Ou comment dévoyer la question écologique en rasant des forêts pour installer d’immenses étendues de panneaux photovoltaïques. Avec Le test Elzéard, Laurine Roux quitte un temps ses sentes romanesques (quoique…) pour pratiquer l’art de l’enquête… Et relater à sa manière, à la fois très documentée et très personnelle, les luttes des opposants à ces projets absurdes et destructeurs.

Il faut dire que le combat pour la défense de la nature et de la biodiversité lui tient à cœur depuis l’enfance, à elle, la petite-fille de Madeleine Roux, une des pionnières de l’énergie solaire à Veynes dans le Dévoluy. Elle qui a choisi de vivre dans le « vert en pagaille » des Hautes-Alpes. Alors, quand on lui demande « d’écrire un récit documentaire au sujet de la prolifération des centrales photovoltaïques sur la montagne de Lure », après avoir mûrement réfléchi et beaucoup lu, elle accepte. Saccager le pays de Giono ? Pas question !

D’où l’idée du « test Elzéard », qu’elle présente au début de son ouvrage. Un bref questionnaire portant le prénom de « l’homme qui plantait des arbres » qu’a imaginé l’écrivain manosquin dans la célèbre nouvelle éponyme. Un test qu’on proposerait aux géants du photovoltaïque et autres responsables des politiques territoriales. Et que bien peu réussiraient ! Car il pose les principes d’une éthique de responsabilité, d’une vision altruiste à long terme. Ce qui est sans doute le cadet des soucis des entrepreneurs qui défigurent la région. Mais qui reste la boussole de tous ceux – journalistes,chercheurs, militants, bergers, habitants de communes rurales, simples citoyens…- qui souhaitent «  mieux chérir le bien commun, partagé entre les humains et le reste de la nature ».

Laurine Roux offre ses talents de conteuse à cette cause, hélas, loin d’être gagnée. Un essai à la manière de ceux de Montaigne, qui avance « à sauts et à gambades ». Un texte agréablement composite, sensible et rigoureux ; qui va d’une interview à un souvenir d’enfance, d’une promenade à la recension d’articles, d’un portrait à une analyse du vol des étourneaux, au fil de brefs chapitres aux titres pleins de fantaisie. Comme si l’autrice voulait garder une certaine légèreté, malgré la lourdeur du sujet. Garder l’espoir aussi, comme elle l’écrit dans le dernier chapitre, « qu’un texte puisse, même timidement, allumer des loupiotes, qu’ici ou là, on pensera au test Elzéard- avant d’apposer sa signature au bas de tel ou tel dossier, de telle ou telle dérogation ». On a bien envie d’y croire aussi.

Fred Robert, le 5 novembre 2026

Le test Elzéard
Laurine Roux
Éditions Julliard, collection Sans préavis, 22 euros

À lire aussi, son dernier roman, Trois fois la colère, paru en 2025 (recension pour Qui Vive sous le titre «  Il était 3 fois »).

 

  • Fred Robert

    Prof de français pendant très longtemps, chroniqueuse littéraire un bon moment, je reste passionnée de littérature, d'art...
    Et de tous les voyages, réels ou imaginaires.

    Voir toutes les publications

Ici sont publiées des chroniques/critiques/recensions de livres, ou musicales, et plus largement tout ce qui concerne le champ culturel, dans son articulation avec l’écologie.