6 mars 2026

Samia Bendaif et ses jardins nourriciers au cœur des quartiers Nord

Après avoir créé un potager autosuffisant au bas de leur immeuble, Samia Bendaif et son mari Yazid ont lancé en 2021 l’association Terre d’Entraide et de Partage. Cinq ans après, quatre jardins ont vu le jour dans les quartiers Nord de Marseille. Depuis le décès de Yazid, Samia gère l’association seule : secrétaire, communicante, jardinière, cuisinière et animatrice, l’habitante du 14e arrondissement revêt toutes les casquettes pour continuer à rendre le monde plus vert. Portrait.

Rien n’empêche Samia Bendaif de cultiver son « coin de paradis » situé au Parc Font Obscure, pas même le mauvais temps, ni les nuisances des voitures. Collé à la rocade et au centre commercial Le Merlan, ce lambeau de terre caché, d’environ 600m2, avec une trentaine de parcelles, sert de potagers nourriciers pour les habitants des alentours, dont ceux des cités Flamands, Oliviers et Saint-Paul. Chaque parcelle est assignée à une personne du quartier, qui devient jardinière et adhérente de l’association. Chaque jour, même les week-ends, cette ancienne puéricultrice entretient corps et âme son projet : « Pour moi les plantes c’est comme les enfants. Tous les jours, tu te lèves pour t’en occuper ». Petit clin d’œil à son ancien métier, « il faut les éduquer, les nourrir et surtout être à l’écoute ».

Au jardin jusqu’au coucher de soleil

Dès 8h30, Samia met la main à la terre. Après avoir désherbé, retourné la terre, planté et arrosé, place à la récolte : « Actuellement c’est la saison des fèves, petits pois, oignons mais aussi de l’ail et de la coriandre », explique-t-elle. Ici, interdiction d’utiliser des engrais et pesticides, les mots d’ordre sont « écologie » et « anti-gaspi ». Elle confie en rigolant avoir déjà « galéré » avec des orties et des filets, pour sauver des choux rongés par les chenilles. Avec les récoltes du jardin, Samia fait des confitures, tisanes, herbes de Provence, conserves mais aussi des cosmétiques tels que du macérat. « Tu peux tout utiliser et ré-utiliser. » Les produits sont ensuite distribués aux habitants lors des fêtes du quartier. Dernier arrosage et fermeture du jardin, Samia finit sa journée vers 18h. « Quand je vois le soleil se coucher, je pars. »

Les parcelles cultivables du jardin © Chloé Roulet

Samia a toujours été passionnée par les plantes. Simple amatrice, elle explique avoir surtout « appris avec le temps » à s’occuper de ces petits êtres vivants. Pourtant le care [ soin, en anglais, ndlr ], c’est toute sa vie. Née en Algérie, Samia était sage-femme à Skidid, sa ville natale. En 2008, elle traverse la Méditerranée et déménage dans la cité phocéenne « par amour ». Elle y retrouve Yazid, enfant fidèle de Marseille, plus précisément, du 14e arrondissement. « Yazid n’a jamais voulu quitter sa ville, il s’est même fait tatouer le code postal, 13 » lance-t-elle en souriant. Elle passe son diplôme d’auxiliaire puéricultrice et consacre son travail aux soins médicaux des jeunes enfants. En 2018, elle arrête toute activité professionnelle après deux cancers successifs. Lors du confinement, Samia et Yazid cherchent un peu de réconfort dans la terre : « Heureusement que j’ai trouvé le jardinage. C’était ma thérapie pendant ma maladie ».


Le projet d’une vie : celle du couple Bendaif

En emménageant à la cité SNCF, le couple se lance dans cette grande aventure : créer des jardins nourriciers et devenir autosuffisants. Pari réussi ! En 2016, le terrain au pied de leur tour est assez fructueux pour remplir totalement le frigo. Petit à petit, ils partagent leur savoir-faire, d’abord avec leurs voisins puis aux habitants du quartier. Soutenus par la Maison des Familles et des Associations, les Bendaif créent un premier jardin collectif, toujours à la cité SNCF. En 2021, ils fondent l’association Terre d’Entraide et de Partage. Dans la foulée, la mairie du 13e et 14e met à disposition un terrain délaissé au Font Obscure. Tout est à créer : parcelles, serres, couloirs, plantations. Avec persévérance, le jardin prend forme. En 2025, Yazid succombe à la suite de problèmes de santé. Malgré sa disparition brutale, il était hors de question d’abandonner le projet. « C’était impensable pour moi de laisser tomber le jardin, mon mari y a mis son temps et sa santé » confie Samia, les larmes aux yeux. L’association grandissante compte à présent 20 bénévoles ponctuels et est soutenue par la mairie centrale de Marseille.

Pot de plantes peint par les enfants du quartier © Chloé Roulet

Smiley, fleur, fruit et légume, de nombreuses peintures colorées décorent les couloirs du jardin des Merlans. Preuves que de jeunes visiteurs sont passés par là. « Les enfants, c’est la relève, c’est le futur » affirme Samia. Depuis la création de l’association, elle organise avec l’école maternelle des Flamands, mais aussi avec les associations Fouque et Vivre l’Autisme, des ateliers de sensibilisation pour le jeune public. Elle met un point d’honneur à partager son savoir-faire. « Il faut leur passer le relai et leur dire : prenez soin de notre planète. » Étonnée, elle raconte que les enfants la reconnaissent dans la rue, même des années après. « Quand je croise les petits, ils me disent “Tata Samia c’est quand le prochain atelier ?” ». Selon les saisons, les élèves apprennent à jardiner mais aussi à cuisiner avec les produits récoltés. « La dernière fois on a fait du pain aux herbes de Provence. » De quoi ravir petits et grands.

Des jardins collectifs et accessibles

Pour accueillir le plus de monde possible, le potager est totalement aménagé pour les personnes en mobilité réduite. Régulièrement, Samia passe au crible les parcelles et vérifie si elles respectent bien le règlement. « Pas de plantations près des bordures et les couloirs doivent être dégagés. » Elle-même considérée comme invalide, elle veut que son potager soit accessible à 100 %. Personne ne doit se sentir exclu. Surtout concernant l’injustice environnementale, a fortiori à Marseille avec son manque criant d’espaces verts. « Je veux rendre le monde autour de moi plus vert et ça commence par là ou j’habite, dans les quartiers Nord. » Cette marseillaise de cœur n’en démord pas. Elle vient tout juste d’inaugurer un nouveau jardin à côté du centre Saint Jean de Dieu. Son téléphone bipe ; « attends, c’est une voisine, elle demande s’il reste une parcelle de libre » lance-t-elle en décrochant. Décidément, Samia n’arrête jamais.

Chloé Roulet, le 6 mars 2026

Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !