15 octobre 2026

Variété et résistance : vive le savoir horticole !

À l’occasion des Journées du patrimoine à Marseille, la bibliothèque de la Société d’horticulture ouvrait ses portes, donnant à voir les trésors dont nous aurons besoin face au dérèglement climatique.

Les bibliothèques sont des mines d’or. Des réservoirs de savoirs d’antan. Cela fait 180 ans que la Société d’horticulture et d’arboriculture des Bouches-du-Rhône existe. Créée en 1846, elle est l’une des toutes premières associations marseillaises. Si elle s’installe dans un premier temps sur le Vieux-Port, elle migre en 1977 dans la bastide Bortoli, en plein cœur du parc du même nom (8e arrondissement).

Située au premier étage du bâtiment, sa bibliothèque réunit environ 3 000 ouvrages : monographies relatives aux plantes, revues, dessins… Des savoirs précieux pour comprendre les plantes, leur fonctionnement, les modes de cultivation. Aujourd’hui entièrement gérée par des bénévoles, la Société d’horticulture conserve cette fonction de partage des connaissances dans le domaine horticole.

La bibliothèque accueille régulièrement étudiants et chercheur·euses à la recherche d’anciennes techniques, mais aussi de variétés anciennes à remettre en culture notamment pour trouver de nouvelles solutions agricoles face au dérèglement climatique.

Philosophie botanique de Charles Linné © Carla Lorang

L’agriculture intensive, un système inadapté

Car les chercheurs sont unanimes. D’ici 2050, il faudra nourrir environ 10 milliards d’êtres humains. Un défi de taille qui intervient en pleine crise climatique. Si, longtemps, sécurité alimentaire et protection de la nature ont été perçues comme des objectifs indépendants, voire contradictoires, une partie du corps scientifique s’attache désormais à les penser conjointement.

Depuis la moitié du XXe siècle, nourrir les populations s’est fait au profit d’une industrialisation massive. Les variétés génétiquement diverses ont peu à peu disparu : au fil des années, une tendance à l’homogénéisation des espèces cultivées s’est alors opérée au niveau mondial. Un phénomène difficile à quantifier, dont les conséquences interrogent… En plus d’être destructrices pour l’environnement et la biodiversité – recours aux pesticides, utilisation massive d’eau… – , les variétés hybrides, génétiquement homogènes et standardisées, exposent davantage les cultures en cas de maladie ou même de ravageur. Sélectionnées pour performer avec le recours aux engrais de synthèse et aux pesticides, elles sont peu robustes face aux événements climatiques extrêmes.

Alors pourquoi avoir abandonné les variétés d’avant-guerre, qui comptaient davantage sur leur propre rusticité, au profit d’une agriculture productiviste, peu résiliente ? Révolution verte, industrialisation, profits, volonté de multiplier la production agricole mondiale et d’assurer la sécurité alimentaire de millions de personnes…, les raisons sont diverses. À la bibliothèque de la Société d’horticulture, Brigitte et Virginie, bénévoles, offrent un voyage dans le temps à travers monographie, livres, dessins. De quoi inspirer de nouvelles pratiques !

Collection de poires de la Société d’horticulture de Marseille © Carla Lorang

Dialogue du futur et passé 

Posée sur des étagères à l’arrière de la pièce, se tient une large collection de poires. 80 pièces en barbotine d’argile. Si l’œil distingue des fruits aux allures similaires, il s’agit en réalité d’espèces bien distinctes, avec chacune leurs particularités. « Aujourd’hui, les variétés de poires dans les rayons des supermarchés sont très limitées. Mais à l’époque, les cultures étaient très régionales. Chaque région possédait ses variétés adaptées aux conditions climatiques du territoire. Les variétés qui étaient cultivées depuis longtemps étaient bien moins sensibles aux risques de maladies et avaient bien moins besoin de traitements phytosanitaires. Aujourd’hui, vous allez retrouver les mêmes variétés sur toute la France. Alors qu’avant, il y avait vraiment une variété selon les régions, ce qui était logique. Déjà, on transportait moins, et surtout ça faisait une richesse dans chaque région, et ça, ça a totalement disparu. Donc nous, on est là pour conserver tout ça », explique Virginie Lombard, bénévole à la Société d’horticulture.

À la suite d’un été caniculaire et face à un système agricole à bout de souffle, les savoirs d’antan peuvent-ils nous apporter de nouvelles pistes ? Recours aux engrais naturels, variétés diverses, polyculture… Autant de pratiques qui pourraient inspirer (inspirent déjà) de nouveaux modèles agricoles. « On a beaucoup de choses à apprendre sur les variétés anciennes, limitées en pesticides, sur l’histoire des modes culturaux d’avant-guerre. C’est très intéressant pour l’avenir », poursuit-elle.

Car la diversité génétique permet aux plantes de mieux faire face aux aléas. Abandonnées au profit des monocultures, les variétés anciennes sont dans le même temps parfois plus robustes et possèdent des systèmes racinaires plus profonds, davantage résilients face au manque d’eau. Sélectionnées sur le long terme par le territoire lui-même, elles intègrent une mémoire d’adaptation aux conditions locales.

Mais pour la Société d’Horticulture, il ne s’agit pas seulement de véhiculer des connaissances. À quelques pas de là, un jardin d’environ 2 000 mètres carrés rassemble une collection de variétés d’oliviers et de plantes méditerranéennes. Une belle manière de faire vivre ces savoirs et de réfléchir ensemble aux cultures de demain !

Carla Lorang, le 15 octobre 2026


Les Journées européennes du patrimoine ont eu lieu les 19 & 20 septembre. Les thèmes 2026 étaient « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».

Savoirs scientifiques, techniques ou traditionnels, recettes de mémés, conseils pratiques ou tutoriels, voici le lieu où ils se partagent.