Ailes en falaises
Le premier week-end de mai était l’occasion de bien des escapades dans la nature. Le PNR du Mont-Ventoux, 56e Parc naturel régional français, créé en 2020, proposait l’un de ses Rendez-vous, programme d’animations gratuites du printemps à l’été. À Monieux (Vaucluse), la Ligue de Protection des Oiseaux tenait un stand sur le belvédère du rocher du Cire, pour faciliter l’observation des vautours fauves. Ouaouh !
L’enthousiasme des membres de la LPO est très communicatif. « Il y a eu des réintroductions ailleurs dans la région, mais sur ce site, ils sont revenus spontanément ! C’est historique ! »
Des cyclistes en sueur, après une belle montée en haut des gorges de la Nesque, se groupent devant les longues-vues pré-réglées pour observer les oiseaux. Le cadre est somptueux : des falaises de calcaire blanc, le vert vif des arbres… « Oh, regardez, le mâle arrive pour nourrir les petits ! » s’exclame un bénévole, vite rejoint par une grappe de novices en ornithologie, émerveillés. « Il fait presque 3 mètres d’envergure », révèle le spécialiste, tandis qu’ils retiennent leur souffle devant son vol silencieux.

Stand LPO rocher du Cire 3 mai 2026 © G.C.
Les vautours fauves mâles et femelles couvent en alternance leurs œufs, puis après l’éclosion se relaient pour réchauffer et alimenter les poussins. Ces rapaces planeurs profitent des courants d’air ascendants pour repérer les cadavres dont ils se nourrissent. Essentiellement des ongulés, nombreux sur ce territoire relativement sauvage. La réapparition des loups, depuis 2009, qui abandonnent les carcasses de leurs proies après avoir fait ripaille, n’est sans doute pas étrangère au retour des vautours, après un siècle d’absence. On le doit aussi au succès des programmes de réintroduction, dans les proches Baronnies, ou le Verdon : les colonies grossissent sur un site propice jusqu’à atteindre la limite des ressources alimentaires disponibles, puis des couples s’en vont trouver un autre lieu pour faire souche. Sur le rocher du Cire, il y a encore de la place ; plus tard, qui sait où l’espèce se déplacera, si elle poursuit son redéploiement ?

Vue des falaises des gorges de la Nesque © G.C.
S’émerveiller, mais de loin
Car les falaises appropriées ne sont pas si nombreuses. Et quand elles existent, encore faut-il que l’être humain laisse de la place aux animaux sauvages. Le vautour est une espèce vulnérable, protégée par la loi en France et en Europe. Comme tous les charognards, ces animaux ont un rôle très important dans les écosystèmes : en éliminant rapidement les carcasses, ils limitent la propagation des maladies et facilitent le retour des nutriments dans le sol. Malheureusement, il arrive que certains les empoisonnent, comme cela a été le cas récemment dans l’Aude.
Mais, même involontairement, on peut leur nuire. La LPO sensibilise les grimpeurs pour que certaines voies d’escalade soient évitées entre janvier et août : « un seul passage peut provoquer la perturbation du couveur et peut conduire à un échec de la nidification par l’abandon du nid, entraînant la destruction de l’œuf ou la mort du poussin ».
D’autres nuisances sont encore pire. Dans les gorges de la Nesque, Nicolas Ughetto, photographe animalier de Sault, le village voisin, a pris le temps de recenser les passages d’hélicoptères et avions : durant quatre jours consécutifs, en janvier 2023, il a dénombré neuf appareils qui ont volé « au dessus et même au dessous des nids de vautours », perturbant la parade nuptiale, essentielle à la reproduction de l’espèce.
Pour les laisser tranquille, il est important de rester à distance, et le plus discret possible. Les sentiers et points de vue aménagés ne manquent pas. Surtout, pas de drone, très intrusif : à l’œil nu ou avec une simple paire de jumelles, il est déjà largement possible d’en prendre plein la vue. D’autant que le vautour fauve n’est pas la seule espèce à observer : avec un peu d’expérience, on peut distinguer des gypaètes barbus, aigles royaux, circaètes Jean-le-Blanc, et même le très rare vautour percnoptère.
Gaëlle Cloarec, le 6 mai 2026

RDV du Parc – Rocher du Cire, 3 mai 2026 © LPO Paca Ventoux
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