La cuisine « anti-gaspi » de Rabia : un combat contre la précarité alimentaire
Du 22 juillet au 5 août, le quartier de Noailles à Marseille accueille le festival Un été rue de l’Arc. Des ateliers de cuisine y sont proposés gratuitement dont celui “Anti-Gaspi” de Rabia, bénévole au Bouillon de Noailles. Entre justice sociale et écologique, la marseillaise redonne une deuxième saveur aux invendus alimentaires.
Le temps d’une matinée, la rue de l’Arc à Noailles se transforme en atelier de cuisine géant. Ce mercredi 29 juillet, dans le cadre du festival Un été rue de l’Arc, les participant·e·s cuisinent sous le thème de l’anti-gaspi. Le défi est de nourrir les habitant·e·s du quartier seulement avec des dons d’aliments abîmés ou indésirables. Organisé par le Bouillon de Noailles et la Cantina, l’atelier veut mettre en lumière deux tristes réalités : la précarité et le gaspillage alimentaire. Sous l’animation de Rabia, bénévole au bouillon de Noailles depuis 2024, petits et grands s’activent pour mettre la main à la patte. Entre 80 et 100 festivalier·e·s sont attendu·e·s pour le déjeuner. « Aujourd’hui, on est en train de transformer 86 kg de fruits et légumes un peu tordus » explique Rabia, tablier attaché. Au menu : salade de pommes de terre et légumes sautés, beignets de bananes, hummus à la betterave et au pois chiche, pleurotes à l’ail et crumbles pomme poire. Un repas de chef avec des aliments sauvés de la poubelle. « C’est des fruits et légumes de troisième catégorie, donc en partie abîmés, mais ils sont tout à fait consommables ! » .
Le partage au coeur de la lutte
Rabia met un point d’honneur à (de)sensibiliser au gaspillage. Chaque mois, elle organise un atelier comme celui-ci pour apprendre à tou·te·s de nouvelles manières de cuisiner. « Dans ma famille, la nourriture, c’était quelque chose d’extrêmement important. On ne gaspillait rien, on ne jetait rien, on transformait tout, on était très innovants ». Pour elle, la lutte contre le gaspillage alimentaire passe aussi par la convivialité. Elle reprend l’exemple de ses parents « On partageait énormément. Si on avait du surplus, on ne le jetait pas. On faisait des grands repas à la maison avec les voisins et les copains ». Rabia se coupe pour expliquer aux jeunes festivalier·e·s comment éplucher les pommes de terre. L’atelier touche à sa fin et arrive bientôt le moment que tout le monde attend : la dégustation. La rue de l’Arc n’a jamais été aussi remplie. « C’est beau de voir tout ce monde » lance un bénévole.

Repas solidaire anti-gaspi, rue de l’Arc. © Chloé Roulet
En France, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits en 2023 dont 3,8 millions de tonnes étaient encore comestibles. En parallèle, l’enquête du Crédoc sur la précarité alimentaire montre que 16% des français·es déclarent restreindre leur alimentation par manque d’argent. Dans cette logique, les initiatives anti-gaspi du Bouillon de Noailles s’inscrivent dans l’intérêt général. Les luttes contre le gaspillage et la précarité alimentaire ne sont pas isolées. La justice écologique et sociale vont de pair. Rabia en a pleinement conscience et aspire à ce qu’on prenne exemple sur les projets locaux comme celui-ci « Nous, les quartiers populaires, la question d’être écolo ne se pose pas. On l’est par nos valeurs. C’est intégré dans notre quotidien ». Elle poursuit « Comme tout mon quartier, je suis sensible et sensibilisée à la question de l’anti-gaspi depuis ma naissance. Parce que les personnes issues de l’immigration avec des revenus modestes, elles ont l’intelligence du partage, de l’économie et du local ».

Repas solidaire, rue de l’Arc. © Chloé Roulet
A côté, pour concilier au mieux alimentation responsable et accessible, le Bouillon de Noailles a créé en 2023 le Bon Bouillon : un cycle de 6 ateliers mensuels de cuisine et de partage d’informations sur la nutrition, l’alimentation durable et l’optimisation du budget. Liliane, coordinatrice de ces cuisines solidaires, explique que le projet est encore en chantier « On travaille sur comment changer son alimentation pour qu’elle soit plus durable et avoir un approvisionnement plus raisonnable ». Elle confie que le but premier reste l’abordabilité des prix « On a encore pas mal de chemin à faire. On est dans un jeu d’équilibriste entre une alimentation biologique locale et une proposition accessible voire gratuite ». Midi trente pétante tout est fin prêt, seule Rabia est encore débout « Je mangerai quand tout le monde sera servi ! » Vu le succès de l’événement, elle n’est pas prête de déjeuner !
Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !





