Un projet qui existe depuis 1970

« J’ai toujours eu une passion pour la nature depuis mon enfance et j’ai eu l’occasion de développer cette passion par des voyages », raconte Roland de Miller. « J’ai eu aussi des expériences personnelles de communion avec la nature très fortes, marquantes pour le reste de ma vie. » Guidé par cette passion, il s’engage dès ses 16 ans dans la protection de la nature. Il arrive à Paris à 18 ans et cherche à se documenter sur l’écologie et sur les associations existantes. En plus de sa vie universitaire, il trouve un emploi de documentaliste au service de la conservation de la nature au Musée National d’Histoire Naturelle de Paris. En parallèle, il s’engage dans la vie militante et s’investit au sein de plusieurs associations.

1970 est une date importante. Elle est proclamée Année Européenne de la conservation de la nature par le Comité des ministres du Conseil de l’Europe. L’écologie gagne alors en visibilité et acquiert une place plus importante dans l’espace public, les médias et l’éducation.

C’est dans ce contexte que le chercheur décide de créer sa bibliothèque. constituée au départ de quelques milliers de livres, la collection en compte vite des dizaines de milliers. « En France et à l’étranger, j’essayais de surveiller le développement de l’écologie et de la protection de la nature. » Il accumule d’abord des ouvrages pour lui, mais dans l’idée de constituer un centre de documentation national sur l’environnement.

Quand il arrive en Provence en 1981, il établit des réseaux dans les différents départements et se bâtit une réputation d’ “expert de la nature”, en développant un large réseau de militants et de chercheurs. En 2008, il est officiellement reconnu comme libraire sur les marchés, les foires et sur internet. Ce statut lui permet d’élargir encore son réseau et de récupérer des ouvrages auprès de particuliers. En 58 ans de recherches, il a réussi à réunir plus de 50 000 livres, plus de 1000 périodiques et 700 affiches écologistes. Un fonds unique, structuré en quatre grandes divisions (Nature et sciences naturelles / Environnement et aménagement / Santé, culture, littérature et philosophie / Peuples et cultures du monde) et 74 thèmes.

Une bibliothèque qui risque de disparaître

La collection de Roland de Miller, comme le clame le site de la Bibliothèque de l’Écologie,  « devrait être reconnue comme d’intérêt public et national ». Depuis plus de 5 ans, déclare-t-il, il est en pourparlers avec la ville de Marseille, mais les obstacles s’accumulent.  Aujourd’hui, ses livres sont stockés dans plusieurs garages à Gap, dans les Hautes-Alpes. Des frais qu’il ne parvient plus à assumer. « Je ne vais pas bien, j’ai des soucis d’argent à cause de la bibliothèque. J’ai perdu, ces dernières années, des dizaines de milliers d’euros, je suis à bout, je n’ai plus d’argent, je suis à sec », confie-t-il.

Les démarches administratives prennent énormément de temps, et les scientifiques qu’il contacte ne lui répondent pas, déplore Roland de Miller. Il a notamment écrit à l’Université d’Aix-Marseille, en proposant de créer un programme culturel lié à sa bibliothèque de l’écologie, sans réponse pour le moment. En attendant, il cherche un lieu provisoire pour faire venir le fonds. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, les livres sont amenés à disparaître. « On ne se rend pas compte du trésor qu’ils représentent, cela mérite d’être mis en valeur », insiste-t-il.

L’objectif de sa bibliothèque est d’être au service de la collectivité, utile aux étudiants, universitaires (naturalistes, botanistes, zoologistes, écologues, océanographes, sociologues, historiens, philosophes, éthiciens, psychologues, géographes…), mais aussi aux professions médicales, journalistes, écrivains, artistes, architectes…. Elle serait ouverte au public et aux scientifiques et pourrait, selon le chercheur, « créer du tourisme culturel ».

Il est entouré par plusieurs collaborateurs et collaboratrices, souvent des retraités, qui l’aident dans ses démarches, basés dans les Alpes, la Drôme ou plus loin encore. Wildproject, maison d’édition marseillaise axée sur l’écologie, a publié début février un communiqué de presse appelant à le soutenir : l’objectif prioritaire étant de trouver un lieu de stockage vacant de 250 m² pour accueillir 110 palettes d’ouvrages. Gilles Marcel, président de France Nature Environnement Paca, estime que « ce qui bloque, ce sont les frais, car des lieux, il n’en manque pas ; mais les adapter pour recevoir du public, embaucher, représente un coût difficile à mobiliser en période de restrictions budgétaires ». Lui-même pourrait jouer un rôle de facilitateur, et FNE Paca apporter une aide logistique et technique au projet de créer une association pour la préfiguration et le développement de la bibliothèque.

Un trésor culturel inestimable pour la société

« Sans la lecture et la culture, la société s’effrite », regrette Roland de Miller, qui a le sentiment d’être entravé dans sa démarche faute d’intérêt pour les livres. Pour lui, l’éducation à l’écologie est essentielle à notre société. Il raconte avoir vu, en 50 ans, les discours sur l’écologie se brouiller et la difficulté de maintenir la vérité. « Aujourd’hui, beaucoup prétendent défendre l’écologie, mais font tout le contraire. »

Il dit avoir l’impression que, depuis plusieurs années, on ne veut plus lui faire de la place en France, ou alors, uniquement de façon marginale. « On doit reconnaître la maturité de l’écologie dans la société française et européenne. Il semble qu’aujourd’hui, on veut la mettre au placard, on l’accuse de tous les crimes. L’écologie n’a pas le vent en poupe en ce moment, et c’est regrettable. »

À presque 80 ans, Roland de Miller continue de se battre pour continuer à faire vivre le trésor qu’il a constitué toute sa vie. Reste à savoir si une solution concrète arrivera à temps, avant que ce patrimoine unique ne disparaisse.

Célia Horvath, le 18 février 2026

« Et si on proposait des balades le long de la trame verte pour mieux la visualiser ? » « On pourrait aussi faire appel à une artiste du quartier pour nos visuels ? » « La terre d’ici est très argileuse, si on récupérait celle des chantiers voisins, on pourrait réparer des murs et fabriquer des hôtels à insectes avec ! ». Le 13 décembre 2025 à la ferme du Collet des Comptes, chaque personne présente au café participatif organisé par le collectif Trames Vertes a une idée pour nourrir le projet. C’est le quatrième et dernier atelier participatif et de rencontre proposé par le collectif. « Trames Vertes », né en mai 2025 d’un élan citoyen et d’un projet commun à plusieurs associations et CIQ des 11e et 12e arrondissements, se bat pour la préservation de 25 hectares de nature menacés par l’urbanisation. En février 2026, le collectif doit présenter un document détaillé, enrichi de leurs multiples travaux et actions, présentant des arguments concrets contre le projet d’urbanisation de ces 25 hectares. Selon Trames Vertes, cette mobilisation est d’intérêt général : l’artificialisation par l’urbanisation d’une partie des 11e et du 12e arrondissements (de la Grognarde jusqu’à la ferme du Collet des Comptes, en passant par la butte de Butris et la friche du Collet des Comptes) menace des milieux naturels et des sols vivants, des espaces nourriciers, des habitats nécessaires à la préservation de la biodiversité et des lieux de respiration et de mobilités douces pour les habitants.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 1

L’histoire de la ZAC des Caillols

« Dans ces quartiers, les habitants en ont marre des constructions, ils ont envie de faire quelque chose pour préserver ces espaces verts » : Élise Méouchy, coordinatrice de projet au Donut Infolab, a fait ce constat dès son arrivée sur le terrain. La ZAC des Caillols (Zone d’Aménagement Concertée, opérations publiques d’aménagement de l’espace urbain) existe depuis le 21 février 1974 (date de l’arrêté préfectoral). En 2021, la ville de Marseille décide de la supprimer au motif « d’équipements achevés » et « d’objectifs atteints ». Selon la ville, la ZAC a « permis de créer une offre d’habitat diversifiée au sein d’un cadre urbain et paysager, de remodeler et d’implanter un centre urbain comprenant le centre commercial Casino, le centre médical et la Mairie des 11e et 12e arrondissements ». Pour certains habitants, la multiplication des immeubles et du béton empiète sur leur qualité de vie. Pour les associations qui défendent l’environnement, il est temps de laisser la nature tranquille.

Tandis que les habitants s’étaient organisés afin de réfléchir à des idées d’aménagements alternatifs en mettant en avant les mobilités douces (marche et vélo), ils ont eu vent d’une modification du Plan Local d’Urbanisme qui remettrait la ZAC des Caillols au goût du jour. « Lorsque l’on a appris qu’il y allait avoir une enquête publique, on s’est dit qu’il fallait élaborer une réponse commune », recontextualise Élise Méouchy.

De mars à avril 2025, les habitants, les associations (Collectif des Hautes Herbes, Germ’, Donut, VVOUM, Cartes sur Tables, CAN environnement, Nos Quartiers Demain) et les CIQ de La Pommeraie, La Pomme, Bois Luzy, La Fourragère, Les Caillols et Saint-Barnabé se sont mobilisés, dans le but de répondre à l’enquête publique sur le projet de ZAC qui ressurgit dans le Plan Local d’Urbanisation initié par la métropole. Le collectif Trames Vertes est né.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 2

« Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses »

Le 25 juin 2025, parce qu’il faut « montrer qu’ils sont là et qu’ils suivent », le collectif organise une conférence de presse. L’objectif est de montrer leur détermination à « défendre un maintien de la trame verte existante et des continuités écologiques à l’œuvre ». « On a senti que ça faisait un peu trembler les politiques de tous bords, donc on s’est dit ok, on est au bon endroit ! » rappelle Élise Méouchy aux personnes présentes lors du café participatif du 13 décembre. En juillet la mairie reçoit le collectif. Si cette réunion n’a pas eu de suite, il faut tout de même rester « proche du terrain ». « Nous n’avons pas eu de suite mais on suit quand même les délibérations des conseils municipaux et métropolitains », poursuit Élise Méouchy avec une idée claire : « il faut que le collectif s’étende et qu’il se structure ». Un participant acquiesce : « Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses ».

En octobre 2024, coup de théâtre : la métropole suspend la procédure d’ouverture à l’urbanisation de la zone des Caillols. Sur le papier, une victoire. Dans les faits, la situation reste floue. « Même s’ils suspendent la procédure, ils avancent quand même les études », alerte Jean-Jacques, un membre du collectif. Des écologues auraient été vus sur le terrain. Les commerçants du secteur sembleraient avoir plus d’informations que les habitants. « Nous ne sommes pas tous au même niveau d’information », déplore-t-il.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 3

Des ateliers pour faire corps et outiller les habitants

« Mais par où elle passe la chauve-souris dans la ville pour ne pas être embêtée ? » Interroge un jeune garçon, s’essayant à un jeu interactif proposé par les membres du collectif et dont le but est « d’aider les différentes espèces animales à rejoindre leurs destinations sans encombre », après avoir pris connaissance de l’importance des réseaux écologiques. Faire vivre les lieux, impliquer les habitants, leur donner un sentiment d’appartenance. Voilà l’objectif des quatre ateliers d’implication collective mis en place par Trames Vertes depuis septembre. Ces rencontres sont aussi l’occasion de débattre et de rassembler les idées qui enrichirons le document technique contre le projet d’urbanisation des 25 hectares menacés, que le collectif proposera en février.

Les participants sont invités à noter leurs propositions afin de créer un argumentaire collectif. Les idées fusent : l’entretient des canaux d’irrigation, la restauration de murs en pierres sèches, l’organisation d’un ramassage de déchets sur le tracé de la trame verte, l’implication des collèges et des écoles pour créer une signalétique solide et durable dans le but de matérialiser la trame verte.

Un problème se soulève : qui communique, comment et sur quels supports ? Pour l’instant, le collectif n’est pas structuré officiellement. Pas de statut associatif. Les relations sont basées sur la confiance. Les présidents des CIQ présents à la rencontre s’interrogent aussi : « Comment pouvons-nous agir ? ». Des solutions se dessinent. Un membre du collectif propose que des réunions soient organisées par chaque Comité d’Intérêt de Quartier concerné, pour sensibiliser davantage les habitants. Cela sera fait. « Chaque membre a plein d’idées, elles émergent dans tous les sens lors de cette réunion », observe un participant. Un autre projet prend forme : faire se rencontrer des classes qui travaillent sur la nature en ville avec des membres des CIQ. « Il y a un gouffre entre la façon dont vous avez été enfant dans ce quartier et la façon dont les enfants sont aujourd’hui », relève Élise Méouchy. « Ça leur ferait du bien d’écouter des gens raconter qu’ils marchaient pour aller à l’école, qu’ils avaient des espaces de liberté ».

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 4

Un combat apartisan

Dans les 11e et 12e arrondissements, c’est le Rassemblement National qui arrive en tête aux élections municipales (Monique Griseti a remporté plus de 50% des voix du 10e, 11e et 12e en 2024) et présidentielles (Marine Le Pen arrive en tête dans le 11e arrondissement en 2022). « Il faut le dire, même si on ne l’affiche pas du tout, ici, les habitants ont souvent peur des nouvelles constructions. Ce n’est pas qu’ils veulent protéger tous les vivants, c’est souvent qu’ils craignent la précarité et l’étranger. Il y a un fort racisme », avoue discrètement Élise Méouchy. Le collectif lui, « défend le fait que l’on est tous interdépendants les uns des autres ». Il est donc nécessaire de trouver une entente commune pour une cause apartisane. Mais le collectif n’est pas apolitique. « On voudrait que la nature, les espaces de nature, les vivants soient au centre », développe Élise Méouchy. « Toutes les questions d’aménagement viennent après. »

Pour le moment, les membres du collectif se disent « tributaires » des élections municipales de 2026. « L’enjeu, c’est que tous les partis se saisissent du sujet. Parce qu’on sait qu’en période électorale, ils vont être plus attentifs ».

Camille Mercan, le 9 février 2026

Livret pédagogique Nature en ville et adaptation au changement climatique © Camille Mercan

À 10 minutes à pied de la station de métro Gèze, dans le 15e arrondissement de Marseille, sept hommes attendent devant l’entrée de la Maison de la Justice et du Droit. Ils se connaissent depuis le jour même, et malgré la différence d’âge, tous ont un point commun : celui d’avoir enfreint le droit de l’environnement. Plus précisément, le droit de la pêche. Toute la journée, ils participent à un stage de sensibilisation à l’environnement, enjoint par le parquet d’Aix-en-Provence.

Les participants sont des “primo délinquants” – il s’agit de leur première infraction. Pour nombre d’entre eux, ils ont pêché en zone interdite, ou n’ont pas respecté la réglementation quant aux nombres ou la taille des ressources pêchées. Suite à ces infractions mineures, ils sont amenés à faire un stage de sensibilisation obligatoire, qui fait office d’alternative aux poursuites pénales. Il est organisé par France Nature Environnement PACA (FNE PACA) ; mais elle n’est pas la seule structure qui encadre la journée. De 9h à 17h, deux autres associations, Le Naturoscope et Planète Mer, se relaient pour expliquer les enjeux écologiques marins.

Un stagiaire lit le flyer sur les aires maritimes des calanques © Chloé Roulet

Une réglementation méconnue

La journée est divisée en deux temps, une partie théorique et une partie pratique. Le matin, Loic, de l’association marseillaise Le Naturoscope, informe sur la protection des milieux marins et terrestres. Cette intervention se veut pédagogique. Autour d’un powerpoint, les bénéficiaires assis enfilent la casquette d’élèves. L’objectif est qu’ils prennent conscience des enjeux, mais aussi de la réglementation autour de la pêche. Pour beaucoup, ils la jugent opaque. “C’est la première fois que je pêchais, je ne connaissais pas le règlement” lance le plus jeune “élève” arrêté pour pêche aux oursins. A contrario, ses aînés se considèrent pécheurs de loisir ; certains ont leur bateau et tout l’équipement. Pour autant, ils n’ont pas forcément en tête les tailles minimales, ni les quantités autorisées, ou encore les zones légales pour pêcher. En apprenant mieux les règles de la pêche, les risques de récidive diminuent.

Un jeu sur la gestion des ressources en mer

Pour compléter la théorie, l’après-midi, l’association Planète Mer prend le relais et propose une activité ludique : le ReHab. Un jeu de plateau sur la pêche et les ressources naturelles, développé par des chercheurs·euses travaillant sur la gestion de ces ressources. Les intervenant·e·s, Baptiste, Miléna et Roxane, prennent soin d’expliquer les consignes. Les stagiaires sont plongés dans la mer Méditerranée, plus précisément le golfe du lion. Celui-ci est peuplé de poissons et d’une espèce à absolument protéger, le requin. Les joueurs ont le choix entre deux rôles. Les gestionnaires, qui réglementent les zones de pêche, et les pêcheurs, qui s’accaparent les ressources selon leurs intérêts.

Le plateau du jeu ReHab © Chloé Roulet

Au bout du premier tour, le constat est frappant : baisse du nombre de poissons, pas de reproduction et disparition de l’espèce protégée. “J’ai bien pêché” ; “T’as pris 6 poissons? T’es gourmand” s’esclaffent les pêcheurs. En concurrence, ils n’ont pas respecté les abords des zones protégées. Il faut attendre le troisième tour et une bonne communication entre gestionnaires et pêcheurs pour enfin voir le nombre de poissons augmenter. “On va essayer de préserver la nature”. Finalement, les stagiaires ne s’en sortent pas trop mal. Ils ont trouvé une technique pour préserver l’habitat des requins, favorisant ainsi leur reproduction “Même les tortues, elles vont revenir si on continue comme ça” se réjouit un participant.

Un public difficile à sensibiliser

Sur les sept stagiaires, seuls un ou deux remettent en question leur place ici. “Je n’avais pas besoin d’une journée obligatoire, un simple rappel aurait suffit”, affirme le plus jeune du groupe. Dans l’ensemble, ils semblent plutôt trouver un intérêt et attribuent même une note de ¾ aux interventions. “Il faut plus de communication entre les gestionnaires de port, la brigade nautique et les pêcheurs” ; “Je ne savais même pas que le thon était suivi en Méditerranée” ; “Maintenant je ferai attention au règlement” peut-on entendre à la fin de la journée.

Roxane, en service civique à Planète Mer, explique qu’à la différence des pêcheurs·euses professionnel·le·s, les pêcheurs·euses du dimanche sont plus difficiles à approcher. “Ces stages permettent de sensibiliser des pêcheurs·euses de loisir, que l’on a plus de mal à identifier”. Elle rappelle qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact de la pêche de loisir sur l’environnement. “Elle représente la moitié de la pression de pêche”. En effet, le rapport La pêche de loisir dans les Aires Marines Protégées de Méditerranée du réseau MedPan montre que dans certaines zones protégées le volume total de captures issues de la pêche de loisir est parfois comparable, voire supérieur, à celui de la pêche commerciale. Il est donc primordial de sensibiliser aux enjeux écologiques tous les pêcheurs·euses – amateurs·ices ou non – afin de protéger au mieux les aires marines.

Chloé Roulet, le 4 février 2026

Face à l’urgence climatique, à la crise de la biodiversité et aux interrogations croissantes autour de nos modes de consommation, les enjeux environnementaux occupent une place centrale dans les débats contemporains. Les citoyens sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur l’origine des aliments qu’ils consomment, sur l’impact de leurs choix quotidiens et sur les moyens de préserver la planète pour les générations futures. Pour accompagner cette prise de conscience, tous les outils peuvent être mobilisés, y compris ceux de la culture et du spectacle vivant.

Bien loin d’être cantonnée au divertissement ou à l’expérience esthétique, la culture s’affirme aujourd’hui comme un véritable vecteur de sensibilisation. Le théâtre, par sa capacité à susciter l’émotion et à provoquer le débat, offre un terrain privilégié pour aborder les questions écologiques. Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, plusieurs établissements culturels ont fait le choix d’inscrire ces thématiques au cœur de leur projet artistique.

À Cavaillon, La Garance fait de l’alimentation un enjeu politique

À Cavaillon, La Garance – Scène nationale, dirigée par Chloé Tournier, accorde une place majeure aux questions environnementales, notamment à travers le festival Confit !, organisé chaque année au mois de mai. Ce rendez-vous singulier propose des spectacles mêlant art et cuisine, où l’alimentation devient un point d’entrée vers des problématiques plus larges : agriculture, rapport au vivant, place de l’animal et responsabilité écologique.

« L’alimentation est une question profondément politique, qui agit directement sur le monde tout en restant conviviale », explique Chloé Tournier. « C’est une thématique qui permet de sortir de l’entre-soi et de créer des liens avec des publics très variés. » Le festival invite ainsi les spectateurs à des « banquets sur la paille », ou un blind tea (dégustation de thé à l’aveugle), à la fois pour partager des expériences culinaires et pour ouvrir le débat autour des enjeux soulevés.

Parmi les propositions programmées, Tentative de coexistence entre ruminantes, de la metteuse en scène Mégane Arnaud et de l’écrivaine Guylaine Fournier, illustre cette démarche. Le spectacle met en dialogue une actrice et une vache, non dirigée. À travers ce dispositif, la mise en scène interroge la manière dont l’humain interagit avec le vivant et invite à repenser les liens inter-espèces, la cohabitation et le respect des écosystèmes.

À Briançon, une approche sensible et progressive

Théâtre du Briançonnais -c- Anaëlle Lemesle

Autre territoire, autre démarche. À Briançon, dans les Hautes-Alpes, le Théâtre du Briançonnais aborde les enjeux environnementaux de façon plus indirecte. Grâce aux « parcours du spectateur », le théâtre relie plusieurs propositions, de disciplines et d’esthétiques différentes, autour d’une thématique commune. Des temps de rencontres et de pratiques avec les artistes viennent prolonger l’expérience. Le parcours n°2, Gestes durables, articule ainsi le spectacle Corvidae. Quand les espèces se regardent avec un atelier de confection de marionnettes qui utilise des objets du quotidien pour construire des mécanismes zéro impact.

Les questions écologiques émergent ainsi progressivement, au fil des œuvres et des échanges, laissant une large place à la sensibilité et au vécu de chaque spectateur. Cette approche trouve un écho particulier dans un territoire de montagne, particulièrement confronté aux effets du changement climatique. Le Théâtre du Briançonnais s’inscrit également dans une dynamique locale en développant des partenariats avec des acteurs engagés, comme le Jardin botanique d’altitude du Lautaret.

À travers ces initiatives, les théâtres de la région PACA démontrent que le spectacle vivant est un outil puissant de transmission et de mobilisation. Qu’elle passe par l’alimentation, l’émotion ou l’expérience sensible, la culture permet de rendre visibles les enjeux environnementaux.

Lola Dupré, le 4 février 2026

Les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver ont été programmés dans les Alpes françaises en 2030. Alors que la loi olympique sera votée ce mardi 13 janvier à l’Assemblée nationale, Delphine Larat, membre du Collectif Citoyen JOP 2030, revient sur les enjeux sociaux, économiques et écologiques de cet événement.

Une interview réalisée par Lou Veyrat-Parisien, le 19 décembre 2025.
Vidéaste : Nicolas Delcros


Sources et ressources pour aller plus loin :

  • Notre enquête en deux volets sur les JO 2030

Ce n’est pas qu’une question de JO – première partie

Ce n’est pas qu’une question de JO – deuxième partie

  • Sur les impacts sociaux des Jeux :

La part des résidences secondaires dans les Hautes-Alpes, France Culture, podcast

Gentrification de la montagne, Médiapart, article

  • Sur les impacts environnementaux :

Impacts du réchauffement climatique dans les Alpes, Le Monde, article

Pic d’extinction des glaciers, Reporterre, article

Étude parue dans la revue Nature, citée dans l’article : https://www.nature.com/articles/s41558-025-02513-9

2 milliards de personnes dépendent des glaciers pour leur approvisionnement en eau, Le Monde, article

  • Sur les coûts budgétaires :

Un budget de 2,1 milliards d’euros annoncé par le COJOP, Le Monde, article

Un budget de 1,4 milliards d’euros pour la Solidéo, Le Dauphiné Libéré, article

6 milliards d’euros de dépenses publiques pour les JOP de Paris 2024, L’Équipe, article

Note d’étape de la Cour des comptes sur les dépenses publiques liées aux JOP de Paris, juin 2025

  • Sur les atteintes portées à la démocratie et l’État de droit :

Projet de Loi Olympique

Processus de dialogue ciblé : « Le dialogue ciblé est un processus bien défini qui permet d’examiner une proposition portant sur l’accueil d’une édition donnée des Jeux Olympiques et Paralympiques, ou des Jeux Olympiques de la Jeunesse. C’est un partenariat qui est mis en place lorsque la commission exécutive du Comité International Olympique (CIO) invite un ou plusieurs hôtes pressentis à participer à des discussions approfondies afin de peaufiner leur projet »

Avis « Les libertés à l’épreuve des grands événements – l’expérience des jeux olympiques et paralympiques », Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme

Charte de l’environnement (voir notamment l’article 7, sur la mesure d’information du public)

Convention d’Aarhus (voir notamment l’article 6)

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a signé le 7 janvier un arrêté pour suspendre l’importation des fruits et légumes contenant cinq pesticides interdits en Europe. Cinq, sur… des dizaines. Voilà qui ne suffira pas à calmer la colère des agriculteurs, opposés à la ratification par l’Union Européenne du Mercosur, accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Un traité qui met en concurrence la production des paysans et éleveurs français avec celle de pays qui recourent abondamment aux substances chimiques.

Agriculture paysanne, justice sociale, écologie et santé : même combat

Le Mercosur « soulève toujours autant d’objections sévères pour ses impacts des deux côtés de l’Atlantique en matière agricole, mais aussi de climat, de droits humains et des peuples autochtones en particulier, de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale », lit-on dans une lettre ouverte au président de la République, publiée le 9 janvier par une quarantaine d’organisations dont Les Amis de la Terre, Attac, Greenpeace et la Confédération paysanne. Ce même jour, des militants de la Confédération, des Soulèvements de la Terre, de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif d’étudiants d’AgroParisTech « Agro en lutte » ont envahi le périphérique parisien. Un signe que les questions environnementales, la santé humaine et celle des écosystèmes s’articulent de plus en plus avec les revendications sociales dans les mobilisations.

D’autant que le sentiment qu’ont les citoyens de n’être pas entendus s’aggrave : le débat parlementaire sur la pétition contre la loi Duplomb, qui avait obtenu cet été plus de 2 millions de signatures, a été repoussé au mois de février. « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », établit la loi française. Mais comment faire valoir ce point, quand la législation et les traités internationaux autorisent l’usage de pesticides, la mise sur le marché de produits d’alimentation courante potentiellement toxiques ? Et quand, aux pesticides « légaux », s’ajoutent les pesticides illégaux ?

Trafic de pesticides interdits : un procès à Marseille

Melons, salades, tomates, courgettes, concombres, artichauts, blé, riz, fraises, kiwis, poires, pommes ou encore abricots… Autant de fruits et légumes contaminés par des produits interdits importés d’Espagne, vendus par des enseignes de grande distribution, qui se sont retrouvés dans les assiettes d’habitants des Bouches-du-Rhône et de la Drôme. Après un procès dans le nord de la France, où des maraîchers ont été condamnés pour « mise sur le marché, détention et utilisation, en bande organisée, de produits phytosanitaires ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché », le Parquet de Marseille a été saisi. Six sociétés agricoles et sept individus font l’objet de poursuites dans les deux départements.

Comme le détaille le dossier consacré à l’affaire sur le site de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur, « les enquêteurs ont également retrouvé des produits de contrefaçon (…), dont les coformulants sont inconnus et peuvent représenter un risque bien plus élevé pour la santé et la biodiversité ». Car bien-sûr, les polluants utilisés contaminent les chaînes trophiques, s’infiltrent dans les sols, et les nappes phréatiques.

L’association, avec FNE Auvergne Rhône-Alpes et FNE Bouches-du-Rhône, soutenues par la fédération nationale de France Nature Environnement, Générations Futures et la Confédération Paysanne, se sont portées parties civiles. L’audience, qui se tiendra du 12 au 14 janvier dans la Salle des procès hors norme du Tribunal Judiciaire de Marseille, est publique : tout le monde peut y assister pour comprendre ses enjeux de santé publique et d’écologie.

Pourquoi c’est important de se renseigner et se mobiliser ?

Parce que chaque être vivant est concerné ! Des populations d’insectes, en chute libre, aux humains, dont les cas de cancers explosent du fait, notamment, d’un environnement envahi de pesticides, plastiques, perturbateurs endocriniens et autres polluants. La justice a son rythme propre, avec des délais très longs, et ses décisions ne sont trop souvent pas appliquées, faute de moyens publics mis en œuvre pour le suivi et les contrôles sur le terrain, mais ce genre de procès fait malgré tout bouger les lignes. Les citoyens ont tout intérêt à s’informer, à monter en compétences pour pouvoir peser dans les débats, et à soutenir les associations de protection de l’environnement.

Se renseigner, c’est aussi par exemple assister à des conférences sur les questions alimentaires. A Marseille, Opera Mundi consacre son cycle cette année au thème Nourrir et relier les mondes. En introduction le 28 novembre dernier, la philosophe Joëlle Zask invitait à sortir l’agriculture de son inféodation au marché. Les solutions existent : l’agroécologie permettrait de produire une nourriture saine et suffisante sur tous les continents, si on en appliquait les principes, de manière juste et démocratique. « Là où Trump et Poutine disent « il n’y en aura pas pour tout le monde« , soulignait-elle, la démocratie répond : « il faut qu’il y en ait pour tout le monde« . » Le 4 février prochain, l’anthropologue Bénédicte Bonzi parlera de la Sécurité sociale de l’alimentation, qui ouvre des pistes intéressantes pour à la fois lutter contre la précarité, et cesser d’empoisonner la terre.

En attendant que ce dispositif, inspiré des principes de la Sécurité sociale, devienne réalité, il est possible de favoriser les Amaps, les marchés paysans, l’achat direct auprès des producteurs, ou encore les Épiceries paysannes pour se nourrir.

Gaëlle Cloarec, le 9 janvier 2026

Quand les moutons participent à une manifestation, sur le parking d’une grande surface, personne ne reste indifférent.

Nous partîmes une poignée, paysannes, paysans, gilets jaunes et soutiens, mais par le prompt renfort d’un… troupeau de brebis mené par leur bergère, nous nous vîmes 500 êtres vivants en arrivant sur le parking d’Auchan. À l’appel de la Confédération Paysanne des Bouches-du-Rhône, rendez-vous était donné le 20 décembre à 13h, dans l’immense zone commerciale d’Aubagne, les Paluds.

L’objectif, comme un peu partout en France au moment où une épidémie de Dermatose nodulaire bovine se répand : communiquer et alerter sur les risques dans le département, et demander l’arrêt de l’abattage total préconisé par le gouvernement. Ce qui implique de tuer des bêtes saines, et décuple la colère des éleveurs, déjà vive du fait de l’accord de libre-échange entre l’UE et des pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay), qui menace leur activité.

Les chalands du supermarché, interrompus dans leurs courses de Noël, semblaient apprécier le spectacle incongru d’un troupeau sagement mené par les chiens jusqu’à un proche rond-point, où les manifestants ont interrompu la circulation pour se faire entendre. Parmi ceux qui avaient la curiosité de venir dialoguer, beaucoup d’empathie envers le monde paysan, mais aussi de la surprise devant l’ampleur des problèmes que vit au quotidien cette partie de la population qui nourrit autrui.

Nombre d’entre eux témoignaient d’une grande précarité, parfois même de difficultés à se loger. Mais aussi de pollutions sur leurs terres, dans les nappes phréatiques, occasionnant une angoisse croissante. Particulièrement chez ceux qui cultivent en bio, bien-sûr, comme ils sont nombreux à le faire au sein de la Confédération paysanne.

Contrastant avec le sourire et l’énergie d’une jeune femme criant des slogans humoristiques au porte-voix, certains automobilistes montraient des signes d’énervement du fait du blocage. Au point qu’un chauffard, sans retenue, a roulé sur la jambe d’un manifestant, avant d’accélérer pour quitter les lieux.

De l’autre côté du rond-point, observé par des policiers hilares, un tas de pneus flambaient, dégageant un énorme panache noir. Feu allumé par d’autres agriculteurs, appartenant à un syndicat à l’opposé du spectre politique, tirant vers l’extrême droite. De quoi faire bougonner Isabelle Bouvier, maraîchère venue du Var voisin soutenir ses collègues du pays d’Aubagne : « nous, on est venus ici pour défendre une agriculture vivrière, pas pour empuantir avec des fumées toxiques ».

Sur cette vidéo réalisée par Nicolas Delcros pour Qui Vive, elle nous parle des difficultés croissantes qu’ont les paysans à vivre de leur travail, des jeunes générations qui peinent à reprendre les exploitations, et des conséquences énormes qu’ont les traités de type Mercosur sur l’autonomie alimentaire. « On propose une autre manière de voir, où on met l’humain au centre de l’activité, pas le profit. »

Gaëlle Cloarec, le 22 décembre 2025

 

« J’ai passé le stade du choc par les déchets, ça devient presque normal, c’est ça qui est flippant ». Tom Flambeaux, plongeur à Biarritz, est le premier portrait d’Ordinaire. Il ramasse des plombs dans l’océan. Des tonnes et des tonnes de plombs de pêche. Il les ramène chez lui, seul et à vélo, pour ensuite les trier et les fondre. Face à la caméra, le plongeur assume ne toujours pas savoir quoi faire de ce « butin ». Il reconnaît pourtant que cela le « soulage de les savoir en dehors de l’océan ».

Réalisé par Jérémi Stadler, Ordinaire est une épopée « à la rencontre de l’ordinaire », présenté jeudi 27 novembre au cinéma La Baleine à Marseille, dans le cadre du projet La Parole en Grand !, porté par la coopérative Nature Peinture. En 2017, le réalisateur de 27 ans fait une rencontre. Une idée germe : il veut réaliser une collection de portraits sur des personnes qui se mobilisent dans la lutte contre les déchets. Alors il parcourt 2000 kilomètres à vélo, entre Montpellier et La Rochelle. Non pas pour aligner des performances physiques de fou du vélo, mais pour assouvir son projet en limitant son impact carbone.

Ordinaire ne théorise pas. Il montre. Les images sont brutes, simples et belles. C’est d’ailleurs la mission du projet : accorder une importance à l’esthétique avec un matériel suffisamment léger pour être transportable à vélo.

En vélo, scène du film Ordinaire de Jérémi Stadler - Capture écran

En vélo, scène du film Ordinaire de Jérémi Stadler – Capture écran

« L’activiste a l’ambition des pouvoirs les plus fous »

Les portraits s’enchaînent comme une cartographie de micro-résistances. Dans son périple, Jérémi Stadler rencontre Marion Lescaut. À l’origine, elle est clerc de notaire. Elle finit par tout arrêter pour ramasser des masques jetables et s’en servir de matière première. Elle crée Le Carnet de Mimi, pour « faire du beau avec du crado » et transformer les souillures en œuvres. « Je suis trop décalée avec cette société, elle me fait flipper, elle est trop flippante », partage-t-elle dans le film. Les images du documentaire montrent des amas de masques, sur les bords des routes, sur les parkings, dans la forêt, partout. Des tonnes de polypropylène promises à l’enfouissement. « Avec mon travail, je montre toute la merde que les gens ne veulent plus voir », résume-t-elle. Marion rappelle : « qu’on le veuille ou non, ramasser un masque, le montrer, l’exposer, c’est déjà un acte politique ».

Plus loin sur son trajet, le vélo de Jérémi Stadler s’arrête chez Edmund Platt, originaire de Leeds, installé en France depuis dix ans. Ce personnage haut en couleurs a lancé le projet Un déchet par jour pour interroger ce qui ne va pas sur terre et ce que lui, humain, peut faire concrètement. « On est tous consommateurs, on est tous capables d’agir pour la planète, j’attends ça des gens », assène-t-il, frontal, face à la caméra. Selon cet activiste, « il n’y a rien de plus fort que montrer l’exemple ». Pour le réalisateur d’Ordinaire, Edmund Platt a réussi à transformer son éco-anxiété en éco-humanité.

Selon Catherine Verne, une psychologue interviewée dans le film, « l’activiste a l’ambition des pouvoirs les plus fous ». Dans l’histoire, rappelle-t-elle, l’activisme a « un pouvoir exorbitant » qu’il ne faut pas sous-estimer. Selon elle, « lorsque l’on est passif, on aggrave la situation, l’activisme c’est le choix nécessaire ».

De l’individu au collectif

Une fois le générique passé, la lumière se rallume, les applaudissements de la cinquantaine de spectateurs fusent et le débat s’ouvre. Adrien Piquera, président de Nature Peinture et organisateur de la soirée, remercie le public, puis pose une question à Marion Lescaut et Fiona Cosson :
« Comment passer de ces actions solitaires à un véritable pouvoir citoyen ? » « Moi, j’ai commencé seule, dans mon coin », livre Fiona Cosson, fondatrice de Zéro Waste Marseille. « Aujourd’hui, il y a une équipe salariée, des bénévoles, des partenaires, des commerçants. On se retrouve au café, on parle tri, réduction des déchets. C’est devenu une culture partagée », poursuit-elle. La fondatrice de l’antenne marseillaise de Zéro Waste annonce la sortie, le jour même, de son nouveau projet : Le guide Tarpin moins. Le livret recense plus de 200 adresses de commerces, associations et lieux ressources pour réduire ses déchets.

Bijoux plastique de Marion Lescaut et guide Tarpin moins de Fiona Cosson © Camille Mercan

Bijoux plastique de Marion Lescaut et guide Tarpin moins de Fiona Cosson © Camille Mercan

Marion Lescaut raconte, elle, comment ses propres voyages ont tissé un réseau informel de personnes engagées : associations locales rencontrées sur la route, collaborations artistiques, amitiés nées d’un ramassage de plage ou d’une exposition. « On a créé une espèce de famille qui gravite un peu partout en France et dans le monde », explique-t-elle au micro. Forcée d’abandonner les tonnes de masques récoltées, faute de solution de stockage et après de nouveaux « déboires complexes », Marion Lescaut se dit « toujours optimiste ».

Pas de place pour stocker les quantités astronomiques de masques jetables ? Qu’importe. La jeune femme a déjà retrouvé une cause où engager son énergie débordante : 16 containers transportant des granulés de plastique ont été perdus au large de la Galice. Elle sillonne alors les plages du Nord de la France jusqu’en Espagne pour les ramasser. Toujours avec l’objectif de montrer ce que l’on ne veut pas voir, elle en fait des bijoux. Non pas pour sublimer ces morceaux de plastique, mais pour que l’on reparte avec « l’histoire qu’ils racontent ». Le déchet devient à la fois preuve, mémoire et avertissement à porter sur soi.

Dans le public, une spectatrice résume : « Pour passer de l’individuel au collectif, ce qui fonctionne, ce sont les outils d’inspiration. Ce documentaire en est un. Il rend visibles des petites initiatives et donne envie de s’y mettre ».

Camille Mercan
Décembre 2025

Affiche du film Ordinaire de Jérémi Stadler

Affiche du film Ordinaire de Jérémi Stadler

« Changeons le système pas le climat », « on veut des bus pas du BUS », « Biodiversité Ultra Sacrifiée », au rythme des tambours, parmi les nombreux vélos, des pancartes colorées se multipliaient sur la Place Castellane, ce samedi 29 novembre à 14 heures. 500 manifestants, jeunes et plus âgés, étaient réunis, avec un objectif : s’opposer aux travaux du Boulevard Urbain Sud (BUS). Le cortège, entrainé par des slogans scandés au mégaphone et une enceinte diffusant des musiques militantes, s’est élancé en direction de la statue de David. Les manifestants défilent sur les voies latérales de l’avenue du Prado, sans bloquer la circulation principale. Une marche pacifique mais déterminée : « Plus de nature moins de voiture », « des arbres, des trams, pas des boulevards », autant de formules reprises en cœur par les participants. Le collectif CANBUS (Collectif Anti-Nuisances Boulevard Urbain Sud) pilote l’opération, épaulé par Greenpeace et Alternatiba. SOS Nature Sud, Union Calanques Littoral, Sauvons la Mathilde et Face au BUS complètent la coalition. « Ce n’est pas la peine de rajouter des voitures aux voitures sur un espace déjà saturé », proteste Martine Cros, directrice de SOS Nature Sud.

Défilé pendant la manif anti BUS © Camille Mercan

Défilé pendant la manif anti BUS © Camille Mercan

Le BUS, c’est quoi ?

L’histoire remonte aux années 1930. À l’époque, une simple rocade autoroutière devait contourner Marseille. Près d’un siècle plus tard, l’idée ressurgit dans la tête de la métropole sous une forme urbaine : 8,5 kilomètres de boulevard reliant le rond-point Florian, à Saint-Loup, jusqu’à la Pointe Rouge. Les chiffres annoncés inquiètent : 45 000 véhicules par jour attendus au Cabot, 15 000 à la Pointe Rouge. Le tracé doit traverser le jardin de la Mathilde, les jardins familiaux Joseph Aiguier et la pinède du Roy d’Espagne. Près de 10 hectares de nature sacrifiés. 200 arbres de la pinède menacés de disparition. « Les enjeux environnementaux nous font clairement dire qu’il faut agir maintenant et arrêter cette envie de prolonger ce que nos aînés ont mis en place, ce sont des données de l’époque », renseigne Jean-Luc, résident de la Pointe Rouge et présent à la manifestation.

La première phase du BUS fonctionne depuis juillet 2020. Elle relie le boulevard Sainte-Marguerite à l’autoroute A50 et à la rocade L2, au niveau de l’échangeur Florian. Le début des travaux du deuxième tronçon, entre Sainte-Marguerite et le Roy d’Espagne, est prévu pour le 8 décembre prochain.

« Un périphérique qui tombe dans la mer » 

Si, comme certains Marseillais l’affirment sur divers groupes Facebook, « cette voie est indispensable », il s’agit pour d’autres, présents à la manifestation, d’un « désastre écologique ». Solène, dont la voix déterminée a résonné dans le mégaphone pendant la manifestation, est engagée dans le mouvement contre le Boulevard Urbain Sud parce qu’elle pense que « c’est un désastre environnemental qui va détruire la biodiversité, alors qu’on en manque cruellement dans cette ville ». Elle estime que les mobilités évoluent dans le mauvais sens : « il faudrait plus de mobilités douces ».

Laisse béton, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

Laisse béton, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

« C’est comme si on avait pensé à un périphérique qui va tomber subitement dans la mer. On comprend tout de suite qu’il y a quelque chose qui ne va pas. En tant que citoyen, j’ai déjà de quoi réfléchir en me disant : ça va être quoi ? Des énormes parkings flottants sur la Pointe Rouge ? », s’interroge Jean-Luc, habitant de la Pointe Rouge.

La Métropole défend son projet 

La Métropole affirme que le BUS comprend des voies réservées aux transports en commun, une piste cyclable sécurisée et une végétalisation importante des espaces publics. « Le Boulevard Urbain Sud est un projet structurant, au service du quotidien des habitants », a déclaré en juillet Martine Vassal, présidente de la Métropole Aix-Marseille-Provence. La première phase du BUS, mise en service en 2020, a selon elle « démontré son utilité en matière de désengorgement du trafic ». La Ville de Marseille, représentée à la manifestation par de nombreux élus et maires de quartiers, reste fermement opposée au projet actuel.

La mobilisation continue 

CANBUS  a déposé un recours en mars 2025. L’issue ne sera pas connue avant l’été 2026. « Il faut qu’on reste très mobilisé contre le BUS tant que l’on n’a pas de décisions satisfaisantes », martèle Martine Cros. Les opposants au BUS plaident pour des alternatives : renforcement des transports en commun, création de voies cyclables sécurisées, amélioration du réseau existant. « On voit qu’on est engorgés, que les voitures prennent tout l’espace et qu’il va falloir trouver des solutions basées sur les transports en commun, les mobilités douces, parce qu’on est déjà sursaturés », observe Jean-Luc. « C’est un projet, au départ, vendu comme quelque chose qui allait désenclaver le quartier. Il ne prend pas en compte que le flux est inversé : beaucoup plus de gens ont envie de venir à la mer, de profiter des calanques », précise le résident de la Pointe Rouge.

La Métropole promet un « Boulevard Urbain Vert » végétalisé entre le Roy d’Espagne et la Pointe Rouge, sur 1,7 kilomètre. Un projet de 4,5 millions d’euros prévu pour 2026. Cet « aménagement apaisé » favoriserait « les mobilités douces », selon la Métropole. Pour les associations, ces promesses ne suffisent pas à effacer la menace qui pèse sur les derniers poumons verts du sud de la ville. Les travaux du tronçon Sainte-Marguerite – Roy d’Espagne doivent débuter dans quelques jours. La bataille juridique et citoyenne continue.

Camille Mercan
Novembre 2025

Un autre projet, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

Un autre projet, lors de la manif anti BUS © Camille Mercan

L’environnement, enjeu majeur d’un avenir qui se construit aujourd’hui. Tel est le titre d’une tribune publiée mi-novembre par FNE, la LPO, le Conservatoire d’espaces naturels et autres structures de protection de la nature en Pays de la Loire. « Face aux sécheresses, canicules et inondations qui se multiplient, à la disparition silencieuse de nombreuses espèces animales et végétales, à la raréfaction des ressources et à l’aggravation des inégalités sociales et environnementales, écrivent-elles, nous n’avons plus le luxe d’attendre. » Pourtant, « nous constatons un net et très inquiétant recul, voire une absence, de ces sujets dans les décisions politiques actuelles ».

Partout en France, le constat est le même : les associations environnementales, dont les missions sur le terrain sont essentielles pour défendre des écosystèmes sains, sont fortement fragilisées par des coupes budgétaires. Elles ne sont pas les seules : dans le champ du social, de la santé, de la culture, du sport…, le monde associatif, garde-fou d’un vivre-ensemble démocratique, est fragilisé. Aussi nombre de structures de l’écologie rejoignent la dynamique du Mouvement Associatif Ça ne tient plus, qui appelait le 11 octobre dernier à se mobiliser pour le défendre, en rappelant ces chiffres : « 20 millions de bénévoles, 1,8 million de salariés et 67 millions de Françaises et de Français sont touchés par les actions des associations ».

Qui Vive : Les coupes budgétaires fragilisent les associations, alors qu’elles assurent des missions essentielles. Comment percevez-vous cette dégradation, chez FNE ?

Gilles Marcel : Au niveau de la situation générale, il faut d’abord avoir en tête que notre fonctionnement en réseau est relativement différencié selon les régions. Chaque Fédération est autonome dans le choix de ses axes de travail et de son budget. Une Fédération régionale comme la nôtre, en PACA, ne va pas forcément avoir les mêmes ressources financières que nos voisins en Auvergne-Rhône-Alpes, ou Occitanie. Idem, chaque Fédération départementale est indépendante. Telle ou telle va être engagée sur certains sujets, et sa voisine sur d’autres.

Après, il faut nuancer cette indépendance ; elle peut être relative, en raison, par exemple, de la sous-traitance, ce qui est notre cas. On va, d’une certaine manière, alimenter le budget de fonctionnement de Fédérations départementales à travers les projets que nous réalisons avec elles. Mettons un projet avec l’ADEME, l’Agence de l’Eau, ou autre structure de ce type. Le travail à réaliser va être accompli avec l’équipe salariée de la Fédération régionale, mais aussi pour partie avec les salariés d’une Fédération départementale ou d’une autre association. Je précise tout cela parce qu’il ne s’agit pas de quelque chose de linéaire. Nous ne sommes pas tous assujettis à la même mécanique.

Malgré les différences, on observe un peu partout la généralisation des appels à projets. Un fonctionnement très critiqué parce qu’il met en concurrence les associations, est très chronophage… Comment le vivez-vous ?

En ce qui concerne FNE PACA, cela fait pas loin de dix ans que la notion de subvention a disparu. On utilise toujours dans les écritures comptables le terme de « subventions », mais en fait, ce sont des réponses à appels à projets.

Quand j’ai l’occasion de voir des responsables politiques, des financeurs, je leur dis depuis des années, « si vous voulez que les associations meurent, continuez à faire ce que vous faites, c’est le meilleur moyen ». Une subvention, cela fonctionne assez facilement : un montant est attribué à une association pour réaliser les objectifs déterminés par ses statuts. Dès l’instant où on passe à un financement par projet, il faut toute une logistique, un suivi, qui va demander une capacité de travail bien plus importante.

Au sein de notre Fédération régionale, la personne qui occupe le poste de responsable financière administrative passe l’essentiel de son temps à répondre à des appels à projets, puis à instruire des rapports financiers et techniques des actions réalisées.

Est-ce que cette mobilisation des énergies se fait au détriment de vos missions ?

Le problème s’amplifie au fur et à mesure. Nous avons eu un développement assez important ces dernières années, qui nous a amené aujourd’hui à 11 salariés. La masse salariale représente l’essentiel du budget. Or, on arrive à un système où l’on va aller chercher de l’argent pour faire tourner la maison, pour garantir le fonctionnement de la Fédération et le paiement des salaires, mais effectivement, on n’a pas ou plus les moyens de réaliser nos missions principales. Pour dire les choses autrement, nous recourons au bénévolat, que l’on essaye de développer le plus possible.

Cela représente combien à peu près de bénévoles ?

Dans nos comptes figure une valorisation du temps qu’ils passent sur le terrain ou les dossiers.

[ NDLR : dans le Rapport d’activité 2024 de FNE PACA, la contribution des bénévoles et du mécénat de compétence s’élève à 154 528 euros soit 13,6% des ressources totales (1 137 268 euros) ]

Mais on est, en fait, loin de la réalité : ce chiffre est minoré parce que les bénévoles négligent souvent de remonter toutes leurs heures.

Pour revenir à la dérive des appels à projets, quand je suis arrivé il y a une dizaine d’années, les salariés étaient quatre ou cinq ; donc cela représente quand même une augmentation assez importante, et rapide. C’est un paradoxe : plus on va accroître la capacité salariée, et plus on va déséquilibrer notre système économique. Plus on va en faire, et plus on est obligés d’aller chercher des ressources humaines ou financières, ailleurs que chez ceux qui financent les projets.

Cela implique que, s’il y avait un réel financement sérieux des structures qui remplissent des missions d’intérêt public pour l’État et les collectivités, il n’y aurait pas besoin de s’épuiser dans ces dispositifs d’appel à projets et de ce fait, les missions seraient mieux assurées. Avec une insécurité réduite pour les équipes aussi, j’imagine.

C’est tout à fait cela, oui.

Avez-vous espoir dans le mouvement associatif Ça ne tient plus ? Une réelle mobilisation est-elle perceptible ?

Le 11 octobre, il y a eu un rassemblement à Marseille, sous l’Ombrière du Vieux-Port, à l’appel du mouvement associatif. Cela concernait, bien au-delà de la question environnementale, tout le social, les acteurs des centres sociaux, la culture, le soin… Les structures et leurs représentants étaient là. Ce n’était pas ridicule, mais il n’y a pas une mobilisation à la hauteur des enjeux, sur la base de ce que j’ai vu.

Parce que ce n’est clairement pas suffisamment perçu par la population, y compris d’ailleurs dans nos propres équipes, qui ne voient pas forcément le danger de ce qui se profile, alors que cela avance à grands pas.

Est-ce que cela peut s’expliquer par l’incertitude gouvernementale, les successions de premiers ministres ?

Ces éléments-là jouent, mais c’est surtout le fait que la dégradation de la situation reste encore abstraite. Pour FNE PACA, on commence à ressentir des difficultés en 2025. Ça passe à peu près parce qu’on a fait en sorte que l’année se termine avec un petit déficit, pas trop excessif. Nous avions réussi à former des réserves les deux ou trois exercices précédents, donc on amortit. Par contre, en 2026, on est en pleine incertitude. Une inquiétude générale s’exprime quand on discute entre Fédérations, ou avec d’autres structures associatives. Et le contexte politique ne nous éclaire certes pas beaucoup.

D’autant que l’inquiétude se renforce à l’idée d’une élection du Rassemblement national aux présidentielles de 2027.

Alors sur ce plan, et là on revient plus à l’environnement, même si les autres secteurs associatifs sont aussi dans leur collimateur, pour nous l’option extrême-droite voudrait dire qu’on va prendre des coups sérieux.

En particulier au Sénat, on observe que depuis que Trump a été réélu aux États-Unis, il a donné de l’oxygène à certains membres de la droite classique, qui s’engouffrent dans les ouvertures du Rassemblement national sur la critique aussi bien de l’ADEME, de l’Office Français de la Biodiversité, que des Parcs nationaux…, toutes ces grandes agences sont mises en cause politiquement. Alors pour l’instant, il n’y a pas de traduction, mais ça n’est plus tabou. Et il y a une surenchère de la fameuse approche « ça suffit l’écologie punitive ».

Forcément, les combats que l’on mène vont être de plus en plus difficiles, avec des moyens moindres. Pour le moment, au niveau des politiques entre guillemets « classiques », il n’y a pas de remise en question du consensus scientifique sur le changement climatique ou la biodiversité, mais cela pourrait ne pas durer.

Oui, pour le moment, c’est juste que la loi est insuffisante, pas suffisamment appliquée ou mal. A ce propos, vous avez beaucoup de juristes dans vos équipes, qui travaillent sur le temps long, et cela aussi demande un budget conséquent ?

C’est de plus complètement aléatoire. On peut avoir des résultats positifs, comme négatifs. Nous sommes très prudents sur le juridique, parce qu’on peut écoper de pénalités. Mais tout ça pour dire que le cadre est effectivement défavorable, à la fois sur l’évolution économique de notre pays, avec cette fameuse dette, avec des inégalités, des partages de richesses totalement inéquitables, des choix politiques et des orientations budgétaires qui vont à l’encontre de ce que nous pouvons porter pour l’environnement, et de ce qui est reconnu comme des coûts futurs.

Les politiques nous serrent la ceinture parce que finalement l’écologie, il y en a un petit peu assez, ça suffit, et puis ils parlent beaucoup, ils ne font pas grand-chose. Mais ce qu’on défend, nous, concerne aussi l’économie du futur !

Parce que tout euro investi aujourd’hui permet d’éviter des coûts faramineux ?

C’est ça. La société constate aujourd’hui de plus en plus clairement que la dette écologique va être extrêmement importante, et ne cesser de s’aggraver dans les années à venir. Cette contradiction là, on va la prendre de face.

Ce qu’il faut peut-être dire aussi, pour conclure, concerne la mobilisation des consciences. On voit bien qu’on ne peut pas compter sur l’État, sur les financements publics. Comme d’autres pans du secteur associatif, nous essayons de nous tourner vers des financements privés, mais c’est aussi une autre paire de manches, qui engage à travailler avec des acteurs loin d’être tous limpides.

La solution, en tout cas la piste de solution, c’est quand même l’élévation de la lucidité et la participation du plus grand nombre. Nous sommes dans une région où il y a 5 millions d’habitants ; si une partie, ne serait-ce qu’un centième, s’engage sur des actions, des dons aussi petits soient-ils, on va se donner une autonomie importante et en même temps une capacité de travail forte.

Dans cette impasse, nous sommes obligés de raisonner différemment, de former une dynamique citoyenne et sociale. Parce que tout ce que l’on raconte là sur l’écologie a des répercussions sur la vie au quotidien, donc le social.

Bien-sûr, c’est articulé.

On peut faire le parallèle avec le syndicalisme qui, dans les années 1940, 1950, comptait des millions de personnes syndiquées. Aujourd’hui, cela a beaucoup diminué. Il y a un rapport de force qui n’est plus en faveur des salariés. Eh bien de la même manière, sur les consciences autour de l’environnement, il faut qu’on se mobilise.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 12 novembre 2025

Gilles Marcel © FNE PACA

Gilles Marcel © FNE PACA