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Si l’on cherche la finesse dans la chanson française contemporaine, on trouve bien évidemment Pomme.

Si au premier abord, ses paroles et musiques semblent quasiment minimalistes, elles s’avèrent de plus en plus élégantes à chaque réécoute.

Et si on prête attention à ce qu’elle insinue si poliment et si poétiquement entre les lignes de ses couplets, on distingue de subtiles allusions aux meilleures idées féministes, aux meilleures idées LGBT ainsi que, clairement, aux meilleures idées écologistes.

En 2019, dans sa chanson « Les séquoias », Pomme évoque rivières asséchées, arbres assassinés, tandis qu’elle révèle que c’est en marchant dans une allée de séquoias que pour la première fois de sa vie, elle s’est sentie respirer pleinement et habiter son propre corps, c’est-à-dire se sentir exister.

Dans cette chanson, les séquoias sont tristes mais ils résistent et, de par leur extraordinaire longévité et leur extraordinaire hauteur, ils sont les héritiers du temps long et donc persistent. Certains séquoias vivent 2000 ans, alors Pomme chante ici qu’elle envoie 2000 prières au vent pour nous sauver de toutes les peines d’avant la rivière asséchée, d’avant que « tout soit emporté ».

De mon côté, je prie pour que survivent à la prochaine catastrophe environnementale au moins deux merveilles vertes : les séquoias et Pomme.

Jeff Perrimond
1er janvier 2025

Alors que les physiciens parlent de demi-vie pour caractériser le temps au bout duquel la moitié des noyaux d’un isotope radioactif se seront désintégrés, on peut parler de plusieurs vies pour la plus célèbre chanson anti-nucléaire au monde : Radioactivity.

Ses trois plus fameuses versions émanent toutes du non moins fameux groupe allemand de musique électronique qui l’a créée : Kraftwerk.

Elle est apparue en 1975 pour la première fois, et son refrain était alors « radioactivity, in the air for you and me ».

Sa qualité musicale (dont une mélodie entêtante comme la persistance de la radioactivité…) était telle, et tellement en adéquation avec le propos, que le succès fût rapidement au rendez-vous : 450 000 disques vinyles vendus en Allemagne en quelques mois, et autant en France où ce fût même brièvement l’indicatif-générique d’une nouvelle émission sur Europe 1.

Les années suivantes, les plus gigantesques manifestations anti-nucléaires ont eu lieu justement en Allemagne (Whyl 1975, Kalkar 1977, Gorleben 1980) et en France (Creys-Malville 1977), rassemblant chaque fois plus de 60 000 personnes pendant des jours, voire des semaines.

En 1991, une seconde version apparaît et c’est une extraordinaire métamorphose du morceau par ses créateurs : non seulement ils remplacent les sonorités de synthétiseurs analogiques par de translucides sonorités de synthétiseurs numériques, avec une rythmique chamboulée (nettement plus tonique), mais surtout les paroles qu’ils ont surajoutées relient les catastrophiques accidents des centrales de plusieurs pays (“Tchernobyl, Harrisburg, Sellafield”) et la bombe atomique jetée par les États-Unis sur les populations civiles Japonaises (“Hiroshima”), cela scandé avec le slogan “Stop radioactivity”.

En 2012, lors d’une tournée au Japon, Kraftwerk participe au festival No Nukes et présente alors une troisième version, où est ajouté, entre autres, un passage sur l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, dont les rejets radioactifs sont déversés dans l’océan Pacifique. Les nouvelles sonorités de cette version semblent celles des ondes d’une « piscine » de décontamination sans fin de la radioactivité.

Selon qu’il s’agisse d’uranium ou de plutonium, la demi-vie au bout de laquelle la moitié des noyaux d’un isotope radioactif se seront désintégrés va de plusieurs milliers d’années à plusieurs millions d’années !!!

Jean-François Perrimond
Mai 2024