Des stages de sensibilisation à l’écologie pour ceux·celles qui ont enfreint le droit de la pêche.

À 10 minutes à pied de la station de métro Gèze, dans le 15e arrondissement de Marseille, sept hommes attendent devant l’entrée de la Maison de la Justice et du Droit. Ils se connaissent depuis le jour même, et malgré la différence d’âge, tous ont un point commun : celui d’avoir enfreint le droit de l’environnement. Plus précisément, le droit de la pêche. Toute la journée, ils participent à un stage de sensibilisation à l’environnement, enjoint par le parquet d’Aix-en-Provence.

Les participants sont des “primo délinquants” – il s’agit de leur première infraction. Pour nombre d’entre eux, ils ont pêché en zone interdite, ou n’ont pas respecté la réglementation quant aux nombres ou la taille des ressources pêchées. Suite à ces infractions mineures, ils sont amenés à faire un stage de sensibilisation obligatoire, qui fait office d’alternative aux poursuites pénales. Il est organisé par France Nature Environnement PACA (FNE PACA) ; mais elle n’est pas la seule structure qui encadre la journée. De 9h à 17h, deux autres associations, Le Naturoscope et Planète Mer, se relaient pour expliquer les enjeux écologiques marins.

Un stagiaire lit le flyer sur les aires maritimes des calanques © Chloé Roulet

Une réglementation méconnue

La journée est divisée en deux temps, une partie théorique et une partie pratique. Le matin, Loic, de l’association marseillaise Le Naturoscope, informe sur la protection des milieux marins et terrestres. Cette intervention se veut pédagogique. Autour d’un powerpoint, les bénéficiaires assis enfilent la casquette d’élèves. L’objectif est qu’ils prennent conscience des enjeux, mais aussi de la réglementation autour de la pêche. Pour beaucoup, ils la jugent opaque. “C’est la première fois que je pêchais, je ne connaissais pas le règlement” lance le plus jeune “élève” arrêté pour pêche aux oursins. A contrario, ses aînés se considèrent pécheurs de loisir ; certains ont leur bateau et tout l’équipement. Pour autant, ils n’ont pas forcément en tête les tailles minimales, ni les quantités autorisées, ou encore les zones légales pour pêcher. En apprenant mieux les règles de la pêche, les risques de récidive diminuent.

Un jeu sur la gestion des ressources en mer

Pour compléter la théorie, l’après-midi, l’association Planète Mer prend le relais et propose une activité ludique : le ReHab. Un jeu de plateau sur la pêche et les ressources naturelles, développé par des chercheurs·euses travaillant sur la gestion de ces ressources. Les intervenants, Baptiste, Miléna et Roxane, prennent soin d’expliquer les consignes. Les stagiaires sont plongés dans la mer Méditerranée, plus précisément le golfe du lion. Celui-ci est peuplé de poissons et d’une espèce à absolument protéger, le requin. Les joueurs ont le choix entre deux rôles. Les gestionnaires, qui réglementent les zones de pêche, et les pêcheurs, qui s’accaparent les ressources selon leurs intérêts.

Le plateau du jeu ReHab © Chloé Roulet

Au bout du premier tour, le constat est frappant : baisse du nombre de poissons, pas de reproduction et disparition de l’espèce protégée. “J’ai bien pêché” ; “T’as pris 6 poissons? T’es gourmand” s’esclaffent les pêcheurs. En concurrence, ils n’ont pas respecté les abords des zones protégées. Il faut attendre le troisième tour et une bonne communication entre gestionnaires et pêcheurs pour enfin voir le nombre de poissons augmenter. “On va essayer de préserver la nature”. Finalement, les stagiaires ne s’en sortent pas trop mal. Ils ont trouvé une technique pour préserver l’habitat des requins, favorisant ainsi leur reproduction “Même les tortues, elles vont revenir si on continue comme ça” se réjouit un participant.

Un public difficile à sensibiliser

Sur les sept stagiaires, seuls un ou deux remettent en question leur place ici. “Je n’avais pas besoin d’une journée obligatoire, un simple rappel aurait suffit”, affirme le plus jeune du groupe. Dans l’ensemble, ils semblent plutôt trouver un intérêt et attribuent même une note de ¾ aux interventions. “Il faut plus de communication entre les gestionnaires de port, la brigade nautique et les pêcheurs” ; “Je ne savais même pas que le thon était suivi en méditerranée” ; “Maintenant je ferai attention au règlement” peut-on entendre à la fin de la journée.

Roxane, en service civique à Planète Mer, explique qu’à la différence des pêcheurs·euses professionnel·le·s, les pêcheurs·euses du dimanche sont plus difficiles à approcher. “Ces stages permettent de sensibiliser des pêcheurs de loisir, que l’on a plus de mal à identifier”. Elle rappelle qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact de la pêche de loisir sur l’environnement. “Elle représente la moitié de la pression de pêche”. En effet, le rapport La pêche de loisir dans les Aires Marines Protégées de Méditerranée du réseau MedPan montre que dans certaines zones protégées le volume total de captures issues de la pêche de loisir est parfois comparable, voire supérieur, à celui de la pêche commerciale. Il est donc primordial de sensibiliser aux enjeux écologiques tous les pêcheurs·euses – amateurs·ices ou non – afin de protéger au mieux les aires marines.

Chloé Roulet, le 4 février 2026

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat éditorial Qui Vive / France Nature Environnement PACA

Réunit nos contenus sur les milieux naturels, terrestres ou aquatiques, la faune, la flore, et les façons dont les sociétés humaines les impactent.