Le 3 mars dernier, Qui Vive est allé à la rencontre d’un architecte hors du commun : le castor. Reportage dans les Alpes de Haute-Provence, lors d’une sortie organisée par FNE PACA, le long de l’Encrême, pour observer sa présence, aussi bénéfique pour la biodiversité que pour lutter contre le réchauffement climatique.

FNE PACA et les solutions fondées sur la nature

Depuis début 2026, France Nature Environnement PACA organise des sorties de terrain pour faire découvrir des “solutions fondées sur la nature”, appliquées à la restauration des zones humides. L’idée est simple : s’allier avec la nature pour lutter contre le réchauffement climatique.

Ces sorties, appelées les “solutions qui coulent de source”, sont organisées par Mattia Trabucchi, chargé de mission Eau et Mer au sein de l’association. Elles permettent d’aller à la rencontre des acteurs locaux (agriculteurs, collectivités, communes, entreprises, etc.) afin de comprendre concrètement comment sont menés les projets de restauration écologique.

FNE PACA a par ailleurs sorti une web série appelée “Ça coule de source ?!” consacrée aux utilisations responsables de l’eau. L’objectif est de montrer les bénéfices de ces approches pour la biodiversité, mais également pour les sociétés humaines, longtemps restées dans une logique d’exploitation des milieux naturels.

La sortie était animée par Anne-Laure Barthélémy, Animatrice Zones humides Région et Alpes du Sud du Conservatoire d’espaces naturels PACA, une association régionale de protection de la nature. La rivière de l’Encrême constitue un site d’observation privilégié, notamment en raison de la présence du castor, dont l’activité contribue naturellement à la restauration du cours d’eau.

Mattia Trabucchi et Anne-Laure Barthélémy animant la sortie © Célia Horvath

 

Pourquoi préserver les zones humides ?

D’après le Site des statistiques publiques de l’énergie, des transports, du logement et de l’environnement (SDES), entre les années 1960 et 1990, environ la moitié des zones humides ont disparu en France, en grande partie à cause des politiques d’assainissement. À l’époque, ces milieux étaient considérés comme insalubres et sources de maladies, et l’objectif était de drainer les marais pour les rendre exploitables.

La rivière de l’Encrême illustre bien ces transformations. On dit qu’elle a été “domptée” par les humains, autant pour l’agriculture que pour l’urbanisme. Dans les années 1960, le cours d’eau a été rectifié et profondément modifié pour en contrôler le débit.

Résultat : la rivière s’est progressivement enfoncée dans son lit, ses berges se sont élevées et elle se retrouve désormais à sec 2 à 3 mois par an. Ce phénomène empêche la recharge de la nappe phréatique et assèche les prairies alentour.

Pourtant, ces zones humides ont un rôle essentiel. Elles permettent d’avoir de l’eau en quantité, car elles rechargent les cours d’eau, mais aussi de l’eau de qualité, car elles filtrent et dépolluent. Elles sont, également, bénéfiques pour l’activité socio-économique des agriculteurs de la région qui dépendent de l’humidité des prairies pour faire de la fauche ou du pâturage.

Dans ce contexte, sur les rives de l’Encrême, contrairement à d’autres endroits, le castor est donc bien accueilli.

Berge de moins en moins enfoncée, grâce aux barrages du castor tout au long du cours d’eau © Célia Horvath

 

Quel est le rôle du castor ?

Le castor est un “architecte bâtisseur” de nos rivières. Il transforme profondément son environnement et permet à nos rivières de respirer à nouveau.

Au niveau de l’Encrême, il s’est installé et a consolidé son embâcle (tas de bois mort) sur une hauteur de 2,5 mètres, permettant de remonter le cours d’eau à la hauteur de la berge. Il permet d’éviter l’effet drainant, de ralentir l’écoulement (évitant les inondations), et donc d’apporter plus de diversité de milieux. Une énorme richesse pour les animaux : ces zones calmes deviennent rapidement des refuges pour eux ; ils viennent y boire, se nourrir ou chasser. En modifiant la dynamique de l’eau, le castor agit ainsi comme un véritable ingénieur des écosystèmes.

Ebauche de barrage © Célia Horvath

 

Une solution naturelle et peu coûteuse

En général, la restauration hydromorphologique d’un cours d’eau par des moyens techniques est très coûteuse. Le castor, lui, accomplit ce travail gratuitement et de manière continue.

Son activité est aujourd’hui considérée comme une solution fondée sur la nature. L’idée est de s’inspirer de ses constructions pour reproduire artificiellement des barrages ou des embâcles, afin de restaurer plus rapidement les milieux dégradés.

Selon Anne-Laure Barthélémy, l’idée serait aussi de former la population à ces pratiques : « cela permettrait à un territoire de se réapproprier l’eau et son lien au vivant ».

Arbre cassé par le castor, sur lequel il récupère les branches © Célia Horvath

Comment vivent les castors ?

Très mauvais marcheurs, en raison de leur corps massif et de leurs pattes courtes, les castors sont en revanche parfaitement adaptés à la vie aquatique. Pour sécuriser leurs déplacements et accéder à leur nourriture, ils construisent donc des barrages.

Pour bâtir leurs ouvrages, ils rongent les arbres et les font tomber. Ils peuvent alors récupérer le matériel qui leur est nécessaire : les branches.

Anne-Laure Barthélémy explique que « leur choix n’est pas aléatoire, ils vont construire à l’endroit le plus stratégique pour eux. Ils ont une bonne lecture de l’eau et de la nature, leur permettant de savoir où l’eau afflue le plus ».

Lors de notre visite, le barrage principal avait été emporté par une crue récente, mais les castors l’avaient construit à la confluence de 3 ravins, récupérant toute l’eau possible. Ce type d’événement fait partie du cycle naturel, le castor reconstruit généralement son ouvrage en quelques semaines.

Les castors vivent en unités familiales, formées d’un couple et de ses petits. Pour marquer leur territoire, ils utilisent une substance odorante appelée “castoréum”, déposée à la surface de l’eau ou sur les berges.

Grâce aux mesures de protection dont ils bénéficient, leurs populations sont aujourd’hui en expansion en France, à l’inverse de nombreuses autres espèces liées aux milieux aquatiques.

Le castor a commencé à ronger d’autres arbres pour les faire tomber et récupérer le matériel pour reconstruire le barrage principal © Célia Horvath

Un allié face à la crise écologique

Longtemps chassé et considéré comme un nuisible, le castor apparaît aujourd’hui comme un allié précieux face aux défis environnementaux. En restaurant naturellement les zones humides et en régulant les cours d’eau, il nous montre que certaines des solutions les plus efficaces face au changement climatique existent déjà dans le monde vivant.

Observer son travail sur le terrain, rappelle que protéger la biodiversité ne consiste pas seulement à préserver des espèces, mais aussi à reconnaître leur rôle essentiel dans l’équilibre des écosystèmes. S’inspirer du castor, ou simplement le laisser agir, pourrait bien faire partie des solutions les plus durables.

Célia Horvath, le 27 mars 2026

Mattia Trabucchi et Anne-Laure Barthélémy animant la sortie © Célia Horvath


Que faire en tant que citoyen pour participer à la protection des zones humides ?

Agir localement :

– Participer à des opérations de nettoyage des zones humides proches de chez vous
– Soutenir ou rejoindre des associations, comme FNE, qui œuvrent pour la conservation des zones humides
– Éviter de dégrader ces milieux : ne pas piétiner la végétation fragile, ne pas jeter de déchets, respecter les sentiers balisés, ne pas construire des barrages soi-même

Réduire son impact environnemental :

– Limiter l’usage des pesticides et engrais dans votre jardin, ou mieux, adopter le jardinage écologique (compost, plantes locales, paillage)
– Réduire sa consommation d’eau pour éviter le prélèvement excessif dans les nappes phréatiques qui alimentent les zones humides
– Favoriser les produits locaux et sans traitements chimiques pour limiter la pollution de l’eau

Nicolas Delcros, le 27 mars 2026

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat éditorial Qui Vive / France Nature Environnement PACA

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