2 mars 2026

Prioriser les animaux

L’effondrement de la biodiversité n’est pas inéluctable : chacun peut contribuer à l’empêcher, notamment en soutenant les centres de soin à la faune sauvage.

Dans le film documentaire de l’anthropologue Éliane de Latour, Animus Femina, récemment sorti au cinéma, une vétérinaire crève l’écran. Marie-Pierre Puech, dans son Hôpital de la faune sauvage situé à Ganges (Goupil Connexion, Hérault), soigne les bêtes à poils et à plumes blessés ou empoisonnés par l’activité humaine. De ses gestes précis, elle remet délicatement en place l’aile déboîtée d’un minuscule oiseau, autopsie un renard percuté par une voiture pour montrer l’hémorragie interne qui a provoqué sa mort, évalue la santé d’un rapace avant réintroduction dans la nature. Son énergie, son savoir et son dévouement, son goût de les transmettre à la jeunesse, alors qu’elle a nettement passé l’âge de la retraite, forcent l’admiration.

Colonisation humaine

Car la biodiversité s’effondre. Nos ciels, nos sols, nos mers, nos rivières, nos forêts se vident. Enfin, « nos »… Plutôt « leurs » habitats, à tous les animaux qui peuplent la planète et permettent, en synergie avec les végétaux, qu’il y fasse bon vivre. Le possessif ne devrait plus être de mise, car si l’espèce humaine pâtit elle aussi de l’effondrement dramatique de la biodiversité, elle en est entièrement responsable et devrait rétablir un équilibre.

Les scientifiques parlent de 6e extinction de masse : la vie sur notre vieille Terre a été abîmée déjà cinq fois pour cause de glaciation, réveil de volcans, météorite… Le nombre d’espèces animales et végétales s’est alors réduit considérablement ; mais jamais aussi vite ni aussi fort qu’aujourd’hui, sous l’effet conjugué de notre extractivisme, de nos pollutions, de l’artificialisation des sols. Les modes de vie contemporains ne laissent plus assez de place au monde sauvage. La biomasse des mammifères est dans une écrasante proportion composée d’humains et de leurs animaux domestiques.

Répartition de la biomasse des mammifères – Milo Lab Institut Weizmann – licence MIT

Pas assez de structures

Aussi les personnes qui, comme Marie-Pierre Puech, consacrent leur vie à soigner les animaux sauvages, lesquels continuent à trouver leur chemin dans les interstices qu’on leur laisse, afin de se nourrir et se reproduire, sont en première ligne d’un combat homérique pour défendre le vivant. Préserver la nature partout où c’est possible devrait être une priorité. C’est, à leur échelle, ce que pratiquent au quotidien les Centres de soin de la faune sauvage, où les animaux malades ou blessés sont pris en charge avec efficacité, avant d’être relâchés. Ils sont, malheureusement, trop peu nombreux sur le territoire français, et travaillent dans un contexte économique souvent précaire, faute d’un soutien des pouvoirs publics à la hauteur des enjeux. En 2019, celui de Buoux (Vaucluse), principale structure d’accueil de la Région Paca, a dû fermer ses portes avant d’être sauvé in extremis par une forte mobilisation citoyenne. En 2025, le centre de soins de la LPO 34 à Villeveyrac a fermé en plein été, période d’intense activité, et les animaux ont dû être réorientés vers Goupil Connexion, qui a fait au mieux pour les accueillir.

Pourquoi les centres de soin sont-ils débordés ?

Quelque part, c’est un bon signe : les personnes prêtes à prendre 5 minutes de leur temps pour prévenir un centre qu’ils ont vu un animal en détresse ne manquent pas. Mais si les structures sont débordées, c’est surtout parce que les milieux naturels sont abîmés par l’activité humaine. Empoisonnés aux pesticides, gorgés de plastique, les animaux voient leurs habitats fragmentés par les constructions, les transports, l’industrie et l’agriculture. Nombre d’espèces sont aussi volontairement visées. Rappelons un chiffre affolant : entre 400 000 et 1 million de renards seraient tués chaque année, majoritairement par la chasse. Nous en écrasons aussi beaucoup : qui n’a pas vu le triste spectacle des cadavres de hérissons, crapauds ou écureuils, le long des routes de France ?

Notre responsabilité ne s’arrête pas là : si les centres de soin sont débordés, c’est aussi en raison du changement climatique, d’origine anthropique. Sécheresses, tempêtes, inondations de plus en plus fréquentes et brutales… les oiseaux marins mais également les animaux sauvages terrestres en sont les premières victimes.

Le constat est là, il faut donc se retrousser les manches, car la situation n’est pas inéluctable. Dès que la pression anthropique se relâche sur les milieux, la vie revient, et chacun peut y contribuer.


Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ! Je veux aider, que faire ?

  • J’ai du temps :

Vive le bénévolat ! S’initier aux premiers soins, mettre son véhicule à disposition pour aller chercher les animaux en détresse signalés dans un périmètre de plusieurs kilomètres autour de son domicile, tenir une permanence téléphonique pour répondre aux signalements, proposer ses compétences en comptabilité, démarches administratives, communication… Il est souvent possible de se rendre utile tout en apprenant énormément sur le monde sauvage.

Sur ces sites, sont référencés les différents centres de soin auxquels proposer ses services :

Réseau des centres de soins de la faune sauvage en France

Cartographie en ligne

LPO : sept centres de sauvegarde pour la faune sauvage en France métropolitaine

Sur la plateforme jeveuxaider.gouv, très pratique, les associations comme Goupil Connexion publient les offres correspondant à leurs besoins prioritaires.

  • Je n’ai pas de temps mais j’ai (un peu…) d’argent :

Repérer les centres de soin de ma région ou d’ailleurs et faire un don. Favoriser le virement mensuel sans limite de temps est le plus efficace (comme pour le soutien aux médias indépendants ;-)

Tous les montants, même très petits, comptent, pour assurer une trésorerie stable aux structures. Cela leur permet de faire face aux vents mauvais de la politique, aux baisses de subvention, et renforce leur capacité d’agir sur le terrain.

  • J’ai de l’enthousiasme :

Avec les réseaux sociaux, tout le monde peut désormais avoir de l’influence. S’informer dans les médias et relayer les informations sur la faune sauvage amplifie leur résonance. S’abonner aux newsletters spécialisées sur la biodiversité, aux bulletins des structures de soin, les faire circuler, idem. Signer des pétitions, comme celle-ci, sur la plateforme de l’Assemblée nationale, qui demande à stopper le massacre des renards, en les retirant de la liste des « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD). Elle approche les 40 000 signataires, c’est déjà ça.

Ou simplement en parler autour de soi, comme avant le numérique !

  • J’aime bien faire avancer les choses collectivement :

C’est toujours plus efficace quand on met son énergie en réseau ! Les initiatives ne manquent pas un peu partout en France, on peut s’en inspirer et inventer de nouvelles formes. En Normandie, par exemple, l’appli participative Faune Route permet de recenser les endroits dangereux, en localisant les espèces victimes de la route. Plus les données sont nombreuses et précises, plus cela permet aux collectifs de défense de la nature de peser auprès des collectivités pour qu’elles mettent en place des aménagements leur permettant de circuler sans risque. Des banquettes à loutre, ou « loutroducs », ont ainsi été installées au niveau de ponts, où elles se faisaient écraser en cas de niveau élevé de l’eau. Dans les Deux-Sèvres, la toute nouvelle association Routes Vivantes fourmille d’idées : « sensibiliser les conducteur·ices, les auto-écoles et les assurances auto » ; « créer un Guide de l’automobiliste respectueux des animaux » ; « concevoir un jeu de société accessible et complet pour témoigner de la réalité de la mortalité de nos routes et mettre en marche une réelle réflexion »…

  • J’ai trouvé un animal mal en point !

Il est possible de se former pour avoir les bons réflexes. Par exemple avec ce webinaire très pédagogique de l’association États sauvages, Secourir la faune sauvage en détresse.Quel que soit l’endroit où nous vivons, à la campagne comme en ville, car même dans une très grosse agglomération comme Marseille, on peut tomber sur un sanglier renversé par une voiture, ramasser un bébé martinet tombé du nid, ou repérer une tortue marine blessée par un jet ski.

Avant tout : contacter le Centre de soins le plus proche. Même si la législation accorde une dérogation aux particuliers pour acheminer l’animal jusqu’à eux, ils sont les seuls habilités, selon l’Arrêté du 11 septembre 1992, à le prendre en charge, et pourront vous conseiller et vous orienter au mieux. On n’agit pas de la même manière selon l’espèce, ou le cas de figure : blessure de chasse, collision, empoisonnement, prédation par un chat (qui font des ravages)… Noter le site de capture, la date, l’heure, les circonstances donne des indications utiles aux soins et permettra un relâcher dans de bonnes conditions.

Ensuite : veiller au maximum à éviter le stress. Les piverts, martins-pêcheurs sont par exemple très sensibles et peuvent mourir d’un arrêt cardiaque si on leur fait peur. Des gestes prestes et parcimonieux sont requis, en silence. Porter systématiquement des gants afin de ne pas transmettre de germes ou être contaminé. Recouvrir l’animal d’un tissu permet de le mettre dans une boîte en carton pour le transport, en évitant griffes, morsures, coups d’ailes ou de becs. Enfin, si il est trop gros et que la capture est difficile, appeler les pompiers.

Gaëlle Cloarec, le 2 mars 2026


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