9 octobre 2026

Déchets en Méditerranée : quand les assos se mobilisent

À l’occasion du World Clean Up Day, de nombreux citoyen·nes se sont mobilisé·es à Marseille pour ramasser les déchets le long de la côte. Une dynamique fragilisée par la baisse des moyens alloués au secteur associatif.

 

Bouteilles d’alcool, déchets plastiques, bonbonnes de protoxyde d’azote, mégots ; les côtes marseillaises sont parfois loin des clichés entretenus sur les réseaux sociaux. Alors, pour tenter de redonner aux plages leur éclat, les associations du territoire se mobilisent en organisant régulièrement des « Clean walks ». Dimanche 20 septembre, ces forces vives étaient rassemblées dans différents lieux du territoire à l’occasion du World Clean Up, une journée mondiale dédiée aux ramassage de déchets. Initiée en 2018 par l’association Let’s Do It ! World, l’opération annuelle vise à lutter contre la pollution à travers des nettoyages citoyens organisés simultanément dans plus de 200 pays. Entre le Fort Saint-Jean et l’esplanade du J4, à l’initiative de l’association Traits d’union(s), ils étaient une petite dizaine à rejoindre ce grand mouvement…

Sous le soleil

Le soleil est ardent en cette fin de matinée. Casquette, lunettes, gants, pince, les troupes s’activent sur la digue du Fort Saint-Jean pour ramasser les ordures. Parmi eux, Jérôme, président de l’association Traits d’union(s). Habitué des ramassages côtiers, il n’en reste pas moins peiné de retrouver encore une fois une grande quantité de détritus. À peine 1h30 que la mobilisation a commencé et pourtant : « On a ramassé plus de 450 bouteilles, plus d’une centaine de kilos de plastique cachés sous les rochers ; il y a une quantité de déchets qu’on avait vraiment complètement sous-estimée », témoigne t-il.

Plus discret, le mégot n’en est pas moins présent. Aussi petit soit-il, « un mégot de cigarette, c’est 500 litres d’eau pollués », relate l’association Surfrider. Pour Alexandre, salarié chez Recyclop, il s’agit d’un enjeu largement sous-estimé. « Le mégot, quand il est jeté par terre, se retrouve dans les rigoles, et va souvent finir directement dans la mer. Ensuite il se décompose en microplastiques et on le retrouve dans nos assiettes, parce que ce sont les poissons qui vont le manger. » Avec Recyclop, Alexandre est là pour les récupérer afin de les revaloriser par la suite en une énergie électrique décarbonée.

Bouteilles ramassés à Marseille lors du World clean up day 2026 © Carla Lorang

Trier et revaloriser

Car une fois les déchets ramassés, le travail est loin d’être terminé. Il faut trier, séparer le verre, le plastique et tout ce qui ne peut pas être recyclé. Une action réalisée sur la balade du Fort Saint-Jean qui n’a pas manqué d’interpeller quelques promeneur·euses. Certains s’arrêtent quelques secondes, interloqués par la quantité de déchets ramassés. Jérôme, lui avoue un fond d’amertume : « J’ai passé cinq ans à aller sur tous les ramassages, terre, mer, j’ai tout vu, toutes les quantités, tous les états, entre les Goudes et l’Estaque. Aujourd’hui, j’avoue être déçu parce que les choses ne s’arrangent pas. » Incivilités, manque d’équipement : les causes sont multiples. « Si je prends les chiffres des rapports d’activité des différentes associations marseillaises, on ramasse 25 à 30 tonnes de déchets juste sur le littoral marseillais. Et c’est loin d’être assez. On en laisse beaucoup, on ne peut pas tout faire, on ne peut pas tout ramasser…» ajoute-il.

Des budgets en baisse

Et pour cause, la baisse des budgets associatifs n’arrange rien à une situation déjà fragile. En 2025, c’est près d’une association employeuse sur 2 (tous secteurs confondus) qui a vu ses financements publics rabotés, rapporte le média Reporterre. D’après une enquête parue il y a un an, 30 % des associations employeuses ont déclaré avoir moins de trois mois de trésorerie et près de une association sur quatre a dû diminuer ses activités. Des constats peu réjouissants qui sonnent l’alarme, d’un monde associatif en grande difficulté. « Plus on nous enlève des subventions, moins on nous donne de moyens, moins on arrivera à ramasser. Les choses risquent d’empirer dans les années à venir, il faut vraiment essayer de trouver une solution. » 1 Déchet par Jour, Clean My Calanque ou encore Le 2e Marseille : la Cité phocéenne compte en ses rangs de nombreux acteurs associatifs visant à rendre la ville plus propre. Mais sans réels moyens, la bataille contre les déchets risque d’être de plus en plus difficile à mener.

Carla Lorang, le 9 octobre 2026

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