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	<title>Archives des forêt - Qui Vive</title>
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	<description>Le média qui pique la curiosité</description>
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		<title>Il était trois fois</title>
		<link>https://quivive.fr/il-etait-trois-fois</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fred Robert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 15:30:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[forêt]]></category>
		<category><![CDATA[Laurine Roux]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Trois fois la colère, le titre claque. Comme claque celui de la maison à laquelle Laurine Roux reste fidèle depuis ses débuts : les Éditions du Sonneur. Elle a bien raison car l&#8217;objet-livre en jette. Trois tiges d&#8217;ortie, l&#8217;une vert forêt, l&#8217;autre violette, la dernière pourpre, partent à l&#8217;assaut de la couverture vert gazon. Trois [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Trois fois la colère</em>, le titre claque. Comme claque celui de la maison à laquelle Laurine Roux reste fidèle depuis ses débuts : les <a href="https://www.editionsdusonneur.com/auteur/laurine-roux/" target="_blank" rel="noopener">Éditions du Sonneur</a>. Elle a bien raison car l&rsquo;objet-livre en jette. Trois tiges d&rsquo;ortie, l&rsquo;une vert forêt, l&rsquo;autre violette, la dernière pourpre, partent à l&rsquo;assaut de la couverture vert gazon. Trois tiges comme trois rejetons de la même souche. Les orties jalonnent chaque partie du roman, qui semble mu par une poussée végétale irrésistible, de la racine au drageon. Elles ponctuent chaque respiration du texte. Comme autant d&rsquo;aiguillons qui taraudent les personnages et le lecteur.</p>
<p>On est happé par ce récit mené tambour battant dès le prologue. Celui-ci met en scène la chevauchée éperdue d&rsquo;une jeune fille, Miou. Elle trimballe dans un sac la tête de l&rsquo;homme qu&rsquo;elle a décapité, Hugon le Terrible, son grand-père. Cela commence fort ! Pourquoi a-t-elle agi ainsi ? Pourquoi galope-t-elle vers le château de Bure avec son sinistre trophée ? L&rsquo;histoire qui suit permettra de comprendre ce geste de vengeance et de réparation. Ce serait dommage de divulgâcher. On ne le fera donc pas. Qu&rsquo;on sache seulement qu&rsquo;intrigues, violences, secrets de famille, scènes de torture et batailles ne manquent pas dans ce roman épique que Laurine Roux dit avoir écrit sur le tempo de la célèbre série <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Game_of_Thrones" target="_blank" rel="noopener">Game of Thrones</a>. Le temps des croisades lui a fourni un décor parfait pour aborder par le biais de la fiction certaines questions actuelles qui tournaient dans sa tête : celles de la justice, de la domination masculine, de « <em>la place utile de la violence</em> ».</p>
<p>Et puis, dans ce tourbillon de brutalité, il reste des moments de tendresse, des figures sensibles et généreuses, des havres de paix. Comme autant de lueurs dans l&rsquo;obscurité. La forêt, véritable personnage de ce conte, abondamment et superbement évoquée, est ici un lieu de ressource, d&rsquo;enchantement. Laurine Roux adresse d&rsquo;ailleurs ses remerciements « <em>aux montagnes des Hautes-Alpes, aux forêts, aux fantômes, et aux mondes imaginaires, refuges dans le chaos.</em> » Un bel hommage à la nature vivante et sauvage de sa région et à tous les possibles qu&rsquo;offre la littérature.</p>
<p>FRED ROBERT</p>
<p>Le 3 novembre 2025</p>
<p><em>Trois fois la colère </em>de Laurine Roux<br />
Éditions du Sonneur, 20 euros</p>
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		<title>Europe en fumée : comment les feux de forêt des Bouches-du-Rhône aggravent le bilan carbone</title>
		<link>https://quivive.fr/europe-en-fumee-comment-les-feux-de-foret-des-bouches-du-rhone-aggravent-le-bilan-carbone</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Rédaction Qui Vive]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Sep 2025 08:21:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Ecosystèmes]]></category>
		<category><![CDATA[carbone]]></category>
		<category><![CDATA[feu]]></category>
		<category><![CDATA[forêt]]></category>
		<category><![CDATA[incendie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le 18 septembre, le programme européen d&#8217;observation de la Terre Copernicus a publié un rapport alarmant : le vieux continent a atteint un record d’émissions de dioxyde de carbone liées aux feux de forêt estivaux. Les incendies forestiers européens ont libéré 12,9 mégatonnes de carbone lors de l’été 2025. Le précédent record, datant de 2017, [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 18 septembre, le programme européen d&rsquo;observation de la Terre Copernicus a publié un rapport alarmant : le vieux continent a atteint un record d’émissions de dioxyde de carbone liées aux feux de forêt estivaux. Les incendies forestiers européens ont libéré 12,9 mégatonnes de carbone lors de l’été 2025. Le précédent record, datant de 2017, s’élevait à 11,4 mégatonnes.</p>
<p>Comme chaque été, le département des Bouches du Rhône n’a pas été épargné par les flammes. Dès le 8 juillet dernier, un départ de feu au nord des Pennes-Mirabeau a consumé près de 750 hectares de végétation, s’étendant jusqu’aux quartiers Nord de Marseille. Quelques jours plus tard, le 20 juillet, un incendie a parcouru plusieurs centaines d’hectares sur la commune de Martigues. Le 28 juillet, les communes de Port-de-Bouc et des Pennes-Mirabeau ont de nouveau été touchées, avec plus d’une dizaine d’hectares détruits. Enfin, le 8 août, 4 000 m² de végétation sont partis en fumée dans le massif de Puyloubier.</p>
<p>Selon le bilan des marins-pompiers de Marseille publié le 18 septembre, l’été 2025 a été marqué par 81 jours de lutte contre les flammes et 365 départs de feu. Même si ces incendies représentent une faible proportion des feux de forêt européens, ils ont contribué à libérer des dizaines de milliers de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère.</p>
<p>Il semble donc plus que jamais impératif de tenter de prévenir ces incendies pour les éviter afin de protéger les forêts européennes et provençales tout en réduisant les émissions carboniques. La lutte contre les feux de forêts représente donc un enjeu tout aussi important à l’échelle locale qu’à l’échelle internationale. D’autant plus que les incendies détruisent la végétation, assèchent les sols et rendent les milieux plus vulnérables à de nouveaux feux. En libérant d’énormes quantités de carbone, ils aggravent aussi le réchauffement climatique, qui à son tour favorise sécheresses et vagues de chaleur propices aux incendies.</p>
<p>Face à cette urgence, certaines initiatives locales tentent d’apporter des solutions concrètes. <a href="https://www.replanter-notre-foret-provencale.com/accueil" target="_blank" rel="noopener">L’association Replanter Notre Forêt Provençale</a> œuvre par exemple au reboisement de zones sensibles avec des variétés d’arbres plus résistantes aux flammes, créant ainsi de véritables barrières végétales. En partenariat avec le Service Départemental d’Incendie et de Secours des Bouches-du-Rhône, elle s’apprête à lancer une <a href="https://fr.blog.ecosia.org/arbres-resistants-au-feu/" target="_blank" rel="noopener">action dans la région de la Côte Bleue</a>.</p>
<p>Amélien Gay,<br />
le 21 septembre 2025</p>
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		<title>Une si grande soif des autres</title>
		<link>https://quivive.fr/une-si-grande-soif-des-autres</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fred Robert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Feb 2025 09:13:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[forêt]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1996 paraissait aux États-Unis Into the forest, un roman percutant d&#8217;apprentissage et de survie, devenu très vite un best-seller. Il aura pourtant fallu attendre plus de vingt ans avant que l&#8217;ouvrage de Jean Hegland ne soit traduit en français et ne connaisse chez nous aussi un très grand succès. Dans une période de forte [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;">En 1996 paraissait aux États-Unis <i>Into the forest</i>, un roman percutant d&rsquo;apprentissage et de survie, devenu très vite un best-seller. Il aura pourtant fallu attendre plus de vingt ans avant que l&rsquo;ouvrage de <a href="https://gallmeister.fr/auteurs/79/jean-hegland" target="_blank" rel="noopener">Jean Hegland</a> ne soit traduit en français et ne connaisse chez nous aussi un très grand succès. Dans une période de forte inquiétude face au dérèglement climatique, voire d&rsquo;écoanxiété, l&rsquo;histoire extraordinaire de Nell et d&rsquo;Eva, deux jeunes filles, deux sœurs, qui trouvent refuge au cœur de la forêt après l&rsquo;effondrement de la civilisation technologique, ne pouvait que trouver écho chez de nombreux lecteurs. Un premier opus à découvrir, si ce n&rsquo;est déjà fait, dans la collection de poche des excellentes éditions Gallmeister, sous le titre <a href="https://gallmeister.fr/livres/279/hegland-jean-dans-la-foret" target="_blank" rel="noopener"><em>Dans la forêt</em></a>.</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;">En janvier dernier, tandis que d&rsquo;énormes incendies ravageaient la Californie, paraissait le deuxième volet de cette histoire. Timing parfait, quoique sans doute involontaire. Jean Hegland revient donc avec <a href="https://gallmeister.fr/livres/703/hegland-jean-le-temps-d-apres" target="_blank" rel="noopener"><i>Le temps d&rsquo;après</i></a>. Histoire de rappeler à tous, et particulièrement aux jeunes générations, l&rsquo;impérieuse nécessité d&rsquo;une reconnexion avec la nature. Le récit, qu&rsquo;elle dédie d&rsquo;ailleurs à ses <em>« petites-filles chéries »</em>, est pris en charge par Burl, le fils d&rsquo;Eva, né dans la forêt. Âgé d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;années, Burl n&rsquo;a connu du monde des hommes que ses deux « mères », quelques photos retrouvées dans des magazines, les héros légendaires dont elles lui ont narré les exploits et tous les personnages des contes qui ont peuplé leurs veillées. </span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;">Dans la forêt, il est chez lui, en véritable enfant de la nature. Tout le début du livre est une ode à cette forêt-refuge, aux êtres qui la peuplent, à ses richesses infinies ; une ode aussi à une existence en harmonie avec le monde et les saisons. Formulée dans une langue particulière (l&rsquo;autrice justifie ce choix à la fin du livre), faite de néologismes, de distorsions et de mots-valises souvent poétiques, car jamais l&rsquo;adolescent n&rsquo;a eu de véritable contact avec d&rsquo;autres humains. Cela lui manque terriblement. Si Eva et Nell se méfient des hordes sauvages qui hantent un monde devenu stérile, Burl, lui, voudrait rencontrer d&rsquo;autres gens, créer des liens nouveaux. C&rsquo;est ce qui adviendra, non sans péripéties et violences. Mais n&rsquo;en disons pas plus&#8230; </span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;">Ce nouveau récit peine un peu à s&rsquo;installer, à happer le lecteur, la faute sans doute à de nombreux retours dans le <em>« temps d&rsquo;avant »</em>, nécessaires pourtant à la bonne compréhension. Mais une fois qu&rsquo;il est lancé, on ne le lâche plus. La fin ouverte laisse entrevoir une suite. Espérons qu&rsquo;elle tardera moins, cette fois-ci !</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;">FRED ROBERT<br />
</span><span style="font-size: medium;">10 février 2025</span></p>
<p align="JUSTIFY"><span style="font-size: medium;"><i>Le temps d&rsquo;après</i>, de Jean Hegland, traduit de l&rsquo;américain par Josette Chicheportiche<b><br />
</b></span><span style="font-size: medium;">Éditions Gallmeister, janvier 2025, 23,90 €</span></p>
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		<title>La biche et l&#8217;écureuil</title>
		<link>https://quivive.fr/la-biche-et-lecureuil</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jan-Cyril Salemi]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Apr 2024 09:22:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Autour de nous]]></category>
		<category><![CDATA[Ecosystèmes]]></category>
		<category><![CDATA[Alpes]]></category>
		<category><![CDATA[animal]]></category>
		<category><![CDATA[forêt]]></category>
		<category><![CDATA[Marseille]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>
		<category><![CDATA[randonnée]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est le matin, tôt. Un dimanche d&#8217;avril, il fait très beau. L&#8217;humain sort de sa ville, Marseille. Pour une journée, il laisse le béton, les trottoirs encombrés de crasse, les mégots qui flottent dans les caniveaux, les containers qui débordent de déchets, les sacs plastique qui claquent au vent dans les arbres. Aujourd&#8217;hui il va [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est le matin, tôt. Un dimanche d&rsquo;avril, il fait très beau. L&rsquo;humain sort de sa ville, Marseille. Pour une journée, il laisse le béton, les trottoirs encombrés de crasse, les mégots qui flottent dans les caniveaux, les containers qui débordent de déchets, les sacs plastique qui claquent au vent dans les arbres. Aujourd&rsquo;hui il va changer d&rsquo;air. Direction les Alpes, un domaine de randonnée près de Gap. Une promenade. Il s&rsquo;installe dans la carcasse de métal, deux heures de route et de pétrole plus tard, ce sera un nouveau paysage. Il se sent bien parce que c&rsquo;est le printemps et que là où il va, ça se verra mieux.</p>
<p>Il roule, dans la carcasse de métal. Sur l&rsquo;autoroute il n&rsquo;y a que lui. Personne, ni devant, ni derrière, ni en face. Il est 8h du matin, il arrive près de Manosque, toujours tout seul sur l&rsquo;autoroute. Il roule un peu comme un robot, comme on est parfois en état d&rsquo;hypnose quand on est au volant. Il ne pense pas à ce qu&rsquo;il fait, la carcasse de métal avance, c&rsquo;est tout. Il faut garder l&rsquo;axe, tracer droit, le regard en alerte, le pied en amorti sur l&rsquo;accélérateur, avoir juste les gestes réflexes, les automatismes, avancer, sans s&rsquo;en rendre compte, avec comme seul repère le décor autour qui défile.</p>
<p>Rien ne bouge, ni lui, assis confortable dans un fauteuil, ni le décor figé, des allées d&rsquo;arbres sans sacs plastique dans les branches. C&rsquo;est la carcasse de métal qui bouge, qui avale les rangées d&rsquo;arbres, les lignes blanches au sol, les barrières de fer gris sur les côtés. Juste un peu avant Manosque, il se passe quelque chose. Là, à 20 mètres devant lui, tout d&rsquo;un coup, le décor s&rsquo;est animé.</p>
<p>Ça dure peut-être trois ou quatre secondes, comme le temps d&rsquo;un éclair. Là, à 20 mètres devant lui, une biche est sortie du décor. Elle saute la rambarde d&rsquo;acier, elle est belle, gracieuse, elle s&rsquo;élance, pour traverser le fleuve de goudron. Elle regarde vers lui, brièvement, il est tout proche d&rsquo;elle. Il n&rsquo;a pas le temps d&rsquo;avoir peur de la heurter, elle est déjà passée. Il tourne un peu la tête pour la suivre des yeux, il s&rsquo;inquiète pour elle, il faut qu&rsquo;elle franchisse encore l&rsquo;autre côté. Elle bondit au-dessus de la barrière du milieu, aucune carcasse de métal en face, elle passe. Elle file, rapide, saute la dernière rambarde et disparaît dans le décor.</p>
<p>Trois ou quatre secondes partagées entre un humain urbain et une biche sauvage. Territoire commun, une autoroute, un fleuve d&rsquo;asphalte et de métal. Drôle de rencontre. Elle a lieu parce que des décennies auparavant, d&rsquo;autres humains sont arrivés, ont éventré la forêt, l&rsquo;ont tranchée en deux et ont déroulé au milieu des tonnes de goudron. Est-ce qu&rsquo;on peut parler de colonisation ? D&rsquo;occupation ? De spoliation ? De vol ? D&rsquo;accaparement ? D&rsquo;expropriation ? De prédation ?</p>
<p>L&rsquo;humain, s&rsquo;il commence à se poser toutes ces questions, ça va devenir très compliqué. Alors il continue sa route. C&rsquo;est grâce à cette colonisation qu&rsquo;il peut rejoindre un site de randonnée en à peine deux heures de pétrole. Alors bon, il passe en territoire occupé, ça l&rsquo;arrange bien et en général il n&rsquo;y pense pas. Les frontières sont bien définies, la population de la forêt est tenue à l&rsquo;écart derrière des grillages, d&rsquo;habitude elle ne les franchit pas. Un hérisson égaré, ça arrive, un renard ou un lièvre, peut-être aussi. Mais une biche, c&rsquo;est la première fois qu&rsquo;il en voit une sur l&rsquo;autoroute. Il se sent à la fois chanceux de l&rsquo;avoir croisée et triste d&rsquo;avoir vu comme sa présence l&rsquo;oblige à fuir.</p>
<div id="attachment_116" style="width: 610px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" aria-describedby="caption-attachment-116" class="wp-image-116" title="Écureuil © CC0" src="https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil.jpg" alt="Écureuil © CC0" width="600" height="400" srcset="https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil.jpg 1280w, https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil-300x200.jpg 300w, https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil-1030x686.jpg 1030w, https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil-768x512.jpg 768w, https://quivive.fr/wp-content/uploads/2024/04/ecureuil-705x470.jpg 705w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /></a><p id="caption-attachment-116" class="wp-caption-text">Écureuil © CC0</p></div>
<p>Une heure plus tard, il marche sur un sentier. Il y a des petites fleurs, des arbres immenses, des sommets enneigés au loin, c&rsquo;est très beau. Au milieu du chemin, un écureuil passe tranquillement, sans se presser. Il s&rsquo;arrête, il regarde l&rsquo;humain sans s&rsquo;affoler. Il se laisse même approcher, il ne s&rsquo;enfuit pas. Quand l&rsquo;humain est trop près, il file dans les herbes, s&rsquo;arrête un peu, donne encore un regard, puis disparaît. En le voyant, l&rsquo;humain repense à la biche. Son territoire à elle est occupé par les humains. Quand elle veut le traverser, elle doit foncer comme une fusée pour essayer de survivre. Elle s&rsquo;est adaptée.</p>
<p>L&rsquo;écureuil aussi s&rsquo;est adapté. Lui s&rsquo;est plutôt bien habitué à la présence humaine sur son territoire. Elle est moins agressive, moins fréquente, moins nombreuse. Il reste à distance mais il y trouve peut-être des avantages, il peut récupérer des restes de pique-niques. Son premier réflexe, ce n&rsquo;est pas la fuite. Il attend d&rsquo;abord, il observe, et puis il choisit de partir.</p>
<p>L&rsquo;humain urbain continue son chemin. Il a fait deux rencontres animales ce matin. L&rsquo;une repose sur la peur, l&rsquo;autre sur la méfiance. C&rsquo;était dans le monde sauvage. Le soir, il rentre dans son monde urbain. Il gare sa carcasse de métal. Près d&rsquo;une poubelle qui déborde, il croise un rat énorme qui fouille les déchets, sans se soucier de sa présence. Un peu plus loin, un chat errant passe devant lui, indifférent, sans un regard. Juste avant d&rsquo;arriver chez lui, un gabian plane au-dessus de sa tête et s&rsquo;éloigne en riant.</p>
<p>Jan-Cyril Salemi<br />
Avril 2024</p>
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