15 juillet 2026

Quand les citoyen·e·s imaginent le Marseille de 2050

Pour dénoncer l’inaction climatique, la coalition Comm’Un Possible à Marseille a auto-édité en janvier 2026 un recueil de 22 fictions écrites par des habitant·e·s de Marseille. L’ouvrage se veut être force de propositions pour opérer des politiques locales plus écologiques, sociales et démocratiques.

Un recueil de fictions pour imaginer de façon optimiste l’avenir de Marseille, malgré le dérèglement climatique : voici le projet Marseille à 51°C ? porté par la coalition Comm’un Possible Marseille, qui regroupe 11 organisations sociales marseillaises. Le but ? Proposer des alternatives plausibles pour lutter contre l’inaction climatique. Éveil à la nature, toits et rues végétalisés, espaces pour accueillir les réfugiés climatiques, agoras d’habitant·e·s ou encore parcelles alimentaires collectives… À travers des récits individuels et collectifs, les marseillais·e·s ont usé de leur créativité pour refaçonner leur ville. Avec une cinquantaine de participant·e·s et 500 livres vendus depuis janvier 2026, Marseille à 51°C ? espère peser dans le débat politique local de ces prochaines années.

Une fiction qui peut devenir réalité

« C’est à l’issue de la sécheresse de 2022 que l’idée est venue de se dire : on peut faire autrement » confie Agnès, professeure de lettres-histoire et militante à Comm’un Possible Marseille. « Le changement climatique est irréversible mais il y a encore des solutions. Par contre, si on attend trop longtemps, il risque de ne plus y en avoir. » Et pour trouver certaines de ces solutions, Comm’un Possible Marseille a organisé pendant 3 ans des ateliers d’écriture. Membre du comité de rédaction, Agnès a participé à l’écriture, l’encadrement des ateliers mais aussi à l’édition et l’impression de l’ouvrage qu’elle qualifie de recueil optimiste. Les participant·e·s ont donc imaginé toutes les possibilités de vivre-ensemble dans un monde où l’écologie prime. Ils et elles avaient pour synopsis : “Nous sommes à Marseille en 2050. Suite aux catastrophes climatiques, aux sécheresses et aux inondations, les mobilisations citoyennes de résistance et d’alternatives ont été le moteur d’un changement structurel et global”.

Couverture de Marseille à 51°C ? © Louise Nigoghossian

Marseille peut devenir une ville verte et opérer une transition écologique, comme Lyon ou Paris le pourraient aussi. Agnès y croit. Mais pour ça, il faut agir et vite. L’ouvrage cible trois problèmes majeurs propres à la cité phocéenne : la pollution atmosphérique liée au fort trafic maritime, le réseau de transports publics inadapté, favorisant l’usage de la voiture, ainsi que les tensions politiques entre la ville de Marseille et la métropole Aix-Marseille. Il s’appuie également sur l’étude du scientifique Joël Guiot nommée “L’impact du changement climatique et la nécessaire adaptation en région PACA” (2025 CNRS/CEREGE Grec-Sud). Si rien n’est fait pour freiner le dérèglement climatique, les températures moyennes pourraient augmenter drastiquement, jusqu’à plus de 5°C à la fin du siècle en région PACA. Entraînant ainsi l’intensification des épisodes caniculaires et la raréfaction de l’eau dans le canal de Marseille, sans compter la multiplication des catastrophes telles que les inondations et les incendies.

« Ce livre, en soi, parle de Marseille en 2050, mais en 2026 on commence à en voir les prémices ». Alors que les Bouches-du-Rhône étaient placées en vigilance orange canicule du 8 au 9 juillet par Météo-France avec des températures avoisinant les 41°C, Marseille sous 51°C ne paraît plus si loin. L’urgence est d’ores et déjà de repenser la ville pour permettre à tous et à toutes d’y vivre sereinement. Sans être alarmiste et dystopique, Marseille à 51°C ? montre que d’autres voies sont envisageables avec une forte mobilisation citoyenne. « C’est possible de végétaliser et d’aérer la ville. Pour perdre 4 ou 5 degrés, on pourrait dès à présent changer le revêtement des trottoirs et peindre les tuiles des toitures en blanc », explique Agnès.

« Il y a tellement de solutions qui peuvent éviter le schéma apocalyptique de Marseille qui brûle. » Pour faire découvrir au plus grand nombre les fictions du recueil, Comm’un Possible Marseille présentera Marseille à 51° C ? à la bibliothèque l’Alcazar le 24 octobre prochain. D’ici là, tous et toutes espèrent que des actions locales en faveur de l’écologie seront réellement adoptées.

Chloé Roulet, le 15 juillet 2025

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