Une si grande soif des autres
Presque 30 ans après Dans la forêt, Jean Hegland revient avec un nouveau récit post-apocalyptique, relaté par Burl l’enfant de la nature.
En 1996 paraissait aux États-Unis Into the forest, un roman percutant d’apprentissage et de survie, devenu très vite un best-seller. Il aura pourtant fallu attendre plus de vingt ans avant que l’ouvrage de Jean Hegland ne soit traduit en français et ne connaisse chez nous aussi un très grand succès. Dans une période de forte inquiétude face au dérèglement climatique, voire d’écoanxiété, l’histoire extraordinaire de Nell et d’Eva, deux jeunes filles, deux sœurs, qui trouvent refuge au cœur de la forêt après l’effondrement de la civilisation technologique, ne pouvait que trouver écho chez de nombreux lecteurs. Un premier opus à découvrir, si ce n’est déjà fait, dans la collection de poche des excellentes éditions Gallmeister (Totem n°106).
En janvier dernier, tandis que d’énormes incendies ravageaient la Californie, paraissait le deuxième volet de cette histoire. Timing parfait, quoique sans doute involontaire. Jean Hegland revient donc avec Le temps d’après. Histoire de rappeler à tous, et particulièrement aux jeunes générations, l’impérieuse nécessité d’une reconnexion avec la nature. Le récit, qu’elle dédie d’ailleurs à ses « petites-filles chéries », est pris en charge par Burl, le fils d’Eva, né dans la forêt. Âgé d’une quinzaine d’années, Burl n’a connu du monde des hommes que ses deux « mères », quelques photos retrouvées dans des magazines, les héros légendaires dont elles lui ont narré les exploits et tous les personnages des contes qui ont peuplé leurs veillées.
Dans la forêt, il est chez lui, en véritable enfant de la nature. Tout le début du livre est une ode à cette forêt-refuge, aux êtres qui la peuplent, à ses richesses infinies ; une ode aussi à une existence en harmonie avec le monde et les saisons. Formulée dans une langue particulière (l’autrice justifie ce choix à la fin du livre), faite de néologismes, de distorsions et de mots-valises souvent poétiques, car jamais l’adolescent n’a eu de véritable contact avec d’autres humains. Cela lui manque terriblement. Si Eva et Nell se méfient des hordes sauvages qui hantent un monde devenu stérile, Burl, lui, voudrait rencontrer d’autres gens, créer des liens nouveaux. C’est ce qui adviendra, non sans péripéties et violences. Mais n’en disons pas plus…
Ce nouveau récit peine un peu à s’installer, à happer le lecteur, la faute sans doute à de nombreux retours dans le « temps d’avant », nécessaires pourtant à la bonne compréhension. Mais une fois qu’il est lancé, on ne le lâche plus. La fin ouverte laisse entrevoir une suite. Espérons qu’elle tardera moins, cette fois-ci !
FRED ROBERT
10 février 2025
Le temps d’après, de Jean Hegland, traduit de l’américain par Josette Chicheportiche
Éditions Gallmeister, janvier 2025, 23,90 €