Quand les habitants veulent la nature au centre
Marseille : dans les 11e et 12e arrondissements, les habitants se battent pour sauver 25 hectares de nature menacés par l’urbanisation
« Et si on proposait des balades le long de la trame verte pour mieux la visualiser ? » « On pourrait aussi faire appel à une artiste du quartier pour nos visuels ? » « La terre d’ici est très argileuse, si on récupérait celle des chantiers voisins, on pourrait réparer des murs et fabriquer des hôtels à insectes avec ! ». Le 13 décembre 2025 à la ferme du Collet des Comptes, chaque personne présente au café participatif organisé par le collectif Trames Vertes a une idée pour nourrir le projet. C’est le quatrième et dernier atelier participatif et de rencontre proposé par le collectif. « Trames Vertes », né en mai 2025 d’un élan citoyen et d’un projet commun à plusieurs associations et CIQ des 11e et 12e arrondissements, se bat pour la préservation de 25 hectares de nature menacés par l’urbanisation. En février 2026, le collectif doit présenter un document détaillé, enrichi de leurs multiples travaux et actions, présentant des arguments concrets contre le projet d’urbanisation de ces 25 hectares. Selon Trames Vertes, cette mobilisation est d’intérêt général : l’artificialisation par l’urbanisation d’une partie des 11e et du 12e arrondissements (de la Grognarde jusqu’à la ferme du Collet des Comptes, en passant par la butte de Butris et la friche du Collet des Comptes) menace des milieux naturels et des sols vivants, des espaces nourriciers, des habitats nécessaires à la préservation de la biodiversité et des lieux de respiration et de mobilités douces pour les habitants.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 1
L’histoire de la ZAC des Caillols
« Dans ces quartiers, les habitants en ont marre des constructions, ils ont envie de faire quelque chose pour préserver ces espaces verts » : Élise Méouchy, coordinatrice de projet au Donut Infolab, a fait ce constat dès son arrivée sur le terrain. La ZAC des Caillols (Zone d’Aménagement Concertée, opérations publiques d’aménagement de l’espace urbain) existe depuis le 21 février 1974 (date de l’arrêté préfectoral). En 2021, la ville de Marseille décide de la supprimer au motif « d’équipements achevés » et « d’objectifs atteints ». Selon la ville, la ZAC a « permis de créer une offre d’habitat diversifiée au sein d’un cadre urbain et paysager, de remodeler et d’implanter un centre urbain comprenant le centre commercial Casino, le centre médical et la Mairie des 11e et 12e arrondissements ». Pour certains habitants, la multiplication des immeubles et du béton empiète sur leur qualité de vie. Pour les associations qui défendent l’environnement, il est temps de laisser la nature tranquille.
Tandis que les habitants s’étaient organisés afin de réfléchir à des idées d’aménagements alternatifs en mettant en avant les mobilités douces (marche et vélo), ils ont eu vent d’une modification du Plan Local d’Urbanisme qui remettrait la ZAC des Caillols au goût du jour. « Lorsque l’on a appris qu’il y allait avoir une enquête publique, on s’est dit qu’il fallait élaborer une réponse commune », recontextualise Élise Méouchy.
De mars à avril 2025, les habitants, les associations (Collectif des Hautes Herbes, Germ’, Donut, VVOUM, Cartes sur Tables, CAN environnement, Nos Quartiers Demain) et les CIQ de La Pommeraie, La Pomme, Bois Luzy, La Fourragère, Les Caillols et Saint-Barnabé se sont mobilisés, dans le but de répondre à l’enquête publique sur le projet de ZAC qui ressurgit dans le Plan Local d’Urbanisation initié par la métropole. Le collectif Trames Vertes est né.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 2
« Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses »
Le 25 juin 2025, parce qu’il faut « montrer qu’ils sont là et qu’ils suivent », le collectif organise une conférence de presse. L’objectif est de montrer leur détermination à « défendre un maintien de la trame verte existante et des continuités écologiques à l’œuvre ». « On a senti que ça faisait un peu trembler les politiques de tous bords, donc on s’est dit ok, on est au bon endroit ! » rappelle Élise Méouchy aux personnes présentes lors du café participatif du 13 décembre. En juillet la mairie reçoit le collectif. Si cette réunion n’a pas eu de suite, il faut tout de même rester « proche du terrain ». « Nous n’avons pas eu de suite mais on suit quand même les délibérations des conseils municipaux et métropolitains », poursuit Élise Méouchy avec une idée claire : « il faut que le collectif s’étende et qu’il se structure ». Un participant acquiesce : « Des habitants qui se réunissent peuvent faire changer les choses ».
En octobre 2024, coup de théâtre : la métropole suspend la procédure d’ouverture à l’urbanisation de la zone des Caillols. Sur le papier, une victoire. Dans les faits, la situation reste floue. « Même s’ils suspendent la procédure, ils avancent quand même les études », alerte Jean-Jacques, un membre du collectif. Des écologues auraient été vus sur le terrain. Les commerçants du secteur sembleraient avoir plus d’informations que les habitants. « Nous ne sommes pas tous au même niveau d’information », déplore-t-il.

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 3
Des ateliers pour faire corps et outiller les habitants
« Mais par où elle passe la chauve-souris dans la ville pour ne pas être embêtée ? » Interroge un jeune garçon, s’essayant à un jeu interactif proposé par les membres du collectif et dont le but est « d’aider les différentes espèces animales à rejoindre leurs destinations sans encombre », après avoir pris connaissance de l’importance des réseaux écologiques. Faire vivre les lieux, impliquer les habitants, leur donner un sentiment d’appartenance. Voilà l’objectif des quatre ateliers d’implication collective mis en place par Trames Vertes depuis septembre. Ces rencontres sont aussi l’occasion de débattre et de rassembler les idées qui enrichirons le document technique contre le projet d’urbanisation des 25 hectares menacés, que le collectif proposera en février.
Les participants sont invités à noter leurs propositions afin de créer un argumentaire collectif. Les idées fusent : l’entretient des canaux d’irrigation, la restauration de murs en pierres sèches, l’organisation d’un ramassage de déchets sur le tracé de la trame verte, l’implication des collèges et des écoles pour créer une signalétique solide et durable dans le but de matérialiser la trame verte.
Un problème se soulève : qui communique, comment et sur quels supports ? Pour l’instant, le collectif n’est pas structuré officiellement. Pas de statut associatif. Les relations sont basées sur la confiance. Les présidents des CIQ présents à la rencontre s’interrogent aussi : « Comment pouvons-nous agir ? ». Des solutions se dessinent. Un membre du collectif propose que des réunions soient organisées par chaque Comité d’Intérêt de Quartier concerné, pour sensibiliser davantage les habitants. Cela sera fait. « Chaque membre a plein d’idées, elles émergent dans tous les sens lors de cette réunion », observe un participant. Un autre projet prend forme : faire se rencontrer des classes qui travaillent sur la nature en ville avec des membres des CIQ. « Il y a un gouffre entre la façon dont vous avez été enfant dans ce quartier et la façon dont les enfants sont aujourd’hui », relève Élise Méouchy. « Ça leur ferait du bien d’écouter des gens raconter qu’ils marchaient pour aller à l’école, qu’ils avaient des espaces de liberté ».

Collectif Trame Verte © Camille Mercan 4
Un combat apartisan
Dans les 11e et 12e arrondissements, c’est le Rassemblement National qui arrive en tête aux élections municipales (Monique Griseti a remporté plus de 50% des voix du 10e, 11e et 12e en 2024) et présidentielles (Marine Le Pen arrive en tête dans le 11e arrondissement en 2022). « Il faut le dire, même si on ne l’affiche pas du tout, ici, les habitants ont souvent peur des nouvelles constructions. Ce n’est pas qu’ils veulent protéger tous les vivants, c’est souvent qu’ils craignent la précarité et l’étranger. Il y a un fort racisme », avoue discrètement Élise Méouchy. Le collectif lui, « défend le fait que l’on est tous interdépendants les uns des autres ». Il est donc nécessaire de trouver une entente commune pour une cause apartisane. Mais le collectif n’est pas apolitique. « On voudrait que la nature, les espaces de nature, les vivants soient au centre », développe Élise Méouchy. « Toutes les questions d’aménagement viennent après. »
Pour le moment, les membres du collectif se disent « tributaires » des élections municipales de 2026. « L’enjeu, c’est que tous les partis se saisissent du sujet. Parce qu’on sait qu’en période électorale, ils vont être plus attentifs ».
Camille Mercan, le 9 février 2026

Livret pédagogique Nature en ville et adaptation au changement climatique © Camille Mercan
Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !



