Vélos vs voitures à Nice
A Nice, au centre-ville, fin avril, la nouvelle municipalité proposait de ré-ouvrir à la circulation automobile le tunnel cyclable reliant la rue des Congrès à la promenade des Anglais. Une pétition contre le projet va atteindre bientôt les 8000 signatures. La politique du tout-voiture revient-elle avec la droite dure ?
Il est six heures du soir, en semaine, une dizaine de voitures sont arrêtées au feu rue du Congrès, perpendiculaire à la promenade des Anglais. Une rue sombre, étroite, entourée d’immeubles bourgeois. Les cyclistes passent en toute fluidité par l’ancienne galerie automobile, traversant la double voie de la promenade de manière sécurisée. Ici, c’est le quartier du Carré d’or, touristique, commerçant, et le début de la zone piétonne du centre.
La ville de Nice est classée E selon le baromètre Vélo 2025 ; c’est ce que nous apprend la pétition lancée par Nice à Vélo, association apolitique voulant en faire une métropole cyclable. La pétition a bientôt atteint les 8000 signatures, pour tenter d’empêcher la réouverture du mini-tunnel aux véhicules.
La nouvelle municipalité a souhaité dès son arrivée adapter la circulation à la voiture, comme c’était inscrit dans son programme de campagne : « fluidifier le trafic sans opposer les modes de déplacements », pour éviter « 3 jours perdus par an et par conducteur ».

Point du programme d’Eric Ciotti – candidat UDR/RN à la mairie de Nice – Source Ciotti2026
La réouverture du tunnel de la rue du Congrès faisait partie des points clés du programme. Peu de choses à propos de la petite reine, si ce n’est la relance du service des vélos bleus, les vélos municipaux en libre-service abandonnés en 2024 au profit d’opérateurs privés, Lime et Pony.
Antonio Barros, chargé de la communication de Nice à Vélo, a rencontré la Mairie fin avril, pour amorcer le dialogue. « On ne peut pas dire que le mini-tunnel de la rue du Congrès est sauvé » indique-t-il. Mais « c’était un échange positif, les deux adjoints ont entendu nos arguments ». 25 % du trafic en moins entre 2012 et 2020 et plus de 700 passages à vélo selon le capteur proche placé sur la promenade des Anglais, voilà les éléments phares portés par l’association.
L’origine de ce point du programme de la ville de Nice est flou. La Mairie, le Palais de la Méditerranée et Indigo, le prestataire du parking pourraient en être à l’origine, craignant les embouteillages à la sortie de spectacles, lors d’événements de cette structure de divertissement.
Des solutions envisageables sont proposées par Nice à Vélo : par exemple, inviter leurs clients à choisir un autre moyen de transport, inciter les spectateurs à rester sur place pour gérer les pics de flux, agir sur les cycles de feux pour permettre d’écouler la circulation de la rue du Congrès…
Quant à la Mairie, elle ne nous a pas répondu pour le moment. Les commerçants et riverains interrogés sont eux surpris qu’on les interroge à ce sujet. La plupart s’accordent sur le manque de place pour les piétons, et les nuisances sonores du trafic. Mais à leurs yeux, la venue de la voiture et le stationnement parking restent nécessaires pour accueillir leurs clients*.
Une politique de retour à la voiture pourtant anachronique, notamment au regard du plan climat air énergie territorial 2019 – 2025 (PCAET), en cours d’étude pour 2026-2031, et qui omet aussi de prendre en compte le rapport d’Atmosud publié en octobre 2025. L’observatoire de la qualité de l’air indiquait que les valeurs limites d’émissions polluantes en Nox (monoxyde d’azote, dioxyde d’azote) et émissions de particules fines pourraient être respectés à l’horizon 2035, mais en s’engageant dans une voie de réduction du trafic routier à hauteur de 36 millions de kilomètres par an.
Le prochain conseil municipal aura lieu le 5 juin prochain, la Mairie entendra-t-elle les 7000 signataires de la pétition ?
Victor Furtuna, le 26 mai 2026
* Une idée reçue, selon le Cerema, établissement public pour la transition écologique et la cohésion des territoires, qui a analysé les déplacements des ménages : 74% des clients des commerces de centre-ville dans les grandes agglomérations s’y rendent à pied, à vélo ou en transports en commun.
Tout est politique, y compris les choix du quotidien. Ici nous interrogeons les politiques publiques qui posent un cadre à nos existences, dans leur articulation à l’économie et à la législation.




