Le Vélodrome : l’impact environnemental d’un monument du football français
Trop puissant ? Certes, mais aussi très énergivore et générant des pollutions. On fait le point sur le stade marseillais avec les lunettes de l’écologie.
Le CEPAC Vélodrome (nommé comme tel depuis un partenariat avec la Caisse d’Epargne), stade iconique de l’Olympique de Marseille, est l’un des symboles les plus chers de la ville de Marseille, incarnant une passion, une ferveur et surtout un peuple uni. Il est également unique de par son architecture moderne et sa taille : le 2e plus grand stade de France en termes de capacité, soit 67 000 places.
Une symbolique et un amour qui ont tout de même un coût, notamment environnemental.
En effet, se pose la question de son impact, d’autant plus important qu’il peut accueillir de multiples évènements. Principalement sportifs, mais aussi l’organisation d’évènements culturels. Lors de ces derniers, la pelouse étant accessible au public, les limites de capacité du stade peuvent avoisiner les 80 000 places, pour le bonheur des Marseillais. Avec la réception d’artistes locaux, comme le rappeur Jul, ou internationaux tels que Beyonce, The Weeknd, Bad Bunny et autres.
Émissions directes et indirectes
Évidemment ces événements représentent un coût énergétique significatif, dû à une contrainte de superficie dont il faut assurer le fonctionnement énergétique et matériel. Sur ces aspects Mars 360, société détenue par l’Olympique de Marseille, gestionnaire des installations sportives, peut agir.
Cependant l’empreinte carbone reste principalement due au Scope 3, calcul, dans un bilan carbone, des émissions de GES indirectes qui échappent au contrôle direct de l’entreprise. Elles résultent des activités de l’organisation, mais se situent en dehors : produits et services achetés, transport et logistique, déchets, etc.. Dans le cas du stade Vélodrome, le “Scope 3” représente surtout les déplacements de population et leurs actions.
En effet, l’afflux de spectateurs en provenance parfois de fort loin, pour un événement d’une durée d’environ 2 heures, avant que ceux-ci ne repartent aussitôt, est énorme. Les services de transports sont tout de même majoritairement empruntés pour raison de commodité, cependant l’impact environnemental reste impressionnant et a pu susciter des réactions.
À titre d’exemple, l’association marseillaise Clean My Calanques, qui milite pour la préservation de l’environnement, a pointé du doigt l’état des rues aux abords du stade, au lendemain des concerts du rappeur Jul les 29 et 30 mai 2026.
« Toute la journée on chante à quel point on aime notre ville, il aime sa ville, mais là laisser ça dans cet état là ? C’est pas normal ! » lançait Eric Akopian, cofondateur et responsable sensibilisation de Clean My Calanques au micro de ICI Provence.
“Je n’ai pas envie que ça devienne une habitude, on fait un événement, un concert du coup ça va être dégueulasse, parce que c’est Marseille ? »
Mars 360 a entrepris des actions afin de réduire l’impact environnemental du stade. Mais sont-ils réels et efficaces ? Dans un élan sociétal de transition écologique, cela ne s’avère-t-il pas être une forme de réponse de pure forme à la demande citoyenne ? Pour répondre à ces questions, intéressons-nous à l’origine et à la sincérité des démarches, afin d’évaluer si des intérêts autres que la protection de l’environnement apparaissent, avant d’analyser les réalisations effectuées.

Vue du Stade CEPAC Vélodrome – juillet 2026 © Édouard Abonneau
Initiatives : efficacité ou greenwashing?
Tout d’abord il est nécessaire de rappeler que les clubs se doivent d’appliquer les normes des fédérations et organisations supérieures. Ce qui donne un premier indice concernant les motivations des clubs à entreprendre des actions concrètes .
L’Union des associations européennes de football (UEFA) énonce depuis plusieurs années des objectifs éco-responsables que les clubs doivent atteindre. Par exemple, l’organisme a lancé en 2022 des directives de l’UEFA pour des infrastructures durables, afin qu’ils améliorent leurs pratiques environnementales, en repensant leurs infrastructures.
Des directives que l’UEFA développe sur son site: « Pour les sites modernes, l’objectif principal est que les stades et les installations sportives adoptent le développement durable et favorisent son application dans leurs bâtiments, leurs terrains aménagés et même la société qui les entoure. ».
Ces initiatives constituent un progrès qu’il faut relever, mais qui peuvent sembler être une forme de greenwashing lorsque l’on s’intéresse de plus près aux prises de positions, choix de l’UEFA et l’impact des événements en général. De nombreuses compétitions, toujours plus de rencontres… Autant de décisions que les joueurs rejettent aussi d’un point de vue sportif, sans même évoquer les trajets en avion comme moyen de déplacement privilégié.
Une organisation qui devrait revoir totalement son modèle et ne pas se contenter de quelques initiatives comme la mise en place d’un fonds vert, des offres de transports temporaires comme l’ouverture de lignes ferroviaires durant l’Euro 2024, pas forcément accessibles pour tous (géographiquement et financièrement), la réduction du plastique dans les stades ainsi que la réhabilitation de ces derniers. L’UEFA insiste sur l’économie circulaire, des initiatives intéressantes (économie d’énergie et de ressources, meilleure gestion des déchets), mais les investissements sont insuffisants, donnant l’impression d’un contentement général, sans réelle résolution des problématiques majeures, notamment la gestion des populations.
Il est impératif de repenser les stades de manière approfondie, afin qu’ils deviennent autonomes ou presque, en prenant en compte les caractéristiques locales, et veiller en priorité à réduire l’impact de l’acheminement du public. De nombreux stades suivent cet objectif, dont le Vélodrome : il dispose désormais d’installations spécifiques, qui figurent en guise d’exemple dans les directives de l’UEFA à propos des aménagements réalisés depuis 2017 (p. 115). Ainsi, sur le site internet du Vélodrome, l’OM s’inscrit également de lui-même dans un virage éco-responsable, qui se traduit par la prise d’initiatives à son échelle, à l’instar du projet de la Ville : “Marseille 2030”.

Arbres près du Stade CEPAC Vélodrome – juillet 2026 © Édouard Abonneau
Réalisations : un premier pas vers un stade “vert”?
Premièrement le club déclare avoir un stade certifié ISO 20121 depuis 2017, une certification créée en juin 2012, dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques de Londres, qui selon le Ministère de la Culture est dédiée aux « systèmes de management responsable appliqués à l’activité événementielle ».
Autrement dit, la certification s’inscrit dans un horizon de transition écologique et vient récompenser les progrès organisationnels d’un évènement sur le plan économique, social et environnemental.
Mais quels sont les critères d’éligibilité de cette certification ? Est-il “simple” d’être reconnu ?
L’Organisation internationale de normalisation (ISO), est une structure indépendante et non gouvernementale. Pour obtenir la certification ISO 20121 divers critères sont requis ; cette norme suit 12 objectifs de développement durable précis. [ Ndlr: Notons tout de même que le concept de développement durable se veut par nature contradictoire, puisqu’il contribue à préserver un modèle économique incompatible avec la protection de l’environnement.] Parmi lesquels figure notamment les objectifs: Eau propre et assainissement, Énergie propre et d’un coût abordable, Consommation et production responsables, Villes et communautés durables ( et 3, 5, 8, 9, 10, 13, 16, 1).
Ensuite une agence accréditée évalue l’organisme sur différents points, résumés par Rupture Engagée, cabinet de conseil et d’audit RSE basé à La Rochelle et Nantes, qui accompagne les organisations de toute taille et de tous secteurs dans leur démarche RSE, et propose également l’évaluation en vue de la certification.
Ainsi, l’agence évalue:
- Le contexte de l’organisme, en analysant les enjeux, les parties prenantes, les besoins et le management de l’évènement.
- Le leadership, soit l’engagement de la direction et l’organisation du management.
- La capacité de planification, des risques de l’événement et objectifs de durabilité.
- Le support, l’étude de données extérieures (gestion de ressources, la communication interne avec les employés, externe et étude de l’administration de l’évènement).
- Le niveau de contrôle des opérations, l’étude des impacts durant les évènements.
- L’évaluation des performances et enfin le niveau d’amélioration continue avec des actions en réponse aux évaluations.
Enfin l’évaluation doit être conforme aux normes du Comité de l’ISO pour l’évaluation de la conformité (CASCO) par une agence accréditée. Ici avec Afnor certification (acteur français de normalisation) : un pré-diagnostic sera effectué afin de cerner au mieux le contexte de la certification ; vient ensuite l’audit puis sa restitution pour obtenir la certification, et une fois certifié un audit annuel sera demandé en guise de suivi.
Par conséquent, l’organisation du club, Treizième Homme, a réalisé plusieurs bilans carbone en partenariat avec Onepoint, acteur local en transformation durable et en évaluation de l’empreinte carbone, en cohérence avec le protocole de la Ligue de Football Professionnel (LFP).
Par ailleurs, Treizième Homme ne s’arrête pas là en proposant divers projets, comme celui de tri à grande échelle “Très sélectif” en 2023, avec l’aide de Clean My Calanques et le soutien de la Région Sud-PACA ; HOME TO OM, avec l’installation d’un parking à vélo gratuit côté Ganay depuis avril 2026; ou encore BEE OM qui oeuvre pour la protection de la biodiversité locale en installant des ruches sur le centre d’entraînement Robert Louis-Dreyfus.
Le club a aussi fait réaliser un audit énergétique de son stade par l’entreprise Acciona Energía, afin de réduire ses consommations énergétiques. Particulièrement celles liées au chauffage de la pelouse, au fonctionnement du stade ainsi qu’à la ventilation, représentant des niveaux importants de consommation d’énergie.
À la suite de ces évaluations, l’OM a revu le fonctionnement total de ses infrastructures pour devenir “un stade respectueux de l’environnement” selon le club :
- Chauffage et climatisation : création d’une boucle de chaleur raccordée à la station d’épuration de Marseille. Les eaux traitées permettent de chauffer ou refroidir le stade via des échangeurs thermiques. D’après la Ville de Marseille, les besoins en chauffage et climatisation ont pu être réduits de moitié.
- Récupération des eaux de pluie, d’après la Ville environ 17 000 m3 d’eau de pluie sont collectés chaque année pour servir les besoins en eau non potable du stade, tels que l’entretien de la pelouse et le nettoyage des surfaces. Une technologie permise grâce à la toiture incurvée du stade.
- Éclairage : tout d’abord le club a revu les horaires d’éclairage du stade, conformément aux normes de la FFF auxquels renvoie la LFP, afin de limiter toute consommation inutile d’énergie. La nuit, des séances de luminothérapie sont mises en place pour entretenir la pelouse, mais elles se font à l’aide d’un éclairage LED, plus économe. [ Ndlr : rappelons que l’éclairage nocturne perturbe la biodiversité.]
- Économie circulaire : comme le préconise l’UEFA, l’OM s’y est mise depuis plusieurs années. D’après le Ministère de la Transition écologique, “l’économie circulaire consiste à produire des biens et des services de manière durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources et la production des déchets”.
Pour cela le club a fait appel à l’entreprise Circulab, qui a produit un rapport du projet.
Ainsi, le club fait appel à des prestataires pour la gestion des différents flux. On observe que l’OM privilégie les circuits courts, notamment pour les flux entrants comme les besoins en restauration. Mais aussi que les flux de déchets passent par diverses étapes entre prestataires de tri et de recyclage, ce qui permet a priori un nouvel usage. Par ailleurs, des associations telles que Clean my Calanques, ainsi que les groupes de supporters, assurent la sensibilisation du public, en les informant ou encore en organisant des opérations de collectes de déchets autour du stade.
Enfin, d’après le club, le stade serait désormais situé dans un “quartier de vie « éco-responsable »“. Une affirmation qui peut tout de même soulever des questions… Mise en place de commerces de proximité mais au sein d’un centre commercial de 20 000 m², offrir une solution de logement à proximité d’infrastructures pour le tourisme d’affaires,au sein d’un complexe hôtelier, pôle santé gigantesque, de nouvelles résidences et bureaux, aménagement des berges de l’Huveaune… Le club ne rentre pas dans les détails, cependant lorsqu’il souligne que l’éco quartier correspond aux exigences du Grenelle Environnement , notamment au référentiel ÉcoQuartier, cela ne garantit pas contre un usage instrumentalisé des certifications, de manière à paraître agir.
En réalité, l’influence générale du club est telle qu’elle pourrait changer beaucoup de choses dans les mentalités, en montrant l’attachement de l’OM à la cause environnementale. Si les joueurs étaient sensibilisés et profitaient de leur fenêtre médiatique pour en parler, si la vie quotidienne du club était modifiée pour prendre ces enjeux sérieusement en compte, si les supporters étaient conscients de l’importance de répondre à l’afflux de population et d’en alléger les conséquences, ce serait déjà quelque chose.
Agir directement sur le stade est impératif, il est important de souligner les initiatives et projets entrepris, mais il est nécessaire de voir au-delà et de faire en sorte d’incarner le changement. C’est un devoir au vu de ce que représente l’OM et le football en général à Marseille.
Enfin, les clubs pourraient s’inspirer les uns des autres, mais pour le moment il est difficile de trouver des stades qui se démarquent de par leurs exemplarité. La plupart des initiatives s’arrêtent à la pose de panneaux photovoltaïques, d’éclairage LED, etc.. Des projets désormais communs aujourd’hui et considérés comme “suffisants”, ce qui est très loin d’être le cas.
Un constat révélateur d’un secteur en manque de réflexions de fond sur ses pratiques.
Édouard Abonneau, le 21 juillet 2026
Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !




