10 janvier 2026

Pesticides légaux et illégaux : quels leviers pour en sortir ?

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat éditorial Qui Vive / France Nature Environnement PACA

Mobilisations citoyennes, information, actions en justice… Comment contribuer à nourrir tout le monde sans empoisonner la terre et l’eau ?

Le gouvernement de Sébastien Lecornu a signé le 7 janvier un arrêté pour suspendre l’importation des fruits et légumes contenant cinq pesticides interdits en Europe. Cinq, sur… des dizaines. Voilà qui ne suffira pas à calmer la colère des agriculteurs, opposés à la ratification par l’Union Européenne du Mercosur, accord de libre-échange avec l’Amérique du Sud. Un traité qui met en concurrence la production des paysans et éleveurs français avec celle de pays qui recourent abondamment aux substances chimiques.

Agriculture paysanne, justice sociale, écologie et santé : même combat

Le Mercosur « soulève toujours autant d’objections sévères pour ses impacts des deux côtés de l’Atlantique en matière agricole, mais aussi de climat, de droits humains et des peuples autochtones en particulier, de déforestation, de biodiversité, de bien-être animal, d’extraction minière, d’emplois et de justice sociale », lit-on dans une lettre ouverte au président de la République, publiée le 9 janvier par une quarantaine d’organisations dont Les Amis de la Terre, Attac, Greenpeace et la Confédération paysanne. Ce même jour, des militants de la Confédération, des Soulèvements de la Terre, de la CGT Paris, de Solidaires, de Cancer Colère et du collectif d’étudiants d’AgroParisTech « Agro en lutte » ont envahi le périphérique parisien. Un signe que les questions environnementales, la santé humaine et celle des écosystèmes s’articulent de plus en plus avec les revendications sociales dans les mobilisations.

D’autant que le sentiment qu’ont les citoyens de n’être pas entendus s’aggrave : le débat parlementaire sur la pétition contre la loi Duplomb, qui avait obtenu cet été plus de 2 millions de signatures, a été repoussé au mois de février. « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », établit la loi française. Mais comment faire valoir ce point, quand la législation et les traités internationaux autorisent l’usage de pesticides, la mise sur le marché de produits d’alimentation courante potentiellement toxiques ? Et quand, aux pesticides « légaux », s’ajoutent les pesticides illégaux ?

Trafic de pesticides interdits : un procès à Marseille

Melons, salades, tomates, courgettes, concombres, artichauts, blé, riz, fraises, kiwis, poires, pommes ou encore abricots… Autant de fruits et légumes contaminés par des produits interdits importés d’Espagne, vendus par des enseignes de grande distribution, qui se sont retrouvés dans les assiettes d’habitants des Bouches-du-Rhône et de la Drôme. Après un procès dans le nord de la France, où des maraîchers ont été condamnés pour « mise sur le marché, détention et utilisation, en bande organisée, de produits phytosanitaires ne bénéficiant pas d’une autorisation de mise sur le marché », le Parquet de Marseille a été saisi. Six sociétés agricoles et sept individus font l’objet de poursuites dans les deux départements.

Comme le détaille le dossier consacré à l’affaire sur le site de France Nature Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur, « les enquêteurs ont également retrouvé des produits de contrefaçon (…), dont les coformulants sont inconnus et peuvent représenter un risque bien plus élevé pour la santé et la biodiversité ». Car bien-sûr, les polluants utilisés contaminent les chaînes trophiques, s’infiltrent dans les sols, et les nappes phréatiques.

L’association, avec FNE Auvergne Rhône-Alpes et FNE Bouches-du-Rhône, soutenues par la fédération nationale de France Nature Environnement, Générations Futures et la Confédération Paysanne, se sont portées parties civiles. L’audience, qui se tiendra du 12 au 14 janvier dans la Salle des procès hors norme du Tribunal Judiciaire de Marseille, est publique : tout le monde peut y assister pour comprendre ses enjeux de santé publique et d’écologie.

Pourquoi c’est important de se renseigner et se mobiliser ?

Parce que chaque être vivant est concerné ! Des populations d’insectes, en chute libre, aux humains, dont les cas de cancers explosent du fait, notamment, d’un environnement envahi de pesticides, plastiques, perturbateurs endocriniens et autres polluants. La justice a son rythme propre, avec des délais très longs, et ses décisions ne sont trop souvent pas appliquées, faute de moyens publics mis en œuvre pour le suivi et les contrôles sur le terrain, mais ce genre de procès fait malgré tout bouger les lignes. Les citoyens ont tout intérêt à s’informer, à monter en compétences pour pouvoir peser dans les débats, et à soutenir les associations de protection de l’environnement.

Se renseigner, c’est aussi par exemple assister à des conférences sur les questions alimentaires. A Marseille, Opera Mundi consacre son cycle cette année au thème Nourrir et relier les mondes. En introduction le 28 novembre dernier, la philosophe Joëlle Zask invitait à sortir l’agriculture de son inféodation au marché. Les solutions existent : l’agroécologie permettrait de produire une nourriture saine et suffisante sur tous les continents, si on en appliquait les principes, de manière juste et démocratique. « Là où Trump et Poutine disent « il n’y en aura pas pour tout le monde« , soulignait-elle, la démocratie répond : « il faut qu’il y en ait pour tout le monde« . » Le 4 février prochain, l’anthropologue Bénédicte Bonzi parlera de la Sécurité sociale de l’alimentation, qui ouvre des pistes intéressantes pour à la fois lutter contre la précarité, et cesser d’empoisonner la terre.

En attendant que ce dispositif, inspiré des principes de la Sécurité sociale, devienne réalité, il est possible de favoriser les Amaps, les marchés paysans, l’achat direct auprès des producteurs, ou encore les Épiceries paysannes pour se nourrir.

Gaëlle Cloarec, le 9 janvier 2026

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat éditorial Qui Vive / France Nature Environnement PACA

Comment agir, autour de nous, pour un monde où il ferait bon vivre ? Cette rubrique donne des pistes concrètes pour se mobiliser tant individuellement que collectivement.