Allié·e·s : la nouvelle herboristerie marseillaise
Qui Vive est allé à la rencontre de Solène Coignard, qui a ouvert il y a quelques semaines une nouvelle herboristerie, avec sa collègue Alice Mascarell. Toutes les deux préparatrices en pharmacie, diplômées d’un DU « conseils et informations en phytothérapie et aromathérapie« , elles ont nommé Allié·e·s cette herboristerie, qui au 24 boulevard National propose des plantes et des produits naturels issus à la fois de la cueillette sauvage locale et de producteurs partenaires. Leur démarche ? Allier savoir-faire herboriste, choix rigoureux des plantes et accessibilité des produits.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler d’Allié·e·s ?
Je m’appelle Solène, je suis cofondatrice d’Allié·e·s, une herboristerie ouverte il y a un mois avec Alice Mascarell, ma collègue. On a choisi d’installer Allié·e·s sur le boulevard National, à Marseille, juste en face de la rue Flégier et de la Marmite Joyeuse. Un quartier vivant, où on se sent vraiment à notre place.
Herboristerie vs pharmacie vs supermarché : quelles différences ?
Justement, parlons-en : une herboristerie, c’est quoi exactement ? Et en quoi est-ce différent d’une pharmacie ou des plantes que l’on trouve en supermarché ?
Une herboristerie, c’est un lieu où l’on trouve des plantes à visée thérapeutique, c’est-à-dire qui ont des propriétés médicinales. La grande différence avec une pharmacie, c’est que Allié·e·s vend des plantes libérées du monopole pharmaceutique. En France, il en existe 148. Chez nous, vous trouverez uniquement ces plantes en vente libre, que vous pourriez aussi croiser en magasin bio ou en supermarché. En revanche, les plantes sous monopole (comme certaines racines ou écorces) sont réservées aux pharmaciens.
Une réflexion pour un équilibre entre juste rémunération et accessibilité
Comment pensez-vous à l’accessibilité de vos produits ?
C’est un débat important. On ne vend pas nos produits “chers” : on les vend au juste au prix. Souvent même, nous les achetons en deçà du temps de travail nécessaire à la qualité que l’on obtient. Pendant des décennies, nous avons été habitués à payer des fruits, des légumes ou des plantes médicinales à des tarifs dérisoires. Mais derrière ces prix bas, il y a une réalité invisible : des producteurs sous-payés, des conditions de travail précaires, et des plantes de moindre qualité.
Quand on achète à un cueilleur local ou à une coopérative bio, on paie ce que le produit vaut vraiment : la main-d’œuvre, le temps de séchage, la traçabilité, l’éthique. Notre mélisse à 110 €/kg est un exemple frappant. Oui, c’est plus cher qu’en supermarché… mais c’est parce qu’elle est fraîche, bio, et récoltée dans le respect de l’environnement et des humains.
Le problème, c’est que cette qualité n’est pas accessible à tout le monde. On s’est donc heurtées à une question éthique : comment concilier excellence et accessibilité ?
Pour y répondre, on réfléchit à un système de tarifs échelonnés, basé sur l’auto-détermination. L’idée ? Permettre à chacun·e de payer en fonction de ses moyens, sans jugement. Par exemple, une personne en situation de précarité pourrait bénéficier d’un tarif réduit, tandis qu’une autre paierait le prix plein. L’accès aux soins par les plantes ne devrait pas être un luxe.
Un modèle économique en construction : bientôt une SCOP ?
Allié·e·s est une entreprise, mais vous semblez aussi porter une dimension sociale. Pouvez-vous nous en dire plus ?
On est une entreprise, oui, mais avec une forte ambition sociale. Pour l’instant, on a dû se constituer en société parce qu’on était toutes les deux au chômage et qu’on avait déjà des activités en auto-entreprise. Mais notre objectif, c’est de basculer vers un modèle plus solidaire dès que possible, une SCOP, probablement d’ici un an, quand nos droits au chômage seront épuisés.
En attendant, on teste des solutions pour financer cette solidarité. Par exemple, on collabore avec La Cloche, une association marseillaise qui a mis en place un système de “boîte à dons” et de “produits suspendus”. Concrètement, des tisanes et huiles essentielles sont offertes aux personnes qui en ont besoin, sur simple demande. Un espace d’accueil est proposé : verre d’eau, tisane en libre-service, prises pour recharger son téléphone, toilettes… Un lieu ouvert à tou·te·s, surtout aux personnes sans-abri ou en situation de précarité.
On réfléchit aussi à un modèle économique hybride, où une partie des bénéfices financerait des actions solidaires. Mais pour l’instant, on n’a pas encore trouvé la formule idéale, on est en phase de test et d’ajustement.
La phytothérapie : un retour aux sources… sans attendre la maladie
La phytothérapie est le terme qui englobe l’usage des plantes à des fins thérapeutiques. À quel moment de notre vie devrions-nous nous y intéresser ?
Dès maintenant ! L’utilisation des plantes pour se soigner ou simplement pour prendre soin de soi, c’est une pratique millénaire. Pendant des siècles, les humains ont utilisé les plantes au quotidien : pour se réveiller (café, thé), digérer (menthe, mélisse), se détendre (camomille, tilleul)… Ce n’est pas réservé aux moments de crise.
Aujourd’hui, on a un peu oublié ces savoirs, à cause de l’essor de la médecine allopathique. Mais les plantes sont toujours là, et elles peuvent nous accompagner à chaque étape de la journée. Le matin : une infusion de romarin pour stimuler la mémoire, ou de gingembre pour booster l’énergie. Après le repas : une tisane à la mélisse ou à la camomille pour faciliter la digestion. Le soir : une infusion de passiflore ou de lavande pour décompresser.
Il ne faut pas attendre d’être malade pour se tourner vers les plantes. Elles font partie de notre quotidien, et leur usage peut être préventif, curatif, ou simplement de bien-être. Bien sûr, elles ne remplacent pas un avis médical en cas de pathologie grave, mais elles offrent une alternative douce et naturelle pour beaucoup de maux du quotidien.
Herboristeries indépendantes : une communauté en résistance
Comment les herboristeries indépendantes comme Allié·e·s s’entraident-elles face à un système qui ne reconnaît pas leur métier ?
C’est un vrai défi, mais aussi une belle aventure collective ! Il y a plusieurs associations et syndicats qui œuvrent pour redonner ses lettres de noblesse à l’herboristerie, comme l’Association des Herboristeries de France ou la Guilde des Praticien·ne·s en Herboristerie (dont fait partie ma collègue Alice).
Ces structures sont portées par des pionnières, souvent des femmes, qui ont monté leur herboristerie ces dix dernières années. Leur travail est double : politique et administratif. Elles bataillent pour faire reconnaître l’herboristerie comme un métier, malgré l’absence de diplôme officiel. C’est un peu comme reconstruire une profession à partir de savoirs empiriques, transmis de génération en génération. Il y a un aspect pédagogique aussi : elles répertorient les connaissances traditionnelles, organisent des formations, et partagent des outils pour redonner confiance aux gens dans l’usage des plantes.
Allié·e·s fait partie de ces réseaux, et c’est précieux. Par exemple, le Syndicat Simples (qui promeut les plantes sauvages et la cueillette responsable) ou les syndicats de cueilleurs·euses sont des alliés pour défendre une herboristerie éthique, locale et durable.
Un élan collectif : colloques et reconnaissance du métier
Vous parliez de réseaux qui s’organisent. Y a-t-il des initiatives récentes qui vous inspirent ?
Absolument ! Il y a un réel mouvement autour de l’herboristerie, et c’est très encourageant. Récemment, des militant·e·s ont organisé un colloque à Nyons, réunissant 200 à 300 personnes : paysans herboristes, pharmaciens, médecins, préparateurs en pharmacie, et praticien·ne·s en phytothérapie. Un vrai moment d’échange sur les pratiques respectives, qui nous a beaucoup inspirées.
Ce colloque a aussi été l’occasion de rencontrer des productrices avec qui on travaille aujourd’hui. Et surtout, ça a confirmé une chose : on est plus forts ensemble. Ce n’est pas un métier qu’on peut exercer seul·e. Il y a des groupes de travail qui collaborent même avec des sénateur·rice·s pour réhabiliter cette discipline.
Un exemple concret ? Grâce au travail de Thierry Thévenin (paysan herboriste militant) et d’autres passionné·e·s, le métier de paysan herboriste a enfin obtenu une reconnaissance RNCP (reconnaissance du diplôme) il y a un an. C’est une avancée majeure !
La résignation ? Une plante peut aider !
Dans Qui Vive, on essaye de lutter contre la résignation pour donner aux gens l’envie d’agir, que ce soit au niveau individuel ou collectif. Est-ce que tu as une plante à nous conseiller contre la résignation ?
Ah, la résignation… une plante pour redonner du courage ? Il y en a tellement ! Tout dépend de ce qui nous touche. Moi, j’aime beaucoup la mélisse : elle agit à la fois sur le ventre et sur le cerveau, c’est une plante apaisante qui peut aider en cas d’anxiété.
Sinon, le basilic sacré (tulsi) est une autre option. C’est une plante adaptogène, qui aide le corps à s’adapter au stress. Et puis, la camomille romaine ! Hyper aromatique, elle contient des esters qui calment le système nerveux.
Propos recueillis le 11 avril 2026
Herboristerie Allié·e·s : 24 Boulevard National, 13001 Marseille.
Ateliers et conseils : Renseignez-vous en magasin pour découvrir leurs animations.
Livres recommandés :
- Le Guide de l’herboriste de Christophe Bernard
- Les Simples de François Couplan (pour la cueillette sauvage).
- Le Génie des plantes sauvages de François Couplan
- Plaidoyer pour l’herboristerie de Thierry Thévenin


Comme son nom l’indique, cette rubrique porte sur ce qui se passe autour de nous. Car Qui Vive est un média local basé en Provence, mais il nous arrive de publier des informations à portée plus large. Ils ne figureront donc pas là !




