26 août 2026

L’eau de la Sainte-Baume : un bien commun à préserver

La montagne Sainte-Baume est l’un des châteaux d’eau de la Basse Provence : treize communes de ce territoire dépendent de cette ressource pour notamment, l’alimentation en eau potable. Comment préserver ce trésor pour les générations futures, en vue de l’accélération du dérèglement climatique ?

Qui Vive s’est immergé dans les eaux cristallines de la montagne Sainte-Baume, dans le Var, à travers une randonnée animée les 3 et 4 juin 2026 par différents acteurs œuvrant à la préservation du territoire. Étaient présents Aurore Fauchas, hydrogéologue, Chargée de mission Ressources en eau, Fonctionnaire au CEREMA, Bureau d’Études de l’État, et à la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM), en détachement auprès du Parc Naturel Régional de La Sainte-Baume ; Lætitia Bantwell de la Direction Forêts et Espaces Naturels des Bouches-du-Rhône ; et l’association Découverte Sainte-Baume avec son président Christian Ollivier, délégué au PNR Sainte-Baume, président de la commission Eau, ancien vice-président de l’association nationale des élus de Bassins (ANEB).

Cet évènement ouvert à tous, organisé par l’association Conséquences en partenariat avec Découverte Sainte-Baume, a apporté d’enrichissantes connaissances géologiques, historiques et hydrologiques à une vingtaine de randonneurs de tous âges, curieux ou passionnés de balades naturalistes. Voici ce qu’il nous a semblé important de retenir.


Formation du massif de la Sainte-Baume

Il y a 120 millions d’années, la péninsule ibérique se déplace par rapport à la plaque tectonique européenne et commence un vaste mouvement de rotation. Le mouvement s’inverse il y a 65 millions d’années ; la péninsule ibérique entre alors en collision avec la plaque européenne et forme ainsi les Pyrénées. La montagne Sainte-Baume, qui culmine à plus de 1000 mètres d’altitude, est l’un des plus beaux exemples de cette poussée titanesque des plaques tectoniques en région PACA.

La Sainte-Baume est un relief Est/Ouest avec un versant Nord/Sud qui a subi d’importantes érosions par l’action de l’eau, érodant l’intérieur et la surface des roches pour former le karst (roche calcaire), il y a 5 millions d’années, et lors de périodes où le climat était pluvieux, chaud et humide.

Trail de la Sainte-Baume Plan d’Aups 2010 CC BY-ND 2.0 by Akunamatata


Cette orientation particulière donne une climatologie spécifique

La montagne de la Sainte-Baume, formant une chaîne avec la montagne de La Loube, bloque les nuages, qui déversent ainsi des pluies abondantes sur le versant nord. Récemment, un phénomène excédentaire a aussi occasionné des précipitations importantes sur le versant sud. La partie haute de la Sainte-Baume, située près de Mazaugues, dans le Var, abrite des trésors insoupçonnés d’eau souterraine, située dans le karst.

Deux rivières circulent à l’intérieur du massif à travers d’énormes conduits karstiques d’une dizaine de mètres de diamètre, au débit de plusieurs m3/seconde. La partie basse où se trouve la Vallée de Saint-Pons, à Gémenos dans les Bouches-du-Rhône, comprend une forêt luxuriante abritant un cours d’eau réputé intarissable, « Le Fauge ».

L’on peut y observer une stratification des eaux souterraines : des sources pérennes permettent l’alimentation des fleuves Huveaune, Argens via ses affluents, Le Caramy, L’Issole et Le Cauron, le versant sud dépendant des fleuves côtiers Gapeau et Las.

Ces sources sont essentielles et préservées des forages.

Domaine de la Brasque, Massif de la Sainte-Baume 2 © Valérie Marc

Un peu d’histoire

Au XIXe siècle, le massif de la Sainte-Baume abritait une grande concentration de glacières, 24 en tout, utilisées pour le remplissage en eau de source de bacs de congélation. La glace était alors débitée et charriée jusqu’à la glacière par des centaines de paysans des environs. Celle de Pivaut, à Mazaugues, est la plus célèbre par sa taille exceptionnelle de 23 mètres de haut.

« Ce n’est pas le commerce industriel de la glace qui aura fait disparaître le commerce de la glace naturelle, mais la commercialisation de la glace des Alpes », explique Richard D’Angio, responsable éditorial de la revue Découverte Sainte-Baume.


Rivières asséchées ?

Le bassin versant de l’Argens et celui du Gapeau sont placés en zone désormais déficitaire (les prélèvements d’eau sont plus importants que la ressource produite dans ces bassins). Le niveau en rivière diminue drastiquement, à des seuils jamais constatés auparavant.

Ce phénomène est dû à une baisse des précipitations saisonnières, avec alternance de sécheresses et épisodes méditerranéens : si les mêmes quantités d’eau peuvent tomber sur 365 jours, ces dernières années les hivers ont été moins pluvieux. Les nappes phréatiques n’ont donc pas pu être généreusement rechargées, ce qui entraîne un déficit drastique des nappes, et met en péril la biodiversité.

Laquelle est favorisée, au contraire, en présence de zones humides. Batraciens, insectes, petits organismes, mousses, fougères… Toute une faune et une flore aquatique se développent dans ces secteurs. Des espèces qui améliorent en retour la filtration et la qualité de l’eau. En Méditerranée, les zones humides sont intermittentes en fonction des caractéristiques du sol et de la végétation. Celles qui sont artificiellement créées par l’humain, comme les mares, entraînent quant à elles plutôt la stagnation de l’eau.

Mousses au Domaine de la Brasque, Massif de la Sainte-Baume © Valérie Marc


Des techniques anciennes remises au goût du jour

Durant les dernières décennies, l’aménagement du territoire a souvent conduit à une artificialisation des sols, sur lesquels l’eau ruisselle. La politique de bétonisation des cours d’eau, avec barrages, buses et autres techniques d’encadrement de l’écoulement, l’entraînant toujours plus rapidement vers la mer, devrait être amenée à disparaître, en raison de nombreuses inondations catastrophiques, comme celles survenues en 2020 dans les Alpes-Maritimes. Retrouver des approches traditionnelles, mettre en place des solutions inspirées par la nature est efficace et présente aussi l’avantage de réinstaurer une continuité écologique.

« Depuis quelques années, la construction de restanques et de fascines (barrages en bois, ndlr), piègent l’eau et la ralentissent, préservant ainsi les paysages de la désertification et favorisant la replantation des forêts. Les techniques anciennes sont réemployées, comme les systèmes de captage en collines, maximisant la recharge à l’endroit où la goutte d’eau tombe », expose Guy Farnarier, neurophysiologue à la retraite, propriétaire forestier et membre du Conseil du PNR Sainte-Baume, animateur de la commission forêt.


Le karst, un lent processus d’érosion en milieu calcaire, bénéfique aux ressources en eau

En montagne, le karst étant un véritable gruyère, l’eau de pluie s’infiltre directement. Il y a donc très peu de ruissellement en surface. Elle passe par les trous et fissures de la roche pour rejoindre les cavités profondes du milieu karstique, réservoir important, en lien avec la mer Méditerranée, considéré comme le niveau de base, situé dans la zone littorale.

En Sainte-Baume, le réseau karstique, alimenté par la pluie, est la seule ressource pour les nappes souterraines.

Deux célèbres sources sous-marines, appelées aussi « exsurgences », se déversent dans les calanques de Port Miou et du Bestouan, à Cassis et La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône. Dans cette zone particulière, l’eau se concentre en entonnoir et forme un mélange d’eau salée et douce, appelé « biseau salé ».

Dans les années 70, des tentatives de construction d’un barrage avaient été entreprises, pour bloquer cette rivière sous-marine et ainsi récupérer l’eau douce, mais elle ont échoué à cause de ce biseau salé remontant trop profondément dans les eaux douces du karst.

« Une eau souterraine a l’avantage d’être déconnectée de l’atmosphère, elle ne subit pas l’évaporation et est protégée de l’augmentation des températures. C’est donc une chance. L’eau est un bien commun qui doit être au centre de tout l’aménagement du territoire et être dans toutes les réflexions autour de l’urbanisme, le tourisme, l’agriculture. Il y a 2 ans, le gouvernement avait évoqué plusieurs mesures, mais sans aucun moyen mis à disposition pour les mettre en application », souligne Christian Ollivier, ancien président de EPAGE HuCA, (établissement public d’aménagement et de gestion des eaux Huveaune – Côtiers – Aygalades).

Karst_flattened Sunila Sen Gupta CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons


Privilégier l’émergence de nouveaux projets

Le Caramy étant la principale rivière qui récupère l’eau sur le plateau de Mazaugues et draine toute celle du massif karstique de la partie nord de la Sainte-Baume, le PNR envisage d’implanter des stations de surveillance de son débit, en équipant un groupe de sources, (notamment celle de Fontfrège, pérenne), afin de quantifier ce qui émerge du massif karstique. Cela permettrait de les instrumenter, désimperméabiliser les sols et veiller à une eau de très bonne qualité par des contrôles réguliers, de favoriser la recharge des nappes souterraines avec un minimum de ruissellement. Ainsi, l’eau ne repartirait pas aussi vite vers la mer, serait davantage captée par les sols. La nécessité devient évidente de sensibiliser à l’importance des zones humides en secteurs publics et privés.

« C’est d’ailleurs pour l’ensemble de ces raisons que l’État a décidé de laisser la responsabilité au PNR et ses collectivités de mener des études communes, afin de faire évoluer la gestion de la ressource Eau », déclare Aurore Fauchas, l’hydrogéologue rattachée au PNR.

En parallèle, des scientifiques de l’Université de la métropole d’Aix-Marseille se penchent sur la gestion des eaux souterraines, notamment dans le massif de la Sainte-Baume, afin de préserver cette ressource en eau potable, en quantité et qualité suffisante jusqu’à l’horizon 2050.


L’eau : principale richesse du territoire

Pour résumer, le massif de la Sainte-Baume regorge donc d’une eau encore abondante, en partie due à son milieu karstique et profitant à huit des principaux cours d’eau régionaux. Ces sources et rivières sont importantes pour la vie aquatique et les milieux humides qui leur sont associés.

Dans un contexte de sécheresse aggravée, ces cours d’eau permanents sont des réservoirs biologiques pour de nombreuses espèces rivulaires (forêts et prairies humides, mares temporaires, etc…) que leurs débordements entretiennent.

L’eau est une ressource vulnérable, surtout en milieu méditerranéen où les effets du réchauffement climatique sont intenses.

« Il faut donc veiller à une meilleure gestion, grâce à la pluie, en intégrant cette dynamique de la recharge, par exploitation de la ressource, en fonction de la disponibilité de l’eau, et inversement, réduire les prélèvements en cas de déficit », conclut Aurore Fauchas.

Valérie Marc, le 25 août 2026

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