Niché derrière un immeuble à deux pas de la station de métro des Chartreux, se cache le local de La Base. Depuis 2020, cette ancienne entreprise de BTP accueille associations, collectifs et habitant·e·s de Marseille en quête de justice sociale et climatique. Autogérée, avec le statut associatif Loi 1901, La Base met à disposition son espace de 200m2, comprenant un bar et sa cour, pour l’organisation de projets mais aussi l’entrepôt et la mutualisation de matériel pour tous et toutes. Plus de 150 associations et collectifs s’y réunissent au moins une fois par an. Un espace indispensable au tissu associatif marseillais. Pourtant, dans un communiqué datant du 20 juillet, La Base annonçait être “en danger”.

Ce lieu alternatif risque de fermer définitivement ses portes avant la fin d’année. En cause, la hausse du prix des charges, couplée à une baisse des financements et un manque de bénévoles. Résultats d’un secteur associatif qui peine à s’en sortir. « On ne demande pas de loyer ou de contribution pour réserver une salle à La Base. C’est prix libre. Tu mets ce que tu veux en fonction de ce qui est possible. Beaucoup d’associations ont arrêté cette participation financière, tout simplement parce qu’elles ont moins de subventions.» explique Elsa, bénévole de la structure depuis 2022. Elle note également un deuxième facteur : « le manque de forces vives dans ces associations et collectifs ». Les bénévoles des associations bénéficiaires participent aussi au fonctionnement et la gestion du lieu. « Ils et elles permettaient d’ouvrir le lieu, faire fonctionner le bar et donc de faire rentrer de l’argent pour La Base. »

Une association sur deux a vu ses financements publics reculer

La Base se dresse face à une crise sans précédent qui touche le secteur de l’économie sociale et solidaire : baisse de financements, précarité croissante, augmentation des besoins et dégradation des conditions. Selon le Mouvement Associatif, en 2025, une association sur deux a vu ses financements publics reculer et le projet de loi de finances 2026 prévoit d’amputer 40 % du budget alloué à l’ESS, soit 1 milliard d’euros en moins pour le milieu associatif. Pour lutter contre ces politiques d’austérité, Le Mouvement associatif avait appelé à manifester le 11 octobre dernier sous le slogan Ça ne tient plus. Elsa constate l’asphyxie que subissent les associations, a fortiori quand elles prônent la justice climatique, avec la criminalisation de l’écologie. « Ça se tend et on le sent, typiquement avec le non-renouvellement des subventions de l’Ademe pour les Amis de la Terre

 

La cour de La Base © Chloé Roulet

Une fermeture de La Base serait, toujours selon Elsa, une bataille perdue contre l’extrême-droite. « On a besoin de lieux militants comme La Base pour se retrouver et créer à nouveau du lien social. C’est le meilleur moyen de lutter ». Ici, associations féministes, antiracistes, queer et écologistes cohabitent pour réfléchir ensemble à la justice sociale. Elsa en cite quelques-unes : « Alternatiba, les colleuses de Marseille, L214, Vélocène, Soutien 59 St Just… ici les collectifs se rencontrent, s’identifient et finissent par faire des projets ensemble ». Le Mouvement Associatif a également alerté sur les menaces du Rassemblement National envers l’action associative et citoyenne. « La crainte est de voir une baisse conséquente ou une suppression des budgets de l’État attribués à des structures et secteurs d’activités qui n’ont pas la même vision politique que le RN. […] Ces appréhensions concernent plusieurs secteurs tels que l’écologie, la solidarité internationale, l’accès au droit ou l’éducation populaire ». Peut-on lire dans un plaidoyer publié sur leur site internet. Après avoir tiré la sonnette d’alarme sur ses réseaux sociaux, La Base a ouvert une cagnotte participative pour financer les charges de ces prochains mois. En une semaine, elle a déjà recueilli 9 200 euros. Assez pour assurer l’ouverture du lieu cet été mais encore insuffisant pour se projeter jusqu’à la fin de l’année

Un après-midi rythmé de prises de paroles d’enseignants-chercheurs d’Aix-Marseille Université et de militants de Stop Croisières, qui alertent sur les pollutions causées par le trafic maritime de la cité Phocéenne. Dans le viseur : les gros bateaux amarrés au Grand port maritime de Marseille, et plus précisément le projet “Terminal J4” qui souhaite transformer l’esplanade en hall pour les croisières de luxe.

Cette esplanade a été baptisée « Esplanade Gisèle Halimi », en hommage à l’avocate qui a consacré sa vie à défendre la justice. C’est pour empêcher une injustice, pour empêcher que cet endroit soit confisqué aux habitantes et habitants au profit d’intérêts privés, que nous sommes là aujourd’hui” scande Marcelle (pseudo), activiste à Stop Croisières.

Des navires de luxe aux portes du Mucem

Amputer une partie de la place publique collée au Mucem pour y construire un hangar en guise de terminal d’attente pour les croisières de prestige : voici le nouveau projet porté depuis 2021 par le Grand port maritime de Marseille. Alors que l’accès à la mer reste difficile entre le Vieux-Port et l’Estaque, ce terminal serait un nouvel obstacle bétonné pour les marseillais et marseillaises. En plus de pointer du doigt la privatisation de l’esplanade au détriment des habitants, Stop Croisières dénonce aussi l’incohérence écologique de ce projet.

Notre inquiétude, c’est qu’il prévoit encore plus d’infrastructures pour ces bateaux, ce qui va mécaniquement augmenter leur nombre. Et tout cela se fait sans réelle consultation des habitants.” Pourtant, les marseillais·e·s sont les victimes directes de ce tourisme. Quand on sait qu’un navire de croisière arrêté à quai pendant une heure émet autant de pollution qu’environ 30 000 véhicules roulant à 30 km/h, la nécessité d’un tel projet interroge – a fortiori dans une ville où un habitant sur trois respire un air dont la qualité dépasse les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Un littoral sain pour tous et toutes

Nous respirons ce que crachent les bateaux qui rentrent dans le port de Marseille” déplore Marie, vice-présidente de l’association Cap au Nord et habitante de l’Estaque. Elle poursuit : “Dans les quartiers Nord de Marseille, nous vivons au milieu des pollutions qui résultent des croisiéristes, des ferries, des paquebots, des porte-conteneurs”. Avec un stand pour sensibiliser à la pollution atmosphérique, la retraitée dénonce un empoisonnement aux particules fines dues au carburant des navires, en particulier les particules sulfuriques PM10, et le manque d’études à son sujet. “Notre objectif, c’est l’amélioration de la qualité de l’air !” revendique la marseillaise des quartiers Nord.

Une mer moins polluée et accessible aux marseillais·e·s : c’est l’alternative proposée par les différentes associations. “Nous défendons un projet permettant de rendre l’accès à la mer aux Marseillais entre l’Estaque et les Catalans”, explique Guillaume, ancien capitaine de navire et organisateur de l’évènement. À la suite de consultations citoyennes, l’idée de créer un littoral piéton et ouvert à la baignade a émergé. “Nous souhaitons imaginer d’autres usages pour cet espace plutôt qu’un nouveau terminal destiné à une clientèle très aisée”. Se revendiquant force de proposition, Stop Croisières souhaite que ce contre-projet soit entendu jusqu’à la Mairie centrale, et pris en considération par le délégué à l’environnement, Hervé Menchon.

Chloé Roulet, le 15 juin 2026

Banderole “La croisière s’amuse, le climat trinque” de Stop Croisières, 6 juin 2026 @ Chloé Roulet

Le temps d’une matinée, la rue de l’Arc à Noailles se transforme en atelier de cuisine géant. Ce mercredi 29 juillet, dans le cadre du festival Un été rue de l’Arc, les participant·e·s cuisinent sous le thème de l’anti-gaspi. Le défi est de nourrir les habitant·e·s du quartier seulement avec des dons d’aliments abîmés ou indésirables. Organisé par le Bouillon de Noailles et la Cantina, l’atelier veut mettre en lumière deux tristes réalités : la précarité et le gaspillage alimentaire. Sous l’animation de Rabbia, bénévole au bouillon de Noailles depuis 2024, petits et grands s’activent pour mettre la main à la patte. Entre 80 et 100 festivalier·e·s sont attendu·e·s pour le déjeuner. « Aujourd’hui, on est en train de transformer 86 kg de fruits et légumes un peu tordus » explique Rabbia, tablier attaché. Au menu : salade de pommes de terre et légumes sautés, beignets de bananes, hummus à la betterave et au pois chiche, pleurotes à l’ail et crumbles pomme poire. Un repas de chef avec des aliments sauvés de la poubelle. « C’est des fruits et légumes de troisième catégorie, donc en partie abîmés, mais ils sont tout à fait consommables ! » .

Repas solidaire anti-gaspi, rue de l’Arc. © Chloé Roulet

Le partage au coeur de la lutte

Rabbia met un point d’honneur à (de)sensibiliser au gaspillage. Chaque mois, elle organise un atelier comme celui-ci pour apprendre à tou·te·s de nouvelles manières de cuisiner. « Dans ma famille, la nourriture, c’était quelque chose d’extrêmement important. On ne gaspillait rien, on ne jetait rien, on transformait tout, on était très innovants ».  Pour elle, la lutte contre le gaspillage alimentaire passe aussi par la convivialité. Elle reprend l’exemple de ses parents « On partageait énormément. Si on avait du surplus, on ne le jetait pas. On faisait des grands repas à la maison avec les voisins et les copains ». Rabbia se coupe pour expliquer aux jeunes festivalier·e·s comment éplucher les pommes de terre. L’atelier touche à sa fin et arrive bientôt le moment que tout le monde attend : la dégustation. La rue de l’Arc n’a jamais été aussi remplie. « C’est beau de voir tout ce monde » lance un bénévole.

Repas solidaire anti-gaspi, rue de l’Arc. © Chloé Roulet

En France, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en 2023 dont 3,8 millions de tonnes étaient encore comestibles. En parallèle, l’enquête du Crédoc sur la précarité alimentaire montre que 16% des français·es déclarent restreindre leur alimentation par manque d’argent. Dans cette logique, les initiatives anti-gaspi du Bouillon de Noailles s’inscrivent dans l’intérêt général. Les luttes contre le gaspillage et la précarité alimentaire ne sont pas isolées. La justice écologique et sociale vont de pair. Rabbia en a pleinement conscience et aspire à ce qu’on prenne exemple sur les projets locaux comme celui-ci « Nous, les quartiers populaires, la question d’être écolo ne se pose pas. On l’est par nos valeurs. C’est intégré dans notre quotidien ». Elle poursuit « Comme tout mon quartier, je suis sensible et sensibilisée à la question de l’anti-gaspi depuis ma naissance. Parce que les personnes issues de l’immigration avec des revenus modestes, elles ont l’intelligence du partage, de l’économie et du local ».

 

Repas solidaire, rue de l’Arc. © Chloé Roulet

A côté, pour concilier au mieux alimentation responsable et accessible, le Bouillon de Noailles a créé en 2023 le Bon Bouillon : un cycle de 6 ateliers mensuels de cuisine et de partage d’informations sur la nutrition, l’alimentation durable et l’optimisation du budget. Liliane, coordinatrice de ces cuisines solidaires, explique que le projet est encore en chantier « On travaille sur comment changer son alimentation pour qu’elle soit plus durable et avoir un approvisionnement plus raisonnable ». Elle confie que le but premier reste l’abordabilité des prix « On a encore pas mal de chemin à faire. On est dans un jeu d’équilibriste entre une alimentation biologique locale et une proposition accessible voire gratuite ». Midi trente pétante tout est fin prêt, seule Rabbia est encore débout « Je mangerai quand tout le monde sera servi ! » Vu le succès de l’événement, elle n’est pas prête de déjeuner !

Deuxième roman, deuxième prix. Pauline Peyrade, décidément, démarre fort. En 2023, L’âge de détruire recevait le Goncourt du Premier Roman. Au printemps 2026, Les Habitantes ont été couronnées par un jury de lecteurs très éclectique, sous la présidence de Laurent Mauvignier, styliste distingué s’il en fut. Rien d’étonnant car le ton de la jeune écrivaine est tout à fait remarquable.

Alors, bien-sûr, il y a une intrigue, resserrée sur un été : la maison dans laquelle vit la narratrice – qui était celle de Moune, sa grand-mère – va être vendue. Ce qui signifie qu’elle va devoir quitter ce lieu qu’elle habite depuis longtemps, ce coin de nature sauvage qu’elle arpente avec sa chienne, Loyse, cet endroit où elle travaille aussi. Ce qu’elle refuse. Mais ce fil narratif est comme en suspension dans le courant du texte. De l’histoire familiale, douloureuse, on ne saura pas tout ; de même, certaines pistes ne seront que suggérées. Quant à la fin… Au lecteur de compléter, d’imaginer.

Car là n’est pas l’essentiel visiblement. Cet étrange récit fait la part belle aux descriptions, de lieux, d’ambiances, d’êtres non humains, tous terriblement vivants, tous personnages à part entière. Et on se délecte de certains très brefs chapitres, qui tels des haïkus saisissent l’instant : le vol d’une hirondelle au crépuscule, une tanche dans l’étang… Pauline Peyrade élargit avec brio la focale romanesque.

À souligner également le double « marrainage » sous lequel elle place son ouvrage. Celui de la romancière britannique Emily Brontë d’abord : la narratrice lui doit son prénom, et, comme elle, est viscéralement attachée à son lieu de vie et à sa chienne. Celui des Guérillères de Monique Wittig ensuite, dont elle semble partager l’engagement farouche à habiter le monde, plutôt qu’à en tirer profit. Ainsi le roman se déploie-t-il dans un univers où le masculin semble réduit aux initiales d’un père lointain, à un moustique qu’on écrase, à un héron mort ; tandis que les forces féminines s’unissent pour exploser en une sororité triomphante.

Fred Robert, le 5 août 2026

Les Habitantes
Pauline Peyrade
Les Éditions de Minuit, 18 euros

Tout d’abord, merci de répondre à cette interview, j’imagine que vous devez être bien pris et que ce n’était pas forcément évident de faire de la place pour une journaliste.

Il y a un petit créneau là, entre deux alertes.

Où en est l’incendie ?

Apparemment, ça a encore repris entre les communes de Barjol et Châteauvert. Le mistral souffle beaucoup.

Votre village a été épargné jusque-là, mais le vent a tourné, c’est ça ?

Exactement. Pour l’instant, ce sont les gens de Correns et de Montfort qui viennent d’être évacués ; ils doivent se rendre à Brignoles, où ils sont accueillis dans une salle.

La Mairie d’Entrecasteaux avec le nuage approchant © XDR

Vous-même avez reçu des réfugiés à Entrecasteaux, comment cela s’organise-t-il ?

D’abord, on a une alerte de la Préfecture nous demandant d’activer notre Plan communal de sauvegarde. Un accueil téléphonique est mis en place, on accueille les personnes évacuées en mettant une salle à disposition, en mobilisant des bénévoles, des élus, et du personnel communal pour apporter des chaises, des matelas, de la nourriture, des boissons.

Ce PCS est établi à l’avance, en lien avec la sous-préfecture qui coordonne la sécurité dans le département, et avec les communes voisines. On a un groupe entre maires de la Provence verte. On est très solidaires.

C’est ce qui vous frappe, cette solidarité ?

Oui. On a fait des achats pour accueillir le premier soir des personnes qui venaient de Cotignac et de Montfort, et on a vu un élan de solidarité énorme. Beaucoup de dons, de denrées alimentaires qui sont arrivées d’autres communes, et que l’on renvoie vers d’autres villages quand on n’en a plus besoin. C’est incroyable. Alors, ce n’est pas surprenant, parce qu’on connaît nos habitants ! Mais là, on voit tout le monde, des gens qui proposent leurs maisons ou gîtes… Du coup, on a relogé entre 30 et 40 personnes sur Entrecasteaux. C’était vraiment magnifique comme réaction de part de la population.

Comment percevez-vous le moral ?

Ceux qui avaient dû quitter leur maison étaient un peu désemparés. J’ai eu la chance de pouvoir communiquer avec les maires des autres communes, donc j’ai pu les rassurer en disant que la situation était stabilisée, qu’ils ne pouvaient pas rentrer chez eux, mais que leur bien était en sécurité.

Au début, les gens sont terrifiés, parce qu’on reçoit des alertes très puissantes sur les téléphones portables, via le système FR-Alert. Toute la population dans un secteur est destinataire ; c’est très bien, ça prévient, mais c’est un peu anxiogène aussi.

Il faut donc aller leur parler, leur expliquer, pas simplement veiller aux besoins matériels. Apaiser y compris ceux qui ne sont pas en danger. Dans la journée de mardi, j’ai reçu une centaine de coups de téléphone, d’administrés qui nous demandaient s’il fallait évacuer.

Pouvez-vous me parler des effectifs de pompiers ?

Alors on a eu droit à énormément de soutien aérien grâce à l’intervention du préfet du Var, pendant les 2 ou 3 premiers jours. Quasiment la totalité de la flotte française de sécurité civile puisqu’on avait 5 Canadairs, 2 Dashs, pas mal d’hélicoptères. Et puis malheureusement est arrivé l’incendie de Bordeaux. Du coup on n’a plus de Canadairs. Par contre deux Dashs intervenaient encore hier soir, et des hélicoptères.

Au niveau des pompiers au sol, c’est le Service départemental d’intervention et de secours du Var qui agit, avec des renforts de pratiquement toute la France.

Après plusieurs jours, la fatigue doit s’accumuler lourdement.

Oui. Là aussi on a vu énormément de solidarité : des agriculteurs sont venus avec des citernes les aider, ainsi que les CCFF, les Comités communaux feux de forêt, des bénévoles qui les guident pour qu’ils puissent se repérer. Quand vous avez des pompiers arrivant de la Sarthe, ils ne connaissent pas les lieux.

Que se passe-t-il pour la faune sauvage ?

Généralement, les plus gros animaux comme les sangliers parviennent à se sauver. On dit qu’ils arrivent à « se lever de devant », c’est-à-dire qu’ils sentent le feu et fuient. Par contre, il y a énormément de petites espèces qui meurent, insectes, oiseaux. C’est une catastrophe.

Récemment avait eu lieu une présentation de l’Atlas de la biodiversité réalisé dans les communes de Pontevès et Cotignac. C’était magnifique. Malheureusement, tout est parti en fumée.

La forêt provençale en feu. Var, juillet 2026 © XDR

Comment est-ce que vous envisagez l’avenir sur le territoire avec ce réchauffement climatique qui devient de plus en plus instable et corsé ?

Il faudrait assurer l’accès des pompiers, avec les pistes de défense des forêts contre les incendies, les DFCI. À un moment, j’étais président du PIDAF, le plan intercommunal de débroussaillement et d’aménagement forestier ; nous avions énormément de problèmes quand on devait entretenir ces pistes. Pourtant il faut absolument le faire pour permettre de sauver des hectares et des hectares du feu.

Qui assure leur entretien ?

C’est la communauté d’agglomération de la Provence Verte. Et je pense qu’il va falloir trouver un juste milieu entre la protection des forêts contre les incendies et l’environnement. En fait, on va dans le même sens, mais on se retrouve avec des obligations, des interdictions qui font qu’on ne peut pas intervenir dessus à certaines périodes de l’année, par exemple au moment de la reproduction de certaines espèces. Malheureusement si les voies ne sont pas entretenues, le milieu naturel entier peut disparaître. Il faut pouvoir éviter un incendie qui brûle tout…

La création d’une piste nécessite beaucoup d’études, pour sauvegarder les espèces, donc cela prend deux ans. C’est très important de le faire. Mais quand le feu est là, l’urgence est telle qu’elle est ouverte en deux heures.

Vous préféreriez anticiper, cela s’entend. D’autant qu’il va falloir s’habituer à des feux complètement démesurés, qui risquent de se reproduire fréquemment. L’incendie qui vous frappe a fait naître un pyrocumulus très impressionnant, vous avez été témoin de ce phénomène ?

Je l’ai vu de loin. Les flammes montaient à 20 mètres de hauteur. Dans les conditions provoquées par la sécheresse, le feu crée son propre climat, son propre vent, et même s’il n’y a plus de mistral, l’intensité et la chaleur continuent à progresser. C’est absolument incroyable.

Les flammes au loin. Var, juillet 2026 © XDR

Évidemment, il y a des choses qui ne sont pas du tout à l’échelle d’un territoire municipal, mais comment pourrait-on faire, selon vous, pour éviter que la situation se dégrade comme ça ? Qu’est-ce que les citoyens pourraient demander aux pouvoirs publics ?

D’abord, agir au niveau de la déprise agricole. Re-cultiver des zones en friche, ça sert de pare-feux. Mais c’est compliqué, notamment avec la crise du vin actuelle. Il y a une surproduction. Les instances agricoles pensent à développer d’autres cultures. On parle du pistachier, du kiwi.

J’ai aussi entendu un responsable de la Chambre d’agriculture qui parlait de retenues collinaires. Quand la nappe phréatique est pleine, et que l’eau qui arrive est excédentaire, donc va se jeter dans la mer, si on pouvait en retenir un petit peu, cela créerait des réserves, et des zones humides.

De toute façon il va falloir s’adapter pour moins gaspiller d’eau, sinon ce sera dur pour les paysans, si les réserves diminuent drastiquement. Les zones humides sont aussi importantes pour la biodiversité, stocker du carbone… Où en sont les nappes phréatiques et les rivières vers chez vous ?

Alors, les rivières baissent, bien sûr. Là, on est en alerte sécheresse, déclenchée par le préfet il y a deux jours. Ça implique qu’on n’a plus le droit d’arroser dans la journée. L’évidence est de ne pas laver sa voiture, c’est normal.

Mais les niveaux de la nappe, chez nous, sont encore bons.

Une voiture aux abords de la forêt. Var, juillet 2026 © XDR

Il existe à Entrecasteaux un dispositif d’irrigation très ancien, voulez-vous en dire deux mots ?

On a effectivement des canaux d’irrigation, qui prennent l’eau dans la rivière [ la Bresque, ndlr ], et qui permettaient d’arroser des jardins, à l’époque, quand les gens faisaient pousser leurs légumes. Il y en avait une dizaine sur la commune, mais deux seulement sont encore en activité. Ils sont gérés par des associations syndicales autorisées, les ASA. Les autres ne sont plus entretenus faute de répondre à un besoin.

Vous pensez que ça pourrait être une bonne idée de les remettre en service, justement dans la lutte contre les incendies et puis peut-être contre la déprise agricole ?

Ce serait bien pour des cultures maraîchères qui demandent beaucoup d’eau. Pour le reste, non.
Parce qu’en fait déjà, on a beaucoup moins d’eau, il y a moins de pluviométrie ; il faut donc limiter ce qu’on prend à la rivière par rapport au volume qu’on lui laisse.
Et l’Agence de l’Eau qui contrôle les canaux n’est pas favorable à ce qu’on les remette en service.

La demande des agriculteurs, c’est plutôt de faire venir le Canal de Provence sur nos territoires, pour apporter cette ressource en eau qui commence à manquer. Mais cela représenterait des investissements très importants.

Pour en revenir aux incendies, quelles sont les priorités, selon vous ?

On travaille beaucoup sur la prévention. Je suis maire depuis 18 ans, je n’arrête pas de communiquer sur l’importance du débroussaillement* autour des maisons. C’est ce qui évite la propagation du feu aux habitations. À notre niveau vraiment local de maire, on se doit d’assurer la sécurité des citoyens. Moi, je serais même d’avis à obliger les propriétaires habitant en forêt ou à la campagne, qui ont un point d’eau, une piscine, de s’équiper d’une motopompe. Cela permet de prévenir la destruction en amont en arrosant les bâtiments, et peut éteindre les flammes lorsqu’elles sont là.

La meilleure défense, si la propriété a été débroussaillée correctement, conformément à la législation, est de rester chez soi, bien mouiller les volets, laisser passer le feu, puis ressortir et éteindre ce qui reste brûlant, une fois que l’incendie est passé. Une motopompe, c’est très facile, ça projette à 25 mètres. Bien sûr, il faut que les gens soient en bonne santé.

J’imagine que ça doit être difficile à expliquer à des personnes qui ont peur.

Exactement. Et puis aussi expliquer le débroussaillage aux nouveaux arrivants, qui sont là depuis quelques années et n’ont pas connu de gros feu, qui ne se rendent pas compte du danger. Donc on est obligés de faire beaucoup de pédagogie, avant d’arriver à la sanction.

Quelles sont les sanctions ?

Ça peut être une amende, et ensuite une astreinte par mètre carré.

Une géographe, Pauline Villain-Carlotti, spécialiste des feux de forêt et de la prévention, dit qu’en région méditerranéenne, on a favorisé depuis des décennies le mitage du territoire avec des villas isolées au milieu de la garrigue. Elle pense qu’il faut opérer un changement de mentalité et mettre vraiment l’accent sur la l’éducation à l’environnement, avoir une vraie culture du feu. Parce que là, de toute façon, on ne va pas pouvoir empêcher que les incendies reviennent.

Oui, exactement, et de plus en plus souvent, avec le réchauffement climatique. Cette culture est difficile, on la perd. Et malheureusement, on a vu ce que ça a donné dans certaines communes.

Nuage de fumée au dessus du village d’Entrecasteaux. Var, juillet 2026 © XDR

Nous n’en sommes bien sûr pas encore là, mais comment est-ce que vous envisagez l’après ?

En fait, c’est quelque chose qu’on avait déjà envisagé avant l’incendie : réaliser avec l’Office National des Forêts, cet hiver, une étude complète de la commune. Évaluer, pour chaque habitation, ce que devrait effectuer chaque habitant par rapport à la situation de sa propriété.

Puis organiser des réunions publiques, expliquer à la population comment un bon débroussaillement se fait. Cela ne veut pas dire déboiser complètement, mais éclaircir, nettoyer un niveau de végétation.

Ils vont probablement être très sollicités à l’ONF, avec en plus les baisses d’effectifs qu’ils subissent. Vous me disiez que vous êtes maire depuis 18 ans. Est-ce que vous aviez déjà été confronté à des incendies comme ça sur votre commune, ou même de moindre importance ?

Quand j’étais adjoint, en 2001 un gros feu était aussi arrivé de Cotignac ; il s’était arrêté au milieu de la commune. Mais depuis que je suis maire, non. On a eu de petits incendies. Jamais un gros comme ça.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 26 juillet 2026


* Qui Vive reviendra prochainement sur la question du débroussaillement, qui ne fait pas l’unanimité parmi les scientifiques. Cf cet article de la Coordination Libre Évolution à ce sujet : https://www.coordination-libre-evolution.fr/libre-evolution-et-incendies/

Le CEPAC Vélodrome (nommé comme tel depuis un partenariat avec la Caisse d’Epargne), stade iconique de l’Olympique de Marseille, est l’un des symboles les plus chers de la ville de Marseille, incarnant une passion, une ferveur et surtout un peuple uni. Il est également unique de par son architecture moderne et sa taille : le 2e plus grand stade de France en termes de capacité, soit 67 000 places. Une symbolique et un amour qui ont tout de même un coût, notamment environnemental. En effet, se pose la question de son impact, d’autant plus important qu’il peut accueillir de multiples évènements. Principalement sportifs, mais aussi l’organisation d’évènements culturels. Lors de ces derniers, la pelouse étant accessible au public, les limites de capacité du stade peuvent avoisiner les 80 000 places, pour le bonheur des Marseillais. Avec la réception d’artistes locaux, comme le rappeur Jul, ou internationaux tels que Beyonce, The Weeknd, Bad Bunny et autres.

Émissions directes et indirectes

Évidemment ces événements représentent un coût énergétique significatif, dû à une contrainte de superficie dont il faut assurer le fonctionnement énergétique et matériel. Sur ces aspects Mars 360, société détenue par l’Olympique de Marseille, gestionnaire des installations sportives, peut agir. Cependant l’empreinte carbone reste principalement due au Scope 3, calcul, dans un bilan carbone, des émissions de GES indirectes qui échappent au contrôle direct de l’entreprise. Elles résultent des activités de l’organisation, mais se situent en dehors : produits et services achetés, transport et logistique, déchets, etc.. Dans le cas du stade Vélodrome, le “Scope 3” représente surtout les déplacements de population et leurs actions. En effet, l’afflux de spectateurs en provenance parfois de fort loin, pour un événement d’une durée d’environ 2 heures, avant que ceux-ci ne repartent aussitôt, est énorme. Les services de transports sont tout de même majoritairement empruntés, par commodité, cependant l’impact environnemental reste impressionnant et a pu susciter des réactions. À titre d’exemple, l’association marseillaise Clean My Calanques, qui milite pour la préservation de l’environnement,  a pointé du doigt l’état des rues aux abords du stade, au lendemain des concerts du rappeur Jul les 29 et 30 mai 2026. « Toute la journée on chante à quel point on aime notre ville, il aime sa ville, mais là laisser ça dans cet état là ? C’est pas normal !  » lançait sur Instagram Eric Akopian, cofondateur et responsable sensibilisation de Clean My Calanques. “Je n’ai pas envie que ça devienne une habitude, on fait un événement, un concert du coup ça va être dégueulasse, parce que c’est Marseille ? » Mars 360 a entrepris des actions afin de réduire l’impact environnemental du stade. Mais sont-ils réels et efficaces ? Dans un élan sociétal de « transition écologique », cela ne s’avère-t-il pas être une réponse de pure forme à la demande citoyenne ? Pour répondre à ces questions, intéressons-nous à l’origine et à la sincérité des démarches, afin d’évaluer si des intérêts autres que la protection de l’environnement apparaissent, avant d’analyser les réalisations effectuées.

Vue du Stade CEPAC Vélodrome – juillet 2026 © Édouard Abonneau

Initiatives : efficacité ou greenwashing?

Tout d’abord il est nécessaire de rappeler que les clubs se doivent d’appliquer les normes des fédérations et organisations supérieures. Ce qui donne un premier indice concernant les motivations des clubs à entreprendre des actions concrètes. L’Union des associations européennes de football (UEFA) énonce depuis plusieurs années des « objectifs éco-responsables » que les clubs doivent atteindre.  Par exemple, l’organisme a lancé en 2022 des directives de l’UEFA pour des infrastructures durables, afin qu’ils améliorent leurs pratiques environnementales, en repensant leurs infrastructures.Des directives que l’UEFA développe sur son site : « Pour les sites modernes, l’objectif principal est que les stades et les installations sportives adoptent le développement durable et favorisent son application dans leurs bâtiments, leurs terrains aménagés et même la société qui les entoure. ». Ces initiatives constituent un progrès qu’il faut relever, mais qui peuvent sembler être une forme de greenwashing lorsque l’on s’intéresse de plus près aux prises de positions, choix de l’UEFA, et l’impact des événements en général. De nombreuses compétitions, toujours plus de rencontres… Autant de décisions que les joueurs rejettent aussi d’un point de vue sportif, sans même évoquer les trajets en avion comme moyen de déplacement privilégié.

Une organisation qui devrait revoir totalement son modèle et ne pas se contenter de quelques initiatives telles que  la mise en place d’un fonds vert, des offres de transports temporaires comme l’ouverture de lignes ferroviaires durant l’Euro 2024, pas forcément accessibles pour tous (géographiquement et financièrement), la réduction du plastique dans les stades ainsi que la réhabilitation de ces derniers. L’UEFA insiste sur l’économie circulaire, des initiatives intéressantes (économie d’énergie et de ressources, meilleure gestion des déchets), mais les investissements sont insuffisants, donnant l’impression d’un contentement général, sans réelle résolution des problématiques majeures, notamment la gestion des populations. Il est impératif de repenser les stades de manière approfondie, afin qu’ils deviennent autonomes ou presque, en prenant en compte les caractéristiques locales, et veiller en priorité à réduire l’impact de l’acheminement du public. De nombreux stades suivent cet objectif, dont le Vélodrome : il dispose désormais d’installations spécifiques, qui figurent en guise d’exemple dans les directives de l’UEFA à propos des aménagements réalisés depuis 2017 (p. 115). Ainsi, sur le site internet du Vélodrome, l’OM s’inscrit également de lui-même dans un virage éco-responsable, qui se traduit par la prise d’initiatives à son échelle, à l’instar du projet de la Ville, “Marseille 2030”.

Réalisations : un premier pas vers un stade “vert”?

Premièrement le club déclare avoir un stade certifié ISO 20121 depuis 2017, une certification créée en juin 2012, dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques de Londres, qui selon le Ministère de la Culture est dédiée aux « systèmes de management responsable appliqués à l’activité événementielle ». Autrement dit, elle s’inscrit dans un horizon de transition écologique et vient récompenser les progrès organisationnels d’un évènement sur le plan économique, social et environnemental. Mais quels sont les critères d’éligibilité de cette certification ? Est-il “simple” d’être reconnu ? L’Organisation internationale de normalisation (ISO), est une structure indépendante et non gouvernementale. Pour obtenir la certification ISO 20121 divers critères sont requis ; cette norme suit 12 objectifs de développement durable précis. [ Ndlr : Notons tout de même que le concept de « développement durable » est par nature contradictoire, puisqu’il contribue à préserver un modèle économique incompatible avec la protection de l’environnement. ] Parmi lesquels figurent notamment ces objectifs : Eau propre et assainissement, Énergie propre et d’un coût abordable, Consommation et production responsables, Villes et communautés durables ( et 3, 5, 8, 9, 10, 13, 16, 1). Ensuite une agence accréditée évalue l’organisme sur différents points, résumés par Rupture Engagée, cabinet de conseil et d’audit RSE basé à La Rochelle et Nantes, qui accompagne les organisations de toute taille et de tous secteurs dans leur démarche RSE, et propose également l’évaluation en vue de la certification. Ainsi, l’agence évalue :

  • Le contexte de l’organisme, en analysant les enjeux, les parties prenantes, les besoins et le management de l’évènement.
  • Le leadership, soit l’engagement de la direction et l’organisation du management.
  • La capacité de planification, des risques de l’événement et objectifs de durabilité.
  • Le support, l’étude de données extérieures (gestion de ressources, la communication interne avec les employés, externe et étude de l’administration de l’évènement).
  • Le niveau de contrôle des opérations, l’étude des impacts durant les évènements.
  • L’évaluation des performances et enfin le niveau d’amélioration continue avec des actions en réponse aux évaluations.
  • Arbres près du Stade CEPAC Vélodrome – juillet 2026 © Édouard Abonneau

Enfin le processus doit être conforme aux normes du Comité de l’ISO pour l’évaluation de la conformité (CASCO) par une agence accréditée. Ici avec Afnor certification (acteur français de normalisation) : établissement d’un pré-diagnostic, suivi d’un audit, puis sa restitution pour obtenir la certification, et une fois certifié un audit annuel de suivi. Par conséquent, l’organisation du club, Treizième Homme, a réalisé plusieurs bilans carbone en partenariat avec Onepoint, acteur local en transformation durable et en évaluation de l’empreinte carbone, en cohérence avec le protocole de la Ligue de Football Professionnel (LFP). Par ailleurs, Treizième Homme ne s’arrête pas là et propose divers projets, comme celui de tri à grande échelle “Très sélectif” en 2023, avec l’aide de Clean My Calanques et le soutien de la Région Sud-PACA ; HOME TO OM, avec l’installation d’un  parking à vélo gratuit côté Ganay depuis avril 2026 ; ou encore BEE OM qui oeuvre pour la protection de la biodiversité locale en installant des ruches sur le centre d’entraînement Robert Louis-Dreyfus. Le club a aussi fait réaliser un audit énergétique de son stade par l’entreprise Acciona Energía, afin de réduire ses consommations énergétiques. Particulièrement celles liées au chauffage de la pelouse, au fonctionnement du stade ainsi qu’à la ventilation, représentant des niveaux importants de consommation d’énergie. À la suite de ces évaluations, l’OM a revu le fonctionnement total de ses infrastructures pour devenir “un stade respectueux de l’environnement” selon le club :

  • Chauffage et climatisation : création d’une boucle de chaleur raccordée à la station d’épuration de Marseille. Les eaux traitées permettent de chauffer ou refroidir le stade via des échangeurs thermiques. D’après la Ville de Marseille, les besoins en chauffage et climatisation ont pu être réduits de moitié.
  • Récupération des eaux de pluie, d’après la Ville environ 17 000 m3 d’eau de pluie sont collectés chaque année pour servir les besoins en eau non potable du stade, tels que l’entretien de la pelouse et le nettoyage des surfaces. Une technologie permise grâce à la toiture incurvée du stade.
  • Éclairage : tout d’abord le club a revu les horaires d’éclairage du stade, conformément aux normes de la FFF  auxquels renvoie la LFP, afin de limiter toute consommation inutile d’énergie. La nuit, des séances de luminothérapie sont mises en place pour entretenir la pelouse, mais elles se font à l’aide d’un éclairage LED, plus économe. [ Ndlr : rappelons que l’éclairage nocturne perturbe la biodiversité.]
  • Économie circulaire : comme le préconise l’UEFA, l’OM s’y est mise depuis plusieurs années. D’après le Ministère de la Transition écologique,  “l’économie circulaire consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets”.

Pour cela le club a fait appel à l’entreprise Circulab, qui a produit un rapport du projet. Ainsi, l’OM fait appel à des prestataires pour la gestion des différents flux, et privilégie les circuits courts, notamment pour les besoins en restauration. Les flux de déchets passent par diverses étapes entre prestataires de tri et de recyclage, ce qui permet a priori un nouvel usage. Par ailleurs, des associations telles que Clean my Calanques, ainsi que les groupes de supporters, assurent la sensibilisation du public, en les informant ou encore en organisant des opérations de collectes de déchets autour du stade. Enfin, d’après le club, le stade serait désormais situé dans un “quartier de vie « éco-responsable »”. Une affirmation qui peut tout de même soulever des questions… Mise en place de commerces de proximité mais dans un centre commercial de 20 000 m² ; offrir une solution de logement à proximité d’infrastructures pour le tourisme d’affaires, au sein d’un complexe hôtelier ; pôle santé gigantesque ; de nouvelles résidences et bureaux, aménagement des berges de l’Huveaune… Le club ne rentre pas dans les détails, cependant lorsqu’il souligne que l’éco-quartier correspond aux exigences du Grenelle Environnement, notamment au référentiel ÉcoQuartier, cela ne garantit pas contre un usage instrumentalisé des certifications, de manière à paraître agir. En réalité, l’influence générale de l’OM est telle qu’elle pourrait changer beaucoup de choses dans les mentalités, en montrant son attachement à la cause environnementale. Si les joueurs étaient sensibilisés et profitaient de leur fenêtre médiatique pour en parler, si la vie quotidienne du club était modifiée pour prendre ces enjeux sérieusement en compte, si  les supporters étaient conscients de l’importance de répondre à l’afflux de population et d’en alléger les conséquences, ce serait déjà quelque chose. Agir directement sur le stade est impératif, il est important de souligner les initiatives et projets entrepris, mais il est nécessaire de voir au-delà et de faire en sorte d’incarner le changement. C’est un devoir au vu de ce que représente l’OM – et le football en général – à Marseille. Enfin, les clubs pourraient s’inspirer les uns des autres, mais pour le moment il est difficile de trouver des stades qui se démarquent de par leur exemplarité. La plupart des initiatives s’arrêtent à la pose de panneaux photovoltaïques, d’éclairage LED, etc..  Des projets désormais communs aujourd’hui et considérés comme “suffisants”, ce qui est très loin d’être le cas. Un constat révélateur d’un secteur en manque de réflexions de fond sur ses pratiques.

Édouard Abonneau, le 21 juillet 2026

Un recueil de fictions pour imaginer de façon optimiste l’avenir de Marseille, malgré le dérèglement climatique : voici le projet Marseille à 51°C ? porté par la coalition Comm’un Possible Marseille, qui regroupe 11 organisations sociales marseillaises. Le but ? Proposer des alternatives plausibles pour lutter contre l’inaction climatique. Éveil à la nature, toits et rues végétalisés, espaces pour accueillir les réfugiés climatiques, agoras d’habitant·e·s ou encore parcelles alimentaires collectives… À travers des récits individuels et collectifs, les marseillais·e·s ont usé de leur créativité pour refaçonner leur ville. Avec une cinquantaine de participant·e·s et 500 livres vendus depuis janvier 2026, Marseille à 51°C ? espère peser dans le débat politique local de ces prochaines années.

Une fiction qui peut devenir réalité

« C’est à l’issue de la sécheresse de 2022 que l’idée est venue de se dire : on peut faire autrement » confie Agnès, professeure de lettres-histoire et militante à Comm’un Possible Marseille. « Le changement climatique est irréversible mais il y a encore des solutions. Par contre, si on attend trop longtemps, il risque de ne plus y en avoir. » Et pour trouver certaines de ces solutions, Comm’un Possible Marseille a organisé pendant 3 ans des ateliers d’écriture. Membre du comité de rédaction, Agnès a participé à l’écriture, l’encadrement des ateliers mais aussi à l’édition et l’impression de l’ouvrage qu’elle qualifie de recueil optimiste. Les participant·e·s ont donc imaginé toutes les possibilités de vivre-ensemble dans un monde où l’écologie prime. Ils et elles avaient pour synopsis : “Nous sommes à Marseille en 2050. Suite aux catastrophes climatiques, aux sécheresses et aux inondations, les mobilisations citoyennes de résistance et d’alternatives ont été le moteur d’un changement structurel et global”.

Couverture de Marseille à 51°C ? © Louise Nigoghossian

Marseille peut devenir une ville verte et opérer une transition écologique, comme Lyon ou Paris le pourraient aussi. Agnès y croit. Mais pour ça, il faut agir et vite. L’ouvrage cible trois problèmes majeurs propres à la cité phocéenne : la pollution atmosphérique liée au fort trafic maritime, le réseau de transports publics inadapté, favorisant l’usage de la voiture, ainsi que les tensions politiques entre la ville de Marseille et la métropole Aix-Marseille. Il s’appuie également sur l’étude du scientifique Joël Guiot nommée “L’impact du changement climatique et la nécessaire adaptation en région PACA” (2025 CNRS/CEREGE Grec-Sud). Si rien n’est fait pour freiner le dérèglement climatique, les températures moyennes pourraient augmenter drastiquement, jusqu’à plus de 5°C à la fin du siècle en région PACA. Entraînant ainsi l’intensification des épisodes caniculaires et la raréfaction de l’eau dans le canal de Marseille, sans compter la multiplication des catastrophes telles que les inondations et les incendies.

« Ce livre, en soi, parle de Marseille en 2050, mais en 2026 on commence à en voir les prémices ». Alors que les Bouches-du-Rhône étaient placées en vigilance orange canicule du 8 au 9 juillet par Météo-France avec des températures avoisinant les 41°C, Marseille sous 51°C ne paraît plus si loin. L’urgence est d’ores et déjà de repenser la ville pour permettre à tous et à toutes d’y vivre sereinement. Sans être alarmiste et dystopique, Marseille à 51°C ? montre que d’autres voies sont envisageables avec une forte mobilisation citoyenne. « C’est possible de végétaliser et d’aérer la ville. Pour perdre 4 ou 5 degrés, on pourrait dès à présent changer le revêtement des trottoirs et peindre les tuiles des toitures en blanc », explique Agnès.

« Il y a tellement de solutions qui peuvent éviter le schéma apocalyptique de Marseille qui brûle. » Pour faire découvrir au plus grand nombre les fictions du recueil, Comm’un Possible Marseille présentera Marseille à 51° C ? à la bibliothèque l’Alcazar le 24 octobre prochain. D’ici là, tous et toutes espèrent que des actions locales en faveur de l’écologie seront réellement adoptées.

Chloé Roulet, le 15 juillet 2025

Qu’est-ce qu’un PFAS ?

Commençons d’abord par savoir de quoi parle-t-on exactement. L’acronyme PFAS vient de l’anglais Per and Polyfluoroalkyl Substances, ce qui signifie en français : Substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées. Les scientifiques les classent comme « polluants organiques persistants », et dans la presse, ils sont souvent qualifiés de « polluants éternels ». C’est-à-dire des éléments qui resteront dans la structure chimique de notre planète jusqu’à ce que cette dernière disparaisse complètement du système solaire, soit bien après la disparition de l’espèce humaine. La Terre ne peut pas les éliminer, et les chercheurs peinent à trouver des solutions techniques. En janvier 2025, le quotidien Le Monde publiait un long format très éclairant à ce sujet : le coût de la dépollution de l’Europe sera vertigineux.

Où trouve-t-on des PFAS ?

Les PFAS sont partout : dans les revêtements anti-adhésifs, anti-tâches, déperlants, nos emballages alimentaires, nos produits ménagers, les isolants des fils et des câbles électriques, ou encore les mousses anti-incendie. Les premières réglementations visant à remplacer ces molécules dans les objets du quotidien datent des années 1970, et se sont avérées très insuffisantes, ne serait-ce que pour réduire la présence des PFAS dans l’environnement. Ils s’infiltrent dans la chaîne alimentaire, contaminent la faune, et menacent les écosystèmes. Dans le corps humain, ils s’accumulent aussi : on en trouve dans le sang, les cheveux et même le lait maternel. 

Quelles sont leurs conséquences sur la santé ?

La littérature scientifique portant sur les PFAS et leurs effets sur la santé est abondante et s’enrichit de jour en jour. Il s’agit de risques chroniques liés à une exposition répétée sur du long terme à ces substances. Chez l’humain, quatre effets recensés font consensus au sein de la communauté scientifique. Il s’agit de la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination ; de l’augmentation de risque du cancer du rein ; de la baisse du poids de naissance des nouveaux nés ; de l’apparition de la dyslipidémie (maladie lipidique due à un taux de cholestérol ou à des triglycérides trop élevés).

L’Autorité européenne de sécurité des aliments, EFSA en anglais, considère que 4 PFAS doivent faire l’objet d’une attention et d’une vigilance particulière car ils sont particulièrement néfastes pour la santé. Il s’agit du PFOA, du PFNA, du PFOS et du PFHxS. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le PFOA dans le groupe 1 des substances cancérigènes pour les humains et le PFOS dans le groupe 2B des substances pouvant être potentiellement cancérigènes pour les humains. D’autres types d’effets sur la santé sont suspectés comme les maladies thyroïdiennes ou les troubles de la reproduction et de la fertilité. En France, l’ANSES a engagé des travaux pour dresser un état des lieux des contaminations dans l’eau, les aliments, l’air, les sols, etc..

Et en Paca ?

En ce qui concerne la Région Provence Alpes Côte d’Azur, ce sont les zones industrielles autour de Marseille qui sont les plus fortement impactées par ce scandale sanitaire d’ampleur nationale. Néanmoins, nous sommes loin des taux de PFAS retrouvés dans les communes situées dans la vallée de la chimie au sud de Lyon, pour ne citer que ce cas de figure. L’Agence Régionale de Santé a anticipé l’échéance réglementaire de 2026 relative à la recherche obligatoire de ces composés en lançant une campagne d’analyses prospectives dès 2024 dans des captages utilisés pour l’eau destinée à la consommation humaine. Au 1er mai 2026, plus de 3400 analyses de recherches de PFAS ont été réalisées dans la région, ce qui a permis de couvrir toutes les zones desservies par les réseaux de distribution d’eau. Les résultats de ces analyses sont consultables sur le site internet de l’agence.

Que fait l’État ?

Le ministère de la Santé publie une liste de recommandations : varier son alimentation, cuisiner « maison », privilégier quand on le peut les fruits et légumes bios, les vêtements en fibres naturelles, éviter les poêles antiadhésives, les emballages plastiques, aérer quotidiennement son logement, utiliser du savon noir ou du vinaigre ménager pour nettoyer, limiter les cosmétiques, etc..

Depuis le 31 juillet 2025, le ministère de la transition écologique a mis en place une plateforme contenant une carte de surveillance des PFAS dans les eaux souterraines ou de surface de tout le territoire français, à laquelle chaque citoyen peut accéder, et constater qu’aucune région de France n’est épargnée par ce problème. Le 20 mai 2026, un recours émanant des associations Bloom, Générations futures et Notre affaire à tous, ainsi que de six riverains domiciliés dans des zones particulièrement contaminées a été déposé devant le Tribunal administratif de Paris contre l’État français, afin que ce dernier fasse cesser les rejets de PFAS dans l’environnement. Il s’agit également de faire reconnaître l’existence d’un préjudice écologique du fait de l’inaction de l’État dans ce domaine.

Capture d’écran de la carte IGN « Infos PFAS » du 8 juillet 2026

Le 29 janvier 2026, 192 habitants de la vallée de la chimie ont assigné les groupes Arkema et Daikin Chemical devant le tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux grands groupes sont suspectés d’être à l’origine de la plus importante pollution aux PFAS identifiée à ce jour en France. Marsactu s’est aussi emparé de la question et a enquêté à Fos sur Mer, dans un article repris par Mediapart. En 2025, le Grand Port Maritime de Marseille a déposé plainte contre X auprès du parquet de Marseille pour une pollution aux PFAS dans la zone maritime de Fos sur Mer, près de la nappe phréatique de la Crau, qui alimente en eau des centaines de milliers d’habitants. Une enquête a été ouverte le 29 avril 2026 et est toujours en cours. La municipalité de Fos vient elle aussi de déposer plainte, tout en communiquant de manière rassurante pour éviter la panique.

Même si la région Provence-Alpes-Côte d’Azur apparaît comme la quatrième région la plus impactée par ce problème, la qualité de l’eau est surveillée, et les pouvoirs publics n’en ont pas interdit la consommation. Chacun reste libre d’utiliser celle du robinet pour sa consommation alimentaire quotidienne. Il faut surtout, pour les citoyens, s’informer et s’assurer que la vigilance des institutions ne faiblisse pas.

Anne-Lise Robert, le 8 juillet 2026

Une monnaie dématérialisée qui se veut sociale

La Ğ1, c’est une manière de « remettre l’humain au centre de l’économie » , voilà le slogan en tête des flyers éparpillés au milieu d’articles de seconde-main. En ce dimanche ensoleillé, la Fête des Possibles est organisée par la recyclerie La Source, au village de Montauroux dans le Var. Près du collège Léonard De Vinci, au milieu des chênes, une brocante du dimanche, tout ce qu’il y a de plus habituel en cette saison. Sauf qu’au fond de la parcelle, quelques stands proposent d’échanger sans espèces sonnantes et trébuchantes.

L’occasion de rencontrer Flash Mc Love, qui préfère se présenter sous son pseudonyme de juniste. Pour lui la valeur, c’est d’abord l’échange : « la monnaie libre m’a donné accès à l’art, et la possibilité d’échanger avec des artistes » et « différentes personnes partout en France ». Le principe se rapproche des SEL, les systèmes d’échanges locaux comme La Roue Marseille ou encore le Citron à Menton, avec quelques particularités comme le dividende universel : une redistribution de l’inflation de la masse monétaire à tous les membres. Comme si la BCE (Banque de la Communauté Européenne) versait directement aux citoyens les bénéfices de l’inflation de l’euro.

 

Alors comment échanger en Ğ1 si l’on a rien à vendre ?

Dans ce petit G-marché, et en accord avec l’association de la recyclerie du pays de Fayence La Source, la plupart des stands proposent des objets de seconde main. Mais pas que ; on peut y retrouver un service de coiffure ou de massage. Pas de professionnels ici, les particuliers échangent selon leurs besoins et leurs talents, m’indique McFlash, membre depuis 2021.

« Quand on arrive sur le marché, on vous donne une somme de départ, qui vous permettra alors d’échanger », explique Odile Robinet, sur le stand d’à côté. Elle continue la discussion avec un couple, dans la vingtaine, dubitatif au premier abord. Il se laisseront finalement tenter par la création de deux comptes sur leur smartphone respectifs.

Le baromètre de l’ADEME de la consommation responsable de juin 2026, l’agence de la transition écologique, révèle que 75 % des Français s’accordent sur le fait que la crise écologique nous oblige à revoir nos modes de vie et de consommation.

Des junistes initient les nouveaux membres à l’utilisation de la cryptomonnaie – © Victor Furtuna

 

Une alternative relativement peu énergivore, mais confidentielle

Techniquement, la Ğ1 est créé par le système « Duniterblockchain », un système moins énergivore que les crypto-actifs comme le Bitcoin. Pour « forger » de la monnaie, il suffit d’utiliser un petit ordinateur, à l’opposé du « minage » du Bitcoin qui demande des ressources énergétiques importantes. « Il n’y a pas de difficulté de calcul pour la Ğ1 » m’explique mon interlocuteur, car ce système s’appuie sur la théorie relative de création monétaire de Stéphane Laborde, une règle simple.

Des monnaies locales classiques se convertissent en June, l’utilisation d’espèces reste possible pour les plus réticents au numérique. Les espèces sont échangées lors d’événements physiques : un responsable de la monnaie locale se charge de les troquer en Ğ1.

La Ğ1 est « une monnaie résiliente en cas de crise, et permet de redynamiser les échanges sur un territoire » m’indique Maxime Malafosse, maître de conférences rattaché à l’École des Mines de Saint-Étienne, sur le campus de Gardanne. Il s’est intéressé à la Ğ1 en 2022 avec une étude de cas. Ses recherches portent sur les communs, la blockchain et le logiciel libre.

Il explique que c’est une cryptomonnaie encore « alternative, assez confidentielle » et que « la question de sa durabilité se pose, si elle n’est pas inscrite institutionnellement ». Il y a 6394 membres actuellement, d’après Gecko, application d’échange de la devise. Les autorités publiques ne soutiennent pas encore ce genre de projet, la création monétaire est encore un « sujet sensible », ajoute M. Malafosse : il est délicat pour l’État de renoncer à son monopole d’émission de monnaie. Et par ailleurs, la Banque centrale Européenne prépare un projet d’euro numérique. Il précise qu’au contraire des monnaies locales, la Ğ1 ne propose pas de conversion en euro. C’est un outil à part entière pour échanger, une philosophie sans spéculation, à l’inverse des crypto-actifs et du Bitcoin.

Cela rejoint les propos de François Mesme, membre historique de la June dans les Alpes-Maritimes ; interrogé en novembre dernier, il déplorait « le nombre de participants reste encore embryonnaire ». Le collectif de junistes communique sur la messagerie Telegram par un groupe privé, et n’a pas de statut d’associations. Pour l’organisation des marchés, cela se fait souvent chez un particulier, ou avec une association comme ici à Montauroux.

Maxime Malafosse nous donnait le mot de la fin : « (la monnaie), c’est au cœur du projet de la transition sociale et écologique, c’est ce qui relie tout ». Une bonne raison de s’y intéresser, sous l’angle économique comme écologique, les deux étant articulés.

Victor Furtuna, le 1er juillet 2026

Des billets de SEL convertibles en June – © Victor Furtuna

Brouettes d’abricots, caisses de plantes vertes, bouquets d’herbes aromatiques, le tout sous une étiquette “Servez-vous” : lors de la Belle fête de mai – fête du 3e arrondissement de Marseille, célébrée le dernier week-end du mois – le Jardin Levat partage à tous et à toutes les récoltes de son terrain. Sourire aux lèvres, petits et grands enfants du quartier repartent les mains vertes de la place Caffo, à deux pas du jardin. Nombre d’entre eux connaissent ce lieu comme “le couvent” mais peu savent qu’il abrite un terrain de 1,7 hectares composé de deux vergers, une dizaine de parcelles, une serre, un pré et une bibliothèque extérieure. Un espace vert totalement accessible et mis à disposition du public pour démocratiser les politiques environnementales. Une sorte de contre-pied à l’écologie classiste et déconnectée des luttes sociales.

Statue du jardin-ressource de la Belle de Mai © Chloé Roulet

 

Le but du projet, c’est de se le réapproprier et d’en faire un support d’écologie populaire” explique Julie, architecte du collectif L’Hydre qui gère la gestion et l’entretien du jardin Levat. Via des assemblées trimestrielles et des chantiers participatifs, les habitants sont au cœur de la gestion écologique du lieu, qu’elle qualifie de “jardin-ressource” : “Ici, on mutualise toutes les ressources du jardin, les outils, les récoltes, la serre collective”. Elle poursuit : “C’est aussi un support d’activité pour plein d’associations et structures du quartier, comme les écoles qui viennent faire classe dehors.” Chaque vendredi, quand le temps le permet, les élèves de l’école élémentaire Bernard Cadenat s’installent sur les bancs de la bibliothèque pour y étudier.

Stand des Jardins de la Belle de Mai lors de la Belle fête de Mai 2026 © Chloé Roulet

 

Tous les déchets verts sont considérés comme de la ressource

Le projet de réappropriation est né d’un déménagement des religieuses, après plus d’un siècle d’occupation du couvent Levat, en 2016. Un an plus tard, l’association artistique Juxtapoz s’y est installée sur accord de la Mairie. Suite à cette reprise, le couvent est devenu un tiers-lieu d’ateliers d’artistes, avec une programmation culturelle hebdomadaire ouverte au public. Le jardin rattaché au couvent était donc pensé et entretenu pour l’organisation d’évènements. Ce n’est qu’en 2022 que le collectif L’Hydre, spécialisé dans l’aménagement des lieux publics et des espaces ressources, est chargé de la gestion du jardin. Pour Julie, l’enjeu majeur était l’adaptation des usages : “C’est un endroit qui a été pendant 150 ans fréquenté par une soixantaine de bonnes sœurs qui cultivaient la terre et qui, d’un coup, se retrouve ouvert au public.

Un des seuls espaces verts du quartier

Les usages des visiteurs·euses sont variés : lire à l’ombre au pied d’un arbre, pique-niquer en famille, faire du sport sur tapis ou bien la sieste au soleil. “J’y vais au moins deux fois par semaine pour bouquiner et me poser dans la prairie”, confie Calie, étudiante et habitante du quartier. Avec un tel silence, on oublierait presque la ville autour. “Quand j’ai besoin d’un peu plus de nature et de verdure, je viens ici.” L’étudiante met en lumière une triste réalité : à la Belle de Mai et à Marseille en général, les espaces verts se font rares. D’après l’INSEE, les marseillais·es disposent de 5 m² par habitant de parcs et jardins publics – soit moins de la moitié des autres centres urbains dont la moyenne est de 12m² par habitant.

Le pré du jardin de la Belle de Mai © Chloé Roulet

On est ici évidemment dans un quartier qui manque d’écologie populaire”, explique Manuel Bompard, député LFI de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. À la Belle de Mai et plus largement dans les quartiers populaires, il dénonce une écologie déconnectée des réalités locales : “L’écologie, elle apparaît toujours comme une mesure qui vient de l’extérieur et qui est imposée ; mais le projet Levat démontre l’inverse”. Le député insoumis poursuit : “il y a une volonté d’avoir un mode de vie qui permette d’avoir accès à la nature tout en respectant l’environnement, de construire ensemble et non au détriment des habitants”. Pour aller au bout de ce projet écologique, l’association. L.EV.A.T – comptant le collectif L’Hydre, 18 structures adhérentes et 107 habitant·e.s du quartier – souhaite récupérer l’entretien total du couvent, jardin et bâtiment compris. L’association voisine, Juxtapoz, a annoncé en début d’année ne pas renouveler leur convention avec la mairie. Julie explique que les négociations sont en cours : “On demande à la ville de récupérer la gestion entière du lieu, pour faire un projet cohérent et de ne plus avoir cette séparation bâti-jardin. Ça permettrait une gestion globale par les habitants du quartier, pour les habitants du quartier.

Chloé Roulet, le 22 juin 2026