À l’occasion des Journées du patrimoine à Marseille, la bibliothèque de la Société d’horticulture ouvrait ses portes, donnant à voir les trésors dont nous aurons besoin face au dérèglement climatique.

Les bibliothèques sont des mines d’or. Des réservoirs de savoirs d’antan. Cela fait 180 ans que la Société d’horticulture et d’arboriculture des Bouches-du-Rhône existe. Créée en 1846, elle est l’une des toutes premières associations marseillaises. Si elle s’installe dans un premier temps sur le Vieux-Port, elle migre en 1977 dans la bastide Bortoli, en plein cœur du parc du même nom (8e arrondissement).

Située au premier étage du bâtiment, sa bibliothèque réunit environ 3 000 ouvrages : monographies relatives aux plantes, revues, dessins… Des savoirs précieux pour comprendre les plantes, leur fonctionnement, les modes de cultivation. Aujourd’hui entièrement gérée par des bénévoles, la Société d’horticulture conserve cette fonction de partage des connaissances dans le domaine horticole.

La bibliothèque accueille régulièrement étudiants et chercheur·euses à la recherche d’anciennes techniques, mais aussi de variétés anciennes à remettre en culture notamment pour trouver de nouvelles solutions agricoles face au dérèglement climatique.

Philosophie botanique de Charles Linné © Carla Lorang

L’agriculture intensive, un système inadapté

Car les chercheurs sont unanimes. D’ici 2050, il faudra nourrir environ 10 milliards d’êtres humains. Un défi de taille qui intervient en pleine crise climatique. Si, longtemps, sécurité alimentaire et protection de la nature ont été perçues comme des objectifs indépendants, voire contradictoires, une partie du corps scientifique s’attache désormais à les penser conjointement.

Depuis la moitié du XXe siècle, nourrir les populations s’est fait au profit d’une industrialisation massive. Les variétés génétiquement diverses ont peu à peu disparu : au fil des années, une tendance à l’homogénéisation des espèces cultivées s’est alors opérée au niveau mondial. Un phénomène difficile à quantifier, dont les conséquences interrogent… En plus d’être destructrices pour l’environnement et la biodiversité – recours aux pesticides, utilisation massive d’eau… – , les variétés hybrides, génétiquement homogènes et standardisées, exposent davantage les cultures en cas de maladie ou même de ravageur. Sélectionnées pour performer avec le recours aux engrais de synthèse et aux pesticides, elles sont peu robustes face aux événements climatiques extrêmes.

Alors pourquoi avoir abandonné les variétés d’avant-guerre, qui comptaient davantage sur leur propre rusticité, au profit d’une agriculture productiviste, peu résiliente ? Révolution verte, industrialisation, profits, volonté de multiplier la production agricole mondiale et d’assurer la sécurité alimentaire de millions de personnes…, les raisons sont diverses. À la bibliothèque de la Société d’horticulture, Brigitte et Virginie, bénévoles, offrent un voyage dans le temps à travers monographie, livres, dessins. De quoi inspirer de nouvelles pratiques !

Collection de poires de la Société d’horticulture de Marseille © Carla Lorang

Dialogue du futur et passé 

Posée sur des étagères à l’arrière de la pièce, se tient une large collection de poires. 80 pièces en barbotine d’argile. Si l’œil distingue des fruits aux allures similaires, il s’agit en réalité d’espèces bien distinctes, avec chacune leurs particularités. « Aujourd’hui, les variétés de poires dans les rayons des supermarchés sont très limitées. Mais à l’époque, les cultures étaient très régionales. Chaque région possédait ses variétés adaptées aux conditions climatiques du territoire. Les variétés qui étaient cultivées depuis longtemps étaient bien moins sensibles aux risques de maladies et avaient bien moins besoin de traitements phytosanitaires. Aujourd’hui, vous allez retrouver les mêmes variétés sur toute la France. Alors qu’avant, il y avait vraiment une variété selon les régions, ce qui était logique. Déjà, on transportait moins, et surtout ça faisait une richesse dans chaque région, et ça, ça a totalement disparu. Donc nous, on est là pour conserver tout ça », explique Virginie Lombard, bénévole à la Société d’horticulture.

À la suite d’un été caniculaire et face à un système agricole à bout de souffle, les savoirs d’antan peuvent-ils nous apporter de nouvelles pistes ? Recours aux engrais naturels, variétés diverses, polyculture… Autant de pratiques qui pourraient inspirer (inspirent déjà) de nouveaux modèles agricoles. « On a beaucoup de choses à apprendre sur les variétés anciennes, limitées en pesticides, sur l’histoire des modes culturaux d’avant-guerre. C’est très intéressant pour l’avenir », poursuit-elle.

Car la diversité génétique permet aux plantes de mieux faire face aux aléas. Abandonnées au profit des monocultures, les variétés anciennes sont dans le même temps parfois plus robustes et possèdent des systèmes racinaires plus profonds, davantage résilients face au manque d’eau. Sélectionnées sur le long terme par le territoire lui-même, elles intègrent une mémoire d’adaptation aux conditions locales.

Mais pour la Société d’Horticulture, il ne s’agit pas seulement de véhiculer des connaissances. À quelques pas de là, un jardin d’environ 2 000 mètres carrés rassemble une collection de variétés d’oliviers et de plantes méditerranéennes. Une belle manière de faire vivre ces savoirs et de réfléchir ensemble aux cultures de demain !

Carla Lorang, le 15 octobre 2026


Les Journées européennes du patrimoine ont eu lieu les 19 & 20 septembre. Les thèmes 2026 étaient « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».

À la Cité des arts de la rue, une initiative portée par les Ateliers Sud Side et le lycée La Floride mêle création, écologie et transmission. Des pièces de camions vouées à la casse retrouvent sens, transformées en une œuvre collective.

Entre création, réemploi et transmission

Depuis novembre 2025, les élèves du micro-lycée La Floride travaillent aux côtés des artistes des ateliers Sud Side pour donner une seconde vie à des pièces mécaniques. Leur objectif : faire de ce projet leur chef-d’œuvre de CAP. Pendant plusieurs mois, les jeunes se sont fortement investis pour concevoir une sculpture à partir de pièces hors d’usage. Si l’exercice peut sembler cocasse, voire inattendu, les ateliers n’en sont pas à leur coup d’essai. Spécialisée dans la conception et la fabrication de structures scéniques principalement pour le spectacle vivant depuis plus de 30 ans, l’association Sud Side ne se contente pas seulement de créer. Elle développe aussi un grand volet de transmission des savoir-faire à travers diverses actions menées avec différents publics : centres sociaux et établissements scolaires. Avec le micro-lycée de La Floride qui accueille des jeunes âgés de 16 à 25 ans ayant interrompu leurs études, l’idée était simple : réemployer plutôt que jeter. Dans les ateliers de mécanique du lycée, certaines pièces ne pouvaient plus être utilisées en l’état. « On s’est dit : on a plein de pièces dans l’établissement, on va essayer d’en faire quelque chose », explique un encadrant. Ici, des moteurs et fragments mécaniques trouvent donc une seconde vie. Raphaël, chargé de l’action culturelle de Sud Side, préfère parler de « détournement » : une manière de valoriser l’existant sans consommer davantage. « Même si un jour ce n’est plus utile, ça pourra toujours servir à quelque chose. Ça ne sert à rien de tout jeter, ça ne sert à rien de gaspiller », confie un élève.

L’école autrement

Au-delà de l’apprentissage technique, le projet vise aussi à développer des compétences psychosociales : travail en équipe, conduite de projet, appropriation des codes du monde professionnel. « À la base, je n’aimais pas l’école, j’étais en décrochage. Mais quand je suis revenu en micro-lycée, avec des emplois du temps adaptés et moins d’heures de cours, et que tous les mardis après-midi on vient à Sud Side, on ne peut pas en avoir marre », confie un élève. Dans cet environnement ouvert et collaboratif, les apprentissages prennent une autre forme. Aux côtés des enseignants, des intervenants et de Patrick, bénévole retraité après une carrière chez Renault, les élèves expérimentent, manipulent, créent, acquérant à la fois un savoir-faire et une manière d’être au travail. Au-delà de la sculpture réalisée, c’est une autre vision de l’école qui se dessine : un espace où l’on apprend en faisant, où la culture devient un terrain d’expérimentation, et où chaque pièce, même usée, peut encore trouver sa place. Lors de la dernière séance le 24 avril, les élèves ont pu restituer leur chef-d’œuvre devant leurs proches, l’occasion de présenter le fruit de plusieurs mois de travail avec fierté !

On les écoute nous en parler avec enthousiasme dans ce court podcast.

Carla Lorang, le 13 mai 2026

Atelier art et mécanique chez Sud Side avec les élèves du micro-lycée La Floride © Carla Lorang

A Nice, le 1er mai 2026, Qui Vive a interviewé les manifestants azuréen.ne.s. Un peu moins de 1000 personnes étaient présent.e.s dans le cortège. Partant du Théâtre de Verdure, en passant par la Promenade des Anglais, le défilé s’est rendu jusqu’à la place Garibaldi.

Parmi les revendications, beaucoup étaient attachés au symbole de cette fête internationale des travailleuses et des travailleurs. Les dernières tentatives du gouvernement pour autoriser le travail pendant ce jour férié ont fait réagir.

Peu de pancartes faisaient référence à l’écologie, mais Qui Vive a posé cette question : est-ce qu’écologie et travail sont compatibles ?

Bonne écoute,

Un podcast réalisé par Victor Furtuna, le 12 mai 2026

 

 

Dans ce podcast, nous mettons en lumière Wildproject, une maison d’édition indépendante basée à Marseille, qui explore l’écologie de la manière la plus complète possible.

À travers ses différentes collections, la maison donne accès à des pensées écologiques variées : écologie politique, écoféminisme, écologie décoloniale ou encore réflexion sur nos manières d’habiter la Terre. Son objectif est aussi de rendre ces idées accessibles et de participer à la construction d’une culture écologique plus profonde.

Au côté de Georgia Froman, co-éditrice de la maison d’édition, le podcast parcourt ce que propose Wildproject.

Célia Horvath, le 24 avril 2026

 

Georgia Froman, co-éditrice de Wildproject, devant la librairie © Célia Horvath

 

 

Le 14 mars 2026, veille du premier tour des élections municipales, une manifestation avait lieu à Marseille, à l’appel d’une centaine d’organisations, syndicats et collectifs.
Les mots d’ordre étaient : anti-militarisme, anti-racisme et antifascisme. Qui Vive a baladé micro et appareil photo dans le cortège, pour demander aux manifestants si, selon eux, on peut les articuler avec l’écologie, la lutte pour la préservation de la biodiversité et contre le changement climatique.

Un podcast réalisé par Nicolas Delcros, illustré par les photographies de Carla Garson, le 14 mars 2026.

 

 

Manifestation du 14 mars 2026 à Marseille 2 © Carla Garson

Manifestation du 14 mars 2026 à Marseille 3 © Carla Garson

Quand on parle de logement, la question de l’écologie ne nous vient pas directement en tête. Pourtant, ces deux sujets sont bien plus liés qu’on ne pourrait le penser. Ils sont, en réalité, au croisement de plusieurs luttes et doivent être considérés ensemble.

France Nature Environnement PACA, association basée à Marseille, s’est penchée sur cette thématique de crise du logement, articulée à la crise économique. Dans le dossier qu’elle consacre à ces  sujets, plusieurs axes d’action sont proposés, pour faire face à ces deux crises.

Aujourd’hui, les effets du changement climatique se ressentent surtout dans nos lieux de vie (canicules, inondations, logements mal isolés), et ce sont souvent les personnes les plus vulnérables économiquement, socialement et/ou géographiquement, qui en subissent le plus les conséquences.

Face à cela, plusieurs leviers existent : rénover les logements, mobiliser les logements vacants, repenser la ville pour préserver les écosystèmes et éviter de s’étaler davantage. Des solutions qui nécessitent de réels fonds et plans d’action.

Penser le logement sans l’écologie, c’est risquer de passer à côté d’un sujet essentiel, en matière de démarche écologique, mais aussi de justice sociale. Les deux aspects devraient figurer au centre des débats politiques et économiques. Pour peser dans les décisions publiques, afin qu’elles répondent à leurs besoins, les habitants eux-mêmes ont intérêt à s’en emparer.

Raphaëlle Muller-Feuga, en service civique à la mission communication chez FNE PACA, et Paul Naglik, responsable des sujets d’aménagement du territoire et de mobilité pour l’organisation, nous en parlent.

Un podcast réalisé par Célia Horvath
11 mars 2026

Manifestation 1 an après les effondrements de la rue d’Aubagne à Marseille, le 9 novembre 2019 © Gaëlle Cloarec

« On est capables de sortir des chemins tout tracés ; il faut juste un peu rêver »

Vous l’aurez peut-être vu circuler en France durant l’été 2025 : ce très très grand vélo, fabriqué chalumeau en mains par Timothée, avec du matériel de récupération. Juché sur sa selle, il a roulé de Marseille à Paris, jusqu’à la Vélorution qui s’y tenait, et retour. Une sacrée expérience, qu’il nous raconte dans ce podcast. Avec, puisqu’en pédalant on a le temps de penser, ses réflexions sur le partage de l’espace public, l’esprit punk des cyclistes qui a changé avec le vélo électrique, les effets du chaos climatique observé durant son voyage, les rêves et le moral de la population française.

Un podcast réalisé par Gaëlle Cloarec, le 26 septembre 2025

 

 

18 septembre 2025. Deuxième grosse journée de mobilisation dans la foulée du mouvement « Bloquons tout », rejoint par les syndicats. Les français en ont marre de n’être jamais entendus par le gouvernement, ils haussent le ton en manifestation. A Marseille, la foule est impressionnante. Sur les banderoles et pancartes, des revendications sociales, la dénonciation d’une politique qui renforce les inégalités, détruit les services publics. Des références à la politique étrangère : Gaza, Trump… Beaucoup affichent des positions anti-fascistes et anti-militaristes.

Mais on observe aussi de nombreux slogans écolos : « Pour défendre le vivant, à bas le capitalisme » ; « La santé publique a Duplomb dans l’aile » ; « Objecteur de croissance : produire moins, partager plus, décider ensemble ». Les travailleurs en grève du Parc national des Calanques portent des tee-shirts « Biodiversité menacée », avec le fameux logo en spirale dégoulinant de sang : si le budget prévu par l’ex-Premier ministre François Bayrou avait été adopté, les Parcs nationaux auraient perdu un tiers de leurs effectifs et leur statut d’établissements publics.

Tout ceci peut sembler un peu fourre-tout, mais démontre le gouffre abyssal entre les priorités du peuple et celles du pouvoir. Derrière le kaléidoscope des manifestants, se dessine un tableau très cohérent dans le refus : s’ils ne sont pas tous d’accord sur ce qu’ils voudraient -et c’est tant mieux-, en tout cas, de cette société-là, ils n’en veulent pas ! Qui Vive, intrigué par une pancarte mêlant enjeux très locaux et nationaux, a tendu son micro à l’un d’entre eux.

Gaëlle Cloarec, le 18 septembre 2025

Manifestation du 18/09/25 à Marseille. Un manifestant tient une pancarte "Non au Boulevard Urbain Sud / Macron démission" © Gaëlle Cloarec

Manifestation du 18/09/25 à Marseille. Une manifestante tient une pancarte "No nature, no future" © Gaëlle Cloarec

Manifestation du 18/09/25 à Marseille. Un manifestant tient une pancarte "Objecteur de croissance : produire moins, partager plus, décider ensemble" © Gaëlle Cloarec

Manifestation du 10/09/25 à Marseille. Un manifestant tient une pancarte "Démocratie directe : pour défendre le vivant, à bas le capitalisme" © Gaëlle Cloarec

Manifestation du 10/09/25 à Marseille. Affiche "Non à la loi Duplomb" © Gaëlle Cloarec

 

 

Sous le soleil de Méditerranée, espaces littoraux et riches petits fonds côtiers font l’objet de notre convoitise généralisée : pêche, villes, ports, plages, plongée, plaisance… Nos activités marquent de leurs empreintes des milieux toujours plus vulnérables au changement climatique, et affectent le Vivant.

Faut-il choisir entre la biodiversité exceptionnelle et la biodiversité ordinaire ? Où et comment développer et gérer des aires marines protégées efficaces en Méditerranée française ? Comment porter et défendre la parole des habitant·es et usager·es, la voix du Vivant au sein des instances de concertation et de décision ? Jusqu’où le développement de nos territoires est-il compatible avec un cadre de vie sain pour les habitant·es des rives de Méditerranée ? Comment lutter contre les rejets urbains et pluviaux en mer ? Comment penser nos aménagements pour rendre au littoral un espace de bon fonctionnement, engager la recomposition spatiale, réinventer nos espaces de vie et y associer les non-humains ?

Voici quelques thématiques débattues lors de ces ateliers embarqués, organisés par notre partenaire FNE PACA.

Retrouvez ci-dessous les interviews complètes en podcasts de :

Nathalie Caune, Pilote du réseau mer de FNE PACA

Sarah Wolf, Responsable territorial LPO PACA

Charles-François Boudouresque, Biologiste

Découvrez ici le plaidoyer de FNE PACA pour une Méditerranée vivante.

Vidéo et podcasts : Nicolas Delcros (images sous-marines additionnelles Elio Paris)
Le 11 juin 2025

 

 

 

 

À Marseille comme dans d’autres villes de France, le 7 mars 2025 était une journée de mobilisation pour les scientifiques. Devant le Muséum d’histoire naturelle, au parc Longchamp, ils étaient nombreux à rejoindre le mouvement Stand up for Science, qui dénonce aux États-Unis la politique de Donald Trump. Les recherches sur les inégalités sociales, la santé et la protection des milieux naturels n’ont pas l’heur de lui plaire. Les libertés académiques, un des piliers d’une démocratie, ce n’est pas son truc. Entre censure et licenciements, la situation se corse pour le secteur scientifique, pourtant bien partie prenante du système capitaliste. Les milliardaires veulent sa peau. Ce n’est une bonne nouvelle ni pour le climat, ni pour la biodiversité, ni pour les femmes, ni pour ceux qui s’interrogent sur leur sexualité, ni pour les pauvres, ni pour ceux qui ont la peau trop foncée… et la liste est encore longue.

Les Marseillais·es se sont passé le micro pour dire leur indignation. Parmi eux, un jeune chercheur en sciences sociales a été fort applaudi. Qui Vive est allé l’interviewer.

Interview : Gaëlle Cloarec, accompagnée de Lou Veyrat-Parisien
Le 7 mars 2025

Extraits musicaux : The Magnetic Fields – The Day the Politicians Died


Merci à Thomas Vaisse, doctorant en socio-anthropologie à l’EHESS Marseille, de nous avoir envoyé le texte de sa prise de parole pour publication :

« Nous sommes réunis aujourd’hui dans cette ville à l’immense histoire, qui a toujours été et qui est encore, un centre de bouillonnement intellectuel, social et culturel incroyable, pour annoncer collectivement et publiquement que nous ne baisserons pas les yeux et que nous ne resterons pas assis, face aux attaques incessantes et toujours plus violentes contre les libertés académiques, contre l’indépendance de la recherche scientifique et son enseignement, et plus largement contre le droit à un savoir de qualité pour toutes et tous. Nous resterons debout !

Aucun projet démocratique véritable n’existe sans le partage des savoirs, au-delà des classes sociales, des genres, des couleurs et des frontières. La science est un bien commun sans égal car elle permet aux êtres humains de mieux comprendre le monde dans lequel ils et elles vivent et donc d’agir dessus pour le rendre plus juste. Les attaques, qu’elles prennent, ailleurs, la forme des bras tendus trumpistes ou de la tronçonneuse de Milei, ou ici, des accusations d’islamo-gauchisme, de khmers verts, des coupes budgétaires et de la hausse des frais d’inscriptions ont le même objectif : soumettre la science, sa transmission et son partage aux puissances politiques et financières, fracasser toute résistance aux visées prédatrices des plus puissants envers les humains et l’environnement, annihiler toute critique envers un monde qui porte en lui tant d’injustice et de violence.

Les sciences humaines et sociales sont particulièrement touchées car elles remettent en cause les préjugés et les idées préconçues sur les êtres humains, leurs histoires et leurs vies en société. Parce qu’elles refusent une vision simpliste et binaire du monde social. Parce qu’elles veulent entendre des voix étouffées, cherchent à écrire sur des personnes qui vivent à l’ombre des projecteurs. On perçoit dans nos chaires aujourd’hui la matérialisation de l’inversion du sens des choses, quand sous prétexte de lutter contre une soi-disant « cancel-culture » on en vient à « cancel », dans son sens le plus strict, c’est à dire annuler, des recherches, des enseignements et même des mots qui n’auront plus le droit de citer et d’être cités sous peine de licenciement ou de suppression des crédits alloués. Mais ces recherches, ces sujets, ces mots ne sont pas issus des fantasmes ou des fantaisies de quelques bobos déconnectés de la réalité sociale, ils sont issus de cette réalité sociale, ils émergent d’expérience vécues, ils naissent par la voix d’individus et de collectifs qui racontent leurs souffrances ou leurs envies, leurs rêves ou leurs oppressions. En supprimant des mots c’est la capacité de penser et de comprendre ces réalités sociales qui est en vérité attaquée, qui est rejetée, qui est « cancel ». C’est la capacité des sciences sociales à soulager des douleurs, à aider concrètement le quotidien des êtres humains, à transformer le monde qui est étranglée.

Ils se targuent de la liberté d’expression mais souillent la liberté de comprendre, bâillonnent celles et ceux qui n’ont pas voix au chapitre dans l’histoire officielle ou sur les chaînes d’informations en continu. La violence des attaques contre les universitaires aux États-Unis, en Argentine, en Europe et dans tant de pays, notamment celles qui se développe en France et qui s’affiche de plus en plus sans vergogne, est la marque de l’intolérance la plus abjecte, celle qui a mené des scientifiques devant des juges et des potences car elles et ils refusaient l’ignorance des peuples, si fertile a la tyrannie des puissants. Les tronçonnages budgétaires, l’élitisme, les privatisations, la hausse des frais d’inscriptions, la précarité financière et professionnel de tant de chercheuses et de chercheurs et la mise en compétition générale des établissements, des personnes et des disciplines sont aujourd’hui les moyens de soumettre la science aux intérêts économiques et politiques de quelques-uns, de déposséder les peuples de leur droit d’accéder à des connaissances de qualité et critiques, de participer directement à leur production.

Mais nous ne resterons pas assis, nous défendrons la démocratisation des savoirs, au-delà des frontières et des nations, comme bien commun de l’humanité. Face à Trump qui annonce que les États-Unis ne seront plus « woke », ce qui signifie si on revient au sens premier du mot que les États-Unis ne seront plus éveillés, nous sommes des millions d’universitaires, d’étudiantes et d’étudiants à lui promettre que nous, nous ne nous endormirons pas ! »

Prononcé à Marseille le 7 mars 2025.

Thomas Vaisse © Lou Veyrat-Parisien
Stand up for science à Marseille le 7 mars 2025 © G.C.
Stand up for science à Marseille le 7 mars 2025 © G.C.
Stand up for science à Marseille le 7 mars 2025 © G.C.

 

Stand up for science à Marseille le 7 mars 2025 © G.C.