PFAS : comment les polluants éternels impactent-ils la Région Paca ?
Si vous avez de la famille vivant dans la vallée de la Chimie au sud de Lyon, alors vous avez certainement entendu parler du scandale des PFAS. En effet, cette région de l’hexagone est en première ligne face à ce scandale sanitaire d’ampleur nationale. Mais est-ce que la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est pour autant épargnée ? Et de quoi est-il question exactement ?
Qu’est-ce qu’un PFAS ?
Commençons d’abord par savoir de quoi parle-t-on exactement. L’acronyme PFAS vient de l’anglais Per and Polyfluoroalkyl Substances, ce qui signifie en français : Substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées. Les scientifiques les classent comme « polluants organiques persistants », et dans la presse, ils sont souvent qualifiés de « polluants éternels ». C’est-à-dire des éléments qui resteront dans la structure chimique de notre planète jusqu’à ce que cette dernière disparaisse complètement du système solaire, soit bien après la disparition de l’espèce humaine. La Terre ne peut pas les éliminer, et les chercheurs peinent à trouver des solutions techniques. En janvier 2025, le quotidien Le Monde publiait un long format très éclairant à ce sujet : le coût de la dépollution de l’Europe sera vertigineux.
Où trouve-t-on des PFAS ?
Les PFAS sont partout : dans les revêtements anti-adhésifs, anti-tâches, déperlants, nos emballages alimentaires, nos produits ménagers, les isolants des fils et des câbles électriques, ou encore les mousses anti-incendie. Les premières réglementations visant à remplacer ces molécules dans les objets du quotidien datent des années 1970, et se sont avérées très insuffisantes, ne serait-ce que pour réduire la présence des PFAS dans l’environnement. Ils s’infiltrent dans la chaîne alimentaire, contaminent la faune, et menacent les écosystèmes. Dans le corps humain, ils s’accumulent aussi : on en trouve dans le sang, les cheveux et même le lait maternel.
Quelles sont leurs conséquences sur la santé ?
La littérature scientifique portant sur les PFAS et leurs effets sur la santé est abondante et s’enrichit de jour en jour. Il s’agit de risques chroniques liés à une exposition répétée sur du long terme à ces substances. Chez l’humain, quatre effets recensés font consensus au sein de la communauté scientifique. Il s’agit de la diminution de la réponse immunitaire à la vaccination ; de l’augmentation de risque du cancer du rein ; de la baisse du poids de naissance des nouveaux nés ; de l’apparition de la dyslipidémie (maladie lipidique due à un taux de cholestérol ou à des triglycérides trop élevés).
L’Autorité européenne de sécurité des aliments, EFSA en anglais, considère que 4 PFAS doivent faire l’objet d’une attention et d’une vigilance particulière car ils sont particulièrement néfastes pour la santé. Il s’agit du PFOA, du PFNA, du PFOS et du PFHxS. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé le PFOA dans le groupe 1 des substances cancérigènes pour les humains et le PFOS dans le groupe 2B des substances pouvant être potentiellement cancérigènes pour les humains. D’autres types d’effets sur la santé sont suspectés comme les maladies thyroïdiennes ou les troubles de la reproduction et de la fertilité. En France, l’ANSES a engagé des travaux pour dresser un état des lieux des contaminations dans l’eau, les aliments, l’air, les sols, etc..
Et en Paca ?
En ce qui concerne la Région Provence Alpes Côte d’Azur, ce sont les zones industrielles autour de Marseille qui sont les plus fortement impactées par ce scandale sanitaire d’ampleur nationale. Néanmoins, nous sommes loin des taux de PFAS retrouvés dans les communes situées dans la vallée de la chimie au sud de Lyon, pour ne citer que ce cas de figure. L’Agence Régionale de Santé a anticipé l’échéance réglementaire de 2026 relative à la recherche obligatoire de ces composés en lançant une campagne d’analyses prospectives dès 2024 dans des captages utilisés pour l’eau destinée à la consommation humaine. Au 1er mai 2026, plus de 3400 analyses de recherches de PFAS ont été réalisées dans la région, ce qui a permis de couvrir toutes les zones desservies par les réseaux de distribution d’eau. Les résultats de ces analyses sont consultables sur le site internet de l’agence.
Que fait l’État ?
Le ministère de la Santé publie une liste de recommandations : varier son alimentation, cuisiner « maison », privilégier quand on le peut les fruits et légumes bios, les vêtements en fibres naturelles, éviter les poêles antiadhésives, les emballages plastiques, aérer quotidiennement son logement, utiliser du savon noir ou du vinaigre ménager pour nettoyer, limiter les cosmétiques, etc..
Depuis le 31 juillet 2025, le ministère de la transition écologique a mis en place une plateforme contenant une carte de surveillance des PFAS dans les eaux souterraines ou de surface de tout le territoire français, à laquelle chaque citoyen peut accéder, et constater qu’aucune région de France n’est épargnée par ce problème. Le 20 mai 2026, un recours émanant des associations Bloom, Générations futures et Notre affaire à tous, ainsi que de six riverains domiciliés dans des zones particulièrement contaminées a été déposé devant le Tribunal administratif de Paris contre l’État français, afin que ce dernier fasse cesser les rejets de PFAS dans l’environnement. Il s’agit également de faire reconnaître l’existence d’un préjudice écologique du fait de l’inaction de l’État dans ce domaine.

Capture d’écran de la carte IGN « Infos PFAS » du 8 juillet 2026
Le 29 janvier 2026, 192 habitants de la vallée de la chimie ont assigné les groupes Arkema et Daikin Chemical devant le tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux grands groupes sont suspectés d’être à l’origine de la plus importante pollution aux PFAS identifiée à ce jour en France. Marsactu s’est aussi emparé de la question et a enquêté à Fos sur Mer, dans un article repris par Mediapart. En 2025, le Grand Port Maritime de Marseille a déposé plainte contre X auprès du parquet de Marseille pour une pollution aux PFAS dans la zone maritime de Fos sur Mer, près de la nappe phréatique de la Crau, qui alimente en eau des centaines de milliers d’habitants. Une enquête a été ouverte le 29 avril 2026 et est toujours en cours. La municipalité de Fos vient elle aussi de déposer plainte, tout en communiquant de manière rassurante pour éviter la panique.
Même si la région Provence-Alpes-Côte d’Azur apparaît comme la quatrième région la plus impactée par ce problème, la qualité de l’eau est surveillée, et les pouvoirs publics n’en ont pas interdit la consommation. Chacun reste libre d’utiliser celle du robinet pour sa consommation alimentaire quotidienne. Il faut surtout, pour les citoyens, s’informer et s’assurer que la vigilance des institutions ne faiblisse pas.
Anne-Lise Robert, le 8 juillet 2026
Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !




