Ce dimanche 29 mars, le quartier de La Plaine, dans le 5e arrondissement de Marseille, accueillait la 27e édition de son Carnaval indépendant. L’occasion pour les festivalier·e·s d’afficher des valeurs écologiques. Déguisements de fleurs et d’animaux mais aussi slogans anti-spécistes : place au défilé anti-capitaliste ! Photoreportage.

Lancers de farine et sifflements, gare à ceux.celles qui ne se prêtaient pas au jeu du déguisement. Dans une ambiance festive et colorée, près de 14 000 personnes ont paradé de la place Jean Jaurès (La Plaine) jusqu’à Noailles sur un thème anti-armement : « moins de balles, plus de bals ». Malgré des arrêtés préfectoraux pour préserver « l’ordre public » les carnavalier·e·s n’ont pas caché leurs revendications politiques et sociales. Anti-guerre, anti-libéralisme, décroissance, préservation de la nature : la convergence des luttes semblait l’évidence de ce carnaval phocéen. Comme quoi, la citation de l’écologiste brésilien Chico Mendes « L’écologie sans lutte des classes, c’est du jardinage ! » inspire encore beaucoup.

Carnaval de La Plaine 2026 – 2 © Chloé Roulet

 

À travers leur costume, nombre de carnavilier·e·s ont redoublé de créativité pour manifester leur engagement écologique. Oiseaux, insectes, mammifères mais aussi fleurs et arbres, les êtres vivants autres qu’humains étaient fortement représentés. Grenouilles, abeilles, cochons, loups, poissons et oiseaux se sont rassemblés pour célébrer la faune, en dénonçant ce qui cause son extinction.

Lery, 26 ans, porte sur son dos un porcelet. Il fait référence à La ferme des animaux de George Orwell : « Ce cochon, il est fatigué ! Fatigué des positions de pouvoir dans l’armement et les guerres. Celles qui abusent du reste de la population ». Catégorique, il affirme que les politiques sociales doivent prendre en compte l’impératif écologique. « L’intersection des luttes est primordiale. Nous devons tendre vers la décroissance pour trouver de l’intérêt et du sens dans notre quotidien. On ne peut pas continuer notre train de vie, nos pratiques comme si de rien n’était. »

Carnaval de La Plaine 2026 – 3 © Chloé Roulet

À quelques pas, une festivalière déguisée en cétacé fait part du même sentiment, en ajoutant l’intérêt belliqueux de nos sociétés : « On trouve toujours des moyens pour bombarder, pour avoir des canons, des F-15, mais jamais pour l’éducation, les hôpitaux, ni pour préserver le Vivant. » Elle tire une conclusion similaire à celle de Lery : « Les ressources finies de notre planète sont sacrifiées pour une quête de croissance infinie, qui signe notre arrêt de mort. » Alors que le changement climatique glisse en arrière-plan des priorités politiques, les dépenses militaires des 32 pays membres de l’Otan ont, quant à elles, augmenté de 20 % entre 2024 et 2025 selon le dernier rapport de l’Alliance. Une actualité qui résonne pleinement avec le thème du carnaval.

Carnaval de La Plaine 2026 – 4 © Chloé Roulet

 

« Plus de mares, moins de béton » martèlent au loin deux carnavaliers. Monsieur Yucca et Monsieur Grenouille réclament plus d’espaces verts, des plantations à la place des zones industrielles dont les usines d’armement : « On veut des grenouilles partout ! Il y en a marre du béton, on veut des zones humides, plus de marécages. » Des revendications qui font écho à celles de Théo, fervent défenseur des abeilles, qui n’hésite pas à faire preuve d’anthropomorphisme : « Les abeilles sont antimilitaristes, ce sont les reines de la nature. S’il n’y a plus d’abeilles, il n’y a plus d’espèces : elles font vivre la planète entière. Il faut les préserver. »

À Marseille, deuxième ville de France, le décor urbanisé laisse peu de place aux amphibiens et aux apidés. Pour leur redonner la place qu’elles méritent, des initiatives locales émergent. Depuis 2023, le quartier de Montolivet dans le 12e, accueille la Maison des Abeilles et de la Biodiversité, un lieu dédié à la préservation de l’environnement ou « 120 000 abeilles ont déjà pris place sur l’espace dédié à leur vie quotidienne ».

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 5 © Chloé Roulet

 

Côté mer, Antoine, déguisé en poisson, s’inquiète lui aussi pour ses amis marins : « L’océan est pollué, à Marseille on est particulièrement touchés. On veut une mer plus saine ». Un constat appuyé par une mauvaise nouvelle : pour la première fois, une plage a été déclarée « impropre » à la baignade par l’Agence régionale de santé. Cet été, la plage de l’Huveaune, dans les quartiers sud, sera donc exceptionnellement fermée à cause de la pollution.

Si la faune était présente en nombre, la flore n’était pas en reste. Rejoignant le cortège, les plantes et végétaux ont fait valoir leurs droits. Océane, 22 ans, en service civique, salopette de jardinière, verdure et arrosoirs à la main, en témoigne avec enthousiasme : « Il faut faire germer des idées radicales de gauche ».

Un photoreportage de Chloé Roulet et Carla Lorang, réalisé le 29 mars 2026

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 6 © Chloé Roulet

 

Carnaval de La Plaine 2026 – 7 © Chloé Roulet

 

Comment agir, autour de nous, pour un monde où il ferait bon vivre ? Cette rubrique donne des pistes concrètes pour se mobiliser tant individuellement que collectivement.