À tire d’ailes
Avec Le septième siffleur, son neuvième roman – le premier à paraître dans une édition « blanche » – Colin Niel transporte ses lecteurices sur les ailes d’un oiseau en voie de disparition, le courlis cendré. Un roman attachant, plein d’humanité et d’espoir malgré les extinctions et autres catastrophes écologiques annoncées.
Colin Niel nous a toujours fait voyager, en territoire sauvage souvent. Qu’il s’agisse de la forêt guyanaise, des savanes africaines, des Causses ou des Pyrénées, il aime à ancrer ses récits dans des lieux farouches, qui façonnent les personnages. Son nouveau roman ne fait pas exception à la règle puisque sur une année, il transite entre trois régions, au fil des mois et des étapes de migration de ce limicole au sifflement caractéristique. L’Écosse d’abord, avec ses lochs et ses étendues de bruyère, où ce petit échassier des zones humides vient nidifier et se reproduire. Le Maroc enfin, plus précisément la Merja Zerga, où il parvient après sa longue migration. Entre les deux, la baie de Somme, étape périlleuse, à la merci des chasseurs de gibier d’eau. Le courlis cendré est un oiseau condamné à plus ou moins brève échéance ; certaines espèces ont déjà disparu. La légende irlandaise qui donne son titre au texte est d’ailleurs empreinte d’une catastrophe imminente.
On pourrait donc penser que Le septième siffleur propose avant tout une réflexion sur les vagues d’extinction en cours et à venir, d’autant plus que l’auteur a effectué un minutieux travail de recherche, qu’il s’est rendu sur les lieux, s’en est imprégné, a discuté avec les gens du coin avant d’élaborer cette fiction très documentée. Bien sûr, c’est un peu ça, mais pas seulement. Si l’oiseau sert de fil rouge au récit, ce sont aussi des humains émouvants qui peuplent cet ouvrage. Trois familles, trois histoires de transmission, d’une terre, d’une passion, d’un métier. Des difficultés, des incompréhensions, des heurts, une tension croissante au fil des pages… qui finalement s’apaise. Car, comme on peut rêver d’apercevoir le courlis disparu, on peut aussi sortir de ses rails, écouter l’autre, évoluer. Garder la foi, somme toute. Malgré tout.
Fred Robert, le 22 octobre 2026
Le septième siffleur
Colin Niel
Éditions du Seuil, 22 euros
L’auteur était invité à la librairie marseillaise Les Sauvages le 24 septembre.
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