce n’est pas comme en Gironde, où il y a eu un gros impact sur la biodiversité, parce que les animaux se sont retrouvés piégés par un feu qui sautait et les encerclait.

Heureusement, entre guillemets, dans le Var, on a eu des feux moins aléatoires, qui sont partis d’un point et se sont étendus. Donc, hormis la petite faune, pas assez rapide pour échapper aux flammes, l’impact sur la biodiversité est moindre. La majorité des oiseaux a ainsi pu s’enfuir.

Ok, mais pour les lézards, les tortues ?

Une fois les autorisations obtenues de la part des autorités, on a pu aller sur place faire un bilan. On a relevé effectivement beaucoup de cadavres, surtout des tortues d’Hermann puisqu’il s’agit d’un territoire où elles sont présentes, et puis des lézards, serpents, hérissons. [ NDLR : le seul autre centre de soins pour la faune sauvage du Var est la Station d’Observation et de Protection des Tortues et de leurs Milieux (SOPTOM) ]

Par contre, sur tout ce qui est gros mammifères, on a trouvé juste un sanglier.

Nous essayons d’expliquer aux gens qu’en fait, pour les animaux, les incendies, c’est presque le moindre de leurs soucis. La grosse problématique actuellement, ça reste la canicule, parce qu’elle provoque la raréfaction de l’eau, et de la nourriture. Le changement climatique est trop rapide pour nombre d’espèces, qui n’ont pas encore adapté leur phase de ponte, ou de migration…

En plus bien sûr de l’impact des pesticides et compagnie. Alors oui, les incendies c’est très impressionnant, mais il faut des financements toute l’année sur ces questions de fond, et pas seulement sur des choses sporadiques.

Comment est-ce que le tout public peut vous aider ?

Nous allons lancer en octobre notre crowdfunding pour que les gens puissent activement participer à la création du centre de soins. On aimerait lever un peu plus de 100 000 €, donc l’enjeu est que la campagne soit partagée massivement, sur les réseaux où nous sommes présents, Instagram, Facebook et Linkedin. On a carrément embauché une personne spécialisée dans les levées de fonds.

Et on a commencé à se rapprocher des entreprises.

Comment sentez-vous la réactivité, justement, du privé ?

Alors, tous ont des paroles d’encouragement, sont conscients du besoin, très contents du projet. Mais comme la majorité des Français, dans la conjoncture politique actuelle, à l’approche des élections, ils sont forcément un petit peu réticents à engager des deniers. Donc on a essayé de mettre en place un système de contreparties pour les professionnels, des journées de sensibilisation en entreprise, des tirages photo exclusifs.

En fonction de ce que vous allez réellement récolter, vous prévoyez une ouverture quand ?

Alors sur le bâtiment principal, que nous allons utiliser en priorité, il y a de gros travaux à effectuer, avec plus de 300 000 € de coûts de rénovation, et 150 000 € pour construire les volières, les équipements. Tout est à faire, électricité, eau, parce que les bâtiments datent des années 1920. Il y a une instabilité sur certaines zones, donc on doit renforcer le sol. Mettre en place de la phytoépuration, en adéquation avec nos valeurs environnementales, car il n’y a pas de tout à l’égout.

Sur le bâtiment de la phase 2, on a des bilans techniques assez défavorables ; potentiellement il va falloir le détruire et le reconstruire entièrement. D’ailleurs, si une entreprise de BTP veut nous aider, à travers du mécénat de compétences, pour faire baisser la facture, nous sommes preneurs !

En tout cas, nous espérons être opérationnel pour la prochaine saison, à partir d’avril 2027, au moins pour les petites espèces, et les animaux qui ne sont pas pris en charge, comme les goélands.

Vous comptez accueillir des oiseaux marins ?

Oui, nous envisageons même de devenir un centre de référence pour les oiseaux d’eau, particulièrement au cas où surviendrait une catastrophe liée aux hydrocarbures en Méditerranée.

Aujourd’hui, un goéland trouvé à Monaco, s’il doit être en hospitalisation longue, n’a pas d’autre choix que d’aller jusqu’à Montpellier. C’est complètement aberrant. On aimerait vraiment les accueillir : c’est la deuxième raison d’appel de la part des particuliers qui nous contactent.

Ainsi que les écureuils, hérissons, passereaux, parce que ce sont des individus qui souffrent pas mal des transports. Donc si on peut leur éviter des heures et des heures de déplacement vers le centre de soins de Saint-Césaire dans le 06 ou celui de la LPO dans le 84, c’est vraiment les espèces qu’on aimerait prioriser.

Ensuite on développera l’accueil, au fur et à mesure qu’on obtiendra des fonds, notamment pour assurer le fonctionnement parce que, mine de rien, toutes ces petites bêtes, ça mange, ça nécessite du personnel.

Nous ne voulons pas grossir trop vite, pour garantir un panel de soins de haute qualité. Aujourd’hui, les financeurs publics demandent, et c’est tout à fait logique, en contrepartie d’un soutien éventuel, que les centres se professionnalisent un petit peu. Certains n’ont pas de salariés, seulement des bénévoles, les protocoles ne sont pas coordonnés.

Mais si les pouvoirs publics veulent un service professionnel cohérent, il faut qu’ils mettent la main à la poche. Est-ce qu’il s’agissait juste faire miroiter cette dotation mensuelle ?

Non, en fait, on l’a presque failli l’avoir avant le premier remaniement du gouvernement Macron. Les textes avaient été produits en partenariat avec le réseau des centres de soins. Ça devait passer en vote. Et là, le Covid est arrivé, le remaniement du gouvernement est arrivé. Du coup, la biodiversité est passée à l’arrière-arrière-arrière-plan, et les centres de soins ont eu un revers assez sévère, alors qu’ils ont passé des centaines d’heures à Matignon pour essayer de trouver des solutions, des textes qui correspondent à tout le monde.

Là, ils ont relancé les discussions. L’avantage, c’est qu’à l’approche des élections, chacun veut montrer qu’il est vert. Peut-être que ça va nous servir et qu’on va pouvoir avoir des textes votés avant avril ? Le souci, c’est que, dès que la période électorale va commencer, ce ne sera plus possible. Donc le réseau des centres de soins essaie de dire « c’est maintenant qu’il faut voter, c’est maintenant qu’il faut que ça passe ».

Ça va être tendu, vu l’agenda politique.

Exactement. Mais ce qui nous sert, c’est que les citoyens, désormais, se sentent concernés par la préservation de l’environnement. Bien sûr il y a la sécurité financière, la santé, le social, mais ça devient vraiment un des piliers d’intention de vote.

On le voit aussi dans les appels que nous recevons : les gens ont pris conscience que si la nature meurt, nous aussi, cette équation est aussi simple que ça. Oui, l’économie, les emplois, c’est important. Mais en fait, si on n’a plus de butineurs, on n’a plus de plantes. Si on n’a plus de plantes, on n’a plus d’agronomie. Si on n’a plus d’agronomie, on n’a plus de nourriture.

Moi, cela fait 18 ans que je m’occupe en tant que bénévole de la faune sauvage dans les Alpes-Maritimes. Au début, les gens m’appelaient pour que je les en débarrasse ! Un nid mal placé, un pigeon qui faisait ses besoins, des goélands trop bruyants. Certains faisaient des écarts sur les bords de route pour écraser les animaux ! Et puis au fur et à mesure des années, j’ai vraiment vu un changement de tendance : les gens maintenant nous appellent pour savoir comment ils peuvent aider la faune sauvage.

Ils nous disent : dans mon jardin, sur ma terrasse, j’ai un nid, je ne veux absolument pas les déranger, qu’est-ce que je dois faire, qu’est ce que je ne dois pas faire pour que les oisillons se développent, comment sécuriser mon balcon ? Il y a une prise en compte par le public de la cohabitation avec la faune sauvage. Elle est désirée.

C’est très réconfortant !

Oui voilà ! Bien sûr, il y aura toujours quelques personnes qui râleront, mais avant, c’était la majorité des gens. Aujourd’hui, c’est vraiment devenu la minorité. On le voit aussi sur la grosse mobilisation des gens par rapport à la chasse, ou aux espèces inscrites sur les listes de nuisibles.

Avant, c’était plutôt les marginaux qui luttaient contre. Aujourd’hui, monsieur, madame tout le monde est effaré de voir le renard encore qualifié comme une Esod [ NDLR : espèce susceptible d’occasionner des dégâts ], alors que les études scientifiques prouvent que rien ne le justifie, que la tourterelle des bois, une espèce quasiment en voie de disparition, soit encore chassable. Ils sont outrés. Et conscients que le lobbying du secteur de la chasse, c’est une minorité qui fait beaucoup de bruit, mais plus du tout la majorité.

Avant, c’était un peu nous qui devions essayer de porter un petit peu les couleurs de l’écologie dans l’univers scolaire. Là, on a des demandes de la maternelle au lycée, des programmes dans les quartiers prioritaires, pour expliquer pourquoi la biodiversité c’est important.

Alors, on est encore beaucoup, sur les questions environnementales, centrés sur le réchauffement climatique, mais chaque année, elle gratte un petit peu plus de place.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 10 septembre 2026

 


Association Le Totem :
https://www.asso-totem.com/
Ligne SOS faune sauvage : 04 83 65 02 79
https://www.instagram.com/totempaca/
https://www.facebook.com/profile.php?id=61553599295837

Pour trouver un centre de soin de la faune sauvage près de chez soi : https://www.reseau-soins-faune-sauvage.com/faune-sauvage-en-detresse/jai-trouve-un-animal-en-detresse/trouver-un-centre-pres-de-chez-moi/

Depuis cet été en France, nos requêtes Google ne pointent plus vers des sources. Digérant des millions de pages internet, le moteur de recherche nous apporte désormais une réponse générée par intelligence artificielle (IA). Ce faisant, Google méprise celles et ceux qui produisent l’information et s’accapare le fruit de leur travail. Si les plus gros acteurs médiatiques pactisent avec les géants de l’intelligence artificielle, les acteurs plus modestes sont ignorés et se retrouvent totalement invisibilisés. Avec l’IA, les citoyens et citoyennes sont privés d’une part de leur libre arbitre. Ils ne choisissent plus comment ils s’informent, “on” choisit à leur place.

Google n’est qu’un exemple de la manière dont les big tech vampirisent l’information et orientent le débat public. Avant lui, Facebook avait sciemment mis au ban les médias dans les suggestions faites aux internautes. Trop peu rentables commercialement.
Tout cela ne fait que renforcer un phénomène que nous ne connaissons que trop bien : l’accaparement de la production d’information par quelques-uns au détriment de toutes et tous.

Les médias indépendants n’auront jamais à leur tête un milliardaire prêt à perdre des dizaines de millions d’euros par an pour posséder un titre de presse et l’influence qui va avec. Ils ne comptent que sur vous. Dans une période où la clarté du débat public et l’honnêteté du journalisme doivent plus que jamais primer, où l’enquête doit l’emporter sur la déférence, où il faut des médias libres pour défendre les libertés, nous vous lançons cet appel solennel et collectif.

Vous seuls, lectrices et lecteurs, nous permettrez de ne pas être définitivement invisibilisés. Il ne s’agit pas de défendre nos petites chapelles mais le pluralisme des points de vue c’est-à-dire, in fine, la démocratie, la liberté et l’égalité. Nous sommes du même camp. Rejoignez-nous, relayez, donnez, abonnez-vous ! C’est l’heure.

Le lien vers l’Appel sur le site de La presse libre :  https://lapresselibre.info/articles/appel-nous-sommes-du-meme-camp-il-est-temps-de-rejoindre-la-presse-independante

Les signataires :
La Presse libre, Coop médias, Arrêt sur images, Basta, Blast, Cerise la coopérative, La Déferlante, Le Média, Le Poulpe, Le Syndicat de la presse pas pareille, Les Jours, Les utopiques, L’Iceberg, L’Observatoire des multinationales, Marsactu, Mediacités, Mediapart, Next, Politis, Qui vive, Reflets, Reporterre, Rue89 Bordeaux, Rue89 Lyon, Rue89 Strasbourg, Socialter, Splann, Vert.


Et pour soutenir Qui Vive, c’est sur ce lien.


 

Un peu de contexte

À l’origine, la Région Paca a mis en place en 2008 une aide de 200 000 euros, destinée aux syndicats d’exploitants agricoles, afin de soutenir l’agriculture et l’agroalimentaire. La collectivité rappelle dans le Cadre d’intervention de l’acte n° 26-0244 que ce sont des secteurs « essentiels dans le tissu économique régional, qui contribuent au développement économique régional et à l’attractivité de la région ».

Elle souligne aussi l’importance des organisations syndicales pour le territoire : « les syndicats d’exploitants agricoles concourent à la vie démocratique régionale et particulièrement dans sa dimension participative » ; « les syndicats d’exploitants agricoles représentatifs constituent des partenaires de l’institution régionale ». Des déclarations qui semblent en dissonance avec l’impact de cette délibération sur les structures minoritaires.

Rappelons qu’en Paca, les chambres d’agriculture de tous les départements sont détenues par une liste d’alliance entre la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et les Jeunes Agriculteurs (JA), même si les suffrages remportés par ces tenants de l’agriculture intensive ont baissé aux dernières élections, en 2025.

Une décision qui a suscité de vives réactions

Naturellement, les syndicats opposants sont révoltés et dénoncent une « atteinte au pluralisme ». La Confédération Paysanne a notamment déposé un recours contre cette mesure, déclarant, dans un communiqué de presse du 6 juillet, que cette dernière « affaiblit directement la voix de 26 % d’agriculteurs et d’agricultrices de la région qui ont exprimé leur soutien à la Confédération paysanne lors des élections professionnelles » et entraînerait une baisse de la subvention du syndicat de « 42 % ».

Dans son communiqué, l’organisation rappelle que « l’exécutif régional actuel a été élu en 2021 dans le cadre d’un front républicain, grâce au retrait de la liste de gauche. Il a donc la responsabilité de représenter l’ensemble des électeurs et des électrices, et non de porter un projet de société dicté par les tenants de l’agro-industrie ».

Pour avoir leur avis sur le changement de clé de répartition, nous avons contacté différents syndicats, dont la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles (FRSEA) qui n’a pas donné de réponses, et la Confédération Paysanne, qui nous a accordé une interview avec Yannick Becker, porte-parole et élu de la chambre d’agriculture des Alpes-de-Hautes-Provence.



On connaît l’importance des résultats des élections professionnelles pour la répartition de la subvention. Est-ce que vous rencontrez des difficultés à remplir votre rôle de syndicat ?

Alors sur l’importance des résultats et sa traduction en termes de gestion des chambres d’agriculture… C’est d’emblée déséquilibré, avec la prime majoritaire donnée au syndicat arrivé en tête. On se retrouve systématiquement minoritaires et sans voix aux chambres d’agriculture qui sont l’instance consulaire, donc l’oreille et la parole officielle : plus précisément l’oreille du préfet et la parole officielle du monde agricole.

Ce changement de mode de répartition décidé à la Région, en se basant uniquement sur le nombre de sièges, nous handicape encore plus fortement. C’est-à-dire que sur 200 000 euros, je crois que c’est 175 000 euros qui vont au syndicat majoritaire, et nous on n’a plus que 22 000 euros.

Comment cela est-il répercuté ?

Sur le terrain, dans les départements, nous, les paysans engagés syndicalement, sommes à 100 % bénévoles. Ça, c’est normal. Au niveau départemental, on ne demandait aucun remboursement de frais pour les déplacements, on n’avait aucune indemnité pour les jours passés. Mais à la Région, on pouvait quand même bénéficier, grâce à ce budget, de remboursements kilométriques. Il faut savoir que ce sont des réunions parfois éloignées, on y passe la journée, facilement dans les 200 kilomètres en voiture. Donc on s’assoit dessus, hein. Idem pour les indemnités : on en avait très peu, c’était juste des indemnités de représentation, pas pour le fonctionnement du syndicat. Ça aussi on l’a supprimé. Ce n’était pourtant pas énorme, 40 euros par jour. Et puis après, concrètement, la plus grosse partie de cet argent assure le salaire de notre animatrice coordinatrice.

Son rôle, c’est de coordonner les différentes structures départementales et les animateurs et animatrices des départements, de faire de la veille au niveau des décisions agricoles régionales, et puis de nous aider à construire des argumentaires, organiser les réunions, etc. Donc là, on est un peu coincés.

Est-ce que vous voyez des difficultés à soutenir les agriculteurs au quotidien ?

En fait, c’est plutôt les structures départementales qui sont en contact direct avec les paysans sur le terrain. À l’échelon régional, c’est un peu plus du long terme, c’est-à-dire qu’on va argumenter contre les grandes orientations, sur des financements ou des schémas régionaux, pour toutes sortes de choses : l’énergie, les surfaces agricoles, etc. Là, on a fait d’ailleurs un recours contre le schéma régional d’orientation des exploitations agricoles qui permet de répartir le foncier.

Donc notre action est un peu moins tangible sur les fermes. Il n’empêche que ça a quand même des effets ; parce que si on arrive à éviter l’artificialisation des sols par les panneaux photovoltaïques, ou si on peut réussir à répartir les terres plus correctement, c’est important, mais ce n’est pas forcément tout de suite visible par les paysans.

Fête de l’agriculture paysanne, le 17 février 2024 à Marseille © Gaëlle Cloarec

Les citoyens sont souvent bien loin de saisir tous ces enjeux, alors qu’ils concernent directement leur mode de vie et d’alimentation. Comment peut-on soutenir le monde paysan ?

La première chose à laquelle je m’emploie en général, c’est d’essayer de faire comprendre le fonctionnement de l’économie, qui vise à tout concentrer : les fermes, la distribution de l’alimentation… et puis en face mettre des affichages publicitaires qui font croire qu’il y a encore des paysans. La compréhension, c’est la clé.

Individuellement, nous soutenir n’est pas toujours facile, mais voilà la base quand on peut : s’assurer que ce sont bien des paysans qui ont produit ce qu’on mange, localement. Essayer de favoriser les circuits courts.

Seulement voilà, c’est un peu comme l’histoire du colibri : ça ne va jamais suffire, il faut s’investir politiquement. Nous, par exemple, pour pallier cette décision, on s’est dit qu’on pouvait gagner en autonomie financière. On a encore un peu de marge, mais à l’automne on va essayer de lancer une participation citoyenne pour financer le syndicat. Ça peut être aussi un élément, mais j’ai bien conscience que toutes sortes d’associations qui sont dans le collimateur de la droite libérale sont en difficulté et qu’il y a des collectes dans tous les coins. Donc c’est compliqué.

De votre point de vue d’élu, quelle place occupe la question de l’écologie chez les syndicats ?

On va dire que pour la FNSEA, les JA et la Coordination Rurale, c’est « laissez-nous travailler », « simplification ». Pour eux, visiblement l’écologie est un frein, une barrière à dépasser pour pouvoir continuer à produire.

Il faut bien le voir avec le filtre de l’économie ultralibérale : la plupart des exploitants n’arrivent pas à obtenir de revenus suffisants, et plutôt que d’essayer de batailler sur des prix justes, contrer la « concurrence libre et non faussée » et sortir de la compétitivité à tout crin, ils disent : « Voilà, les freins c’est l’administration, c’est les normes ».

Notre credo, c’est que l’environnement et la biodiversité, c’est notre outil de travail principal, et que c’est important de le défendre. Cela peut être difficilement audible pour les agriculteurs, parce que ce qu’ils voient, c’est le temps de bureau : « Bah oui, il faut respecter tel truc ou tel truc… ».

Il ne faut pas le défendre n’importe comment : pour nous, les voitures électriques et le transfert du thermique vers l’électrique sans mesure, ce n’est pas de l’écologie, c’est du commerce et de l’ultralibéralisme. Par contre, il faut vraiment prendre en compte les équilibres du vivant. L’agriculture paysanne que l’on défend, c’est travailler avec le vivant ; d’où l’intérêt aussi de conserver de petites fermes. Elles ont tendance à s’agrandir quand même, mais on reste sur des surfaces à taille humaine, parce qu’on est encore en contact avec ce sur quoi on travaille. Lorsqu’on a 200 hectares, on ne connaît pas son sol, et on a d’énormes machines pour aller vite ; il faut des terres standard, des graines standard. Alors que quand on est sur 40 hectares, on peut beaucoup plus composer avec la diversité de la vie.

Est-ce que vous observez malgré tout une évolution du discours depuis cet été et les événements climatiques…?

On a participé aux cellules de crise qui ont été commandées par exemple dans le Var par les préfets, et je n’étais… pas étonné mais presque. En tout cas les autres syndicats ont le même slogan qui marche pour tout : ils ont ressorti le slogan « simplification, stockage de l’eau, laissez-nous travailler ». Apparemment, ils n’ont pas vraiment pris la mesure du changement nécessaire pour pouvoir non seulement atténuer le changement climatique, mais en plus continuer à pouvoir travailler. Ça aurait été bien de rappeler que même si on étendait le réseau d’irrigation du canal de Provence ou si on faisait des retenues d’eau, on n’arriverait jamais à 100 % de terres irrigables. En France on est à 6 ou 7 % ; en région PACA, on arrivera à 20 % je crois une fois qu’on aura fait les agrandissements. Donc il reste la majeure partie des terres qui sont au sec. C’est vraiment important de changer de braquet.

Visiblement il n’est pas simple de s’entendre sur ces sujets, est-ce qu’il y a tout de même un dialogue? Ou vous n’arrivez pas à trouver d’accord ?

Ici, jusqu’à maintenant, ça allait plutôt bien, on pouvait discuter même si souvent on était déçus par l’interprétation des choses. Mais là, j’ai l’impression que ça se tend un peu.

En fait, ça se tend parce que c’est dans le même élan que la volonté de la Région. L’élue référente, Bénédicte Martin, semble quand même très amie avec le président de la FRSEA. La manœuvre consiste apparemment à mettre tous les leviers d’action dans les mêmes mains, autrement dit dans la chambre d’agriculture régionale qui est maîtrisée par le syndicat majoritaire, et de ne pas du tout écouter quelque voix discordante que ce soit. Autant avant on était consultés, invités et parfois pris en compte, donc on pouvait avoir l’illusion de participer à la vie démocratique. Là on a vraiment le sentiment d’être mis de côté et disqualifiés.

Pensez-vous que, sous pression, la FRSEA pourrait prendre en considération les convictions des autres forces syndicales ?

Parfois, cela se traduit par une prise en compte de façade. Parfois, il y a de la récupération de principes ou de thèmes qui sont tordus. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, parce que moi je suis élu de la chambre 04, il y a eu au printemps un forum sur la diversification. Nous, ce pour quoi on milite, c’est la diversification sur les fermes pour être moins fragiles : sur une exploitation spécialisée, s’il y a un problème sur la culture principale, la ferme est en danger, alors que si on a plusieurs cultures, c’est déjà plus résilient. Et bien là, ce qui est sorti, c’était des poulaillers à 30 000 poules.

On peut utiliser le même terme, mais derrière ce n’est pas la même réalité.

Alors face à ça, comment est-ce que vous construisez votre stratégie par rapport à la majorité ? Êtes-vous davantage dans le compromis ou l’opposition ? Il faudrait un changement radical de notre modèle d’agriculture, c’est indéniable, mais il y a aussi le contexte actuel à prendre en compte, vous êtes pour l’instant un syndicat minoritaire. Comment est-ce que vous allez vous organiser pour dialoguer ?

On reste toujours, autant qu’on peut, sur les deux jambes : on travaille avec les institutions parce qu’on est reconnus en tant que syndicat représentatif, et avec nos collègues des autres syndicats. Heureusement, on a de gros désaccords sur les stratégies et les principes, mais ça reste des collègues et on peut discuter avec eux ; et puis leurs adhérents sont quand même souvent différents des représentants, donc il faut s’adresser à eux aussi. Par ailleurs on n’a de cesse de rappeler aux représentants de l’État qu’on existe et qu’on a eu raison depuis très longtemps, parce qu’on s’appuyait sur des constats scientifiques.

On a rappelé à la préfète du 04 lors du dernier rendez-vous – parce que ça fait 13 ans que je suis élu à la chambre – qu’au début quand on parlait du réchauffement climatique, ça ricanait dans la salle et qu’on ne nous croyait pas.

Voilà. Ce n’est pas pour s’envoyer des fleurs, mais nous on s’appuie sur des constats scientifiques et on les prend pour ce qu’ils sont. Or ça continue dans le déni : les autres les prennent quand ça les arrange, mais ils les dénoncent quand ça les dérange. La preuve en est la loi d’urgence qui met l’agence nationale de sécurité sanitaire… sous tutelle du ministre de l’Agriculture. C’est ce ministère qui va décider quels produits seront autorisés ou pas, sans forcément prendre en compte les résultats de l’Anses qui sont étayés.

Après, au niveau de la capacité de mobilisation, c’est compliqué parce qu’on est un peu épuisés, comme tout le monde. Et parfois, comme avec toutes les actions sociales des ces dernières années, on a beau se mobiliser, derrière le résultat est donné au plus fort et à ceux qui cassent le plus. On l’a vu dans l’agriculture. Si on fait des mobilisations pacifiques et tranquilles, on n’est pas écoutés.

Sans compter qu’en plus il y a un distinguo extrêmement important entre les manifestations par exemple de la Confédération paysanne, qui sont extrêmement réprimées, et le laisser-faire voire la haie d’honneur faite par les forces de l’ordre à la FNSEA et aux JA lorsqu’ils vont aux Champs-Élysées. Il y a une orientation politique claire qui vise à nous disqualifier voire à nous criminaliser.

Pour finir, avez-vous un message d’espoir pour l’ensemble des agriculteurs, des citoyens qui seraient inquiets de la situation ?

Ce n’est pas facile, mais on peut se baser sur la notion de masse critique. La masse critique, en physique, c’est par exemple lorsque vous accumulez de la matière radioactive : au bout d’un moment, elle change de nature. La masse critique en sociologie, ça a été théorisé : ce n’est pas la majorité, elle n’est pas indispensable pour que les orientations changent. Il y a besoin d’une prise de conscience d’une certaine partie de la population pour que, à un moment donné, ça bascule. La masse critique est entre 6 et 12 % de la population, je crois. D’où ce que je disais au début : c’est vraiment important de comprendre les mécanismes économiques et politiques qui nous amènent au bord du gouffre pour pouvoir les déjouer et comprendre comment on peut sortir de cette impasse.

Propos recueillis par Édouard Abonneau, le 31 août 2026

Laurent Ajello a débuté son activité élevage en filière Biologique, en 2012, avec un cheptel de brebis corses et de Mourérous, race ovine des Alpes du Sud, sur les terres de l’exploitation agricole « La Grande Bastide », à Plan d’Aups. L’Andain, nom de sa ferme en location, héberge 350 bêtes, dont 120 brebis, destinées à la traite, 200 autres ovins pour la viande, dont des agneaux de lait, le reste étant des béliers, utilisés pour la reproduction.

Le quotidien chargé d’une exploitation ovine

Éleveur passionné, ce berger œuvre à la valorisation de cette race de brebis rustique. Son activité principale est la transformation fromagère, qui commence à la mi-octobre, au moment des premières mises-bas, et s’étend jusqu’au mois de juillet. Les journées de Laurent s’avèrent chargées, dès le petit matin à l’heure de la traite, jusqu’à 22 heures, où il « croule sous les paperasseries administratives ».

L’alimentation en foin du troupeau dit « laitier », gardé en bergerie, et du troupeau, dit « viande », déplacé sur les terrains situés dans le PNR Sainte-Baume et mis à disposition par l’Office National des Forêts, le Conseil départemental du Var et celui des Bouches-du-Rhône, constitue sa priorité absolue.

Laurent Ajello nourrit un petit au biberon © XDR

Problématiques récurrentes liées au déplacement du troupeau

Une convention avec le département du Var autorise Laurent Ajello à emmener ses troupeaux en pâturage sur le domaine de La Brasque à Plan d’Aups. Mais la collectivité n’a pas entrepris la rénovation de la bergerie historique du site, tombée en ruines.

Le troupeau s’est donc vu, un temps, contraint de quitter le territoire varois pour passer la nuit parqué sur le terrain de Roussargue à Auriol, commune voisine dans les Bouches-du-Rhône. Or les déplacements à une distance trop éloignée font quasiment perdre aux brebis, estime-t-il, leurs réserves alimentaires d’une journée de pâturage.

Un propriétaire de Plan D’Aups, membre du Conseil Administratif du PNR, lui a alors proposé son terrain pour l’installation d’un parc de nuit, ouvrant ainsi l’opportunité de pâturages dans les landes et sur les crêtes de la montagne Sainte-Baume.

Le troupeau de Laurent Ajello © XDR

La menace du loup

Son mode de pâturage expose le troupeau au danger du loup. Si Laurent Ajello reconnaît n’avoir jamais subi d’attaques du prédateur sur son exploitation, ses prédécesseurs en ont été victimes.

Néanmoins, ce dernier n’est pas particulièrement favorable au nouvel amendement, récemment voté par le gouvernement, autorisant les tirs de loups, « sous pression de la FNSEA et des grosses exploitations agricoles, lesquelles ont plus de poids auprès des politiques ». Cependant, la problématique reste entière et l’éleveur se montre ouvert à d’autres solutions plus pérennes et moins radicales, comme les tirs d’effarouchement, non létaux (une technique qui aurait fait ses preuves en Italie), et veiller à l’encadrement des troupeaux en itinérance, par des bergers, en début et en fin de cortège, accompagnés de chiens.

Une autre solution selon lui serait d’équiper les meutes de loups de colliers GPS, reliés à une application, laquelle déclencherait une alarme, afin de tracer leurs déplacements et ainsi mieux prévenir en cas de proximité d’un troupeau. [ NDLR : Méthode déjà adoptée avec les ours dans Les Pyrénées espagnoles, mais que les chasseurs comme les associations de défense des grands prédateurs récusent.]

Laurent Ajello envisage aussi de faire appel aux bénévoles de l’association FERUS, pour la surveillance des troupeaux. [ NDLR : France Nature Environnement propose le même type d’aide avec le dispositif Alpatous ]

Installer des clôtures sur des parcours de 20 km/jour qui partent d’un point A à un point B dans des landes s’avère impossible, c’est le problème des systèmes herbacés ouverts. L’unique solution est de rentrer les moutons tous les soirs en bergerie ou dans des parcs de nuit, constitués d’une clôture fixe doublée d’un filet, ce qui coûte plusieurs milliers d’euros. Des pièges photos sont installés afin de filmer la présence des loups. « Avec ce système, la mise en place d’une surveillance nocturne par deux bergers se partageant la semaine de travail est indispensable. »

Éleveurs et bergers déploient énormément d’énergie et de moyens dans la surveillance des troupeaux. Le loup est une source de stress quotidienne pour eux, à l’idée de voir leurs bêtes égorgées. Le prédateur, doté d’une intelligence à toute épreuve, s’adapte facilement. Il s’attaque aux troupeaux quand cela est plus facile que la chasse de proies naturelles, d’où l’importance des moyens de protection.

Patous dans un enclos © Geneviève Chaud

Avantages et inconvénients des « Patous » et autres « chiens de berger »

Le prix d’achat d’un chien coûte en moyenne 800 euros, auxquels s’ajoutent les divers frais vétérinaires et alimentaires.
Le chien, Canis Lupus, est un descendant du loup… et il n’est pas une mince affaire d’éduquer un carnivore à la protection d’herbivores !

Patous, Bergers d’Anatolie, ou Borders prennent parfois plaisir à mordiller la queue des ovins, d’abord pour chasser l’ennui puis rapidement, par goût de croquer de la « chair fraîche ». Ainsi, plusieurs agneaux de l’éleveur ont été dévorés par des chiens de berger. L’imprégnation et l’éducation consistent donc à intégrer les Patous avec des moutons adultes, mais parfois, témoigne-t-il, si les ovins protègent leurs petits à coups de cornes, les chiens deviennent agressifs à leur tour.

Sans compter les fugues et divagations en pleine nature, les canidés pouvant parcourir des dizaines de kilomètres. Une corvée incessante, à laquelle s’ajoute celle de ramener les chiens au troupeau, puis les en écarter, lors des mises-bas, car ils se délectent du placenta, mais peuvent alors être contaminés par le ténia.

A contrario, les déjections des chiens dans les prairies peuvent devenir aussi une source de contamination pour les écosystèmes.

S’impose la nécessité de pucer les gardiens par GPS, de les stériliser, et de leur interdire de sauter les barrières de protection des troupeaux. Les éleveurs sont contraints de faire appel à des éducateurs canins spécialisés en Institut d’élevage, à des tarifs souvent élevés.

Conflits d’usage avec randonneurs et vététistes

Laurent Ajello explique que les chiens de protection sont dressés pour ne pas sauter les clôtures afin d’éviter les morsures envers les randonneurs. Cependant, déplore-t-il, certains promeneurs se montrent irrespectueux des panneaux de signalisation « merci de vous éloigner du troupeau », se mettant, eux-mêmes, en danger face à ses gardiens.

Des accidents entre Patous et chiens non tenus en laisse peuvent aussi survenir, avec des bagarres entre canidés parfois mortelles. « Il arrive que des randonneurs peureux mais peu scrupuleux caillassent les Patous, ou que des vététistes traversent les troupeaux, sans même tenir compte des panneaux de signalisation. » Les chiens de berger foncent alors après ces « intrus indisciplinés ». D’après Laurent Ajello, il y a une dizaine d’années ces problèmes supplémentaires n’existaient pas, en raison d’une circulation bien moindre dans les collines. « Le Parc Naturel Régional de la Sainte-Baume a aménagé des sentiers de randonnées, ce qui a entraîné une fréquentation plus importante des lieux. »

Les éleveurs sont aussi confrontés à la préservation du biotope, au regard de la réglementation en cours dans le PNR : ils perçoivent des subventions pour le nettoyage des chemins, dans le cadre de la défense des forêts contre les incendies (DFCI). Bien sûr, des zones sont interdites aux pâturages afin d’éviter un déséquilibre de la biodiversité.

Des indemnisations et subventions de l’État considérées comme insuffisantes

Le Ministère de l’Agriculture, de L’Agro-Alimentaire et de la Souveraineté Alimentaire spécifie que pour bénéficier des aides de l’État, une exploitation agricole doit avoir déjà subi, au moins, une attaque de prédateur et être classée « zone à risque loups ». La demande doit être envoyée à la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), chaque année, en janvier pour une réponse en juillet, si elle est acceptée.

D’autres aides lui semblent soumises à des critères tatillons. « Il arrive que l’État refuse de payer les subventions sous prétexte d’un cahier des charges non conforme et comptabilise au centime près sur le rendu d’une vente de fromage. Les caisses sont vides pour investir dans des cabanes de berger, nous sommes contraints alors de dormir à la belle étoile. Seulement 80 % de l’aide pour le financement du salaire d’un berger, employé par un éleveur, est pris en charge, et à la stricte condition que le berger soit en lien direct avec le troupeau, aucune subvention n’est versée pour un berger enrôlé pour la traite », regrette M. Ajello.

« Un éleveur perçoit un montant de 14 000 euros d’indemnité globale de l’État, à l’année, pour financer le salaire de son berger, l’entretien des chiens, auxquels s’ajoutent les frais vétérinaires, en cas d’accidents, et le matériel de protection des troupeaux », précise-t-il.

Manifestation paysanne du 25 décembre 2025 à Aubagne © Gaëlle Cloarec

Les lourdes exigences administratives de la politique agricole commune réglementée par l’Union Européenne

Après une journée de dur labeur auprès des troupeaux, des obligations administratives s’imposent comme celles de remplir un cahier de pâturage quotidien, avec registre du personnel mensuel, déclarer le nombre de bêtes, les lieux de pâturage, les fiches de paie, les cotisations à fournir… S’installer dans l’élevage relève d’un véritable parcours du combattant et décourage de plus en plus d’éventuelles personnes attirées par le métier.

Laurent Ajello insiste sur les revendications des éleveurs : « Nous voulons des démarches simplifiées, avec un forfait correspondant à un certain quota de bêtes, et de la main d’œuvre ». La réponse de l’État français, souligne-t-il, est de botter en touche : « C’est l’argent de l’Europe ! ». « Dans ce cas, on laisse les brebis en bâtiment, sans ne jamais pâturer en bio ? », rétorque l’éleveur de Plan d’Aups.

Valérie Marc, le 3 septembre 2026

Qui Vive s’est immergé dans les eaux cristallines de la montagne Sainte-Baume, dans le Var, à travers une randonnée animée les 3 et 4 juin 2026 par différents acteurs œuvrant à la préservation du territoire. Étaient présents Aurore Fauchas, hydrogéologue, Chargée de mission Ressources en eau, Fonctionnaire au CEREMA, Bureau d’Études de l’État, et à la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM), en détachement auprès du Parc Naturel Régional de La Sainte-Baume ; Lætitia Bantwell de la Direction Forêts et Espaces Naturels des Bouches-du-Rhône ; et l’association Découverte Sainte-Baume avec son président Christian Ollivier, délégué au PNR Sainte-Baume, président de la commission Eau, ancien vice-président de l’association nationale des élus de Bassins (ANEB).

Cet évènement ouvert à tous, organisé par l’association Conséquences en partenariat avec Découverte Sainte-Baume, a apporté d’enrichissantes connaissances géologiques, historiques et hydrologiques à une vingtaine de randonneurs de tous âges, curieux ou passionnés de balades naturalistes. Voici ce qu’il nous a semblé important de retenir.


Formation du massif de la Sainte-Baume

Il y a 120 millions d’années, la péninsule ibérique se déplace par rapport à la plaque tectonique européenne et commence un vaste mouvement de rotation. Le mouvement s’inverse il y a 65 millions d’années ; la péninsule ibérique entre alors en collision avec la plaque européenne et forme ainsi les Pyrénées. La montagne Sainte-Baume, qui culmine à plus de 1000 mètres d’altitude, est l’un des plus beaux exemples de cette poussée titanesque des plaques tectoniques en région PACA.

La Sainte-Baume est un relief Est/Ouest avec un versant Nord/Sud qui a subi d’importantes érosions par l’action de l’eau, érodant l’intérieur et la surface des roches pour former le karst (roche calcaire), il y a 5 millions d’années, et lors de périodes où le climat était pluvieux, chaud et humide.

Trail de la Sainte-Baume Plan d’Aups 2010 CC BY-ND 2.0 by Akunamatata


Cette orientation particulière donne une climatologie spécifique

La montagne de la Sainte-Baume, formant une chaîne avec la montagne de La Loube, bloque les nuages, qui déversent ainsi des pluies abondantes sur le versant nord. Récemment, un phénomène excédentaire a aussi occasionné des précipitations importantes sur le versant sud. La partie haute de la Sainte-Baume, située près de Mazaugues, dans le Var, abrite des trésors insoupçonnés d’eau souterraine, située dans le karst.

Deux rivières circulent à l’intérieur du massif à travers d’énormes conduits karstiques d’une dizaine de mètres de diamètre, au débit de plusieurs m3/seconde. La partie basse où se trouve la Vallée de Saint-Pons, à Gémenos dans les Bouches-du-Rhône, comprend une forêt luxuriante abritant un cours d’eau réputé intarissable, « Le Fauge ».

L’on peut y observer une stratification des eaux souterraines : des sources pérennes permettent l’alimentation des fleuves Huveaune, Argens via ses affluents, Le Caramy, L’Issole et Le Cauron, le versant sud dépendant des fleuves côtiers Gapeau et Las.

Ces sources sont essentielles et préservées des forages.

Vallée de Saint-Pons, Massif de la Sainte-Baume 2 © Valérie Marc

Un peu d’histoire

Au XIXe siècle, le massif de la Sainte-Baume abritait une grande concentration de glacières, 24 en tout, utilisées pour le remplissage en eau de source de bacs de congélation. La glace était alors débitée et charriée jusqu’à la glacière par des centaines de paysans des environs. Celle de Pivaut, à Mazaugues, est la plus célèbre par sa taille exceptionnelle de 23 mètres de haut.

« Ce n’est pas le commerce industriel de la glace qui aura fait disparaître le commerce de la glace naturelle, mais la commercialisation de la glace des Alpes », explique Richard D’Angio, responsable éditorial de la revue Découverte Sainte-Baume.


Rivières asséchées ?

Le bassin versant de l’Argens et celui du Gapeau sont placés en zone désormais déficitaire (les prélèvements d’eau sont plus importants que la ressource produite dans ces bassins). Le niveau en rivière diminue drastiquement, à des seuils jamais constatés auparavant.

Ce phénomène est dû à une baisse des précipitations saisonnières, avec alternance de sécheresses et épisodes méditerranéens : si les mêmes quantités d’eau peuvent tomber sur 365 jours, ces dernières années les hivers ont été moins pluvieux. Les nappes phréatiques n’ont donc pas pu être généreusement rechargées, ce qui entraîne un déficit drastique des nappes, et met en péril la biodiversité.

Laquelle est favorisée, au contraire, en présence de zones humides. Batraciens, insectes, petits organismes, mousses, fougères… Toute une faune et une flore aquatique se développent dans ces secteurs. Des espèces qui améliorent en retour la filtration et la qualité de l’eau. En Méditerranée, les zones humides sont intermittentes en fonction des caractéristiques du sol et de la végétation. Celles qui sont artificiellement créées par l’humain, comme les mares, entraînent quant à elles plutôt la stagnation de l’eau.

Mousses de la Vallée de Saint-Pons, Massif de la Sainte-Baume © Valérie Marc


Des techniques anciennes remises au goût du jour

Durant les dernières décennies, l’aménagement du territoire a souvent conduit à une artificialisation des sols, sur lesquels l’eau ruisselle. La politique de bétonisation des cours d’eau, avec barrages, buses et autres techniques d’encadrement de l’écoulement, l’entraînant toujours plus rapidement vers la mer, devrait être amenée à disparaître, en raison de nombreuses inondations catastrophiques, comme celles survenues en 2020 dans les Alpes-Maritimes. Retrouver des approches traditionnelles, mettre en place des solutions inspirées par la nature est efficace et présente aussi l’avantage de réinstaurer une continuité écologique.

« Depuis quelques années, la construction de restanques et de fascines (barrages en bois, ndlr), piègent l’eau et la ralentissent, préservant ainsi les paysages de la désertification et favorisant la replantation des forêts. Les techniques anciennes sont réemployées, comme les systèmes de captage en collines, maximisant la recharge à l’endroit où la goutte d’eau tombe », expose Guy Farnarier, neurophysiologue à la retraite, propriétaire forestier et membre du Conseil du PNR Sainte-Baume, animateur de la commission forêt.


Le karst, un lent processus d’érosion en milieu calcaire, bénéfique aux ressources en eau

En montagne, le karst étant un véritable gruyère, l’eau de pluie s’infiltre directement. Il y a donc très peu de ruissellement en surface. Elle passe par les trous et fissures de la roche pour rejoindre les cavités profondes du milieu karstique, réservoir important, en lien avec la mer Méditerranée, considéré comme le niveau de base, situé dans la zone littorale.

En Sainte-Baume, le réseau karstique, alimenté par la pluie, est la seule ressource pour les nappes souterraines.

Deux célèbres sources sous-marines, appelées aussi « exsurgences », se déversent dans les calanques de Port Miou et du Bestouan, à Cassis et La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône. Dans cette zone particulière, l’eau se concentre en entonnoir et forme un mélange d’eau salée et douce, appelé « biseau salé ».

Dans les années 70, des tentatives de construction d’un barrage avaient été entreprises, pour bloquer cette rivière sous-marine et ainsi récupérer l’eau douce, mais elle ont échoué à cause de ce biseau salé remontant trop profondément dans les eaux douces du karst.

« Une eau souterraine a l’avantage d’être déconnectée de l’atmosphère, elle ne subit pas l’évaporation et est protégée de l’augmentation des températures. C’est donc une chance. L’eau est un bien commun qui doit être au centre de tout l’aménagement du territoire et être dans toutes les réflexions autour de l’urbanisme, le tourisme, l’agriculture. Il y a 2 ans, le gouvernement avait évoqué plusieurs mesures, mais sans aucun moyen mis à disposition pour les mettre en application », souligne Christian Ollivier, ancien président de EPAGE HuCA, (établissement public d’aménagement et de gestion des eaux Huveaune – Côtiers – Aygalades).

Karst_flattened Sunila Sen Gupta CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons


Privilégier l’émergence de nouveaux projets

Le Caramy étant la principale rivière qui récupère l’eau sur le plateau de Mazaugues et draine toute celle du massif karstique de la partie nord de la Sainte-Baume, le PNR envisage d’implanter des stations de surveillance de son débit, en équipant un groupe de sources, (notamment celle de Fontfrège, pérenne), afin de quantifier ce qui émerge du massif karstique. Cela permettrait de veiller à une eau de très bonne qualité par des contrôles réguliers, désimperméabiliser les sols et favoriser la recharge des nappes souterraines avec un minimum de ruissellement. Ainsi, l’eau ne repartirait pas aussi vite vers la mer. La nécessité devient évidente de sensibiliser à l’importance des zones humides en secteurs publics et privés.

« C’est d’ailleurs pour l’ensemble de ces raisons que l’État a décidé de laisser la responsabilité au PNR et ses collectivités de mener des études communes, afin de faire évoluer la gestion de la ressource Eau », déclare Aurore Fauchas, l’hydrogéologue rattachée au PNR.

En parallèle, des scientifiques de l’Université de la métropole d’Aix-Marseille se penchent sur la gestion des eaux souterraines, notamment dans le massif de la Sainte-Baume, afin de préserver cette ressource en eau potable, en quantité et qualité suffisante jusqu’à l’horizon 2050.


L’eau : principale richesse du territoire

Pour résumer, le massif de la Sainte-Baume regorge donc d’une eau encore abondante, en partie due à son milieu karstique et profitant à huit des principaux cours d’eau régionaux. Ces sources et rivières sont importantes pour la vie aquatique et les milieux humides qui leur sont associés.

Dans un contexte de sécheresse aggravée, ces cours d’eau permanents sont des réservoirs biologiques pour de nombreuses espèces rivulaires (forêts et prairies humides, mares temporaires, etc…) que leurs débordements entretiennent.

L’eau est une ressource vulnérable, surtout en milieu méditerranéen où les effets du réchauffement climatique sont intenses.

« Il faut donc veiller à une meilleure gestion, grâce à la pluie, en intégrant cette dynamique de la recharge, par exploitation de la ressource, en fonction de la disponibilité de l’eau, et inversement, réduire les prélèvements en cas de déficit », conclut Aurore Fauchas.

Valérie Marc, le 25 août 2026

Avec Julie The News Doctor, vous avez lancé ce 30 juillet la pétition « Présidentielle 2027 : Plus de climat dans les débats. Pourquoi la publier en plein été 2026 ? 

L’idée de cette pétition est venue en écoutant les médias généralistes, notamment le traitement des questions environnementales. Actuellement, ils couvrent les canicules, les incendies et la sécheresse en France, mais sans jamais faire le lien avec le dérèglement climatique. On a l’impression qu’ils ne savent toujours pas quelles sont les causes de ce dérèglement. Par exemple, Franceinfo a invité le 27 mai Jean-Marc Jancovici et Christophe Cassou pour parler du réchauffement climatique. Les questions des journalistes n’étaient pas du tout à la hauteur : « C’est le changement climatique qui est à l’œuvre ? » ; « Qu’est-ce qui provoque concrètement cela ? » ; « Qu’est-ce qui pollue le plus ? ». On est arrivé à un stade où on ne peut plus se permettre de poser ce type de questions, surtout lors de la présidentielle de 2027. Pour moi, cette présidentielle, c’est la dernière. Notre société est vraiment en train de s’effondrer. Donc, il faut l’accompagner et prendre les précautions pour faire une passation écologique. 

 

Quel est le traitement médiatique que vous espérez au vu de l’urgence climatique ? 

Il faut vraiment poser les questions de fond : quels sont leurs plans et leurs moyens pour à la fois réduire les émissions de gaz à effet de serre et adapter notre société au dérèglement climatique. Nous, ce qui nous tient très à cœur, c’est que ce soit des questions transversales. Par exemple, ils vont sûrement parler du budget. Il ne faudrait pas qu’ils omettent la transition écologique dans celui-ci. Aussi, nous pensons qu’il faut poser les mêmes questions à tous les partis politiques, telles que : « Combien d’euros pensez-vous qu’il faut investir pour la transition écologique ? Quelle planification allez-vous mettre en place ? Est ce que vous comptez taxer les superprofits ? ». À côté, les journalistes doivent rappeler les engagements et les chiffres concrets de chaque parti. Qui a voté quoi ces dernières années ? J’ai en tête le Rassemblement National qui a voté contre la revalorisation des conditions de travail des Services départementaux d’incendie et de secours alors qu’ils affirment soutenir pleinement les pompiers. 

 

Votre pétition s’adresse aux grands médias télévisuels et radio publics et privés, comment expliquez-vous un tel traitement médiatique sur ces chaînes et antennes ? 

On sait que la plupart des grands médias sont possédés par des milliardaires comme Bolloré ou Saadé. Ils ne cachent pas leur idéologie et certains poussent carrément des candidatures d’extrême-droite. Forcément on s’attend à un traitement médiatique biaisé dans les médias concentrés. Sur les grandes chaînes de télévision comme les chaînes d’info en continu, les questions vont s’attarder : clim ou pas clim ? Pour ou contre le nucléaire ? Je ne dis pas que ces interrogations ne comptent pas, mais il ne faut pas qu’elles atrophient le débat. Ça ne nous aide pas à savoir comment demain on va manger, se chauffer, s’isoler, se transporter.

 

Avec l’exemple des pétitions contre la loi Duplomb et la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre, on peut questionner le poids de cet outil démocratique. Pensez-vous que votre pétition aura un réel impact  dans le débat politique et médiatique ? 

On a conscience des limites des pétitions. C’est pour ça qu’on a décidé d’utiliser la plateforme de pétition Green Voice, rattachée a Greenpeace, pour faire des appels à la mobilisation après. Les pétitions sur le site officiel de l’Assemblée Nationale nous auraient empêché d’envoyer des messages aux signataires. Pour l’instant on a 22 000 signataires et plus de 15 000 acceptent de recevoir nos informations. On a conçu cette pétition comme un outil pour véhiculer des informations. A l’approche du premier débat, qui aura lieu le 27 août sur LCI, on va envoyer un questionnaire aux signataires pour qu’ils puissent être attentifs aux questions qui vont être posées. Ensuite, ils pourront nous faire des retours sur le traitement médiatique adopté par LCI. On leur proposera aussi de nous faire part des types et orientations des questions qu’ils aimeraient entendre pendant les prochains débats de la campagne présidentielle. Derrière nous, on se chargera de transmettre toutes les informations recueillies aux médias. J’aimerais bien qu’avant le premier tour, on lance une grande étude avec toutes les personnes qui ont signé notre pétition. Une sorte de jugement majoritaire sur comment ont été abordées les problématiques environnementales et climatiques dans les débats. Pour ça, il faudrait qu’on atteigne les 50 000 signatures avant la fin de l’année. 

 

Publication instagram de @christopheoudelin et @thenews_doctor du 11 août

 

Propos recueillis par Chloé Roulet, le 20 août 2026

Niché derrière un immeuble à deux pas de la station de métro des Chartreux, se cache le local de La Base. Depuis 2020, cette ancienne entreprise de BTP accueille associations, collectifs et habitant·e·s de Marseille en quête de justice sociale et climatique. Autogérée, avec le statut associatif Loi 1901, La Base met à disposition son espace de 200m2, comprenant un bar et sa cour, pour l’organisation de projets, mais aussi l’entrepôt et la mutualisation de matériel pour tous et toutes. Plus de 150 associations et collectifs s’y réunissent au moins une fois par an. Un espace indispensable au tissu associatif marseillais. Pourtant, dans un communiqué datant du 20 juillet, La Base annonçait être “en danger”.

Ce lieu alternatif risque de fermer définitivement ses portes avant la fin d’année. En cause, la hausse du prix des charges, couplée à une baisse des financements et un manque de bénévoles. Résultats d’un secteur associatif qui peine à s’en sortir. « On ne demande pas de loyer ou de contribution pour réserver une salle à La Base. C’est prix libre. Tu mets ce que tu veux en fonction de ce qui est possible. Beaucoup d’associations ont arrêté cette participation financière, tout simplement parce qu’elles ont moins de subventions », explique Elsa, bénévole de la structure depuis 2022. Elle note également un deuxième facteur : « le manque de forces vives dans ces associations et collectifs ». Les bénévoles des associations bénéficiaires participent aussi au fonctionnement et la gestion du lieu. « Ils et elles permettaient d’ouvrir le lieu, faire fonctionner le bar et donc de faire rentrer de l’argent pour La Base. »

Une association sur deux a vu ses financements publics reculer

La Base se dresse face à une crise sans précédent qui touche le secteur de l’économie sociale et solidaire : baisse de financements, précarité croissante, augmentation des besoins et dégradation des conditions. Selon le Mouvement Associatif, en 2025, une association sur deux a vu ses financements publics reculer et le projet de loi de finances 2026 prévoit d’amputer 40 % du budget alloué à l’ESS, soit 1 milliard d’euros en moins pour le milieu associatif. Pour lutter contre ces politiques d’austérité, Le Mouvement associatif avait appelé à manifester le 11 octobre dernier sous le slogan « Ça ne tient plus« . Elsa constate l’asphyxie que subissent les associations, a fortiori quand elles prônent la justice climatique, avec la criminalisation de l’écologie. « Ça se tend et on le sent, typiquement avec le non-renouvellement des subventions de l’Ademe pour les Amis de la Terre. »

 

La cour de La Base © Chloé Roulet

Une fermeture de La Base serait, toujours selon Elsa, une bataille perdue contre l’extrême-droite. « On a besoin de lieux militants comme La Base pour se retrouver et créer à nouveau du lien social. C’est le meilleur moyen de lutter ». Ici, associations féministes, antiracistes, queer et écologistes cohabitent pour réfléchir ensemble à la justice sociale. Elsa en cite quelques-unes : « Alternatiba, les colleuses de Marseille, L214, Vélocène, Soutien 59 St Just… ici les collectifs se rencontrent, s’identifient et finissent par faire des projets ensemble ». Le Mouvement Associatif a également alerté sur les menaces du Rassemblement National envers l’action associative et citoyenne. « La crainte est de voir une baisse conséquente ou une suppression des budgets de l’État attribués à des structures et secteurs d’activités qui n’ont pas la même vision politique que le RN. […] Ces appréhensions concernent plusieurs secteurs tels que l’écologie, la solidarité internationale, l’accès au droit ou l’éducation populaire », peut-on lire dans un plaidoyer publié sur leur site internet. Après avoir tiré la sonnette d’alarme sur ses réseaux sociaux, La Base a ouvert une cagnotte participative pour financer les charges de ces prochains mois. En une semaine, elle a déjà recueilli 9 200 euros. Assez pour assurer l’ouverture du lieu cet été mais encore insuffisant pour se projeter jusqu’à la fin de l’année.

Chloé Roulet, le 12 aout 2026

Un après-midi rythmé de prises de paroles d’enseignants-chercheurs d’Aix-Marseille Université et de militants de Stop Croisières, qui alertent sur les pollutions causées par le trafic maritime de la cité Phocéenne. Dans le viseur : les gros bateaux amarrés au Grand port maritime de Marseille, et plus précisément le projet “Terminal J4” qui souhaite transformer l’esplanade en hall pour les croisières de luxe.

“Cette esplanade a été baptisée « Esplanade Gisèle Halimi », en hommage à l’avocate qui a consacré sa vie à défendre la justice. C’est pour empêcher une injustice, pour empêcher que cet endroit soit confisqué aux habitantes et habitants au profit d’intérêts privés, que nous sommes là aujourd’hui” scande Marcelle (pseudo), activiste à Stop Croisières.

Des navires de luxe aux portes du Mucem

Amputer une partie de la place publique collée au Mucem pour y construire un hangar en guise de terminal d’attente pour les croisières de prestige : voici le nouveau projet porté depuis 2021 par le Grand port maritime de Marseille. Alors que l’accès à la mer reste difficile entre le Vieux-Port et l’Estaque, ce terminal serait un nouvel obstacle bétonné pour les marseillais et marseillaises. En plus de pointer du doigt la privatisation de l’esplanade au détriment des habitants, Stop Croisières dénonce aussi l’incohérence écologique de ce projet.

“Notre inquiétude, c’est qu’il prévoit encore plus d’infrastructures pour ces bateaux, ce qui va mécaniquement augmenter leur nombre. Et tout cela se fait sans réelle consultation des habitants.” Pourtant, les marseillais·e·s sont les victimes directes de ce tourisme. Quand on sait qu’un navire de croisière arrêté à quai pendant une heure émet autant de pollution qu’environ 30 000 véhicules roulant à 30 km/h, la nécessité d’un tel projet interroge – a fortiori dans une ville où un habitant sur trois respire un air dont la qualité dépasse les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Un littoral sain pour tous et toutes

“Nous respirons ce que crachent les bateaux qui rentrent dans le port de Marseille” déplore Marie, vice-présidente de l’association Cap au Nord et habitante de l’Estaque. Elle poursuit : “Dans les quartiers Nord de Marseille, nous vivons au milieu des pollutions qui résultent des croisiéristes, des ferries, des paquebots, des porte-conteneurs”. Avec un stand pour sensibiliser à la pollution atmosphérique, la retraitée dénonce un empoisonnement aux particules fines dues au carburant des navires, en particulier les particules sulfuriques PM10, et le manque d’études à son sujet. “Notre objectif, c’est l’amélioration de la qualité de l’air !” revendique la marseillaise des quartiers Nord.

Une mer moins polluée et accessible aux marseillais·e·s : c’est l’alternative proposée par les différentes associations. “Nous défendons un projet permettant de rendre l’accès à la mer aux Marseillais entre l’Estaque et les Catalans”, explique Guillaume, ancien capitaine de navire et organisateur de l’évènement. À la suite de consultations citoyennes, l’idée de créer un littoral piéton et ouvert à la baignade a émergé. “Nous souhaitons imaginer d’autres usages pour cet espace plutôt qu’un nouveau terminal destiné à une clientèle très aisée”. Se revendiquant force de proposition, Stop Croisières souhaite que ce contre-projet soit entendu jusqu’à la Mairie centrale, et pris en considération par le délégué à l’environnement, Hervé Menchon.

Chloé Roulet, le 15 juin 2026

Banderole “La croisière s’amuse, le climat trinque” de Stop Croisières, 6 juin 2026 @ Chloé Roulet