Les jardins du Couvent Levat, poumon vert de la Belle de Mai
« Une écologie par et pour les habitants de la Belle de Mai » : le mot d’ordre du Jardin Levat, lancé en 2022 à Marseille par le collectif L’Hydre. Architectes, paysagistes et habitants du quartier entretiennent 1,7 hectares de terrain vert de l’ancien couvent Levat, quitté par les religieuses en 2016.
Brouettes d’abricots, caisses de plantes vertes, bouquets d’herbes aromatiques, le tout sous une étiquette “Servez-vous” : lors de la Belle fête de mai – fête du 3e arrondissement de Marseille, célébrée le dernier week-end du mois – le Jardin Levat partage à tous et à toutes les récoltes de son terrain. Sourire aux lèvres, petits et grands enfants du quartier repartent les mains vertes de la place Caffo, à deux pas du jardin. Nombre d’entre eux connaissent ce lieu comme “le couvent” mais peu savent qu’il abrite un terrain de 1,7 hectares composé de deux vergers, une dizaine de parcelles, une serre, un pré et une bibliothèque extérieure. Un espace vert totalement accessible et mis à disposition du public pour démocratiser les politiques environnementales. Une sorte de contre-pied à l’écologie classiste et déconnectée des luttes sociales.

Statue du jardin-ressource de la Belle de Mai © Chloé Roulet
“Le but du projet, c’est de se le réapproprier et d’en faire un support d’écologie populaire” explique Julie, architecte du collectif L’Hydre qui gère la gestion et l’entretien du jardin Levat. Via des assemblées trimestrielles et des chantiers participatifs, les habitants sont au cœur de la gestion écologique du lieu, qu’elle qualifie de “jardin-ressource” : “Ici, on mutualise toutes les ressources du jardin, les outils, les récoltes, la serre collective”. Elle poursuit : “C’est aussi un support d’activité pour plein d’associations et structures du quartier, comme les écoles qui viennent faire classe dehors.” Chaque vendredi, quand le temps le permet, les élèves de l’école élémentaire Bernard Cadenat s’installent sur les bancs de la bibliothèque pour y étudier.

Stand des Jardins de la Belle de Mai lors de la Belle fête de Mai 2026 © Chloé Roulet
“Tous les déchets verts sont considérés comme de la ressource”
Le projet de réappropriation est né d’un déménagement des religieuses, après plus d’un siècle d’occupation du couvent Levat, en 2016. Un an plus tard, l’association artistique Juxtapoz s’y est installée sur accord de la Mairie. Suite à cette reprise, le couvent est devenu un tiers-lieu d’ateliers d’artistes, avec une programmation culturelle hebdomadaire ouverte au public. Le jardin rattaché au couvent était donc pensé et entretenu pour l’organisation d’évènements. Ce n’est qu’en 2022 que le collectif L’Hydre, spécialisé dans l’aménagement des lieux publics et des espaces ressources, est chargé de la gestion du jardin. Pour Julie, l’enjeu majeur était l’adaptation des usages : “C’est un endroit qui a été pendant 150 ans fréquenté par une soixantaine de bonnes sœurs qui cultivaient la terre et qui, d’un coup, se retrouve ouvert au public.”

Le pré du jardin de la Belle de Mai © Chloé Roulet
“On est ici évidemment dans un quartier qui manque d’écologie populaire”, explique Manuel Bompard, député LFI de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. À la Belle de Mai et plus largement dans les quartiers populaires, il dénonce une écologie déconnectée des réalités locales : “L’écologie, elle apparaît toujours comme une mesure qui vient de l’extérieur et qui est imposée ; mais le projet Levat démontre l’inverse”. Le député insoumis poursuit : “il y a une volonté d’avoir un mode de vie qui permette d’avoir accès à la nature tout en respectant l’environnement, de construire ensemble et non au détriment des habitants”. Pour aller au bout de ce projet écologique, le collectif L’Hydre souhaite récupérer l’entretien total du couvent, jardin et bâtiment compris. L’association voisine, Juxtapoz, a annoncé en début d’année ne pas renouveler leur convention avec la mairie. Julie explique que les négociations sont en cours : “On demande à la ville de récupérer la gestion entière du lieu, pour faire un projet cohérent et de ne plus avoir cette séparation bâti-jardin. Ça permettrait une gestion globale par les habitants du quartier, pour les habitants du quartier.”
Chloé Roulet, le 22 juin 2026
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