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À l’heure où les actions du collectif Dernière Rénovation / Riposte Alimentaire se sont interrompues, les expériences vécues restent encore vives dans les mémoires de ses ancien·ne·s membres. Pour Qui Vive, j’ai eu l’occasion d’en rencontrer quelques-un·e·s, qui m’ont fait part de leurs souvenirs et de leurs ressentis.

Comment un collectif militant peut-il se pérenniser ?

C’est une question que je me suis souvent posée ces dernières années, en voyant des groupes militants se désagréger au fil du temps, quelques personnes les portant à bout de bras, avant de connaître un immense état de fatigue. En voyant des espoirs placés dans ces collectifs, réduits à néant du fait de malentendus, si ce n’est de déchirements internes.

J’ai eu l’occasion de m’engager à quelques reprises dans des collectifs militants, souvent au stade de création. Après quelques réunions et plusieurs semaines d’investissement cependant, l’énergie initiale est toujours retombée : les habitudes nous rattrapent, le travail (étudiant pour ma part) mis de côté s’accumule, jusqu’à ce que notre engagement se noie au milieu d’un quotidien déjà bien rempli.

Les groupes militants qui parviennent à perdurer me fascinent. Comment réussissent-ils à recruter ? Quelle portion de temps investissent leurs militant·e·s dans la lutte ? Ont-ielles la possibilité de se réserver des temps informels ? La santé mentale a-t-elle une place dans leur combat ?

 

© Matthieu 1


Le collectif Dernière Rénovation / Riposte Alimentaire

Pour comprendre plus précisément quelles raisons peuvent conduire à la fin d’un collectif militant, et donc essayer d’y apporter des solutions, je me suis dirigée vers le collectif Dernière Rénovation, devenu Riposte Alimentaire en 2024. Fondé en avril 2022, il a annoncé la fin de ses actions en octobre 2024, afin de se consacrer pleinement aux procès intentés à plusieurs de ses membres (encore en cours à l’heure actuelle). Et pour cause, Dernière Rénovation / Riposte Alimentaire était un collectif de résistance civile, particulièrement médiatisé pour ses actions qui comprenaient des blocages de route et des jets de soupe sur des peintures, afin d’alerter l’opinion publique sur l’urgence du passage à l’action, pour lutter contre le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité (entre autres). Le collectif s’inscrivait dans le réseau A22, qui compte dans ses rangs plusieurs organisations à l’échelle internationale, se rassemblant autour d’une méthode de lutte commune : la résistance civile.

Cette méthode a notamment été pensée par Roger Hallam, co-fondateur, controversé et parfois contesté1, d’Extinction Rebellion, un mouvement écologiste international né en 2018. Hallam estimait cependant que le fonctionnement de XR (abréviation d’Extinction Rebellion) n’était pas suffisamment efficace, en ne permettant pas d’aboutir à des mesures concrètes et exigeantes à court terme. Au contraire, la résistance civile se caractérise par la définition d’objectifs clairs en amont, et par le déploiement d’une série d’actions permettant d’atteindre ces objectifs. C’est sur cette base que s’est construite la campagne Dernière Rénovation, dont le but était de contraindre le gouvernement français à mettre sur pied un programme afin « d’assurer la rénovation globale et performante du parc immobilier français d’ici 2040 et d’élaborer un système de financement simple et progressif prenant en charge l’intégralité des travaux pour les propriétaires les plus modestes »2. Jugeant que cet objectif avait été atteint (dans une moindre mesure cependant), à travers « l’adoption à l’Assemblée nationale d’un budget de 12 milliards d’euros pour la rénovation thermique des bâtiments dans le projet de loi de finances 2023 »3 (par la suite soigneusement mis de côté via l’utilisation du 49.3), le collectif a débuté une nouvelle campagne, en prenant le nom de Riposte Alimentaire, et en défendant la mise en place d’une Sécurité Sociale de l’Alimentation4 à l’échelle nationale.

Souvent, les actions de DR / RA se clôturent par un placement en garde-à-vue de leurs participant·e·s, prévu et souhaité par le collectif, afin de gagner plus de poids politique et médiatique5.

Au vu de l’écho médiatique du collectif et de sa structuration apparente, il me semblait étonnant que ses actions s’interrompent aussi brutalement. Pour mieux comprendre, j’ai interrogé trois ancien·ne·s membres de DR / RA.

Bien que leurs éléments de réponse ne constituent que des hypothèses pour répondre à cette question, leurs témoignages m’ont permis d’en apprendre beaucoup sur la mise en place d’un collectif, sur l’importance des liens qui se tissent au sein d’un groupe militant, en particulier dans le cadre de la résistance civile. Je les remercie toustes les trois pour m’avoir accordé de leur temps.

DR / RA se structure à partir de différents groupes locaux, basés dans plusieurs grandes villes de France, et d’un comité national, se chargeant de la coordination de ces groupes et des actions menées. Matthieu (29 ans) et Aurélie (la cinquantaine)6 appartenaient toustes les deux à l’antenne marseillaise de DR / RA, Margot (35 ans)7 au comité national.

Matthieu travaille dans l’informatique. Son entrée au sein de Dernière Rénovation constitue son premier pas vers un engagement politique. Margot et Aurélie sont un peu plus expérimentées : Margot vient du monde de la culture et était déjà investie dans le milieu associatif, en s’inscrivant notamment dans la lutte contre les discriminations de genre, ou au sein d’un accueil de jour pour les femmes sans-abri. Quant à Aurélie, elle est membre d’une association de parents d’élèves et s’investit au sein d’une AMAP8.

 

© Matthieu 2


Quelque chose de plus grand que soi

Matthieu a entendu parler de Dernière Rénovation pour la première fois dans une interview accordée au média en ligne Blast, en juillet 2022. « Ils étaient deux sur le plateau, et avaient l’air tellement en accord avec mes convictions, ça m’a donné envie de m’engager. » Il décide de s’inscrire pour participer à une réunion publique9, qui le convainc de s’investir davantage. Le groupe local ne comporte alors que trop peu de membres pour participer à la vague d’actions10 en cours. Il prend donc en charge différentes missions, et aide dans le cadre des réunions publiques, fait du phoning11, gère la base de données, participe aux réunions internes du groupe local…

Suite à une réunion publique, Aurélie participe à une journée de formation à l’action. Le matin est consacré à des jeux d’écoute, permettant à toustes les participant·e·s d’exposer les raisons pour lesquelles ielles ont décidé de prendre part à cette journée. L’après-midi est davantage tournée vers la pratique, en simulant un blocage de route, afin de préparer les participant·e·s à leur passage à l’action. Une journée ayant provoqué beaucoup d’enthousiasme chez Aurélie, et lui ayant permis de côtoyer des personnes tout aussi préoccupées qu’elle par la situation écologique. Un sentiment d’être compris·e, qu’éprouve aussi Matthieu lorsqu’il intègre le collectif : « L’éco-anxiété a disparu à ce moment-là, tu as l’impression d’appartenir à quelque chose de plus grand que toi. »

L’engagement d’Aurélie au sein de DR commence durant la période de la réforme des retraites. Le collectif décide alors de marquer une pause dans ses actions pour favoriser la mobilisation de ses membres contre la réforme. Malgré tout, de plus petites actions se poursuivent, comme des affichages sauvages, ou des habillages de statues avec des t-shirts portant des slogans, dénonçant l’inaction du gouvernement en matière d’écologie.

Cette période lui permet d’apprendre à connaître les membres du groupe local, de tisser des relations et de gagner en confiance, en se mettant en mouvement. Elle éprouve la sensation d’acquérir de la force, qui se cristallise par la suite, lors d’une première vague d’actions en octobre 2023. L’idée du collectif est de rassembler différent·e·s membres des groupes locaux, afin de mener une semaine intense d’actions sur Paris.

 

© Matthieu 4


Montée d’adrénaline

Aurélie est mobilisée dans le cadre d’un blocage des locaux du parti Renaissance, qui se solde par une garde-à-vue, anticipée par DR. La garde-à-vue dure environ 24h, et se déroule dans de bonnes conditions selon elle12 : « J’étais avec des gens que je connaissais, avec qui j’avais bloqué les locaux de Renaissance. Nous nous soutenions. […] Les policiers n’étaient pas brutaux avec nous, et des membres de Dernière Rénovation nous ont accueillis à notre sortie. »

Pour elle, il s’agit d’un souvenir mêlé d’un certain entrain. Elle évoque quelques moments amusants : « Devant les locaux de Renaissance, les policiers ne comprenaient pas la façon dont nous étions attachés entre nous. Nous les avons vus perdre contenance, en essayant de nous détacher pendant plusieurs minutes. » Elle mentionne également son incompréhension, face aux moyens déployés pour déloger les militant·e·s : « Une douzaine de camions ont été mobilisés pour emmener les militants au commissariat. Nous étions un par camion. On a traversé Paris avec les gyrophares, comme si on avait fait quelque chose d’extrêmement grave. »

Et de fait, cette prise en charge des militant·e·s écologistes est plus que préoccupante. Comme le rappelle Michel Forst, rapporteur spécial des Nations-Unies sur les Défenseurs de l’environnement, « La répression que subissent actuellement en Europe les militants environnementaux qui ont recours à des actions pacifiques de désobéissance civile constitue une menace majeure pour la démocratie et les droits humains »13.

Finalement, Aurélie précise que pour elle, cette action lui a permis de s’extraire de son rôle de maman, devant uniquement prendre soin des autres, et de devenir un sujet agissant, qui s’expose à des risques. Elle mentionne également l’adrénaline ressentie durant cette expérience, dont la retombée les jours suivant l’action a été particulièrement difficile à vivre.

Une adrénaline qu’a également ressentie Margot durant sa période chez Dernière Rénovation. Margot a été embauchée au sein du comité national, dans le pôle communication qui comptait généralement cinq personnes. Son engagement lui prenait tellement de temps qu’elle a été obligée de déménager rapidement chez ses parents. « Mes heures de sommeil se sont réduites, je n’avais plus le temps de me faire à manger, de prendre une douche, de sortir ma chienne… De satisfaire mes besoins primaires en fait. »

Elle est mobilisée, tout comme l’ensemble des membres du groupe national, de l’aube (lorsque débutent les blocages de route, qu’il faut donc suivre puis retransmettre à travers les réseaux sociaux) jusqu’à minuit (heure à laquelle s’achèvent les matchs de foot qu’interrompt régulièrement DR, en association avec d’autres groupes du réseau A22 notamment), 7 jours sur 7, 24 heures sur 24.

Durant ces longues journées, Margot s’occupe du sous-titrage des vidéos envoyées par les groupes locaux, qu’elle diffuse sur les réseaux sociaux, elle réalise des montages vidéo et est également responsable d’une équipe de bénévoles graphistes. Au-delà de ces nombreuses tâches, et du suivi des actions quotidiennes, le comité national se réunit tous les jours en visio-conférence, à compter de 4 à 5 heures par jour.

Un rythme de travail qui favorise une montée d’adrénaline, les membres du comité national étant perpétuellement sur le pont : « C’est comme une rave party qui dure plusieurs semaines » souligne Margot.

Par ailleurs, une pression s’exerce aussi du point de vue de la confidentialité des informations et de la sécurité des militant·e·s : « Aucune fuite de documents n’est permise. C’est la sécurité de nos abeilles14 qui est en jeu ». Pour assurer cette protection, les codes d’accès à des documents confidentiels sont changés régulièrement, et les canaux de discussion se multiplient sur plusieurs plateformes. Un fonctionnement qui représente une source d’angoisse conséquente, mais qui reste nécessaire selon Margot.

Au-delà de cette pression liée à la confidentialité, une autre s’exerce, d’ordre budgétaire cette fois-ci. En effet, le réseau A22 est financé par le Climate Emergency Fund, un fonds créé notamment par Aileen Getty, fille du fondateur de Getty Oil, une compagnie pétrolière et Trevor Nelson, ancien membre de la fondation Bill et Melinda Gates15. Margot me confie que chaque mois, Dernière Rénovation se devait de rendre des comptes au Climate Emergency Fund, pour que celui-ci continue de financer la campagne16.

Pendant plusieurs mois, elle consacre l’intégralité de son temps à Dernière Rénovation : « Même si ce n’était pas dit explicitement, nous ne pouvions pas nous investir dans d’autres associations ou collectifs. J’ai poursuivi certains de mes engagements, mais en prenant sur mon temps de sommeil ».

Ce sont ses proches qui lui ont permis de sortir de la campagne.

Au bout de plusieurs mois de mobilisation, elle décide de prendre quelques jours de repos, à la suite desquels elle ne se sent plus capable de réintégrer ce rythme de vie. « Quand j’ai quitté Dernière Rénovation, je me sentais faible, je me dévalorisais constamment. Ma vie en dehors de Dernière Rénovation n’avait plus de sens. » Au-delà d’une santé mentale dégradée et d’une fatigue immense, Margot écope également des conséquences de son manque de mobilité pendant plusieurs mois : « J’ai eu de grosses difficultés à marcher, comme en sortie de confinement. Sortir ma chienne me demandait beaucoup d’efforts ».

Malgré tout, elle me confie éprouver de la nostalgie en repensant à cette période. Tous ses engagements actuels sont « plutôt doux », l’adrénaline éprouvée au cours de sa période Dernière Rénovation lui manque beaucoup. De même que les liens avec les membres du groupe national, qu’elle a décidé de rompe suite à son départ : « J’étais trop honteuse, j’avais le sentiment de les avoir abandonnés, notamment ma binôme avec laquelle j’étais en permanence au téléphone ».

Elle m’explique cependant que ces liens étaient particuliers. Les militant·e·s du comité national sont très proches, en étant constamment au téléphone les un·e·s avec les autres, tout en ne se connaissant pas. La plupart d’entre elleux ne se sont jamais rencontré·e·s physiquement. « Charlotte17, avec laquelle j’étais au téléphone H24, je ne sais pas à quoi elle ressemble, quel âge elle a, ni ce qu’elle aime. » Margot m’explique qu’elle éprouvait un certain enthousiasme à travers cette construction de liens spontanée autour d’une lutte commune : « On crée une communauté incroyable ». Cependant, en quittant le collectif, il est plus difficile de maintenir ces liens, puisque fondés uniquement sur la base d’un engagement politique.

Cet investissement particulièrement intense au sein du collectif se retrouve également dans les groupes locaux. Matthieu témoigne du fait qu’il pensait en permanence, y compris durant ses horaires de travail, à Dernière Rénovation. Avec le début de la campagne Riposte Alimentaire, il ne parvenait plus à trouver de temps à consacrer à ses ami·e·s.

En outre, suite au vote de la nouvelle revendication18, lui et Aurélie ont décidé de reprendre les rênes du groupe local, afin de faire perdurer une dynamique à l’échelle marseillaise. Un rôle de coordination qui était auparavant assuré par une membre du collectif à temps plein, qui bénéficiait d’une aide financière19.

Un moment, Matthieu pense quitter son travail pour se consacrer pleinement à Riposte Alimentaire. Avec Aurélie, il tente de faire renaître le groupe, en mettant sur pied de nouvelles réunions publiques, et en devenant speaker20 : « C’est un rôle que je n’aurais jamais pensé prendre avant : parler devant des gens, faire un exposé, ça m’impressionnait… Mais c’est un rôle qui m’a permis de prendre confiance, et d’apprendre tellement de choses sur le réchauffement climatique, sur l’écologie… » Au-delà des réunions publiques, Matthieu appelle jusqu’à 50 personnes par jour pour mobiliser du monde sur Marseille, programme des réunions régulières avec l’équipe locale, et organise en parallèle une action. Par ailleurs, tout comme Margot, il se sent entièrement responsable de la sécurité des militant·e·s mobilisé·e·s à cette occasion.

Un engagement extrêmement chronophage, qu’il partage avec Aurélie. Celle-ci insiste néanmoins sur le fait qu’une journée par semaine dans son emploi du temps est dédiée à ses différents engagements, et donc à Riposte Alimentaire au moment de la campagne. Elle me confie aussi qu’ils lui conférent une énergie, un enthousiasme, qui se répercutent ensuite dans son quotidien : « Mon équilibre et mon bien-être reposent aussi sur ces engagements ».

 

© Matthieu 3


Et la santé mentale ?

J’interroge ensuite Matthieu, Aurélie et Margot sur la place de la santé mentale au sein du collectif, qui me semble primordiale pour qu’un groupe militant puisse perdurer.

Matthieu m’explique qu’elle est à la fois prise en compte dans le fonctionnement interne du collectif, dans le cadre des réunions notamment, mais également avant et après les actions.

En outre, DR / RA se charge de mettre à disposition des différents groupes locaux une série de documents numériques relatifs au soin, leurs membres pouvant ainsi s’auto-former sur la question. Par ailleurs, le groupe national comprend un pôle soin, uniquement dédié à la prise en charge de la santé mentale des militant·e·s, et chaque groupe local comporte un·e référent·e soin, à laquelle ou auquel ses membres peuvent s’adresser.

Aurélie m’apprend également que lors du blocage des locaux de Renaissance, une réunion était prévue en amont pour préparer les militant·e·s à ce qu’ielles allaient vivre. Suite à l’action, un numéro leur était donné, leur permettant de contacter une base arrière soin en cas de coup de mou suite à l’action. Un service qu’elle a utilisé à son retour dans le sud, en éprouvant un décalage entre sa vie quotidienne et son expérience vécue à Paris. Un cercle de parole était également mis en place quelques temps après, afin de permettre aux participant·e·s de revenir sur leur expérience et la façon dont ielles avaient vécu l’action.

Quant à Margot, elle m’explique qu’une base arrière soin était également mise en place pour le groupe national, qu’il était possible de contacter à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, afin de résoudre rapidement les conflits : « On n’avait pas le temps de s’engueuler, tout allait trop vite, ce service était vraiment important ».

Le collectif cherchait donc à entretenir cette culture du soin. Malgré tout, nous pouvons nous demander légitimement si elle parvenait à garantir une préservation efficace de ses militant·e·s.

 

© Matthieu 6


La fin d’un collectif

Lorsque je les interroge toustes les trois sur les raisons ayant conduit à l’interruption des actions de RP, plusieurs hypothèses émergent.

Pour Matthieu et Aurélie, la désertion progressive des militant·e·s du collectif pourrait s’expliquer par l’adoption de la nouvelle revendication, visant à mettre en place une Sécurité Sociale de l’Alimentation, qu’ielles estiment n’être pas suffisamment mobilisatrice : « Il y avait un énorme enjeu de pédagogie derrière cette revendication » explique Matthieu. « Il est difficile de mobiliser efficacement quand les gens ne comprennent pas pourquoi on lutte. »

Le renforcement de la répression policière est également responsable de cette désertion, en ayant conduit à l’interruption des blocages de route notamment : « C’était des actions assez simples à mettre en place, facilement reproductibles, qui mobilisaient. Parfois, des militant·e·s assistaient à une réunion publique un mercredi soir, se formaient le week-end et partaient en action la semaine suivante. C’était un modèle qui convenait ».

Au contraire, la campagne Riposte Alimentaire a débuté avec une première action assez spectaculaire, suscitant l’intérêt de nombreux médias, y compris à l’échelle internationale : un jet de soupe sur La Joconde. Par la suite, la campagne s’est essentiellement fondée sur ce type de coup d’éclat, à fort potentiel médiatique selon Matthieu, mais difficilement imitables par toustes.

Faute de membres et d’actions, le collectif s’est vu progressivement manquer d’argent, le réseau A22 (et le Climate Emergency Fund en amont) ne fournissant plus suffisamment de fonds pour qu’il puisse perdurer.

Pour Aurélie, l’interruption de la campagne peut également s’expliquer par une trop grande verticalité entre le groupe national d’une part et les groupes locaux d’autre part. En outre, les groupes locaux devaient attendre l’aval du groupe national pour effectuer une action, ou pour obtenir du matériel. Ils ne s’autodéterminaient que très peu, ce qui pourrait expliquer une forme d’épuisement liée à des attentes prolongées, ou un découragement du fait de ce manque d’autonomie.

En clôturant notre entretien, Margot me dit que sa période au sein de Dernière Rénovation, malgré toutes les conséquences qu’elle a pu avoir sur sa santé physique et mentale, s’apparente à l’une des plus belles périodes de sa vie.

Pour Aurélie et Matthieu, même si leur implication au sein du collectif était très énergivore et leur demandait parfois beaucoup de temps, elle les a amené·e·s à découvrir ce qu’était l’action politique : « Non pas partisane, mais politique », précise Aurélie.

Si ces entretiens ne m’ont pas permis de dégager les raisons précises ayant conduit à l’interruption de la campagne Riposte Alimentaire, au-delà de celle annoncée officiellement par le collectif, ils m’ont cependant laissée entrevoir des éléments susceptibles de conférer une longévité à l’engagement : les liens tissés avec une communauté, qui comprend vos inquiétudes et peut faire preuve d’empathie, le dépassement de soi, un apprentissage constant, à travers des formations en interne notamment, une exposition au risque aussi…

Au cours de notre discussion, Margot m’a posé une question : « Le militantisme peut-il vraiment prendre soin de notre santé mentale ? ». Une interrogation charnière, sur laquelle j’essaierai de revenir dans d’autres contributions.

Lou Veyrat-Parisien, le 18 février 2025


NDLR : Lou Veyrat-Parisien effectue un stage en journalisme au sein de la rédaction de Qui Vive pour l’année 2024-25, dans le cadre de sa Licence Sciences et Humanités à Aix-Marseille Université.


1 Pour aller plus loin à ce propos et creuser les origines du réseau A22, voir l’article qui suit, signé Reporterre : https://reporterre.net/Qui-est-Roger-Hallam-l-inspirateur-sulfureux-de-Derniere-renovation

2 Voir la lettre de Dernière Rénovation adressée au président de la République, qu’il est possible de visualiser sur une vidéo d’un entretien d’Alizée et Thibault, militant·e·s de DR, accordé au média en ligne Blast, à 1min59 : https://www.youtube.com/watch?v=qvDD_ALWkt8

4 Pour une introduction à la Sécurité Sociale de l’Alimentation, voir cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=quVE44EClM8

5 Précisons malgré tout que nous n’avons pas toustes les mêmes possibilités de nous confronter à la police et à la justice, et que cette différence questionne la diversité des profils pouvant intégrer DR / RA.

6 Prénoms modifiés

7 Prénom également modifié

8 Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne

9 Réunions publiques : réunions organisées par DR / RA, afin d’informer ses participant·es sur la situation environnementale et climatique en cours, et d’expliquer la position du collectif face à ce constat.

10 Les actions de DR / RA se structurent en vagues. En outre, les groupes locaux se coordonnent pour réaliser un certain nombre d’actions dans une période de temps définie, afin de maximiser leur impact auprès du gouvernement et du point de vue médiatique.

11 Contacter des personnes par téléphone, afin de leur communiquer les événements à venir dans le cadre de DR / RA.

12 Voir note n°4.

13 Citation extraite du rapport Répression par l’État des manifestations et de la désobéissance civile environnementales : une menace majeure pour les droits humains et la démocratie, paru en février 2024, à consulter en cliquant sur le lien suivant : https://unece.org/sites/default/files/2024-02/UNSR_EnvDefenders_Aarhus_Position_Paper_Civil_Disobedience_FR_1.pdf

14 Surnom des militant·e·s sur action au sein de DR / RA.

15 Ce fonds à également été alimenté par les recettes du film Don’t look up : déni cosmique, réalisé par Adam Mckay, sorti le 5 décembre 2021 sur Netflix. Pour aller plus loin sur les financement du CEF, consulter l’article suivant : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/16/des-mecenes-financent-la-desobeissance-civile-sur-le-climat_5499929_3244.html

Un autre lien donnant accès à un article paru dans Libération, sur le financement de XR : https://www.liberation.fr/checknews/2019/10/10/extinction-rebellion-est-il-vraiment-finance-par-de-riches-mecenes_1756242/

16 Notons le paradoxe qui se joue ici : l’héritière d’une compagnie pétrolière qui finance des campagnes de résistance civile destinées à lutter contre les injustices sociales et climatiques… Problème et solution deviennent lié·e·s dans un même cercle vicieux. Dans la même veine, la compagnie L’Oréal a créé en 2023 le fonds L’Oréal pour l’Urgence Climatique, doté de 15 millions d’euros (pour une société valant 242 milliards d’euros : https://www.bfmtv.com/economie/grace-a-l-heritiere-de-l-oreal-le-nombre-d-ultra-riches-a-plus-de-100-milliards-bat-un-record-dans-le-monde_AN-202405170217.html), et destiné à « [soutenir] les communautés des zones les plus exposées en permettant à des organisations partenaires spécialisées d’accompagner les populations dans la prévention et la reconstruction face à de tels événements. » (https://www.loreal.com/fr/press-release/commitments/the-loreal-climate-emergency-fund/).

17 Prénom modifié

18 Suite à l’interruption de la campagne Dernière Rénovation, plusieurs militant·e·s du collectif, y compris des groupes locaux, se sont rassemblé·e·s dans le cadre d’un séminaire, afin de voter en faveur d’une revendication, qui ferait l’objet de la nouvelle campagne. En l’occurrence, les personnes présentes ont voté pour lutter pour la mise en place d’une Sécurité Sociale de l’Alimentation à l’échelle nationale.

19 Certain·e·s membres du collectif, travaillant à temps plein, notamment dans le comité national, bénéficiaient d’une aide financière, dont ielles pouvaient fixer le montant en fonction de leur ville de résidence ou de leur situation financière.

20 Animateur de la réunion.

 

© Matthieu 5

Nombreux sont les jeunes qui aimeraient travailler dans un secteur favorisant l’équilibre de la vie sur Terre. Mais ce n’est pas facile de s’y retrouver dans les multiples formations qui, en France, ont un rapport plus ou moins proche avec l’écologie. Lycéens inquiets face à Parcoursup, apprentis en recherche d’alternance, étudiants devant choisir un Master… Tant de questions se posent ! Est-ce un enseignement sérieux ou une filière qui pratique le greenwashing ? Quels sont les débouchés, serai-je amené à travailler sur le terrain, dans un métier qui a du sens ? Qui Vive va se pencher sur l’orientation, en apportant des éclairages précis à ceux qui doivent faire des choix d’avenir. Pour commencer, notre stagiaire en journalisme, Lou, nous parle de sa Licence Sciences et Humanités (LSH) à la faculté Saint-Charles de Marseille.

Comment as-tu choisi cette Licence ?

En Terminale, j’étais perdue ! Mes parents m’ont pris rendez-vous avec une conseillère d’orientation, une prestation payante. Elle m’a fait passer pas mal de tests. Au final, elle m’a suggéré – parmi d’autres idées – cette Licence, en me disant « tu as l’air curieuse, cela pourrait te correspondre ». J’avais choisi les options HGGSP (Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences politiques) et HLP (Humanités, Littérature et Philosophie) pour passer le Bac. Ce cursus ne débouchait pas sur un métier précis, mais il lui semblait en adéquation avec mon profil.

Que disaient tes professeurs ?

Ils me proposaient d’essayer Sciences Po, comme à tous mes camarades. Mais j’ai été refusée au moment des vœux sur Parcoursup. J’avais lu la description de cette Licence Sciences et Humanités, elle semblait bien me correspondre. Sur les six Unités d’Enseignement, une m’intéressait particulièrement : « Figures du pouvoir ». Celui exercé au sein des entreprises, de la famille, des institutions… Toute une partie de la deuxième année a été consacrée au pouvoir du corps médical par rapport aux patients, c’était passionnant.

Tu étais politisée, au lycée ?

En Seconde, Première, j’ai commencé à m’intéresser au féminisme. Les questions sur l’anti-racisme, l’écologie, sont venues plus tard durant la Licence. La LSH est un microcosme, les étudiants ont un mode de vie assez atypique. En deuxième année, deux filles vivaient dans un squat. Même les professeurs sont engagés.

À ce propos, sais-tu comment la formation est née ?

Ils se sont rassemblés au moment de la réforme de l’Université en 2009, qui a suscité de fortes résistances, et se sont posé la question « En quoi devrait consister, pour nous, l’enseignement à l’Université ? ». Un cursus avec plein de disciplines différentes, des sciences dures à la philosophie ou l’anthropologie, autour de thématiques communes, en a résulté. Ils continuent de se battre pour qu’il existe, d’ailleurs. Nous sommes quinze étudiants en L3, quelque part j’imagine que ce n’est pas rentable.

À quoi est-ce dû ?

Certains décrochent, les premières promotions pouvaient compter 70 étudiant.e.s, mais dans les promotions actuelles (dont la mienne), nous étions plutôt autour de 35-40 en première année.

Les cours sont chouettes, mais très tôt, depuis le collège, on nous dit qu’il faut s’orienter vite, avec un projet précis. Or la LSH vise à susciter notre curiosité vers des choses que l’on ne verrait pas dans des formations classiques, à vocation d’insertion sur le marché du travail. Elle va contre cet état d’esprit.

Qu’étudiez-vous ?

Tous les sujets sont tellement vastes, que nous pourrions y consacrer énormément de temps. Les étudiants ont une certaine souplesse, pour aller vers ce qui les intéresse. Par exemple, avec Garance, ma partenaire de TP, nous avons passé 50 heures sur la lumière, la couleur, mais tous les binômes n’y ont pas consacré le même temps. C’était un TP de sciences dures. Alors que j’ai toujours pensé que ce n’était pas pour moi, car j’ai des difficultés en mathématiques, ça m’a passionnée. Surtout l’approche par l’histoire des sciences : Aristote, Descartes et Newton ont observé à peu près les mêmes choses, mais leur prisme différait en fonction de l’époque à laquelle ils vivaient. Olivier Morizot [ philosophe et historien des théories de la vision, de la lumière et de la couleur, ndlr ], nous donnait des cours géniaux.

Tu avais des doutes sur ton choix d’orientation, en Terminale. Ils ont été levés ?

Entre la L1 et la L2 j’ai fait un break car j’étais encore un peu perdue. J’ai effectué un service civique chez Opera Mundi, [ cycle de conférences sur l’écologie, ndlr ]. Ainsi qu’un stage au Conseil Économique Social et Environnemental (CESE). Cette année de césure a réactivé ma curiosité, au delà de l’objectif d’avoir de bonnes notes. Ce qui ne fonctionne pas dans cette Licence ! C’est quand tu sens le feu en toi que cela marche ; il serait triste de suivre ces études pour les notes, ce serait passer à côté de plein de choses.

Tu la recommanderais ?

Je la recommanderais, mais pas à n’importe qui. Si ton objectif est de faire quelque chose de précis, ce n’est pas propice. Mais tu t’y poses des questions qui ne sont pas abordées ailleurs. Malgré tout, on est dans un entre soi. La grande majorité de la formation est blanche, les étudiants sont issus de familles CSP+. Car tout le monde ne peut pas se permettre d’apprendre pour apprendre, il faut gagner des sous et ce n’est pas l’objectif premier de la LSH. Parmi les premières promos, je ne suis pas sûre que ceux qui l’ont obtenue soient assis sur une montagne de billets !

Tu as eu des échos de ce qu’ils sont devenus ?

Un ancien étudiant qui avait un Bac littéraire a fait un Doctorat… en physique, et c’est lui qui assurait nos TD dans cette matière ! Une autre, ancienne bénévole d’Opera Mundi, a fait un Master Arts et Politique à Sciences Po Paris. Une fille que j’ai croisée travaille dans une ferme de la Drôme, elle est bergère.

Tu as fait le choix d’effectuer un stage de 3e année dans un média, Qui Vive. Peux-tu nous en dire les raisons ?

J’avais envie de découvrir un peu mieux le milieu du journalisme, et de commencer à écrire quelques articles. J’envisage éventuellement de m’orienter vers le journalisme, mais plus tard, une fois que j’aurais acquis un certain bagage universitaire et professionnel. Par ailleurs, je savais que Qui Vive est un média engagé, ce qui m’intéressait d’autant plus.

Y a-t-il autre chose que tu voudrais partager ?

Oui, voici un lien vers un documentaire réalisé par Valérie Simonet sur la LSH, Les Lumières.

Et une citation de Gaston Bachelard, qui décrit plutôt bien l’objectif de la Licence :

« Balzac disait que les célibataires remplacent les sentiments par les habitudes. De même, les professeurs remplacent les découvertes par des leçons. Contre cette indolence intellectuelle qui nous prive peu à peu de notre sens des nouveautés spirituelles, l’enseignement des découvertes le long de l’histoire scientifique est d’un grand secours. Pour apprendre aux élèves à inventer, il est bon de leur donner le sentiment qu’ils auraient pu découvrir. »
La formation de l’esprit scientifique, 1938.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 7 février 2025

Jean-Claude Lacassin est pédologue, spécialiste de l’étude des sols. Désormais à la retraite, il continue à pratiquer bénévolement son activité. En tant qu’expert auprès de France Nature Environnement PACA, notre partenaire, et à Colinéo, dans les quartiers nord de Marseille. Il coordonne sur le terrain le programme Sols Vivants, mis en place par FNE. Entretien.

Qui Vive : Qu’est-ce qu’un pédologue et en quoi consiste son activité ?

Jean-Claude Lacassin : C’est un spécialiste de la science du sol. Il va étudier, cartographier, interpréter la couche meuble à la surface de la terre. Le sol est un objet naturel en trois dimensions. On marche à sa surface, mais on ne sait pas ce qu’il y a dessous. Pour l’analyser, on fait des prélèvements à l’aide d’un outil manuel, la tarière pédologique. Cela nous permet d’extraire du sol des carottes de terre, longues de quelques dizaines de centimètres. Nous les observons et nous les décrivons. C’est notre premier repérage. Ensuite, nous creusons une fosse, d’environ 1m3, dans laquelle on descend, afin d’approfondir et d’affiner notre analyse. On recueille tout un tas de paramètres physiques, chimiques, biologiques, géologiques, de ce qui constitue le sol. On étudie alors les différentes couches, en observant de nombreux éléments : les racines, les vers de terre, les cailloux, la couleur, l’eau, etc. Cela prend plus de temps, cela coûte plus cher, et c’est beaucoup plus précis qu’un simple sondage à la tarière. Pour ma part, j’ai travaillé pendant 41 ans pour la société du Canal de Provence. Je suis à la retraite depuis presque un an. Je suis également administrateur de l’Association Française pour l’Etude du Sol (AFES). A ce titre, je me suis rapproché en 2022 de FNE PACA pour mettre en place le projet Sols Vivants et participer à ce réseau d’ambassadeurs des sols en Provence.

Sondage à la tarière © FNE PACA

Sondage à la tarière © FNE PACA

 

Dans une fosse pédologique © FNE PACA

Comment se définit un sol vivant ?

C’est un écosystème qui assure plusieurs fonctions. Celle que nous connaissons tous est la fonction de production de nourriture pour l’alimentation humaine. Des céréales, des fruits, des légumes, ou du lait et de la viande quand il y a des animaux d’élevage. C’est la fonction principale du sol, mais il y en a beaucoup d’autres. Parmi les plus importantes, il y a la fonction de régulation du cycle de l’eau. Le sol est une éponge, qui va retenir l’eau, puis la relâcher progressivement. Par exemple, en été, il va alimenter une rivière proche, les nappes souterraines et la végétation, cultivée ou naturelle. Le sol favorise l’infiltration plutôt que le ruissellement, qui peut être dangereux et causer des inondations. C’est une fonction essentielle. Le sol agit aussi sur la régulation du cycle du carbone, donc il a un rôle sur la régulation du climat, puisqu’il permet de stocker durablement du CO2. On le retrouve sous forme de racines ou de matière organique, comme les feuilles qui tombent, pourrissent, et se transforment en humus. Un sol vivant préserve aussi la biodiversité qui est sous la terre et va permettre la biodiversité à la surface. La végétation n’est possible que grâce à un sol riche en champignons, bactéries, insectes, vers de terre, nématodes, larves, etc. L’habitat d’un sol vivant est la terre, et dans cet habitat, on doit retrouver les micro-organismes indispensables à la vie.

Ver de terre © Creative Common

Ver de terre © Creative Common

Qu’est-ce qui favorise un sol vivant, et qu’est-ce qui peut lui nuire ?

Il faut déjà connaître ce milieu, qui est invisible, puisqu’on n’en voit que la surface, d’où l’utilité des études pédologiques pour diffuser ce qui doit être fait pour préserver ou rendre un sol vivant. Quand l’agriculture n’est pas intensive, ni agro-chimique, elle sait profiter des bienfaits du sol. Pour simplifier, le sol fait la vie, et la vie fait le sol. Il y a une interaction majeure entre le vivant et ce matériau, terreux et caillouteux, qu’est le sol. Depuis la fin du XIXe, la mécanisation à outrance et la chimie ont fragilisé le sol. On entend parfois que le sol est mort, c’est un peu exagéré, mais il y a une part de vérité. Des sols très pollués, à proximité d’industries, sont quasiment morts. En agriculture, même si l’usage d’engins de plus en plus lourds et de pesticides toxiques a beaucoup nui, les sols restent vivants. En sylviculture intensive, on retrouve les mêmes phénomènes. Quand des machines énormes interviennent en forêt, les sols sont tassés, compactés, et cela rend les sols forestiers encore plus fragiles que les sols agricoles. Mais historiquement, il y a eu aussi des méfaits sur le sol à des époques anciennes. Chez les Mayas, ou en Mésopotamie, l’aridification est liée notamment à des pratiques agricoles inadaptées.

Comment peut-on agir pour préserver le sol ?

Le sol reste méconnu, c’est un objet mystérieux, il faut creuser pour savoir ce qu’il s’y passe. De plus, en droit français, il est très mal protégé. L’eau et l’air sont considérés comme des patrimoines communs, tandis que le sol est soumis à la propriété privée. Pour intervenir sur une parcelle, il faut donc avoir l’autorisation de son propriétaire. Quand ce premier obstacle est passé, on peut agir. C’est ce que nous faisons avec FNE PACA. Nous avons lancé en 2023 le projet Sols Vivants, et nous mettons en place un réseau d’ambassadeurs des sols en Provence. Grâce aux relais locaux de FNE, nous mobilisons des gens qui souhaitent être formés à la compréhension du sol. On a réalisé une boîte à outils pour trouver des infos, disponibles sur le site dédié, Pour des sols vivants. L’objectif est que ces ambassadeurs puissent transmettre leurs connaissances à des élus sur leur territoire ou à d’autres militants. Nous organisons également des animations, les parcours pédologiques. En lien avec l’AFES, nous avons créé cinq parcours en région PACA, sur des sites dans le Var, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, et dans les Bouches-du-Rhône, c’est à Colinéo, dans les quartiers nord de Marseille.

Autour d’une fosse pédologique à Colinéo © FNE PACA

Quelle est la spécificité du site de Colinéo ?

C’est un site agricole en milieu urbain, et ils réalisent un très beau travail, avec un verger, du maraîchage bio, des terrasses et murs en pierres sèches. Sur place, nous avons creusé deux fosses pédologiques, dont j’ai fait la description complète, puis nous les avons rebouchées. On y retrouve les caractéristiques des sols méditerranéens et la façon dont ils sont mis en culture depuis des siècles. Colinéo est situé sur le versant de la chaîne de l’Etoile, le sol y est le plus souvent superficiel, pauvre, posé sur de la roche dure. Pour produire malgré ces contraintes, l’agriculture méditerranéenne a depuis toujours aménagé des murs de pierres sèches et des terrasses de culture, les restanques. Cela permet d’avoir plus de terre, donc des sols plus profonds, et de canaliser l’eau de ruissellement pour mieux la retenir. Les murs de pierres sèches et les restanques qui sont à Colinéo ont peut-être été construites à l’époque gréco-romaine. Bien sûr, ce n’est pas stable dans le temps, il faut les refaire, les consolider, mais cette méthode est très ancienne. Elle apporte du confort, pour travailler sur un terrain plus plat, plus épais, et plus efficace pour stocker l’eau.

A la découverte de la terre © FNE PACA

A la découverte de la terre © FNE PACA

 

Prise de relevé pédologique © FNE PACA

L’urbanisation aux alentours est-elle un obstacle à la remise en culture du site ?

Non, car le terrain de Colinéo n’a pas été urbanisé, ni industrialisé, c’était une zone agricole préservée, comme il en existe encore en périphérie de Marseille. Dans ce cas, il suffit d’amender le sol, avec du fumier, des engrais biologiques et d’avoir des pratiques agricoles respectueuses pour remettre une parcelle en culture. Il est vrai aussi que dans cet environnement urbain, les sols ne sont pas très sains, à cause de la pollution atmosphérique ou des résidus de déchets qui peuvent être portés par le mistral ou la pluie. Toutefois, l’impact reste limité, et le sol n’est pas plus pollué dans le nord de Marseille qu’à Aix ou à Gardanne. Avec l’AFES nous avons fait de nombreuses études sur l’évolution de la qualité des sols. Malheureusement, partout en France, on va retrouver des micro-plastiques dans les sols, ou le plomb de l’essence, des traces de pesticides, de métaux. C’est une pollution généralisée, hélas. Mais à Colinéo, il n’y a pas eu besoin de dépolluer ni de requalifier le sol avant de le remettre en culture. Des visites du site pour des scolaires ont lieu régulièrement, et dans le cadre du programme Sols Vivants, nous organisons aussi des parcours de découverte sur place. Les prochains se dérouleront au printemps.

Propos recueillis en décembre 2024 par Jan-Cyril Salemi

Le travail du pédologue © FNE PACA

Le travail de Jean-Claude Lacassin sur le terrain de Colinéo © FNE PACA

Un laboratoire pour penser le circuit de l’eau en ville, alors que le chaos climatique s’amplifie

La Friche la Belle de Mai est un lieu où l’on crée, et réfléchit. Du fait de sa surface (45 000m2), la grande richesse et variété de profils de ses occupants et usagers (artistes, techniciens, habitants du quartier, l’un des plus populaires de Marseille), et l’histoire de son site (une ancienne manufacture de tabac, très bétonnisée), c’est un bon endroit pour expérimenter. Particulièrement sur les questions brûlantes auxquelles il faut répondre, maintenant que nous savons que la ville va rapidement devenir invivable si nous ne faisons rien. Dans un monde qui se réchauffe, avec des canicules, des orages de plus en plus fréquents et violents, des égouts qui débordent lors des inondations, comment s’y prendre pour tout le monde, y compris les plus pauvres, les plus jeunes et les plus vieux, puisse continuer à habiter là ?

 Vidéo : Inondations à Marseille en septembre 2024 – Prise de vue © Ella Reneric

Le 15 octobre, se tenait un LaboFriche intitulé De la ville entonnoir à la ville éponge. Il rassemblait des représentants des collectivités locales et de l’Agence de l’Eau, ainsi que des porteurs de projets écologiques, pour faire un état des lieux. « On va bientôt arriver à 90°C au sol l’été, expliquait Perrine Prigent, adjointe au Maire de Marseille. La ville est trop minérale ; faire la place au naturel est indispensable. » Il y a deux avantages majeurs à la débétonnisation : l’eau s’infiltre dans le sol au lieu d’inonder les rues, et la végétalisation des espaces urbains assure leur rafraîchissement avec efficacité. Dans les quartiers peuplés d’arbres, la différence est considérable : au moment où le soleil est le plus fort, la température mesurée est de – 7 °C sous leur ombrage. À la Friche, 1000 arbres vont être plantés en février prochain, sur une parcelle de 350 m2. Un projet détaillé par Audrey Devedeux, de la Jeune Chambre Économique de Marseille : l’idée de Forêver est de laisser cette mini-forêt urbaine en libre évolution, selon la méthode Miyawaki.

Parcelle en libre évolution © G.C.

Pour Nadine Florence, cheffe de projet du service Gemapi, à la Métropole Aix-Marseille, il faut désormais diffuser l’eau plutôt que la canaliser, comme on le fait depuis le XIXe siècle, lorsque le canal de Marseille a acheminé l’eau de la Durance jusqu’ici. Un bon moyen serait de déconnecter les gouttières, pour que les eaux pluviales n’engorgent plus le réseau d’évacuation. « Sur le site de la Friche, 20 000 m3 partent dans les tuyaux chaque année, on pourrait viser une diminution de moitié. » Pour bien se représenter ces quantités, elle précise : « une piscine, c’est 100m3 d’eau ». Et pourquoi ne pas la récupérer, cette eau si précieuse en temps de sécheresse ? C’est ce que propose d’expérimenter Stéphane Manildo, architecte et paysagiste, qui a travaillé avec un artiste, Jean-Luc Brisson, sur le projet Les 40 voleurs de pluie. Un dispositif de captation pour la stocker dans des jarres en terre, et arroser les jardins l’été. « Nous avons choisi ce titre très évocateur parce que la dimension poétique permet de nous rassembler autour d’un imaginaire de l’eau. La situation est grave, il faut faire des choses ensemble. »

Jardinière de La Friche © G.C.

Un point de vue qu’approuve Marie-Caroline Vallon, Cheffe de projet à la Direction de la Transition énergétique et des Territoires pour la Région Paca. « Il faut changer le regard culturel : considérer l’eau non plus comme un danger, mais comme une ressource. » Elle encourage le décloisonnement des pratiques : croiser les regards avec des botanistes, écologues, sociologues, consulter la population. Travailler plus à l’horizontale qu’en vertical en somme, comme trop d’élus et d’ingénieurs ont l’habitude de le faire depuis des décennies, toujours convaincus que le béton, c’est le progrès. « Et former les jeunes ! On manque de techniciens qui comprennent ces enjeux dans les bureaux d’études ! ». Anticiper est le maître mot : parce que désimperméabiliser est beaucoup plus complexe et coûteux que bétonner, il vaut mieux prévoir des aménagements à usage facilement réversible, comme des parkings au sol perméable. Ou partagés : une cour d’école végétalisée, par exemple, peut être utilisée le week-end pour d’autres activités que scolaires.

Gaëlle Cloarec, le 15 octobre 2024

Espace végétalisé vs espace minéral © G.C.

Pourquoi garder les plantes fanées © GC.

LaboFriche #5 © G.C.

L’étape finale du Tour Alternatiba se tiendra à Marseille du 4 au 6 octobre. De multiples rencontres, débats, ateliers et animations autour de l’urgence écologique seront au programme.

« Changeons les territoires, pas le climat ! » Voici l’une des phrases phares du Tour Alternatiba. Parti de Nantes le 2 juin, il sera à Marseille du 4 au 6 octobre pour son étape finale. C’est la troisième édition de ce tour de France à vélo, organisé par Alternatiba, un collectif citoyen engagé pour le climat et la justice sociale. Le 18 septembre, sur un bateau amarré au Vieux-Port, des membres de l’antenne marseillaise du mouvement, ont présenté à la presse le programme de l’événement. Après 4 mois de parcours dans toute la France, 6500 km et une centaine d’étapes, ce dernier rendez-vous comptera une multitude de propositions pour agir face à l’urgence écologique et fera de Marseille « La Cité des Possibles ».

« A Marseille, le contexte est dramatique, rappelait l’un des responsables d’Alternatiba. La circulation automobile représente ici 38% des gaz à effets de serre. Si nous n’agissons pas, en 2050, il fera 90° degrés au sol dans la ville, il sera impossible d’y vivre. » L’une des réponses pour échapper à ce scénario est de se déplacer autrement. Ce sera le cas le 4 octobre, où le Tour Alternatiba commencera par deux vélorutions (« deux révolutions », disait dans un joli lapsus un membre du collectif). La première, celle de l’arrivée du Tour, partira de l’Après M à 17h30 et rejoindra la Canebière. La deuxième sera celle qui a lieu chaque premier vendredi du mois à Marseille, au départ de la Plaine à 20h30. Détour possible par le square Léon-Blum, où auront lieu des concerts tous les soirs, avec HK ou Oai Reggae Party pour ouvrir la session.

Puis le samedi et le dimanche, plus de 50 collectifs, associations, entreprises, porteuses de projets pour engager une mutation de la société, seront rassemblées au Village des Alternatives, en bas de la Canebière. Pendant ces deux jours se tiendront également une trentaine de débats, ateliers, rencontres et animations, un peu partout dans la ville. Biodiversité, bien-être animal, alimentation, réduction des déchets, mobilité, militantisme, luttes sociales, rôle des médias, enjeux climatiques, et bien d’autres thèmes seront abordés. Dimanche à 16h, à la Grotte Cosquer, une table ronde « Changer d’échelle pour relever le défi climatique» clôturera l’événement.

Jan-Cyril Salemi
Octobre 2024

 

Toutes les infos à retrouver ici :

La Cité des Possibles 

Le programme des concerts

Le programme du Village des Alternatives

Le programme des rencontres et tables rondes

L’équipe de Qui Vive était présente au mee-ting mi-teuf organisé par les soutiens du Nouveau Front Populaire le 26 juin à Marseille. Nous avons été particulièrement sensibles au discours prononcé ce jour-là par Caroline Chevé, professeure de philosophie dans un lycée des quartiers nord, et secrétaire départementale de la fédération syndicale FSU 13, présente dans l’enseignement, la fonction publique de l’Etat et la territoriale.
Notre média s’adresse à la jeunesse. Les mots de Caroline Chevé concernent directement les jeunes et parlent avec justesse des graves conséquences qu’aurait sur elles et eux l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Nous avons estimé qu’il était essentiel de diffuser ce discours au plus grand nombre, et nous avons décidé, en accord avec son autrice, de le publier en intégralité.
La rédaction de Qui Vive
Le 28 juin 2024


« Cher·es ami·es, cher·es camarades,

Depuis 20 ans j’enseigne la philosophie dans un lycée des quartiers nord. Mes élèves attendent avec inquiétude les résultats du bac, et les réponses de Parcoursup. Dans mes classes, les élèves sont presque tous boursiers. Certains n’ont pas la nationalité française. Certains même sont en situation irrégulière. Presque tous ont des origines lointaines. Beaucoup sont de confession musulmane.

Moi, cette année ce n’est pas pour leur baccalauréat que je suis inquiète. C’est pour elles et eux, et leurs frères et soeurs. Parce que ce seraient elles et eux les premières victimes d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Elles et eux qui verraient leurs aides sociales supprimées, elles et eux qui seraient trié·es dès l’entrée au collège et au lycée, envoyé·es au travail, privé·es de l’accès aux diplômes, elles et eux qui seraient toujours plus discriminé·es.

Mes élèves ont grandi dans une école fragilisée par des décennies d’austérité. Mais ils et elles sont là, en Terminale, prêt·es à faire des études.

Ils et elles ont grandi dans un pays qui a fait de l’école le levier principal de la justice sociale, un pays qui considère encore que l’émancipation passe d’abord par les savoirs, par la pensée critique et l’accès aux qualifications.

On l’a dit, il faudra des années pour reconstruire l’école, affaiblie par les baisses de moyens, par les réformes idéologiques et mal préparées, celles de la voie professionnelle, du baccalauréat et de l’accès aux études, et ce fameux Choc des savoirs qui organise le tri des élèves en maths et en français dès la 6e.

Oui l’école ne va pas bien, et tout est à reconstruire.

Mais si l’extrême droite arrive au pouvoir, l’école ne s’en remettra pas.

Ce n’est pas seulement une question de moyens.

Ce n’est pas seulement les conséquences des politiques néolibérales appliquées à l’éducation.

Ce n’est pas seulement un changement de degré, c’est un changement de nature.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est un système éducatif au service de la propagande, d’une vision de la société réactionnaire, qui voit dans la force, l’autorité et l’exclusion la réponse à tous les maux de la société.

Si l’extrême droite arrive au pouvoir, l’histoire sera remplacée par le roman national, les savoirs critiques par l’idéologie, la culture vivante et ouverte par le culte du patrimoine national.

Les élèves en situation de handicap seront évincé·es.

Les élèves en difficulté ou perturbateurs auront droit aux centres fermés et à l’orientation précoce.

Au travail inlassable pour apprendre à vivre ensemble, succèderont l’uniforme et la sanction permanente.

Sans parler du devenir des politiques d’éducation prioritaire ni du développement de l’enseignement privé.

Si l’extrême droite arrive au pouvoir les enseignants seront caporalisés, surveillés, et au vu du programme du RN, certainement pas revalorisés !

Car l’extrême droite est aussi l’ennemie des agent·es de la fonction publique : les enseignant·es bien sûr, les chercheur·es et les professeur·es d’université mais aussi les bibliothécaires, les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, les assistantes sociales, l’aide sociale à l’enfance, de la PMI, les agent·es des hôpitaux, et tous les autres.

A ceux qui disent que « nous n’avons pas essayé l’extrême droite », nous leur répondons que justement si, nous avons essayé, et qu’il n’est pas besoin de remonter à Vichy pour cela. Dans les mairies gérées par l’extrême droite, malgré le statut de la fonction publique, les agent·es de la territoriale sont harcelé·es, discriminé·es, recruté·es par clientélisme.

Et les politiques menées sont clairement antisociales : stigmatisation des enfants et des familles pauvres, arrêt de la gratuité des cantines ou des transports, suppression des activités périscolaires pour les enfants de chômeurs…

A l’opposé, les agent·es des services publics, titulaires ou contractuel·les ont besoin d’un signal fort, en matière de salaires et de pension, de conditions de travail, il faut redonner du pouvoir d’agir à celles et ceux qui font vivre nos services publics, réaffirmer le statut du fonctionnaire citoyen, au plus grand bénéfice de la population et de l’intérêt général.

Alors ce soir nous partageons tous une priorité absolue, une priorité sans égale : il faut empêcher l’extrême droite d’arriver au pouvoir dans ce pays, aux législatives, mais ensuite aussi, à la présidentielle.

La FSU, dans cette situation exceptionnelle, et en toute indépendance, appelle à participer massivement au scrutin, à tout mettre en œuvre pour battre l’extrême droite, et à voter pour une alternative de progrès que l’on retrouve dans le programme du Nouveau Front Populaire.

Ce n’est pas un blanc seing, parce que ce n’est que la première condition pour que la donne change.

Parce que si la gauche gagne le 7 juillet, tout restera à faire, ce ne sera que le début. Les idées d’extrême droite ne vont pas refluer toutes seules.

Organisations syndicales, associations, collectifs, citoyen·nes, nous toutes et tous, nous devrons encore convaincre, porter nos alternatives, construire les rapports de force pour imposer de véritables avancées sociales, et combattre le racisme, l’ignorance, le repli individualiste, et le désespoir.

Partout, sur nos lieux de travail, il nous faut reconstruire les solidarités, pour porter ensemble notre aspiration à une société écologiste, féministe, sans racisme ni discriminations, une société démocratique, de justice et d’égalité, où l’on puisse vivre de son travail, où l’on puisse partir à la retraite avec une pension digne, à un âge où l’on peut encore profiter de la vie, une société solidement appuyée sur une protection sociale, des services publics et une école financés, reconstruits et efficaces.

Nous serons présents, nous serons vigilants, nous serons solidaires et combatifs, tout est à reconstruire mais nous sommes ensemble, nous sommes forts nous sommes fortes, capables de résister et de tout changer. »

Caroline Chevé, Secrétaire départementale de la FSU Bouches du Rhône
Discours prononcé le 26 juin 2024, Place Léon Blum à Marseille

Précision apportée par l’autrice du texte : La FSU, en toute indépendance et au regard du caractère exceptionnel de la situation appelle à voter pour une alternative de progrès qui se retrouve dans le programme du Nouveau Front Populaire. Elle le fait avec la ferme intention de continuer de porter les revendications des personnels de la fonction publique qu’elle représente, et de construire les mobilisations nécessaires pour obtenir satisfaction.


Sur cette captation vidéo effectuée par la revue Regards, vous pouvez retrouver la prise de parole de Caroline Chevé (de 1h05 à 1h13).


Quelques images prises par notre collaboratrice Gaëlle Cloarec lors du Mee-ting Mi-teuf :

 

 

 

 

Avec son deuxième roman, Aliène, la jeune Phoebe Hadjimarkos Clarke fait une entrée remarquée, et remarquable, dans le monde des lettres. Un roman saisissant où le bizarre surgit là où on ne l’attend pas. Un texte d’une grande originalité, et d’une force peu commune.

Pourtant, au départ, rien que de très ordinaire. Une jeune femme est engagée comme « dogsitter » chez le père de son amie Mado, dans une bourgade rurale fictive, manière pour elle de gagner quelques sous et de se mettre au vert. Sauf que Fauvel -c’est son prénom, du moins celui qu’elle s’est choisi- n’est pas une jeune femme ordinaire. Touchée par une balle de LBD pendant une manifestation, elle a perdu un œil. Dès lors, ses sensations et son rapport au monde ont changé. Depuis toujours hantée par la peur, l’impression d’être traquée, encore plus depuis sa blessure, elle ressent avec une acuité extraordinaire la violence du monde, particulièrement lorsqu’elle a trop fumé, ce qui arrive souvent. Or, de violence, le monde rural en est plein. On est loin des tendres pousses et des petits oiseaux. Ici, ce serait plutôt chasse, sang, viscères et boue. Et puis, la chienne qu’elle doit garder n’a rien d’ordinaire non plus. Hannah est le clone d’une autre Hannah, qui trône empaillée sur la cheminée de la maison ; mais, autant la première Hannah était douce, autant celle-ci est agressive, fugueuse et peut-être coupable de mutilations sur du bétail ; ce sont du moins les bruits qui courent dans le village… Fauvel et Hannah, deux aliènes donc, deux créatures marginales, farouches. Entre lesquelles va s’établir un lien puissant. « Elle passe toute la nuit à rêver d’Hannah, elle est Hannah, elle aime ça, le sommeil est devenu un continent fantastique et confus où chaque nuit elle se plonge pour devenir une chienne extravaguant dans les forêts. » Et de cette étrange amitié viendra pour Fauvel une forme de libération.

Le récit emprunte à de nombreux genres. Roman social qui explore des questions contemporaines : le changement climatique, les problématiques des zones rurales, le rapport au sauvage, la chasse et la cause animale… Roman psychologique, qui offre une très fine analyse de l’enfer de la peur et de la détestation de soi. Roman érotique parfois. Mais aussi pseudo enquête policière et frissons proches du thriller. SF également, car on y croise des extraterrestres. Et surtout récit fantastique, que le brouillard, omniprésent, dans la nature comme dans les somnolences embrumées de Fauvel, amplifie.Autant de pistes, dont Phoebe Hadjimarkos Clarke ne donne pas toujours la clé. A chacun sa lecture. Et si on s’égare un peu, rien de grave.

Car c’est surtout à un voyage dans les mots que l’autrice convie. Une voix puissante parle ici, qui se joue des registres, mêle l’argot le plus trash aux termes rares et aux envolées poétiques, selon une ponctuation inédite. Une langue impressionnante de matérialité, un rendu aigu des perceptions physiques, des sensations. Bref, une plongée agréablement inquiétante dans un univers très particulier. Et très prometteur.

FRED ROBERT
Juin 2024

Aliène
Phoebe Hadjimarkos Clarke
éditions du sous-sol, 19,50 euros

L’autrice était invitée fin mai au festival Oh les beaux jours à Marseille. Elle a reçu en juin le Prix du Livre Inter 2024.

Comment concilier vie en ville et pratique agricole ? Que faire pour se lancer dans une telle activité ? Rencontre avec deux pépiniéristes et une floricultrice, installées à Marseille.

Mener une activité agricole tout en vivant en ville, cela peut être un rêve. Pour Joséphine, Juliette et Marie-Laure, c’est une réalité très concrète. Leurs productions sont installées au Grain de la vallée, aux portes de Marseille, tout près de la Penne-sur-Huveaune. La gare de la Penne est à 10 minutes à pied de cette ancienne école, transformée en tiers-lieu agri-culturel depuis 5 ans. Le 25 mai, lors des 48 heures de l’agriculture urbaine, Le Grain de la vallée proposait diverses activités, rencontres et ateliers, mêlant art et agriculture. Joséphine et Juliette, fondatrices de la pépinière Mastoc, et Marie-Laure, qui a lancé Fleurs de Marseille, animaient une rencontre pour présenter le parcours qu’elles ont suivi.

Le Grain de la vallée © JCS

Le Grain de la vallée © JCS

Reconversion professionnelle
Toutes les trois ont en commun d’être en reconversion professionnelle. Marie-Laure, la quarantaine, était engagée dans la communication et le marketing, Joséphine, la trentaine, réalisait des décors de spectacle, et Juliette, la trentaine également, travaillait auprès d’enfants autistes, notamment en école Montessori. Pour chacune, le déclic s’est produit lors de la période du covid. L’envie de changer de vie et de se reconnecter à la nature. Il leur a fallu à la fois se former et surtout trouver le terrain où s’installer.

La recherche du foncier est le premier enjeu pour l’installation en agriculture urbaine. Joséphine et Juliette ont d’abord commencé leur activité dans une petite serre de 10m², installée dans le jardin d’un de leurs amis. Dans le même temps, Juliette rejoint une formation avec Veni Verdi, à Paris. « C’était très complet, sur tous les aspects, à la fois dans le domaine végétal et dans celui du montage administratif de notre structure », explique-t-elle. Elle suit également un Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole (BPREA), et lors d’un stage à Aubagne, découvre le métier de pépiniériste. « Initialement, on voulait faire du plein champ et des plants, mais c’est difficile, on a finalement préféré se concentrer sur la pépinière », poursuit-elle. En créant Mastoc, un jeu de mots avec estomac, elles choisissent de cultiver des plantes comestibles, fleurs, légumes ou aromatiques, 100% bio.

Mastoc, plantes à manger © JCS

Mastoc, plantes à manger © JCS

Préparer le terrain
Il leur faut alors trouver le terrain où s’installer. Le réseau et les rencontres sont déterminantes sur ce point. La Direction Régionale de l’Environnement de l’Aménagement et du Logement (DREAL) propose un aperçu des parcelles disponibles, et la Cité de l’Agriculture, qui organise à Marseille les 48 heures de l’agriculture urbaine, n’aide pas directement à l’obtention du foncier, mais elle peut favoriser les mises en contact. Ce réseau élargi a permis à Mastoc et à Fleurs de Marseille de s’installer au Grain de la vallée. Joséphine et Juliette y ont implanté leur serre et Marie-Laure cultive en plein champ des fleurs ornementales, 100% bio également.

En pratique, chaque résident du tiers-lieu verse une contribution au Grain, qui paye un loyer symbolique à la ville de Marseille, propriétaire du terrain. Mais avant l’installation concrète, il a fallu aménager l’espace. Sur le site se trouvaient du fer ou du polystyrène, héritage de chantiers de bâtiments précédents, et également beaucoup de cailloux. La revalorisation de la terre pour la mise en culture a pris du temps, mais elle offre désormais d’excellentes conditions. « On a aussi laissé une partie volontairement en friche, et on fait régulièrement des recensements de biodiversité, précise Marie-Laure. Même en bio, on a un impact, c’est important de le constater. »

Fleurs de Marseille © JCS

Fleurs de Marseille © JCS

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Avant de s’installer, Marie-Laure est passée par Hectar, en région parisienne. Dans ce lieu, mêlant la culture start up et l’agriculture, elle a participé au programme Tremplin, qui l’a aidée à développer son projet d’entreprise. Puis elle a suivi une formation en agroforesterie au Domaine des Possibles à Arles. Enfin, elle a rejoint le dispositif d’Inter-Made, à Marseille, qui l’a accompagné vers la création de son activité.

Définir quelle structure juridique correspond à son projet est également déterminant, et les conseils d’un bon accompagnement sont décisifs pour cette orientation. Marie-Laure a opté pour l’entreprise, car son modèle économique repose sur l’activité commerciale. « La vente de fleurs représente 70 à 80% de mes ressources. Une association ne peut pas dépasser 30% de vente. »

Les deux pépiniéristes de Mastoc, en revanche, ont choisi le modèle associatif. Les collectivités locales ont pris conscience que revégétaliser la ville est un enjeu primordial, et elles peuvent soutenir des projets en ce sens. La structure en association permet d’accéder à des subventions publiques, ce qui a incité les deux jeunes femmes à adopter cette formule. Mais constituer des dossiers de subventions est complexe. « Il faut utiliser un jargon technique pour parler de quelque chose de très pratique, et cela prend beaucoup de temps. Pour le moment, nous ne sommes pas encore subventionnées », relève Joséphine.

Sous la serre de Mastoc © JCS

Sous la serre de Mastoc © JCS

Leur activité se divise entre la vente de leurs plants et les actions pédagogiques. Leurs revenus proviennent majoritairement d’ateliers qu’elles animent chaque semaine dans une école. « La pépinière représente l’essentiel de notre travail, et on vend notre production sur place et sur les marchés, mais les interventions en milieu scolaire constituent notre ressource financière principale, résume Juliette. Et il y a beaucoup de demande dans ce secteur. »

Parvenir à vivre d’une activité d’agriculture urbaine n’est pas simple mais pas non plus impossible. Les premières années sont compliquées, Mastoc et Fleurs de Marseille, qui ont moins de trois ans d’existence peuvent en témoigner. Joséphine et Juliette sont auto-entrepreneuses, elles facturent leurs animations d’ateliers, mais reconnaissent qu’il leur est encore difficile de se dégager un véritable revenu. Marie-Laure vend sa production sur des marchés et à des fleuristes de Marseille. Elle fournit également quelques boutiques dans son quartier, comme cette supérette qui a proposé ses fleurs lors de la fête des mères. Mais c’est surtout grâce à l’événementiel, où le volume de commandes est plus élevé, qu’elle peut se payer.

Malgré ces difficultés, aucune d’elles ne regrette de s’être lancée dans l’aventure. « On est hyper chanceuses. Tous les matins, on quitte la ville et son brouhaha, on arrive en pleine nature, et le soir, on rentre et on retrouve le mode de vie urbain. »

Jan-Cyril Salemi
Juin 2024

Changer le monde © JCS

Changer le monde © JCS

De plus en plus d’artistes décident de mettre en application leurs valeurs écologistes, de manière très concrète. Michaël Soucin, alias Kamika, « le magicien bio », s’apprête à jouer son spectacle C’est dans la boite au Festival d’Avignon. Pourquoi bio ? Il nous explique sa démarche.

D’où viens-tu, Michaël ?

Je suis né à Marseille, en 1980, et j’ai vécu les vingt premières années de ma vie à Toulon. Ma famille est d’origine française et espagnole, mes grands-parents maternels ont fui le franquisme pour arriver en France. À l’école, j’avais un trouble de l’attention, j’étais en décalage en tout cas, rêveur. J’ai suivi des études de biologie. Même si j’ai mis longtemps à avoir mon DEUG, j’aimais bien, c’est une matière scientifique, mais qui raconte aussi de belles histoires. Après mes études, j’ai travaillé pour le Club Med. J’enseignais la voile, en Corse, en Turquie, à l’école des Glénans.

C’est ce qui t’a conduit à avoir une réflexion sur l’écologie ?

Peut-être ! L’école des Glénans est sur une île, il y avait très peu d’eau douce sur place. Des toilettes sèches avec vue sur la mer, des douches à pompes. Ça ne me parlait pas vraiment à l’époque, mais ça m’intriguait. Je me souviens que c’est venu petit à petit. Quand je suis revenu m’installer à Marseille, l’un de mes colocataires triait ses déchets, puis j’ai entendu parler de lombricompost. J’en ai fabriqué un avec des caisses en polystyrène récupérées à Noailles chez un poissonnier. C’est un dispositif à étages : des vers mangent nos déchets organiques, un liquide, le « thé de compost » est récupéré, et utilisé comme fertilisant. Ça marche bien.

Tu es donc devenu écolo par la pratique.

À 25 ans, sorti du Club Med, je n’allais pas très bien, je doutais beaucoup, je ne savais pas quoi faire de ma vie. Donc je me suis dit « prends soin, au moins, de la planète, le lieu où tu vis ». Et cela a orienté mes choix.

Comment es-tu devenu artiste ?

J’ai vécu quatre ans des minima sociaux. Ma propriétaire d’alors avait un cabaret. Je lui ai donné un coup de main au service. Elle recevait plein d’artistes, des strip-teasers, des transformistes. J’ai accompagné l’un d’entre eux comme éclairagiste, puis je suis passé moi-même sur scène, avec des numéros de jonglerie lumineuse. Ensuite il m’a suggéré de faire de la magie. Et ça m’a plu ! En 2013, je suis passé dans l’émission de M6, La France a un incroyable talent, ce qui m’a permis de me faire connaître.

Qu’est-ce qui te plaît dans la magie ?

Comme j’ai un peu du mal à me sentir à l’aise avec les gens, cela crée d’emblée une interaction très positive. Mais il y a un revers, après l’émerveillement du tour de magie, il y a souvent des conversations « balisées », un peu fades. Tu ne les rencontres pas vraiment.

Et la magie « bio », comment est-ce arrivé ?

En 2015, j’ai entendu dire que Coca Cola lançait un coca vert avec de la stevia. Apparemment ça a fait un bide. Je me suis dit que si Coca se mettait au bio, j’allais le faire moi aussi. J’ai commencé par le minimalisme ! En 2017, un pote partait enseigner en Guadeloupe. Je suis parti le voir en bateau-stop, au départ des Canaries. Il fallait que tout mon matériel de magie tienne dans la boite à café de ma grand-mère pour ne pas prendre de place. Suite à ce voyage, j’ai réalisé qu’il serait un bon thème de spectacle, avec cette dimension écolo, le fait de réduire, et de réutiliser cette boite pour un usage différent. Donc j’ai créé ce spectacle de magie, C’est dans la boite, je raconte tout cela dedans, et je la transforme en bateau à la fin. Je dis au public que recycler, c’est pas mal, mais le plus important est de réduire, réutiliser.

C’est dans la boite © Laura Sanna

Tu fais d’autres choses, dans ce registre ?

Lorsque je suis revenu à Marseille, un de mes colocs m’a laissé son vélo. Au début, je trouvais que ça faisait plouc, mais à l’usage je me suis rendu compte que c’est génial ! J’ai pédalé sur de gros trajets, à Karlsruhe, en Espagne, à Pise. J’ai l’idée de faire une tournée à vélo, mais je ne sais pas encore comment. Ou alors sur un bateau-spectacle. En tout cas, cette année, je pars à Avignon en vélo pour faire le Festival avec mon spectacle de magie. Au départ de Marseille, je vais remonter vers Aix-en-Provence, puis suivre la Durance en traversant les petits villages. Je compte mettre deux jours, j’aimerais bien embarquer des gens avec moi sur le parcours et en faire une aventure collective. J’ai créé un groupe WhatsApp pour les personnes qui voudraient me rejoindre. J’ai aussi opté pour une distribution de savons plutôt que de tracts, qui inondent Avignon chaque été et finissent à la poubelle.

Les tracts en savon © Kamika

De savons ? Mais c’est génial !

Oui, avec la savonnerie du Sérail, la dernière vraiment artisanale et traditionnelle de Marseille. Il faut du savon très frais, pour former des carrés fins, que je tranche avec une spatule. Ils sont imprimés au tampon, avec l’adresse de mon site dessus, l’heure et le lieu des représentations. Je joue du 29 juin au 21 juillet au Palais du Rire. C’est utile un savon, on ne va pas le jeter, les gens vont s’en servir. Je ne vais même pas les emballer. Et puis c’est du savon de Marseille, où je vis. C’est cohérent.

Propos recueillis par Gaëlle Cloarec, le 3 juin 2024

Sur cette jolie phrase se referme le dernier ouvrage d’Etienne Davodeau, Loire. Un album tout en finesse,en nostalgie,en poésie, qui se déploie comme le lit du grand fleuve et offre de magnifiques échappées visuelles. Une histoire où Loire devient un personnage comme les autres, plus que les autres peut-être. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’article a disparu devant son nom.

C’est à la librairie marseillaise Histoire de l’Œil que le bédéiste est venu présenter cet album paru en octobre dernier, et plus largement évoquer son travail. Un travail au long cours, puisqu’il compte désormais une bonne trentaine d’albums. S’il s’adonne volontiers au documentaire, Davodeau aime aussi à se frotter à la fiction. Loire est donc une fiction, avec un scénario et des personnages imaginés, ancrée pourtant dans des lieux réels (que l’auteur connaît bien, lui qui vit près de Nantes) et posant des questions actuelles, telles que celles dont on a débattu au parlement de Loire et que son camarade Camille de Toledo a mises en récit dans Le fleuve qui voulait écrire (Éditions Les liens qui libèrent, 2021). Au travers d’une histoire de retrouvailles amicales, c’est à une réflexion sur le statut juridique des êtres non humains, la préservation du vivant et la nécessité d’abandonner « un modèle qui n’est plus tenable aujourd’hui » qu’invite l’album. « Le plus non fiction de mes livres de fiction », concède Davodeau avec malice. Il ne peut pas faire autrement, l’engagement, il l’a dans le sang (voir Les Mauvaises Gens, aux éditions Delcourt). Pourtant, quand on lui demande s’il est militant, il réfute, rappelant qu’il n’est que « le mec qui raconte », que la BD est sa façon à lui de lutter. Pour un monde plus vivant, plus vivable.

Disert sans en faire trop, drôle et plein d’humanité, Etienne Davodeau a conquis le public nombreux qui était venu le rencontrer. Mais lorsqu’il affirme que « le dessin est malmené par la BD, car il est au service du récit », alors là, objection. Du texte, il y en a, c’est sûr ; mais que d’envoûtantes images aussi ! Un livre qui donne des envies d’escapade en bord de Loire…

FRED ROBERT
Mai 2024

Etienne Davodeau était invité à la librairie Histoire de l’Œil vendredi 3 mai.

Loire, son dernier album, est paru aux éditions Futuropolis.

Archive d’étiquettes pour : Marseille

Ni dieu, ni maître, ni pétrole.

Du 4 au 7 juillet 2024, Marseille accueillait la Vélorution universelle. Cet événement militant et autogéré se tient chaque année dans une ville francophone différente. Contre le tout automobile, il vise à se réapproprier l’espace urbain à vélo et réclamer un réel partage de la route. Cette année, il a eu lieu dans un moment politique particulier : l’entre-deux tours des législatives, alors que l’extrême-droite menaçait d’arriver au pouvoir.

Un diaporama sonore en guise de carte postale.

Gaëlle Cloarec, le 25 juillet 2024